ROLE DES MAXILLAIRES
Les deux arcades dentaires supérieure et inférieure, placées en regard l'une de l'autre, broient les aliments par un mouvement de circumduction que l'on a comparé à celui du pilon dans un mortier et qui peut être décomposé en une série de mouvements plus simples. Ces mouvements se passent dans l'articulation temporo-maxillaire.
Chez l'homme et la plupart des vertébrés, le maxillaire inférieur se déplace seul, la tête — et par suite le maxillaire supérieur — restant ordinairement immobile pendant la mastication. La tête est légèrement fléchie en arrière et maintenue fixe par les muscles de la nuque.
Cependant on peut réaliser l'hypothèse inverse, en fixant le coude sur une table, et le menton dans la main. Le maxillaire inférieur est ainsi immobilisé. Si dans celte position on broie un aliment, la mâchoire supérieure se déplace, et par conséquent la tête est mobile. Le mouvement de mastication ne peut alors avoir lieu que grâce au fonctionnement simultané de l'articulation temporo-maxillaire et de l'articulation occipito-atloïdienne. Il est inutile d'insister sur ce mode de mastication défectueux, fatigant et qui est inusité en pratique.
ARTICULATION TEMPORO-MAXILLAIRE. 5
Il est nécessaire, pour comprendre les mouvements de l'articulation temporo-maxillaire, de connaître les divers éléments qui la composent.
A. — ARTICULATION TEMPORO-MAXILLAIRE.
1" Surfaces articulaires. — L'articulation temporo-maxillaire est bicondylienne. Un ménisque biconcave est interposé entre les deux condyles (fig. 1 et 2),
a) Du côté du temporal. — On trouve une cavité glénoïde en arrière et un condyle en avant.
La cavité glénoïde est divisée en deux par la scissure de Glaser et seule sa moitié pré-glasérienne est comprise dans l'articulation. Elle est limitée en arrière par le tubercule zygomatique postérieur, sorte de heurtoir où vient buter le condvle maxillaire dans la rétro-
V'S- latéral externe
conduit auditif externe
y arcade 2){;omjiir|ue
apophyse mastoide Mgament stylo maxillaire '' V\ /
coiidylc maxillaire
Fig. 1. — Articulation temporo-maxillaire droite, face latérale externe (d'après
Sobotta-Desjardins) .
pulsion. En avant elle est limitée par le tubercule zygomatique antérieur.
Le condyle du temporal, qui n'est autre que la racine transversc de l'apophyse zygomatique, présente une surface articulaire sur son versant postérieur et sur sa lace inférieure, seuls recouverts de fibrocartilage. La cavité glénoïde n'est qu'une cavité de réception pour la partie postérieure du ménisque. Elle est revêtue simplement d'un mince périoste.
h) Du côté du maxillaire inférieur. — La surface articulaire est constituée par le versant antérieur et la crête du condyle maxillaire, placé en arrière de celui du temporal. Le versant postérieur est bien inlra-articulaire ; mais il n'est pas recouvert de fibro-cartilage.
L'orientation générale de l'articulation, c'est-à-dire la direction des axes descondyles, est plutôt transversale quantéro-postérieure. En réalité, elle n'est ni l'une ni l'autre; elle est oblique de dehors en dedans et d'avant en arrière. Nous verrons l'importance de cette disposition au point de vue de la variété des mouvements articulaires. Remarquons encore que les deux condyles ne sont pas parallèles ; leurs axes prolongés se rencontreraient vers le tiers antérieur du trou occipital i Poirier).
c) Ménisque inter-articulaire. — C'est un fd^ro-cartilage biconcave interposé entre les deux convexités des condyles. Il coiffe la crête en dos d'âne du condyle maxillaire et épouse les courbures (convexe
condyle temporal
arcade zygomatique
, - ^^^^B^ ^^ "i- ptérygoidien externe
capsule articulaire / ' ^^^"^ """^
ménisque articulaire ' ^^^^ggj^^^ ^. apophyse coronoide
condyle maxillaire ''
Fig. 2. — Coupe sagittale de rarticulation temporo-maxillaire droite (d'après
Sobotta-Desjardins) .
d'avant en arrière et légèrement concave de dehors en dedans) du condyle temporal. Au repos, sa partie postérieure très épaisse reposé dans la cavité glénoïde ; dans cette position, il est très oblique en bas et en avant. Lorsqu'il se porte en avant, il devient horizontal, et dans l'abaissement complet du maxillaire, il est encore oblique, mais en bas et en arrière. Les extrémités du ménisque sont solidement fixées sur le condyle maxillaire avec lequel le ménisque se déplace en oscillant légèrement d'avant en arrière et vice versa.
2° Moyens d'union. — Les portions osseuses comprises dans l'articulation sont unies parune capsule fibreuse assez lâche, renforcée sur les parties latérales, et s'insérant : en bas, au pourtour de la portion articulaire du condyle maxillaire; en haut, sur le bord antérieur du condyle temporal, sur la lèvre antérieure de la scissure de Glaser et sur les deux tubercules zygomatiques. L'aspect général est celui dun cône à base supérieure, dont le sommet très tronqué s'attache
autour du condyle maxillaire. La capsule adhère au ménisque sur toute sa périphérie. La cavité articulaire est donc divisée en deux compartiments et il y a en réalité deux articulations: l'une méniscotemporale, Tautre ménisco-maxillaire.
Les fibres postérieures de la capsule sont élastiques et ramènent le ménisque en arrière quand l'articulation reprend la position de repos {frein méniscal postérieur). La capsule est renforcée par deux ligaments latéraux dont l'externe, le plus résistant, limite surtout les mouvements de rétropulsion.
3» Synoviales. — Les synoviales destinées à faciliter le glissement des surfaces articulaires sont au nombre de deux : la synoviale ménisco-temporale (plus étendue et plus lâche) et la synoviale méniscomaxillaire.
L'étude de ces divers éléments nous montre que chaque articulation temporo-maxillaire (droite et gauche) est composée en réalité de deux articulations, comprenant chacune un condyle et séparées par le ménisque fibro-cartilagineux qui leur est commun à toutes deux. Il y a donc, d'une part, déplacement du ménisque autour du condyle temporal et, d'autre part, déplacement du condyle maxillaire tangentiellement au ménisque. Mais l'union assez intime du ménisque avec le condyle maxillaire a pour effet de solidariser les mouvements de ces deux articulations, de sorte que ces mouvements sont simultanés et non pas indépendants.
