COÏNCIDENCES MORBIDES OCULO-DENTAIRES
Certains hérédo-syphililiqnos présentent sur les premières grosses molaires des stigmates semblables à ceux des dents signalés plus haut, et Darier a insisté sur ce l'ail .
L'atrophie cuspidienne de la première grosse molaire et les dents décrites par Ilutchinson sont des signes que tout fait considérer comme pathognomoniques de la syphilis héréditaire. Rappelons aussi les dystrophies et lésions palatines, buccales, labiales.
De l'examen d'innombrables cas d'hérédo-syphilis oculaire, nous pouvons conclure que les stigmates bucco-dentaires existent en effet chez la plupart de ces sujets tarés. Mais il n'est pas moins certain que, chez d'assez nombreux sujets atteints de kératite hérédosyphilitique, d'autres lésions profondes de l'œil et d'afTections viscérales du même ordre, et alors que la syphilis était expressément avouée par les géniteurs, nous avons pu constater une dentition absolument normale. Le tableau hutchinsonien n'est pas toujours au complet. Aussi faudra-t-il se garder d'attribuer à l'absence des stigmates dentaires une importance qui permette de repousser le diagnostic de syphilis héréditaire, si tout le reste, sans préjudice des commémoratifs et des antécédents héréditaires, la décèle. Panas avait ainsi infirmé à peu près complètement au début le rôle de la syphilis dans l'étiologie de kératite interstitielle, sous prétexte que la denture était de temps en temps physiologique chez de tels malades.
Enfin on sait, et nous l'avons vérifié, qu'une certaine proportion d'enfants nés de pères ou de mères syphilitiques avérés et avoués ne présentent et ne présenterontjamais de tare héréditaire quelconque.
Très curieuses sont les relations entre certains états anormaux et évolutifs des dents et du cristallin.
Les dents et le cristallin provenant, comme tant d'autres organes (cheveux, épiderme, poils, ongles, etc.), de l'ectoderme, l'existence de malformations simultanées des dents et du cristallin doit être logique.
En effet, chez des sujets atteints de cataractes congénitales, ou j!?aracon^é/2//a/es (comme la cataracte zonulaire),Horner, J. Hutchinson (1), von Arlt, Baehr ont constaté des altérations dentaires spéciales. Horner a signalé la coïncidence assez fréquente de déformations dentaires avec les cataractes zonulaires, et son élève Davidsen a développé cette question. Horner avait remarqué, seulement sur certaines dents, des ditTormités portant : 1° sur l'ensemble de la dent, cubique, volumineuse et disgracieuse; 2° sur l'émail qui s'arrête brusquement en formant un fossé transversal au lieu de s'étendre régulièrement sur le collet : des ondulations de l'émail et des absences très étendues de l'émail s'observent sur ces dents, où l'ivoire est souvent très largement dénudé.
(1) J. HuTCHiNsoN, Dents spéciales coexistant avec la cataracte zonulaire [The Lancet, t. I, 1875).
Norman Benett a vu '22 fois les dents altérées sur 25 cas de cataracte zonulaire. II affirme que c'est toujours la première molaire définitive qui est atteinte en pareil cas, et seulement elle, alors que, dans le rachitisme sans cataracte zonulaire, canines et incisives sont prises.
Horner pensait qu'une même cause générale, le rachitisme, était l'origine commune des dystrophies dentaires et cristalliniennes. Schmidt-Rimpler s'est demandé si, par l'intermédiaire des connexions nerveuses, les lésions dentaires ne pouvaient pas provoquer les lésions cristalliniennes.
On sait de plus que la tétanie et les convulsions ont été accusées (Von Arlt) de provoquer la cataracte zonulaire et l'opacification partielle du cristallin par un ébranlement traumatique.
Il semble (Grif fi th) que c'eslà la seizième semaine de la gestation qu'il faudrait rapporter les troubles cristalliniens et dentaires simultanés. II est presque inadmissible que les lésions dentaires soient la cause de la lésion cristallinienne.
Il est infiniment probable qu'une même cause, arrêt de développement ou infection toxique, préside à ces accidents, car on a réussi à provoquer par des injections de toxines, chez des femelles pleines, des cataractes congénitales (Monthus, Nattan-Larrier).
Enfin il existe des cataractes zonulaires, sans lésions dentaires, sans rachitisme et même sans tétanie ou convulsions.
Il est très probable que ces diverses altérations, se rencontrant simultanément, relèvent d'une pathogénie commune, mais ne s'engendrent pas mutuellement.
L. Dor, auquel nous empruntons une partie des détails qui précèdent, se rattache à la théorie toxinique.
On ne confondra pas ces stigmates avec ceux de la syphilis héréditaire ; de plus, on se rappellera que, dans la syphilis héréditaire typique, la coexistence des stigmates dentaires et de lésions cornénnes, choroïdiennes, rétiniennes et cristalliniennes n'est pas rare; mais il est rare qu'il s'agisse de cataracte zonulaire.
Dans la tétanie, on a pu observer le développement de cataractes ; mais, chez de tels sujets, rien ne prouve que des causes périodiques d'intoxication ne soient pas au moins autant en jeu que des crises convulsives.
E. Berger a signalé des états, indépendants du diabète (dans lequel, on le sait, altérations dentaires, gingivite expulsive et cataractes sont parfois simultanées), où le déchaussement des dents, le grisonnement et la chute des cheveux, puis la cataracte, se sont produits simultanément ou successivement. II a signalé aussi l'observation d'une femme, atteinte de la perte de molaires au cours d'un goitre exophtalmique, et qui eut plus tard une cataracte, alTection d'ailleurs quelquefois observée dans cette maladie.