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II. — RÉPERCUSSION SENSITIVE

A. Zones sensitives de Head. — Voilà donc connues, d'une façon générale, les connexions anatomiques du système gingivo-dentaire avec les filets chargés de l'innervation du tégument de la face et du cou. On a tenté d'aller plus loin dans l'analyse des faits et d'établir un rapport plus précis entre le lieu de rirritation et le siège de la répercussion cutanée.

Cette étude avait déjà été entreprise pour les alTections des différents viscères. En 1892, Head et Mackenzie démontrèrent que l'impression douloureuse dans certaines régions produit une hypersensibilité cutanée à un niveau correspondant.

Dans une série d'autres mémoires, Head partagea la totalité du corps en une série de zones et montra que chacune d'elles, liée d'une façon intime à un ou plusieurs organes internes, devenait hypersensible aussitôt que l'un ou l'autre de ces organes devenait malade.

(1) Nature et traitement de la pelade {Annales de (lenn;ilolo(jie, février et mars 1902, p. 60).

RÉPERCUSSION SENSITIYE.

Pour Head, la surface cutanée céphalique ne diffère en rien de celle du corps. Par des observations patientes et répétées, tenant compte, autant que possible, des causes d'erreur provenant de la coexistence d'affections viscérales, il put diviser les téguments de la tôle en régions correspondant chacune à une dent ou à un groupe de dénis. Voici ces correspondances, telles qu'il crut pouvoir les établir (fig. 81) :

1° Les incisives supérieures ont leur réflexe dans la région naso-frontale ;

2° La canine et la première prémolaire supérieure ont leur réflexe dans la zone naso-labiale;

3° La seconde prémolaire supérieure a sa zone réflexe sur la région temporale maxillaire :

4'' La première molaire supérieure exerce sa réflectivité sur la zone maxillaire;

5° La seconde molaire et la dent de

Fis:. 81

Principales zones de l'extrémité céphalique en correspondance avec les lésions d'une dent ou dun fîroupe de dents (d'après Head).

sagesse supérieure exercent leur réflectivité dans la région zygomatique ; 6" Les incisives, la canine, la première

1, zone naso-frontale; 2, zone naso-labiale ; 3, zone temporale et fronto-temporale;4, zone maxillaire, 5, zone

prémolaire du maxillaire inférieur ont leur zygomatique ; 6, zone men-

,„ , , tonnière; 7, zone supra laryn-

zone réflexe sur le menton ; ^^^.^^ ^^^^ hyoïdienne.

7" La seconde prémolaire inférieure n'a pas une zone réflexe bien certaine; il semble que ce soit ou la zone mentonnière ou la zone hyoïdienne ;

8" La première et la seconde molaires inférieures réagissent sur la zone hyoïdienne et provoquent des douleurs auriculaires ;

9° La dent de sagesse inférieure réagit sur la zone laryngée supérieure du cou.

Ces correspondances n'existent, d'après Head, que lorsqu'il y a maladie delapulpe dentaire. Lorsque celle-ci est respectée, la douleur reste locale. Par contre, si l'état du sujet est mauvais, il n'existe plus seulement une zone limitée douloureuse, en relation avec la dent malade, mais la zone sensible s'étend, pouvant envahir la moitié de la tête. Dans ces conditions, l'affection dentaire a éveillé l'hypersensibilité dans des territoires qui ne sont plus en relation immédiate avec la dent malade.

Récemment Teiler (1) a tenté de vérifier les recherches de Head. Il a confirmé d'une façon générale les résultats obtenus par le physiologiste anglais, mais signale quelques petites différences.

(1) Teiler de Breslau, Ueber die bel Erkrankungen der Zahne auftretendea Reflexzonen der GesicliLs u. Kopfhaut (nach Head), Wien, 1905.

328 GAUMERAIS. — IRRITATIONS GINGIVO-DE.XTAIRES.

Les zones qu'il décrit sont les mêmes pour les incisives, les canines et les dents de sagesse supérieures et pour les molaires inférieures. Quant aux zones qui correspondraient aux premières prémolaires supérieures et aux premières molaires supérieures et inférieures, il ne faut les considérer que comme des zones maxima, capables de s'étendre aux régions voisines, suivant le plus ou moins d'intensité réactionnelle.