Dans V articulation ménisco-tenipor aie, \e ménisque se déplace dans le sensantéro-postérieursur le condyle temporal, en décrivant autour de l'axe de ce condyle une circonférence d'un centimètre de rayon. Le mouvement d'arrière en avant du ménisque fait passer celui-ci de la position oblique en bas et en avant, qu'il occupait au repos, à la position horizontale. Le ménisque doit donc s'abaisser pour se porter en avant. Le maxillaire inférieur suit ce mouvement, qui est limité par la tension du frein méniscal postérieur.
Dans V articulation ménisco-maxillaire , le condyle maxillaire se déplace sur le ménisque, en décrivant autour de son axe une circonférence de rayon inférieur à celui de l'articulation précédente. Cette rotation amène l'abaissement ou l'élévation du maxillaire inférieur, c'est-à-dire l'ouverture ou la fermeture de la bouche, suivant qu'elle s'effectue d'arrière en avant ou en sens inverse.
Les deux articulations méniscales, nous le répétons, fonctionnent •en même temps et non pas l'une après l'autre.
Il résulte des données précédentes que chacune des deux articulations temporo-maxillaires peut })résenler deux sortes de mouvements :
1° Mouvements d'abaissement et d'élévation ;
2° Mouvements de propulsion ou de rétropulsion.
Lorsque ces mouvements se passent à la fois dans les deux articulations lemporo-maxillaires, ils produisent un déplacement symétrique des deux moitiés du maxillaire, soit dans le sens vertical^ soit dans le sens antéro-postérieiir .
3° Si Ton suppose une seule articulation mobile, l'autre restantfixe et lui servant de pivot, on aura des mouvements de latéralité.
4° Enfin la combinaison de ces trois sortes de mouvements donne lieu à un mouvement de circumduction.
Avant d'étudier ces mouvements chez Thomme, voyons ce qui se passe chez les principaux mammifères. Nous pourrons constater que la disposition des surfaces articulaires, et par suite la direction des mouvements du maxillaire, varient suivant le mode d'alimentation. Mieux encore, nous retrouverons isolés dans chacun des groupes considérés les divers mouvements qui existent réunis chez l'homme.
Chez les carnassiers (tigre, lion), les condyles, allongés transversalement et demi-cylindriques, regardent fortement en arrière. Ils jouent dans une rainure transversale profonde, à l'instar d'une charnière. Les mouvements de l'articulation sont exclusivement verticaux. Ces animaux déchirent grossièrement la chair dont ils se nourrissent, mais ne la mâchent pas. Leurs dents antérieures saisissent et tranchent la proie, retenue entre les pattes, et de violents mouvements de la tête à droite et à gauche achèvent de la dilacérer.
Chez les rongeurs (lapin, cobaye), les condyles ont une direction perpendiculaire à la précédente : ils sont antéro-postérieurs. Les condyles maxillaires aplatis transversalement et allongés d'avant en arrière ne peuvent se déplacer latéralement. 11 y a abaissement et surtout propulsion. Les incisives inférieures râpent les aliments en glissant alternativement d'arrière en avant et d'avant en arrière contre les supérieures.
Chez les herbivores (ruminants, solipèdes), le condyle, peu développé, tourné directement en haut, est aplati et même légèrement concave. La cavité de réception est peu profonde et surtout très large, de sorte que le condyle peut glisser librement, aussi bien sur les côtés qu'en avant. Les principaux mouvements sont horizontaux; les molaires inférieures glissent contre les supérieures, non seulement pe gauche à droite et vice versa, mais d'arrière en avant et d'avant en arrière, comme des meules de moulin (d'où leur nom). Les mouvements d'écartement des mâchoires ne sont qu'accessoires.
Chez I'homme, l'articulation temporo-maxillaire participe des divers caractères que nous venons d'énoncer. La direction des condyles est plutôt transversale (carnassiers) qu'antéro-postérieure (rongeurs), et cette position intermédiaire permet d'exécuter non seulement les mouvements verticaux, mais encore, dans une certaine mesure, les mouvements antéro-postérieurs. La cavité glénoïde est un peu plus
large que le condyle maxillaire dans tous les sens (herbivores), ce qui permet les mouvements de latéralité. Cette diversité de mouvements est en rapport avec la variété de l'alimentation de Thomme qui est omnivore et qui, par conséquent, dans une certaine mesure, déchire comme les carnassiers, râpe comme les rongeurs, ou broie comme les herbivores, suivant la nature de ses aliments.
I. Mouvements verticaux. — Les mouvements d'abaissement et d'élévation qui produisent l'ouverture et la fermeture de la bouche ont lieu en même temps et symétriquement dans les deux articulations temporo-maxillaires. Il suffit qu'une seule de ces articulations soit immobilisée (accidents de la dent de sagesse, etc.) pour qu'il y ait constriction des mâchoires, aussi
que
du côté
bien du côté sain malade (fig. 3).
Ces mouvements résultent à la fois du déplacement vertical et antéro-postérieur de l'articulation ménisco-temporale, et du déplacement vertical de l'articulation ménisco-maxillaire, lesquels déplacements sont simultanés et non pas successifs, comme on l'a vu plus haut. En même temps que le ménisque tourne autour du condyle temporal, le condyle maxillaire non seulement suit ce mouvement en se portant en bas et en avant, mais encore tourne lui-même sur le ménisque en s'abaissant davantage. Dans l'élévation, les mêmes déplacements se reproduisent en sens inverse. On peut vérifier sur soi-même le mouvement de propulsion du condyle en plaçant la pulpe d'un doigt en avant du con-
Fif^. 3. — Mouvements verticaux du maxillaire inférieur (figure sch(5matique).
1, position de repos du maxillaire; 2, position intermédiaire ou premier temps de l'abaissement; 3, position finale ou abaissement complet; 1', 2', 3', positions successives que prend le trou dentaire inférieur; 4, 5, 6, insertions du ligament latéral externe sur le condyle temporal et sur le condyle maxillaire; 7, ménisque interarticulaire (Beaunis et Bouchai-d),
duit auditif externe.
