L adénite chronique
Adénite aiguë, adénopiilegmox buccinato-comjMissural. — Quelle que soit son origine, cette adénite débute par une légère douleur, par de la gêne fonctionnelle et par une tuméfaction qui siège soit au centre de la joue, soit à 1 centimètre derrière la commissure labiale. Cette tuméfaction est résistante, arrondie et roule sous le doigt; la peau est normale, sans coloration spéciale. Souvent ce début est précédé d'une légère fluxion, d'une poussée aiguë d'arthrite alvéolaire chronique. L'intervention du côté de la région dentaire fait rétrocéder cette adénite aiguë, mais, abandonnée à elle-même, l'adénite passe par la période de ramollissement pour aboutir à l'adénophlegmon. L'aspect du malade devient alors caractéristique : la bouche est entr'ouverte, la joue est infiltrée et tuméfiée, la peau devient rouge, luisante et tendue; le maximum de la tuméfaction se trouve derrière la commissure labiale et s'étend en haut jusqu'à la paupière inférieure; en bas, jusqu'au corps du maxillo-inférieur. Toute la région est chaude et douloureuse; la mastication est gênée, étant donnée la contracture des mâchoires. Le doigt introduit dans la bouche est serré entre la joue et les arcades dentaires et sert de plan résistant pour qu'un autre doigt appliqué sur la joue révèle la fluctuation.
Les phénomènes généraux sont variables. Le malade se plaint de maux de tête, de courbature, de frisson, de fièvre et d'inappétence. Abandonné à lui-même, l'adénophlegmon finit par s'ouvrir; la peau .s'ulcère et laisse écouler du pus jaunâtre mal lié, sanguinolent. Au bout de quelques jours, la peau se cicatrise et la cicatrice est déprimée et radiée. Si la cause de l'adénophlegmon persiste, la peau peut ne pas se cicatriser, et on voit alors apparaître une fistulette, qui persiste tant que la cause n'est pas écartée. Pendant l'évolution de l'adénophlegmon génien, les ganglions sous-maxillaires restent indemnes. C'est donc le ganglion génien qui a concentré, centralisé l'infection à point de départ dentaire.
ADKiNITES GEMENAES. — SYMPTOMATOLOGIE.
Adémtk lUT.ci.wTO-coMMissi ij\i,k ciiRONiyui:. — Celle variété d'adéiiito survionl pr(^S(|iio lonjours i'i la suite de lésions chroniques de la
Fifï. 59. — Adénite génienne du fipoupc sus-maxillaire d'orisrine dentaire.
Fig. 60. — Adénitegéiiiennedu groupe buccinato -commissural d'origine dentaire.
Fig. 61.— 'Adénite géniennesus-maxil- Fig- 62.— Adénophlegmon génien
.laire bilatérale d'origine dentaire. Pc- du groupe sus-maxillaire d'origine
lyadénite préauriculaire parotidienne. dentaire, sous-maxillaire, d'origine tuberculeuse.
région gingivo-denlaire de la mâchoire supérieure el évolue d'une façon lente et insidieuse. Le malade voit apparaître une petite tumeur de la joue légèrement saillante. Cette tumeur, qui correspond à peu près au milieu d'une ligne qui réunirait la commis-
LEBEDINSKY. — ADENITES CERVICO-FACIALES.
sure labiale au lobule de loreille, forme une masse arrondie, indolore, de consistance ferme et mobile sous le doigt Si la cause do l'infection est écartée, cette tumeur diminue graduellement de volume et finit par disparaître; si la cause de l'infection persiste, on voit alors la tumeur augmenter peu à peu de volume; de consistance dure, elle devient rénitente d'abord, molle ensuite, et la tumeur finit paradhéreràlapeau. C'est la période de suppuration: la peau s'ulcère, laisse écouler peu de jius, et il se forme une fistule cutanée qui
s'oblitérera momentanément pour se réouvrir bientôt. L'orifice de la fistule est entouré de tissus ayant conservé leurs caractères normaux. Un stylet introduit par la fistule montre un trajet court et conduit dans une cavité remplie de fongosités.