Siintéressantesqu'elles soient, cesrecherches n'ont encore portéque sur un trop petit nombre de faits pour emporter la conviction. D'ailleurs certains auteurs, entre autres Bettmann (1), n'ont pu retrouver de façon certaine et dans tous les cas une semblable systématisation.

Mais, quoi qu'il en soit de la réalité de ces zones, le fait que nous voulons seulement dégager de ce qui précède reste en totalité, à savoir la possibilité anatomique du transfert à la peau des irritations d'origine dentaire.

B. Répercussion neuro- musculaire sensitive. — C'est en se basant sur une répercussion sensitive facile à saisir objectivement que ces recherches ont été poursuivies. Mais ce n'est pas la seule que l'examen puisse déceler. Alors même que dans la plupart des cas ils ont passé inaperçus du malade, d'autres troubles objectifs de la sensibilité peuvent être facilement mis en évidence. Nous faisons allusion à la névralgie latente des branches du trijumeau, rencontrée dans plus de la moitié de nos observations, et que la pression parfois atrocement douloureuse aux points d'émergence de ces branches démontre aisément. Très fréquemment intéressés, au moins quand on sait les rechercher en leur siège anatomique précis, sont les points sus, sous-orbitaires et mentonnier. Mais d'autres points névralgiques existent à la sortie d'autres troncs nerveux que l'irritation gingivo-dentaire est allée impressionner de proche en proche, et .lacquet a ajoulé aux points précédents le point sous-auriculaire, <^mergence du nerf auriculo-temporal (nerf maxillaire supérieur, branche du trijumeau) situé dans la fosse rétro-maxillaire immédiatement au-dessous du conduit auditif externe, et le point sousoccipital, qui correspond à l'émergence du nerf d'Arnold dans l'angle formé par le grand droit et le grand oblique de la nuque, à 1«",.5 environ de la ligne médiane.

Moins fréquente et d'ailleurs ne se rattachant que très indirectement à notre étude est Vhyperesthésie musculaire. Elle existe néanmoins, d'une façon indiscutable, à la pression et au pincement dans un certain nombre de cas.

Nous n'insisterons pas ici sur les phénomènes sensitifs subjectifs. Dans leurs deux modes, névralgie simple et névralgie avec flexion, ils sont bien connus et sont d'une constatation facile.

(1) Bettma.n, Travail de la clinique médicale de Heidelberg, publié dans Archiv jûr Dermutohfjie und S}/j)hilis, Bd. LXX, l^ffasc, 1904.

RÉPERCUSSION TROPHIQUE. 329

Disons seulement que les uns et les autres de ces troubles sensitif s ri subjectifs ne restent pas forcément limités à la sphère faciale ou crânienne. L'action réllexe gagne à distance les téguments de la nuque, du cou, de l'épaule et môme du bras.

m. - RÉPERCUSSION VASO-MOTRICE ET SÉCRÉTOIRE.

A côté de ces troubles sensitifs, mais d'une appréciation beaucoup plus délicate, il nous faut citer les troubles vaso-moteurs. Nous ne parlons pas ici des cas où, coexistant avec une fluxion, un abcès volumineux, la peau de la joue, par exemple, présente de la rougeur 4îl de riiyperthermie en rapport avec l'inflammation aiguë sous-jacente.

Mais, sans l'aide d'un processus inflammatoire apparent, on peut observer une érytlirose plus ou moins accentuée, généralisée parfois à tout un côté de la face, localisée bien plus souvent à la joue tout -entière, à la pommette ou à l'oreille.

L'exploration, avec le dos de la main ou des doigts, de la région éry- Ihrosique fait constater souvent une hyperthermie coexistante, consi- <iérable quelquefois, et que la comparaison avec le côté sain permet d'apprécier à plusieurs dixièmes de degré, et même à 1 , 2 et 3°. La véri tication est facile à l'aide d'un thermomètre à température locale.

Ces troubles de l'innervation vaso-motrice réagissent en partie ^les troubles secrétaires moins fréquents mais indéniables.

La séborrhée., particulièrement sur les placards peladiques, l'augmentation unilatérale de la sécrétion sudorale devront être recherchées.

Il faut rapprocher de ces troubles certains phénomènes plus rares ^ignalés par Jacquet : le coryza chez deux malades dont l'un présentait seulement un hémi-coryza limité à la narine du côté névralgie, et même l'hémi-épistaxis.

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