R. NOGUÉ. — HYPERTROPHIE DES GENCIVES
cavité buccale (1) à l'âge de sept ans : « L'apparence des gencives est très remarquable. Leur hypertrophie est générale et assez considérable pour recouvrir presque complètement les dents. Ces parties forment, par places, de nombreuses masses papillomateuses ou polypoides, et en d'autres points elles présentent un aspect spongieux qui frappe immédiatement.
« Les dents, bien que presque masquées par l'hypertrophie gingivale, sont pourtant encore visibles et peuvent remplir un certain office dans la mastication. Le développement des gencives est le plus prononcé à leur surface libre supérieure, où elles sont presque partout aplaties et en certains points durcies par la pression de la gencive opposée. Leur coloration est anormale et, tout en étant, par places, molles, vasculaires et spongieuses, elles paraissent en général fermes et fibreuses au toucher. La maladie se limite nettement à la gencive. «
Dans d'autres cas, on voit l'affection débuter dans l'enfance et persister dans l'âge mûr, parfois même malgré l'intervention chirurgicale. Tel est le cas de Mac Gillivray. Au moment de la naissance, les gencives de l'enfant avaient un volume considérable; des dents de lait, deux seulement firent leur apparition et, au moment où lapetite malade atteignait l'âge de quatre ans, l'excroissance avait pris un tel développement que le médecin de la famille essaya de la réprimer à l'aide de caustiques, mais avec peu ou point de succès. A dix ans, on lui fit une opération, danslaquelle neuf dents complètement cachées furent extraites en même temps que les parties exubérantes des gencives étaient enlevées. Mac Gillivray ne vit cette malade qu'à l'âge de vingt-neuf ans (2), La bouche était maintenue largement ouverte par des masses lobulées considérables, qui partaient des deux mâchoires. Les énormes excroissances naissaient principalement de la face linguale de la portion alvéolaire des mâchoires; la face labiale était comparativement saine. Dans l'intérieur de la bouche, elles s'étendaient en arrière, le long delà voûte palatine, et se projetaient au-dessus duvoile du palais. La surface delà production était lobulée, lisse en certains endroits ; en d'autres, la présence d'énormes papilles la rendait rugueuse; aucun point n'était ulcéré: la masse noccasionnait aucune souffrance. Cette masse fut extirpée en trois séances, à quelques jours d'intervalle l'une de l'autre : les parties molles furent enlevées avec le bistouri ; les parties osseuses hypertrophiées furent excisées aveclapince de Liston. Il y eut un écoulement de sang considérable, qui fut arrêté par la cautérisation. La guérison fut rapide et la resliiutio ad integrum de la bouche parfaite.
il) John McuHAY. De trois cas particuliers de molluscum fibreux chez des enfants d'une même famille (Medico-chiruryicul Transaclions, vol. LXVI).
(2) Mac Gillivray, Ausiralian med. journ., août 1871. — Tomes, Traité de chirurgie dentaire.
FORMES CLIXIQUIiS. 5
Dans un cas que nous avons observé et opéré (1), l'hypertrophie gingivale était beaucoup plus limitée.
La malade, âgée de quarante et un ans, avait vu ses gencives toutes tuméfiées à la suite de poussées aiguës de gingivite quelques années auparavant. La tuméfaction gingivale augmenta progressivement. De nouvelles poussées congestives survinrent ensuite, mais généralement indolores, accompagnées d'enflure plus considérable des gencives à chaque flux menstruel. Quand nous eûmes l'occasion de voir cette malade, la tumeur était en voie d'accroissement et déterminait même un certain degré d'asymétrie de la face. La mastication était fortement gênée. Il y avait des hémorragies répétées, et l'haleine dégageait une odeur fétide. La bouche ouverte, on apercevait à gauche une masse mamelonnée d'une couleur rouge rosé avec des points grisâtres et l'empreinte très nette des dents supérieures correspondantes. Cette masse s'étendait sur une grande partie du sillon gingivo-labial. Elle était formée de deux tumeurs inégales. L'une, la plus petite, avait son point d'implantation à l'intérieur de la bouche, bien bas, près du plancher, sur la muqueuse gingivale. L'autre occupait le sillon gingivo-labial, depuis la branche montante du maxillaire jusqu'au niveau de la première prémolaire. Elle recouvrait les molaires complètement et s'accolait avec la tumeur interne, au point que les deux tumeurs semblaient n'en faire qu'une. Il n'y avait ni douleurs spontanées, ni engorgement ganglionnaire. La tumeur fut enlevée en plusieurs séances sous l'anesthésie cocaïnique, et la guérison survint sans incident.
Dans l'une des observations de Th. Raynal (2), le malade était âgé de soixante-quatre ans. Ses gencives étaient très grosses depuis son enfance, mais cependant beaucoup moins volumineuses qu'au moment de son entrée à l'hôpital. Cette hypertrophie s'était développée progressivement. La lésion gingivale se présentait sous la forme d'un épais bourrelet occupant toute la surface des bords alvéolaires supérieur et inférieur, tant du côté interne que du côté externe. Ce bourrelet avait une consistance fibreuse et offrait au loucher une dureté en tous points semblable à celle d'une gencive saine. A peu près lisse du côté des joues, il prenait vers la partie labiale l'aspect granuleux dune mûre. A cet endroit, en effet, la surface du bourrelet est constituée par une multitude de petites sphères confluentes formées vraisemblablement par les grosses papilles, elles-mêmes hypertrophiées.
Certaines de ces petites sphères peuvent être soulevées. Elles se montrent alors pédiculées et, lorsqu'on les laisse retomber, revien-
(1) Dr R. NoGuÉ, L'hypertrophie des g;enci%-es (Archives de slomatologie. janv. 1900).
(2^ Th. Ravnai-, Deux cas d'hypertrophie gingivale généralisée congénitale et familiale [Marseille med., n" 19, 1909).