L'examen du côté du vestibule de la bouche permet de constater une bride épaisse, dure, qui part de la région gingivo-dentaire infectée, passe au-dessus du repli gingivo-génien et se dirige vers la petite tumeur ou vers la fis- Iule. C'est cette bride (jui forme la queue de 1 adénite, qui constitue le signe caractéristique de l'adénite génienne. Une forte pression produite sur ce pédicule fait parfois sourdre le pus par l'orifice cutané de la fistule. Cette adénite génienne fistulisée n'a aucune tendance spontanée à la guérison. Rien que l'intervention du côté de la région gingivo-dentaire fait rentrer tout dans l'ordre et d'une façon rapide.
Adénite viGiii ou adknophlegmo.n sls-maxu.laire. — Cet adénoj)hleginon survient presque toujours à la suite d'une lésion gingivodentaire de la mâchoire inférieure. Ce sont généralement les petites et les grosses molaires, rarement la dent de sagesse, atteintes de putréfication pulpaire ou d'arthrite chronique qui sont les causes de l'adénophlegmon. A la suite de ces lésions, on voit apparaître sur
Fig. 63. — Adénite buoeiaalo-comriiissurale chronique.
ADllMTKS GÉMENNES. — DIAGNOSTIC.
la Tact' exlernc du corps du maxillaire inférieur, en avant de Tinserlion angulaire du masséter, une lumélaclion de volume variable entre celui ilun pois et celui d'une noisette. L'évolution se fait rapidement. Le gana:lion, mobile sous le doigt dès son apparition, ne tarde pas à se ramollir. La peau est rouge, luisante et tendue. La fluctuation est franche, élantdonné le j)lan résistant que présente pour le pus le corps du maxillaire, ('/est l'adénophlegmon à évolution franche. La peau s'ulcère, le pus s'évacue, et tout rentre dans l'ordre.
Adénite sLS-M\xu.LAmK cnnoNioiE. — Cette adénite relève de la même étiologie que ladénophlegmon susmaxillaire. On remarque chez le malade une \)otite tumeur indolente siégant devant l'angle de la mandibule. La tumeur est résistante, mobile, et ne présente aucune adhérence avec le tissu adjacent, dette tumeur augmente peu à peu de volume. L'évolution est lente et insidieuse. La tumeur peul persister plusieurs mois sans inquiéter le malade.
Si on intervient à ce moment et si on supprime la cause de l'infection, on voit le ganglion diminuer graduellement de volume, et la tumeur finit par disparaître.
Dans le cas où l'infection persiste, le ganglion se ramollit, suppure et s'ouvre à lexlérieur. < 'ette fistule persiste tant que la cause de l'irritation persiste. Du côté du vestibule de la bouche, on observe le pédicule de l'adénite, qui part de la région ou de la dent malade pour se perdre dans le ganglion.
DIAGNOSTIC. — Rien n"est plus facile que de diagnosliipier un adénophlegmon génien ou une adénite génienne chronique.
Le siège de la lésion nous permettra d'emblée de dire si l'adénite est buccinato-commissurale ou si elle est sus-maxillaire.
Trois circonstances ditïérentes peuvent se présenter au point de vue du diagnostic : ou bien on est appelé à diagnostiquer un adéno-
Fifi'. 64. — Adénite Ijuccinalo-commissurale chronique.
LEBEDINSKY. — ADENITES CERYICO-FACIALES.
phlegmon, ou bien une adénite chronique, ou bien ladénite chronique fistulisée.
L'adénophlegmon génien ne se confondra pas avec le furoncle, qui est plus superficiel, d'une coloration rouge violacé. Lexistence d'un cratère punctiforme et dun bourbillon le distingueront de Tadénophlegmon. La fluxion dentaire ou plutôt la lympho-cellulite de la joue simule ladénophlegmon génien. Mais la tuméfaction de la lympho-cellulite de la joue est plus vaste, plus diffuse,
mal limitée. De plus la fluxion est souvent la conséquence d'un abcès alvéolaire, d'une ostéopériostite du rebord alvéolaire, d'une arthrite alvéolo-dentaire aiguë. Dans ce cas, le vestibule de la bouche esttuméfié, douloureux, tandis que dans l'adénophlegmon le vestibule reste indolore.
