ROLE DES AFFECTIONS BUCCO-DENTAIRES
et souvent conlroiivée, se fait jour dans cette évolution hislonqiie.
Les auleiirs qui s'occupent de sinusites maxillaires mentionnent le retentissement orbito-oculaire et, dautre part, les ophtalmologistes [VVenzel (1), Béer (2), Travers {3)J parlent d'amaurose et même de goutte sereine dues à Todonlalgie ou à diverses affections dentaires. Le strabisme (Travers, Frick) leur est même attribué.
Diverses observations isolées de mort ou d'accidents orbito-denlaires des plus graves (Fischer, Pasquier, Sovet, etc.) se trouvent dans les journaux médicaux de la première moitié du xix^ siècle, de même que quelques cas d'amaurose passagère (Gaffe, Trinchera, etc.) d'origine dentaire; mais il faut arriver au mémoire de Teirlinck (4) pour trouver un large travail d'ensemble sur la question et la relation de plusieurs accidents orbitaires graves ou mortels à la suite d'ablation dentaire. Depuis, les noms de divers ophtalmologistes (Desmarres, Tavignot, Deval,de\Vecker, Galezo\vski,Mengin, Hutchinson, Despagnet, etc.) sont à citer parmi les Français. A l'étranger, nombreux sont les dentistes et oculistes anglais, américains, allemands, espagnols, dont on trouvera, au cours de ce travail, les observations respectives.
Les dentistes et stomatologistes ne sont point restés en arrière.
Les publications deDelestre, de Magitot, la thèse de Pietkiewicz(5), celle de Courtaix (6), inspirée par lui, constituent des travaux méritoires et une accumulation importante de faits, parfois disparates, sur les sujets qui nous occupent. Citons encore les noms de Capdepont, Rodier, Chompret, Pont (7), C. Tellier, etc.
Les chirurgiens ont eu quelquefois l'occasion d'observer et de publier des cas semblables. Mais on peut dire que ce sont surtout les divers travaux stomatologiques et rhinologiques sur les sinusites maxillaires qui contiennent un grand nombre d'observations oculodentaires capitales, mais devenues de notoriété vulgaire.
A partir de 1802, la question si grave et si impressionnante des accidents orbitaires et cérébraux dus aux infections péridenlaires ou aux extractions dentaires fait un grand pas en avant. Les travaux deFeuer, de Schwendt, de Hirsch, deHallauer (8), de Panas (9), notre travail (10) démontrant, avec autopsie et examen bactériologique à l'appui, qu'un abcès péridenlaire de la mâchoire inférieure peut
(1) Wf.nzel, Manuel de l'oculiste. Paris. 1808.
(2) Béer, Lehrb. von cl. Augenheilk., Wien, 1817.
(3) Tbavers, Synopsis of diseases of thc eye, London, 1821.
(4) Teihi.i.nck, Rapports pathologiques en tre l'œil et les den ts (. l nn aZe.v d'oc ui., 1848).
(5) PiETKiE-\\icz, La périostite alvéolo-dentaire. Thèse de Paris, 1876.
(6) Courtaix, Relat. pathol. entre l'œil et les dents. Thèse de Paris, 1891.
(7) Po>T, Lyon méd., 1898.
(8) Hallauer, Archiv of ophtalmoloç/y, t. XXXI.
(9) Panas, Empyème maxillaire avec ostcopériostite orbitaire d'origine dentaire [Arch. d'opht., 1895).
(10) A. Tf.rson, Remarques sur les phlébites orbitaires dues aux affections buccopharyngces [Recueil d'opht., 1893).
282 A. TERSOX. — AFFECTIONS OCULO-DENÏAIRES.
aboutir d'emblée au sinus caverneux par le plexus ptérygoïdien et la veine du trou ovale, sans passer par l'orbite, une foule d'autres observations oculo-dentaires mentionnées dans les travaux de Lagleyze(l), de Sebileau, de Tellier, de Sabatier (2), prouvent que, s'il est beaucoup de faits controuvés, justiciables d'une critique sévère (3), le progrès dans la connaissance scientifique de ce sujet est des plus réel et a suivi parallèlement celui des connaissances anatomiques mentionnées dans le premier chapitre de ce travail et concernant les vaisseaux veineux de la bouche, de la face et du crâne et, d'autre part, les sinus osseux périorbitaires.