Axe des mouvements du maxillaire. — Nous venons de voir ce qui se passe dans larliculation temporo-maxillaire pendant les mouvements d'abaissement et d'élévation. Mais pendant que lo condyle se porte en bas et en avant, que fait le reste du maxillaire? Se déplace-t-il parallèlement à lui-môme en suivant les mouvements de son condyle? Il est facile de constater le contraire, car dans l'extrême écartcment des mâchoires les incisives inférieures s'abaissent de 4 à 5 centimètres et les dernières molaires de 3 centimètres environ.
tandis que le déplacement vertical du condyle n'atteint pas 1 centimètre.
En réalité, le maxillaire inférieur tourne autour d'un axe fictif extérieur à l'articulation. On admet généralement que cet axe traverse les deux branches montantes au niveau du trou dentaire inférieur, c'est-à-dire à la partie moyenne des branches montantes et à la hauteur de la face triturante des molaires inférieures. Comme c'est en ce point que pénètrent le> vaisseaux et nerfs dentaires, limmo-
Fig. 4. — Muscles de la tête (couche profonde).
S, pyramidal; 9, sourcilier: 10, muscle petit oblique de l'œil; 11, muscle grand oblique; 12, orbiculaire des lèvres; 13, son faisceau allant à la sous-cloison; 14, buccinateur; 15, triangulaire des lèvres, coupé; 17, houppe du menton; 18, transverse du nez; 19, myrtiforme ; 20, canin (Beaunis et Bouchard).
bilité relative de cette portion du maxillaire leur permet de ne subir aucun tiraillement dans les mouvements les plus étendus de l'articulation.
Pour exphquer le pivotement du maxillaire autour de ce centre, Bérard faisait jouer un rôle important au ligament sphéno-maxillaire qui part de l'épine du sphénoïde et vient s'attacher sur l'épine de Spix, c'est-à-dire à l'entrée du trou dentaire inférieur. C'est suspendue pour ainsi dire à cette bande fibreuse qu'aurait tourné la mâchoire. En réalité, le ligament sphéno-maxillaire n'a rien d'un ligament articulaire ; c'est plutôt une aponévrose interptérygoïdienne, à la face externe
de laquelle sont appliqués Tarière et le nerf dentaire. L'action des muscles masticateurs suffit à expliquer le mouvement de la mâchoire.
La position de Taxe transversal dont nous venons de parler nous indique a priori que les deux extrémités de la branche osseuse, c'està-dire le menton d'une part et le condyle d'autre part, doivent se déplacer en sens inverse en décrivant sensiblement un arc de cercle dont le centre serait au niveau du trou dentaire. Les rayons de ces deux arcs de cercle étant inégaux, le menton se déplacera beaucoup plus que le condyle ; de même les incisives se déplaceront plus que les molaires. C'est ce qu'il est facile de vérifier. On comprend donc que le mouvement de propulsion du condyle pendant l'abaissement produira un mouvement de rétropulsion du menton et de toute l'arcade dentaire, les dents se déplaçant d'autant plus qu'elles sont plus antérieures.
Il est important de remarquer que cette conception d'un axe fictif autour duquel pivoterait le maxillaire inférieur est très schématique et ne répond pas exactement à la réalité. La mâchoire ne tourne pas autour d'un point fixe et ne subit pas un simple mouvement de bascule, mais de totalité, de sorte que le trou dentaire lui-même ne reste pas immobile. Le condyle, dans son double mouvement vertical et antéro-postérieur, ne décrit pas un arc de cercle, mais une ligne brisée. Aussi Longet avait-il placé le centre des mouvements du maxillaire en dehors de cet os ; son axe fictif passait par le sommet des apophyses mastoïdes des temporaux, points d'intersection des deux arcades dentaires dans le plus grand écarlement des mâchoires.
Ce qu'ilfaut pratiquement retenir des données qui précèdent, c'est que, dans le mouvement d'abaissement du maxillaire inférieur, le menton se déplace en bas et en arrière pendant que le condyle se déplace en bas et en avant ; et que le déplacement minimum du maxillaire a lieu à la partie moyeime de la branche moulante et le maximum à l'extrémilé antérieure de la branche horizontale. Dans
Fig. 5. — Muscles pléryî;oïdiens.
1, condyle; 2, corps du maxillaire inférieur; 3, angle du maxillaire; 4, aile interne de l'apoiiliyse ptëryyoïde ; 5, fibro-cartilage interarticulaire: 6, plcrygoïdien externe ; 7, faisceau supérieur; 8, plérygoïdien interne;!), péristaphyiin externe (Beaunis et Bouchard).
rélévalion, il y a rétropulsion du condyle et propulsion des incisives inférieures.
Mouvements d'élévation. — Au repos, la bouche est fermée, la tonicité des muscles masticateurs contrebalançant Faction de la pesanteur. Il y aurait donc quelque logique à étudier d'abord les mouvements d'abaissement, qui sont les premiers à se produire lorsqu'on introduit des aliments dans la cavité buccale. Mais, dans la mastication, l'élévation du maxillaire est l'acte le plus important, et les muscles qui produisent ce mouvement sont d'une puissance telle, par rapport à leurs antagonistes, qu'on les a désignés sous le nom collectif de « muscles masticateurs ». Nous allons les examiner succinctement.
Muscles masticateurs (élévateurs). — Ces muscles sont au nombre de trois de chaque côté : lemporal, masséler el ptérygoïdien interne. Ils sont pairs et symétriques.
Le muscle temporal prend son point fixe sur toute la fosse temporale par des fibres en éventail, passe en dedans de l'apophyse zygomatique et vient s'insérer par un tendon terminal autour de l'apophyse coronoïde du maxillaire inférieur.
Ce muscle, chez les carnassiers, couvre tout le crâne, les deux fosses temporales n'étant séparées que par une crête osseuse. Chez l'homme, l'espace frontal qui sépare les deux fosses est considérable. Le développement du temporal chez les carnassiers a lieu non seulement en largeur, mais en épaisseur; de là vient la saillie prononcée des apophyses zygomatiques, très convexes en dehors pour pouvoir loger ce muscle, et élargissant d'autant la partie supérieure de la face.
