R. NOGUÉ. — HYPERTROPHIE DES GENCIVES
nonl prendre leur place dans une sorte de loge cupuliforme, où elles disparaissent à demi.
La tumeur était absolument et exclusivement limitée aux rebords alvéolai res ; en aucun point elle n'empiétait dans le cul-de-sac gingivogénien sur la muqueuse de la joue.
Du côté où le sujet mangeait, la tuméfaction était dure et ligneuse : de l'autre côté, au contraire, il y avait du pus et les lobes étaient mollasses, fongueux et flottants.
De temps à autre, sous des causes diverses, du froid notamment, la bouche subissait une poussée inflammatoire intéressant toute rétendue des bords gingivaux. Pendant cette période phlegmasique, il y a une gène notable de la mastication, et le volume des gencives paraît encore augmenté. La salive est fétide et striée de sang, et le malade accuse une sensation de chaleur intense dans toute la bouche.
Chez un neveu du malade précédent, âgé de onze ans, il existe une hypertrophie occupant toute l'étendue du bord maxillaire, tant au maxillaire supérieur qu'au maxillaire inférieur.
La tumeur n'a pas ici l'apparence granuleuse mûriforme signalée dans l'observation précédente, mais elle se présente sous forme de bosselures nodulaires, très dures au toucher, absolument indolores et recouvertes d'un épithélium en tous points semblable au revêtement gingival normal. Ces lobules sont séparés par des vallées profondes d'environ 1 millimètre, et il existe un espace à peu près égal entre chacun d'eux. Leur- surface est très lisse. En deux ou trois points seulement, on voit apparaître un piqueté de petites granulations saillantes rappelant les graines mûriformes. A la palpai ion de la région, on a l'impression que seule la partie alvéolaire des maxillaires est touchée par l'hypertrophie.
Dans ces deux observations, on trouve nettement le caractère héréditaire, car le jeune malade de onze ans avait une grand'mère atlein,te d'hypertrophie gingivale et une sœur âgée de quinze ans, atteinte de la même alTection. En outre, le caractère congénital a été également noté par plusieurs autnu's.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Au point de vue histologique, A, Bruce, qui examina les tissus de la malade d'Erichsen, s'exprime ainsi :
La seclion de cette masse montra qu'elle consistait en un slroma fibreux résistant, contenant beaucoup de tissus glandulaires dans ses interstices et recouvert à sa surface par des papilles vasculaires très volumineuses. La couche épithéliale avait une épaisseur insolite, mais on ne trouva point d'éléments anormaux dans la masse, qui était un exemple dhyperirophie vraie.
Pour Drew, ces masses hypertrophiées sont constituées par de délicats faisceaux de tissus fibreux ondulés entrelacés. Entre ces
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laisceaux se trouvent de nombreuses cellules formant, en certains points, des a^2;lomérations assez considérables.
Dans l'un des cas observé par Th. Raynal (de Marseille), l'examen hislologique confié au D'' Weill donna les résultats suivants : l'hypertrophie était due surtout à la prolifération du tissu conjonctif sousniuqueux. Au-dessous d'un épithélium pavimenteux stratifié à (M'ilules normales bien colorées e( d'une couche malpighienne régulière et continue, on trouvait le tissu conjonctif lâche, formé de cellules rondes et de jeunes fibres conjonctives. Le tissu ferme, lâche, à mailles espacées, était entrecoupé d'un réseau de fibres conjonctives adultes bien formées et prenant bien les réactifs colorants. Par endroits, ce tissu adulte se trouvait même sous une épaisseur assez considérable, formant ainsi de grosses travées fibreuses qui parcouraient la préparation.
Des vaisseaux à parois assez épaisses étaient disséminés un peu partout, mais n'étaient pas distendus par le sang. Pas d'hémorragie entre les faisceaux conjonctifs.
Toute la préparation était remplie de petites cellules embryonnaires, de préférence dans les points où le tissu conjonctif était particulièrement lâche et surtout dans la muqueuse.
ETIOLOGIE. — L'étiologie de cette singulière affection est obscure. Tandis que les uns ne voient en elle que l'aboutissant d'une inllammation chronique des gencives, d'autres n'hésitent pas à la mettre sous la dépendance de certains états diathésiques.
.Magitot, par exemple, la classe dans les gingivites chroniques. Bontemps, à sa suite, en fait la dernière des phases suivies par le processus inflammatoire dans la gingivite chronique.
Dans la plupart des observations, on a noté une intelligence défectueuse et certains des caractères delà scrofule.
Pollack avait noté dans un cas l'exubérance de la chevelure grossière, l'épaisseur de la peau et autres signes indiquant une tendance à l'hypertrophie tégumentaire.
Th. Raynal, devant la coïncidence de certains signes très nets d'acromégalie relevés dans une de ses observations, pense que cette trophose pourrait être sous la dépendance d'une lésion quelconque de la glande pituitaire. « Il est évident, ajoute cet auteur, que le caractère familial de ces lésions pourrait peut-être combattre dans le cas particulier l'hypothèse hypophysaire. Mais ne peut-on pas admettre qu'une lésion pituitaire soit elle-même familiale et Iransmissible? l'ne lésion squelettique de la selle turcique ne pourrait-elle pas, aussi bien qu'un néoplasme (comme ceux qui ont été observés en d'autres circonstances), provoquer les manifestations acromégaliques que nous avons cru relever? Ceci posé, rien ne s'oppose à laisser admettre que la transmission héréditaire de la même cause arrive, par le même mécanisme, à produire les mêmes elTets. »