L'adénophlegmon sus-maxillaire est souvent confondu avec l'ostéomyélite du maxillaire inférieur. L'intégrité du maxillaire inférieur, l'intégrité du vestibule de la bouche plaident en faveur de l'adénophlegmon. La tuméfaction du vestibule et la douleur à la pression plaident en faveur de l'ostéomyélite.
Enfin l'adénophlegmon peut être confondu avec l'actinomycose ; mais la tuméfaction, avec sa consistance spéciale intermédiaire entre la mollesse de l'œdème inflammatoire et la dureté des néoplasmes, le fera distinguer de l'adénophlegmon. Dans l'actinomycose, les douleurs sont plus vives et surviennent par des crises violentes ; le trismus est précoce, la peau est rapidement envahie, puis s'ulcère. De nombreuses fistules se forment et constituent le signe évident de l'actinomycose. Enfin l'examen microscopique du pus indiquera la nature exacte de la lésion.
L'adénite génienne chronique se diagnostique facilement. Il faudra néanmoins penser aux kystes sébacés, aux kvstes salivaires, à la
Fifr. 65. — Adénite génieniu (d'après Albertin).
ADÉNITES (iÉNIENNES. — TRAITEMENT. 241
paroi idefaborrault', aux clicloïdes, aux lipomes buccaux, aux gommes sypluliliqucsotluherculeuses, auxalVcclions musculaires closseuses. Nous ne pouvons pas déciii'e minutieusement les symptômes de chacune de ces afi'eclions et les diirérencier de Tadénite génienne chronique. Il sulTit seulement de penser à ses différentes aircctions, de bien examiner la région et les antécédents du malade pour les éliminer. Quant au diagnostic de Tadénile génienne fistulisée, il faudra penser à des fistules d'origine dentaire, à la fistule du canal de Sténon. La fistule du canal de Slénon est ordinairement consécutive à un traumatisme et à ses caractères spéciaux : l'écoulement, surtout pendant la mastication d'un liquide spumeux, qui est la salive. Quant à la fistule dentaire, elle est consécutive à une lésion dentaire ou du tissu osseux du maxillaire. Cette fistule est adhérente au tissu osseux, très déprimée. Son siège correspond généralement à une région où on ne rencontre pas de ganglions géniens (le menton, l'apophyse montante du maxillaire, bosse et fosse canine).
Le diagnostic étiologique est le plus important ; c'est de ce diagnostic que dépend l'intervention et la guérison. Nous pouvons dire, sans craindre d'être taxé d'exagération, que la cause la plus fréquente des adénites géniennes réside dans la région gingivo-dentaire et que la guérison de ces adénites relève par conséquent de l'intervention sur cette région.
TRAITEMENT. — Nous avons dit, et nos observations cliniques nous permettent de l'affirmer, que les adénites géniennes, quels que soient leurs sièges, reconnaissaient presque toujours pour cause une lésion de la région gingivo-dentaire. Le système molaire supérieur, avec sa pathologie dentaire et péridentaire, peut donner lieu à une adénite buccinato-commissurale; le système molaire inférieur peut donner lieu aune adénite sus-maxillaire. Le traitement devient alors simple et radical : écarter, faire disparaître la cause de l'adénite. Lorsque l'adénite estaiguë ouchronique et même fistulisée, l'avulsion des chicots, de la dent soupçonnée, le nettoyage minutieux de labouche suffisent comme intervention. Des adénites, fistulisées depuis des mois, depuis des années, ont pu guérir très rapidement rien que par l'intervention dentaire. Lorsque l'adénite est suppurée, lorsqu'il y adénophlegmon, l'intervention dentaire seule est insuffisante.il faut, à part l'avulsion de la dent ou des chicots soupçonnés, pratiquer l'ouverture de la poche. Nous nous servons toujours du thermocautère, qui a l'avantage de ne pas laisser de cicatrice. L'ouverture de la collection purulente et l'avulsion de la dent incriminée se font dans la même séance. Asepsie de la bouche, pansement aseptique de l'adénophlegmon, et le tout rentre dans l'ordre au bout de huit à dix jours.
Traité i>k stomatologie. V. — 16
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