Le MASSÉTER prend son point fixe sur l'arcade zygomatique et s'insère sur la face externe (angle et branche montante) du maxillaire.
Chez les carnassiers, pour l'insertion de ce muscle puissant, l'apophyse zygomatique, outre sa courbure extérieure, présente une convexité supérieure et une épaisseur considérables.
Le PTÉRYGOÏDIEN INTERNE, court ct épais, s'insère en haut dans la fosse ptérygoïde et en bas sur la face interne de l'angle du maxillaire. Comme pour le masséter, la direction des fibres musculaires est oblique en bas et en dehors (fig. 5).
Action des muscles masticateurs. — Ces muscles, relativement courts, doivent leur puissance à leur épaisseur et au grand nombre de leurs fibres. Ils agissent à la fois sur les deux articulations méniscotemporale et ménisco-maxillaire, et la résultante de leurs forces a pour effet de produire l'élévation de la mâchoire inférieure, accompagnée d'un mouvement antéro-postérieur (rétropulsion du condyle et propulsion du menton).
La rétropulsion du condyle dans la fermeture de la bouche peut
sembler paradoxale en raison de la direction générale des fibres musculaires qui, sauf pour la partie postérieure du temporal, sont obliques en haut et en dedans. Aussi avons-nous vu plus haut une théorie dans laquelle on attribuait au ligament sphého-maxillaire un rôle important dans ce mouvement. Henke a montré, en calculant mathématiquement les composantes des forces développées par chacun des muscles masticateurs, que leur résultante doit bien produire larétropulsion du condyle. lia de plus démontré théoriquement ce fait d'expérience que la force masticatrice, ou force de fermeture, est d'autant plus grande que les maxillaires sont plus rapprochés.
On voit donc que pendant la mastication le maxillaire inférieur agit comme un levier, dans lequel la résistance est représentée par Taliment à triturer, la puissance par Tensemble des muscles masticateurs, et le point d'appui par le condyle. Le point d'application de la puissance est sur la branche montante, entre l'apophyse coronoïde (insertion du temporal) et l'angle de la mâchoire (insertion des deux autres muscles masticateurs). Il est situé par conséquent entre le point d'appui et le point d'application de la résistance, et le maxillaire inférieur se trouve représenter un levier du troisième genre, appelé encore levier interpiiissant à cause de la position intermédiaire de la puissance (fig. 6). .
Ce système de levier est plus favorable au développement de la vitesse qu'à celui de la force, le bras de levier de la puissance étant plus court que celui de la résistance. La figure G nous montre en effet qu'un petit déplacement du point d'application P de la puissance suffit à ''"'?• 6. — Levier du produire un déplacement plus grand du point ^^
d'application R de la résistance. Mais, par contre, la force exercée en P pour vaincre R devra être d'autant plus considérable que le bras de levier OR sera plus long par rapport au bras de levier OP. En d'autres termes, plus l'aliment soumis à la mastication sera résistant, plus il devra être introduit profondément entre les arcades dentaires. Les molaires sont donc, de toutes les dents, les plus favorablement placées pour produire un effort utile.
Les considérations précédentes s'appliquent surtout à V/iomme, chez lequel, flu reste, la disposition désavantageuse du levier masticateur est contrebalancée par la puissance des muscles élévateurs de la mâchoire. Chez les animaux, la longueur relative des deux bras de levier varie selon la nature de l'alinienlalion, comme nous avons vu déjà varier la forme et la diicction des surfaces articulaires. En effet, d'une part, la distance de ra{)ophyse coronoïde au condyle venant à augmenter, la longueur du bras de levier de la puissance se trouve
accrue; d'autre part, la longueur de la branche montante diminuant, le bras de levier delà résistance diminue également. C'est chez la plupart des rongeurs que l'apophyse coronoïde s'éloigne le plus du condyle, ce qui compense le désavantage qu'ils éprouvent en employant surtout les dents antérieures. La branche montante est cependant très longue, ce qui permet la vélocité des mouvements des incisives. Chez les carnassiers, la branche montante est très courte : rarHculationtemporo-maxillaire est sur le même plan que les dents ; mais l'apophyse coronoïde n'est pas éloignée du condyle. Ces animaux ont besoin décarter beaucoup leurs mâchoires pour saisir leur proie. Chez les ruminants et les solipèdes [herbivores), la branche montante est très longue, ce qui favorise la mobilité du maxillaire, nécessaire pour la trituration des aliments.
Enfin les muscles eux-mêmes s'adaptent au mode locomoteur, s'atténuant quand ils n'ont qu'un rôle secondaire à jouer, acquérant au contraire un grand développement quand ils ont besoin de produire un travail mécanique considérable. C'est ainsi qu'on observe la prédominance des muscles élévateurs chez les carnassiers, des muscles antéro-postérieurs chez les rongeurs et des muscles diducteurs chez les herbivores.
Mouvements d'abaissement. — Deux temps sont à considérer dans l'abaissement du maxillaire inférieur.
Le premier temps, ou abaissement passif, est dû à la simple détente des muscles élévateurs. La mâchoire retombe alors par son propre poids, produisant l'ouverture modérée de la bouche.
Le second temps, ou abaissement actif, dû à la contraction des muscles abaisseurs dont l'insertion fixe est alors sur l'os hyoïde, ne peut avoir lieu que si cet os est préalablement immobilisé par les muscles sous-hyoïdiens. Par l'action des muscles abaisseurs, la bouche s'ouvre largement.
L'exagération de ce mouvement produit la luxation en avant de l'articulation lemporo-maxillaire, le condyle passant au-devant de la racine transverse de l'apophyse zygomalique et restant arrêté dans cette position. Dans ce cas le ménisque, retenu par le frein méniscal postérieur, ne suit pas le condyle, et s'oppose à son retour en arrière.
Dans l'abaissement, le condyle maxillaire se dirige en bas et en avant, le menton en bas et en arrière.
Muscles abaisseurs. — Deux groupes musculaires concourent à abaisser le maxillaire inférieur : les muscles sus-hyoïdiens, que nous pouvons appeler abaisseurs directs, et les muscles sous-hyoïdiens qui, en fixant l'os hyoïde, jouent un rôle indirect, mais nécessaire, dans l'ouverture de la bouche ('fig. 7).