Si l'on résume l'évolution historique, on trouvera que, dans sa /première phase, médecins, chirurgiens, ophtalmologistes, forcés par l'évidence, signalent, à l'occasion, des cas d'affections oculo-dentaires. Dans une seconde période, oculistes et dentistes s'efforcent d'accumuler, tels des matériaux, tantôt précieux et utiles, tantôt informes, impropres et inutilisables, une foule d'observations, réunies avec plus ou moins de discernement.
Dans une dernière phase d'édification, d'élargissement et d'aménagement, surtout à partir de 1892, rhinologistes, ophtalmologistes, stomatologistes unissent leurs études et embrassent, en plus des accidents dentaires et sinusiens, la pathologie comparée des sinusites périorbitaires et leur retentissement de voisinage, les origines sinusiennes de tant de phlegmons de l'orbite, enfin une étude plus avancée et plus approfondie des phlébites orbito-craniennes et des infections sanguines d'origine buccale.
Cette évolution est bien loin d'être terminée et, tout en continuant l'examen de nouveaux faits combiné h^ un travail de critique et de perfectionnement, l'effort stomatologique le plus nécessaire de l'avenir doit, à notre avis, porter, avant tout, sur les bases de la prophylaxie des accidents orbilo-dentaires les plus redoutables. Les ophtalmologistes ont à redoubler d'efCorts pour arrêter le plus tôt possible dans leur marche au cerveau les accidents de ce genre, à la fois par un traitement médical conçu sur de nouvelles bases et par des interventions chirurgicales modifiées.
Uétiologie dentaire du ne afl'eclion de l'œil s'établira sur des conditions, de très grande probabilité souvent, de certitude parfois. Lorsque l'accident visuel, fonctionnel ou objectif, survient pendant ou immédiatement après un accident ou une opération dentaire, ordinairement du même côté, lorsqu'il s'améliore ou cesse dès le traitement de l'accident buccal, il faudrait un scepticisme résistant à ce que nous appelons la vérité pour nier la relation de cause à effet.
(1) Lagleyze, L'œil et les dents {Arch. d'ophl., 1899j.
(2) Sabatier, Les septicémies d'origine bucco-dentaire. Thèse de Lyon. 1903.
l3) M.\THiEU, Étude critique sur les rapports oculo-dentaires. Thèse de Paris, lb94.
Dôja plus discutables sont les cas où, pour des deuts altérées, mais non douloureuses, non accompagnées de I roubles ayant sollicité Taltention du malade ou du médecin, une alTection oculaire jusque-là rebelle s'améliorera lentement peu après le moment où, en désespoir de cause, on aura traité les dents. Il en est ainsi pour d'autres afTections (pelade, etc.) attribuées par quelques-uns à un état dentaire défectueux. Enfin nous n'apprendrons rien à personne en rappelant <jue, danfe un assez grand nombre d'observations plus ou moins précises, une origine dentaire a été accusée tout simplement parce que les dents étaient malades, alors que bien d'autres étiologies pouvaient être invoquées, et même plus plausiblement. Dans le tableau que nous allons présenter, nous n'avons, autant (jue possible, conservé que les faits réunissant des conditions relativement convaincantes et méritant de constituer un fonds classique.
La plupart des auteurs qui se sont occupés de la pathologie oculaire comparée à la pathologie buccale et de leurs rapports ont groupé leurs considérations et leurs documents, en s'inspirant de <livisions plus ou moins arbitraires, parce qu'elles sont basées sur des notions pathogéniques partiellement ou totalement discutables, à l'heure même où elles sont émises, et qui forcément subiront des fluctuations les rendant méconnaissables dans l'avenir et en supprimant une bonne partie. D'autres travailleurs ont apporté une masse quelque peu confuse de matériaux que l'on a dû ultérieurement cribler et dont il n'est pas toujours resté grand'chose.
Nous préférons au contraire classer régionalement les alTectionsde l'œil et de ses annexes, auxquelles on pourra, à bon droit, attribuer une étiologie bucco-dentaiue certaine ou extrêmement probable, dans les cas où l'observateur se sera entouré des moyens d'investigation oculaire les plus précis et les plus modernes et n'aura conclu qu'après une suite d'examens suffisamment prolongés et une terminaison probante.
Ainsi donc, au lieu de suivre une classification pathogénique qui, comme les classifications bactériologiques par exemple, restera sujette à d'innombrables modifications dans l'avenir, nous suivrons ici Vordre analomiqiie, qui, lui, est, non seulement rationnel, mais immuable. Après l'examen des parties externes malades de l'œil et de ses annexes (exoscopie oculaire), nous aborderons l'étude des affections internes de l'organe (endoscopie), pour aboutir enfin à celle des maladies de la loge rétro-oculaire, l'orbite.