P Muscles sus-hyoïdiens. — Ces muscles sont au nombre de trois : le digastrique, le mylo-hyoïdien et le génio-hyoïdien.
Le DiGASTRiQUE s'insère par ses deux « ventres » sur l'apophyse mastoïde et sur la symphyse mentonnière. Son tendon médian passe
^^s, ^Ç^flUM^Ii^
CDevr
Fig. 7. — Muscles sus- et sous-hyoïdiens.
1, cartilage thyroïde, T, trachée; 2, corps thyroïde|; 3, maxillaire inférieur; 4, apophyse zygomatique ; 5, cavité gicnoïde du temporal; 6, conduit auditif externe; 7, apophyse mastoïde; !^, grande corne de l"os hyoïde; 9, clavicule: 10, muscle sterno-cléido-hyoïdien réséqué à gauche pour laisser voir : 11, le muscle sterno-thyro-hyoïdien ; 12, le nuisclo thyro-hyoïdien; ]3, la corde ligamenteuse séparant ces deux derniers muscles; IS, muscle omo-hyoïdien; 15, son tendon intermédiaire; Iti, ventre antérieur et J6', ventre postérieur du digastrique; 17, muscle mylo-hyoïdien; 17', raphé sus-hyoïdien; 18, muscle stylo-hyoïdien; 18', muscle génio-hyoïdicn; 19, muscle hyoglosse; 20, sterno-cléido-mastoïdien ; 21, trapèze; 22, grand pectoral (Testut).
sous un pont aponévrotique, sorte de poulie de réflexion qui le relient à Tos hyoïde.
Les deux masses musculaires peuvent agirensemble ou séparément.
Leur action commune, l'os hyoïde étant fixe, a pour effet d'attirer en bas et en arrière la partie antérieure du maxillaire.
LeMYLO-HYOÏDiEx s'iusèrc sur laface interne du maxillaire inférieur, forme avec son symétrique le raphé médian et s'attache au bord supérieur de l'os hyoïde. Il joue aussi un rôle important dans la déglutition, comme nous le verrons plus loin.
Le GÉMO-HYOïDiEN reuforcc le précédent. Il s'attache dune part aux apophyses géni inférieures, situées à la partie médiane de la face interne du maxillaire; d'autre part, à la face antérieure de l'os hyoïde. Ces deux muscles, prenant leur insertion fixe sur l'os hyoïde, abaissent la mâchoire inférieure. Ces muscles s'insèrent de la manière la plus favorable au mouvement qu'ils doivent produire, car ils sont presque perpendiculaires au bras de levier, et d'autre part ils s'attachent le plus loin possible du point d'appui (Cruveilhier).
2" Muscles sous-hyoïdiens. — Les muscles sous-hyoïdiens, qui ont pour action d'abaisser et d'immobiliser l'os hyoïde, sont au nombre de trois : le sterno-cléido-hyoïdien et Iomoplato-hyoïdien d'une part, qui n'en font qu'un seul en réalité, et le thy^ro-hyoïdiex, qui ne peut agir sur l'os hyoïde que si le cartilage thyroïde est lui-même préalablement fixé par le sterno-thy'roïdien.
Certains auteurs ont voulu faire jouer un rôle au peaucier DU cou dans l'abaissement du maxillaire inférieur. Ce muscle n'agit guère que sur les parties molles et il paraît difficile de le ranger parmi les abaisseurs.
C'est lui qui par sa tension abaisse et écarte les angles des lèvres, caractère frappant de caducité chez les vieillards dont le maxillaire inférieur privé de ses dents se rapproche du maxillaire supérieur.
Fig. 8. — Mouvements antéro-postérieurs du maxillaire inférieur (figure schématique).
1, position de repos du maxillaire; 2, sa nouvelle position ; .3, arcade zygomatique; 4, 5, 6, insertions du ligament latéral externe sur le condyle temporal et sur le condyle maxillaire: 7. ménisque interarticulaire (Beaunis et Bouchardi.
II. Mouvements anléropostérîeurs (fig. 8). — Tandis que les mouvements verticaux intéressent en même temps les deux articulations méniscotemporale et ménisco-maxillaire, les mouvements antéro-postérieurs ont lieu grâce au déplacement du ménisque interarticulaire sur le condyle temporal; le condyle maxillaire accompagne le ménisque dont surtout il reste coiffé.
Nous avons déjà fait remarquer que le ménisque, en se dirigeant d'arrière en avant, est obligé de se porter de haut en bas, pour descendre la pente du condyle temporal. Les mouvements antéro-postérieurs s'accompagneront donc d'un faible mouvement vertical.
La disposition des arcades dentaires nécessite d'ailleurs cette double direction. En effet, dans les rapports normaux des deux arcades, les incisives inférieures sont en arrière des supérieures lorsque la bouche est fermée. Elles sont obligées de franchir cette barrière pour se porter en avant, et la propulsion s'accompagne d'un léger écartement des mâchoires. La propulsion s'exagérant, le ménisque remonte la pente opposée du condyle, et l'arcade inférieure suit ce mouvement de bas en haut.
Ici le maxillaire se déplace parallèlement à lui-même, le mouvement de propulsion du condyle s'accompagnant d'un mouvement de même sens du menton, et vice-versa. Il n'y a donc pas d'axe transversal à considérer comme dans l'ouverture ou la fermeture de la bouche. Ce déplacement antéro-postérieur est très limité ; il permet pourtant à une molaire inférieure de se rencontrer passagèrement avec la dent qui précède son antagoniste ordinaire. On utilise cette propriété pour le redressement des dents, dans les cas do faux prognathisme du maxillaire supérieur, dû en réalité à un engrènement défectueux des dents entre elles. On fait alors avancer, à l'aide d'appareils spéciaux, tout le maxillaire inférieur d'une cuspide au moins, pour réaliser le saut de l'articulation.
Propulsion. — La propulsion est déterminée par l'action synergique des deux pténjgoïdiens externes.
Le ptérygoïdien externe (fig. 5 et 9), muscle pair et symétrique, est court et épais. Il s'insère sur la paroi interne de la fosse zygomatique (apophyse ptérygoïde du sphénoïde et apophyse ptérygoïdienne du palatin) d'une part, et sur la partie antéro-interne du col du condyle d'autre part.
Ce muscle a une direction transversale qui contraste avec la direction généralement verticale des muscles masticateurs, ses voisins.
Certains auteurs font jouer un rôle au masséter et même au ptéri/goïdien interne dans la propulsion. Ces muscles ne pourraient guère agir — puisqu'ils sont élévateurs — que dans l'extrême propulsion, où le maxillaire se relève en se portant en avant, le ménisque remontant la pente antérieure du condyle temporal.
Rétropiilsion. — Dans la rétropulsion, le maxillaire inférieur reprend sa position de repos. Les incisives inférieures contournent les supérieures en se portant d'abord en bas et en arrière, puis en arrière et en haut.
Ce mouvement se produit par l'action des digastriques, qui abaissent la mûchoire et l'attirent en haut et en arrière.
On voit donc que si l'on part delà position de repos c'est-à-dire de
THAITIÎ DE STOMATOLOGIE. II. 2
l'occlusion complète des arcades dentaires, la propulsion précède la rétropulsion dans les mouvements antéro-postérieurs.
On peut, il est vrai, commencer par reculer un peu la mâchoire inférieure ; mais ce mouvement est extrêmement limité.
La mastication n'utilise ordinairement pas la propulsion du maxillaire inférieur dans toute son étendue. Les incisives inférieures glissent le long des supérieures de manière à se placer bout à bout, mais ne les dépassent pas.
IIL Mouvements de latéralité ou de dlductlou. — Dans les mouvements verticaux et antéro-postérieurs que nous venons d'étudier, les deux condyles maxillaires se déplacent ensemble et symétriquement. Il n'en est pas de même dans les mouvements de latéralité ou mieux de diduction. L'un des condyles reste fixe, servant pour ainsi dire de pivot au mouvement de propulsion de l'autre.
On croyait autrefois que ces mouvements étaient réellement latéraux, cest-à-dire que l'un des condyles se portait en dehors et l'autre en dedans, le maxillaire se déplaçant dans le sens transversal. Dans cette hypothèse, le chemin parcouru par les condyles devrait être égal à celui que parcourt le menton, ce qui est impossible en raison dis saillies qui limitent la cavité glénoïde.
En réalité, l'un des condyles se porte en avant, l'autre tournant légèrement sur place, de sorte que les divers points du maxillaire inférieur décrivent des arcs de cercle autour du condyle fixe comme centre. Il est clair que plus une dent de l'arcade inférieure sera éloignée de ce centre, plus son déplacement latéral sera grand. Supposons par exemple que le maxillaire se porte du côté gauche. Dans ce cas, le condyle gauche est fixe et le mouvement de propulsion a lieu dans l'articulation temporo-maxillaire droite. Les molaires droites se déplacent plus vers la gauche que celles du côté opposé.
Dans la propulsion unilatérale, qui constitue le mouvement de diduction, un seul muscle se contracte : c'est le ptérygoïdien externe droit ou gauche, qui attire en avant le condyle du même côté, de sorte que le maxillaire se porte du côté opposé. Le condyle propulsé est ramené en arrière par le digastrique et les fibres postérieures du temporal du. même côté.
On voit que les mouvements de diduction de l'homme ne ressemblent pas à ceux des herbivores. Chez ces derniers, le maxillaire, porté tout dune pièce à droite ou à gauche, a un déplacement beaucoup plus étendu , ses condyles glissant librement sur les surfaces plates des temporaux. Chez l'homme, le déplacement latéral des arcades dentaires permet seulement aux tubercules externes et internes des molaires de se mettre successivement en contact avec la face triturante de leurs antagonistes.
Remai-quons enfin, comme nous l'avons déjà fait à propos des
mouvements antéro-postérieurs, que rabaissement doit précéder la diduction, pour permettre aux incisives inférieures de franchir l'obstacle que leur opposent les incisives supérieures.
IV. Mouvements de circuinductîoii. — La combinaison des divers mouvements que nous venons d'étudier produit un mouvement de circumduction, qu'on a comparé, ainsi que nous le disions
Fifj. 9. — Schéma destiné à montrer le mode d'action du muscle ptérygoïdien
externe.
A, les deux muscles ptérygoïdiens externes sont au repos. — B, les deux muscles sont contractés; le menton s'est porté en avant, tout en restant sur la ligne médiane XX. — C, un seul ptérygoïdien, le droit, s'est contracté; seul le condyle droit s'est déplacé pour se porter en avant, tandis que le menton s'est porté à gauche de la ligne médiane XX. — D, un seul ptérygoïdien, le gauche cette l'ois, s'est contracté : déplacement en avant du condyle gauche, tandis que le menton s'est porté à droite de la ligne médiane XX. La ligne pointillée des figures C, D, indique la position de repos du maxillaire (d'après Tcstut).
plus haut, à celui du pilon dans un mortier. Lorsque des aliments doivent être broyés, il y a d'abord abaissement et propulsion du maxillaire pour permettre de les introduire entre les arcades dentaires. Puis les muscles masticateurs rapprochent les mûchoires, et par les mouvements de diduction et enfin de rétropulsion les tubercules dentaires entrent successivement en contact avec lous les points des faces triturantes correspondantes.
La mastication s'opère d'un seul côté à la fois et, chez les personnes qui mangent indifféremment du côté droit ou du côté gauche, les deux moitiés de l'arcade dentaire fonctionnent alternativement. Mais il arrive très souvent que Ion prend Ihabitude de mastiquer d'un seul côté, en particulier lorqu'une lésion quelconque a rendu pendant quelque temps la mastication douloureuse du côté opposé. En "•énéral, comme conséquence de Tinaction prolongée d'un groupe de molaires, on peut constater l'accumulation du tartre autour de ces dents et l'inflammation des gencives voisines.
V. Innervation des muscles de la mastication. — La plupart des muscles affectés aux mouvements des mâchoires sont innervés par la branche motrice ou masticatrice du trijumeau, savoir : le masséter, le temporal, les ptérygoïdiens, le ventre antérieur du digastrique et le mylo-hyoïdien. C'est à Bellingeri (1818) que l'on doit l'expression de « nerf masticateur » appliquée à la petite racine du trijumeau. De nombreuses observations de cas pathologiques ont permis en effet de dissocier l'action des deux racines motrice et sensitive de ce nerf.
Les autres muscles masticateurs, c'est-à-dire legénio-hyoïdien et la plupart des muscles sous-hyoïdiens, sont innervés par Vhypoglosse.
Les deux arcades dentaires divisent et broient les aliments grâce aux mouvements du maxillaire inférieur qui les mettent en contact et les appuient fortement l'une sur l'autre. Nous avons vu que l'homme participe des caractères des diverses catégories de mammifères en ce qui concerne l'articulation temporo-maxillaire et les muscles qui la déplacent dans les divers sens. Il en est encore de même au point de vue de la denture. Les trois groupes de dents, adaptés à la complexité de l'alimentation humaine, rappellent respectivement les dents dont la fonction prédomine dans chaque catégorie considérée : rongeurs, carnassiers, herbivores.
Les INCISIVES, grâce à leur bord tranchant et à leur articulation analogue à celle de lames de ciseaux, coupent les aliments qui n'offrent pas une trop grande résistance et râpent, dans une certaine mesure, comme lesdents antérieures des rongeurs. C'est avec elles que l'on mord dans un morceau de pain, dans un fruit, etc., pour en détacher une bouchée. C'est entre leurs bords rapprochés que l'on râpe certains végétaux (artichauts, asperges) pour séparer le suc des parties fibreuses. La ressemblance de leur fonction avec celle d'une paire de ciseaux se manifeste dans la mauvaise habitude qu'ont les couturières de couper du fil avec leurs incisives.
Les CANINES, quoique rappelant les dents si caractéristiques des carnassiers, ne peuvent servir au même usage, qui est chez ces animaux de déchirer la chair. En effet, tandis que les canines des animaux carnivores dépassent de beaucoup le niveau des autres
(lents, celles de l'homme n'offrent pas mie saillie suffisante pour agir indépendamment. Mais ces dents très solides, très robustes et terminées en pointe, jouent un rôle dans la mastication des substances élastiques (tendons, ligaments) très réfractaires à la trituration, en perforant et en dissociant ces substances. Elles servent encore à briser des corps résistants, leur pression étant concentrée dans une cuspide unique qui fait l'office de coin.
Les MOL.URES de l'homme ont une fonction analogue à celles des herbivores pour la trituration des aliments. C'est elles qui jouent le principal rôle dans la mastication. Elles sont pourvues d'une face triturante qui n'est pas plane (sauf chez les vieillards où il a pu se produire de l'usure), mais présente des tubercules et des dépressions intermédiaires.
Remarquons que si les molaires étaient planes, elles ne pourraient triturer les aliments que par des mouvements antéro-postérieurs et latéraux, analogues à ceux des meules de moulin, c'est-à-dire par le frottement de leurs surfaces simplement maintenues en contact. La présence des tubérosités dont elles sont pourvues donne aux mouvements verticaux toute leur efficacité, ces cuspides, comme celles des canines, s'enfonçant à la manière de coins dans les dépressions antagonistes. L'épaisseur de l'émail en ces points et la puissance des muscles masticateurs permettent aux molaires de broyer et de réduire en une pâte molle (avec le concours de la salive) les divers aliments et même, au besoin, de les séparer de leurs enveloppes dures et indigestes, par exemple lorsque ces dents cassent une noisette.
D'autres dispositions anatomiques favorisent l'action triturante des molaires. Nous avons déjà vu, en étudiant les mouvements du maxillaire inférieur, que cet os, lorsqu'il se déplace verticalement, représente un levier du troisième genre. Plus le bras de levier de la résistance sera court par rapport à celui de la puissance, plue la force développée au point d'application de la résistance sera grande pour un même déplacement du levier osseux. Par conséquent, pour un même effort des muscles masticateurs, la pression exercée sur les aliments à triturer augmentera à mesure que l'on s'éloignera des dents antérieures. Les molaires sont donc les dents les mieux placées pour tirer le meilleur rendement possible du travail des muscles masticateurs.
L'implantation des divei'ses dents dans le maxillaire est d'autant plus solide qu'elles ont une plus grande pression à exercer. Cet[e condition est réalisée soit par la longueur et l'épaisseur des racines (canines), soit par leur multiplicité (molaires).
La forme conique de ces racines, contenues dans une cavité alvéolaire qui les enserre étroitement, la résistance du ligament alvéolodentaire et — à un degré moindre — du tissu gingival sont autant de moyens de rétention grâce auxquels la dent est solidement
encastrée dans le maxillaire. En ce qui concerne les molaires, la bifurcation de leurs racines (mâchoire inférieure ou leur trifurcation (mâchoire supérieure) leur permet de résister aux mouvements de circumduction nécessaires à la mastication. Ces dents ne se déplacent que très difficilement, même lorsqu'elles sont soumises à un elTort continu dans un même sens. On utilise cette propriété en orthodontie pour la correction des anomalies des dents antérieures — dents monoradiculaires, beaucoup plus facilement mobilisables, — les molaires servant de base fixe aux appareils de redressement.
Le MAXiLLAmE lui-même est placé dans d'excellentes conditions pour résister à la pression transmise par les dents. Bordeu a montré que le maxillaire supérieur, comparé par lui à une enclume sur laquelle la mâchoire inférieure ferait office de marteau, est maintenu en position par quatre colonnes ou arcs-boutants osseux de chaque côté : 1° l'apophyse montante du maxillaire s'appuyant sur l'échancrure nasale du frontal; 2° l'angle supérieur de l'os malaire, qui s'engrène avec l'apophyse orbitaire externe du frontal; tous deux, ils assurent la résistance contre les pressions dirigées de bas en haut ; 3° l'angle postérieur de l'os malaire s'appuyant sur l'apophyse zygomatique du temporal et son apophyse orbitaire qui s'articule avec la grande aile du sphénoïde s'opposent au déplacement dans le sens latéral ; 4° l'apophyse ptérygoïde du sphénoïde, par l'intermédiaire du palatin, défend le maxillaire supérieur contre les chocs qui s'exerceraient d'avant en arrière.
La disposition des surfaces osseuses en contact assure la solidité de toutes ces articulations. En effet, 1" les os ne sont pas simplement appuyés les uns sur les autres, mais ils s'engrènent; 2" les os sont taillés en biseau aux dépens de leurs faces correspondantes; 3° les biseaux sont toujours situés de manière que l'articulation résiste aux pressions qui lui sont transmises (Bérard).
Enfin la partie la plus robuste du maxillaire supérieur (renflement vertical qui sépare la fosse canine de la fosse zygomatique) est celle où se trouvent les molaires moyennes, qui servent à broyer les corps les plus résistants.
Les chocs reçus par les molaires sont du reste très atténués, d'abord grâce à la disposition trifurquée de leurs racines, lesquelles répandent dans trois directions la pression exercée en un point de la couronne; ensuite grâce à la structure du maxillaire, qui favorise encore la dispersion de cette pression- En effet, les procès alvéolaires sont formés de cloisons denses comprenant entre elles un tissu diploïque spongieux (Xogué); le corps du maxillaire est creusé d'un sinus ou antre d'Highmore sur la paroi inférieure duquel s'appuient les racines des molaires, et, d'autre part, les incisives correspondent au vide des fosses nasales. Les ligaments dentaires souples et élastiques amortissent encore les chocs (Cruet).
Sensibilité des dents. — Ce n'est pas seulement en qualité de corps durs et résistants que les dents prennent part à Tacte de la mastication ; elles y participent par leur sensibilité. Grâce à cette propriété, nous pouvons percevoir la moindre parcelle placée aux points de contact de deux dents antagonistes et apprécier son degré de dureté. On sait que les ramifications du nerf dentaire viennent s'épanouir jusqu'à la périphérie de la dentine (soit directement, soil par l'intermédiaire des odontoblastes) . La présence de l'émail s'oppose à ce que les impressions thermiques ou le contact des corps durs soient douloureusement ressentis par ces nerfs.
La sensibilité à la pression réside surtout dans le riche plexus nerveux du ligament alvéolo-dentaire. Cette sensibilité est conservée lorsque les dents sont privées de leur pulpe; elle s'exaspère dans les cas de péri-cémentite, où le simple frôlement de la dent par la langue peut pj'ovoquer des douleurs intolérables. Les nerfs du ligament alvéolo-dentaire sont logés, comme les vaisseaux et les éléments cellulaires, entre les faisceaux du tissu conjonctif. Ils proviennent, pour la plupart, des troncs qui se rendent à la pulpe et, en moins grand nombre, des parois alvéolaires (Amoédo).
La sensibilité des dents nous donne à l'instant même conscience de la position du bol alimentaire, de sa consistance, de sa forme, de son volume. Sans ce tact exquis, dit Graves, les deux rangées de dents ne pourraient pas agir de concert ; les incisives et les molaires de la mâchoire inférieure ne pourraient pas adapter leur bord tranchant ou leur surface de broiement aux mêmes parties des dénis de la mâchoire supérieure.
Nous avons déjà vu que la langue joue un rôle important dans la préhension des liquides (succion, etc.). Elle intervient aussi dans la préhension des aliments solides pour porter ceux-ci dans la bouche dès qu'ils ont franchi l'orifice buccal, et môme avant dans certains cas, puisqu'on peut projeter la langue hors de la bouche et y déposer des substances qu'elle introduit ensuite avec elle en se rétractant. Nous étudierons plus loin sa fonction dans la déglutition et sa sensibilité spéciale dans la gustation. Mentionnons encore son rôle de défense qui lui permet de rejeter, de cracher hors de la bouche les substances nuisibles ou simplement désagréables.
Le rôle de la langue dans la mastication a été trèspittoresquement défini par J. Macé qui la compare à « un l)alai qui se promène toul le long des gencives, allant et venant, à droite, à gauche, devant, derrière, furetant dans tous les coins, ramassant jusqu'aux dernières miettes de la bouillie qui vient de se fabriquer dans la bouche, et à mesure que le tas grossit, le balai se fait pelle. Ce qu'il ramasse se roule à mesure sur son dos en une boidette qui se trouve prise à la
fin entre la langue et le palais ». A ce moment le bol alimentaire est formé et va être dégluti.
Pendant la mastication, la langue ramène constamment sous les arcades dentaires les débris insuffisamment broyés qui se sont répandus autourdes dents. Elle contribue même à les écraser lorsqu'ils sont assez mous, en les pressant contre la voûte palatine. Cette com-
aponévrose basilo-pharyni
phsrynx laryngien
thtne du con\s ihyroïdo
Fig. 10. — Langue vue sur une coupe sugiLlulc de la tête et du cou (d'après Sobotta-Desjardins).
pression favorise en outre la gustation, comme nous le verrons dans la suite.
Mouvements de la laiigfue. — Grâce à ses dix-sept muscles (huit pairs, un impair), tant intrinsèques qu'extrinsèques, dont les faisceaux s'entre-croisent dans son épaisseur, la langue peut non seulement se mouvoir très rapidement dans toutes les directions, mais encore changer à tout instant de forme et de dimensions (fig. 10 et 11). Ce sont là des mouvements actifs, par opposition aux mouvements de totalité que peut subir cet organe en raison de ses attaches avec les parties voisines. La langue suit en effet les mouvements du
maxillaire inférieur, ceux de Tos hyoïde et du larynx, alors même que ses propres muscles n'y prennent pas part.
Les fibres musculaires constituant la charpente linguale peuvent être classées en trois groupes, d'après leurs directions : les fibres longitudinales (de la pointe à la base), les fibres transversales (du septum médian aux bords) et les fibres verticales (dans le sens de Tépaisseur).
Quant aux mouvements si complexes de cet organe, voici d'après Landois leur classification avec l'indication des muscles qui les déterminent.
1° — Changements de forme.
papilles foliées œros de
! la langue m lingual inférieur
base de la langue
... m. glosso-
m. slylo-glosse, palatin
m. stylopharyngien '" ■
muqueuse
grande corne .■■ de l'os hyoïde
\ 'm. gc'nio-glosse
m. gcnio-hyoidien
m. thyro-hyoidien
"m. hyoglosse 'os hyoïde (corps) ~ membrane thyi o-hyoïd tenue
Fig. 11. — Musculature de la langue, vue du côté droit. Couche superficielle (d'après Sobotta-Desjardins).
1. Raccourcissement et élargissement (muscle longitudinal ou lingual superficiel, hyoglosse);