SOINS D'HYGIÈNE DONNÉS PAR LE STOMATOLOGISTE
rocoininaiulcr aux patients de prendre l'iiabitude d'aller faire examiner leurs dents périodiquement, sans attendre de s'apercevoir qu'il existe des lésions. La fréquence des examens est évidemment subordonnée au coefficient de résistance à la carie, lequel varie non seulement chez les différents sujets, mais chez un même individu (maladies, grossesse, etc.). On peut fixer comme moyenne trois visites par an, ce nombre devant être augmenté chez les personnes qui ont des dents fragiles.
Prophylaxie de la carie dentaire; reminéralisation du système osseux. — La déminéralisation qui se produit à certaines périodes de la vie (puberté, grossesse, allaitement, surmenage, préparation des examens, etc.) ou au cours des maladies générales (anémie, neurasthénie, tuberculose, syphilis, etc.), se traduit du côté des dents par l'apparition de nombreuses caries et surtout de caries à marche très rapide.
L'administration des sels minéraux en déficit est indiquée dans tous ces cas pour fournir à l'organisme, et en particulier au système dentaire, les moyens de réparer une désassimilation exagérée. Quels sont ces sels?
L'os humain frais contient de 29 à 37 p. 100 de son poids de matières minérales et, calciné, laisse un mélange où prédomine le phosphate tricalcique mêlé de phosphate de magnésie, de chaux et de fluorure de calcium.
Ferrier, dans son remarquable travail sur la décalcification des dents (1), insiste sur l'importance des sels de chaux, et principalement du carbonate de chaux. Sa méthode de traitement de la tuberculose, en tant que maladie déminéralisante, a été appliquée avec succès dans de nombreux cas de mollesse des tissus dentaires et de caries multiples à évolution rapide (2).
En voici les grandes lignes :
Bannir les aliments et boissons acides ; éviter les boissons alcooliques, les corps gras ;
Ne pas dépasser 200 à 300 grammes de pain par jour; espacer largement les repas;
User de légumes non acides, pâtes, œufs, viandes maigres, poissons, fruits cuits, confitures non acides ;
Boire le matin de bonne heure, et une demi-heure avant chaque repas, une eau minérale bicarbonatée calcique (Saint-Galmier. Pougues-Saint-Léger, etc.) ;
Prendre par jour trois cachets composés comme suit :
(1) P. Ferrier, Relations de nutrition entre le squelette et les dents. Odontocie. Ostéûcie. Thèse de Paris, 1900.
(2)J.M. Château, La carie dentaire, élément diag-nostiquedes déminéralisations. Leur traitement par la méthode reealcifîante de P. Ferrier {Revue de stomatologie, cet. 1909).
Carbonate de chaux 03^,50
Phosphate tribasique de chaux 0^,20
Magnésie calcinée 0er,03
Pour un cachet 1).
Brissemoret préconise le fluorure de calcium, ciment précieux qui, en soudant les particules de phosphates et de carbonates, leur communique une dureté spéciale et qui existe en abondance dans rémail des dents. Il le prescrit chez l'enfant pendant la croissance, chez Tadulte contre la carie dentaire, dans la tuberculose pour favoriser la reminéralisalion de l'organisme, etc. Voici Tune des formules employées (2) :
Fluorure de calcium O^'iOo
Fluorure de magnésium Os», 02
Bromure de calcium 26',50
Phosphate bicalcique , ~ ^ grammes.
Carbonate de chaux \
A diviser en 20 paquets : 2 par jour.
Il ne faudra pas oublier, en prescrivant la médication reminéralisante, que les préparations de phosphate de chaux, sirops ou solutions aqueuses, ont souvent une réaction acide très prononcée. Il faut donc prendre garde, sous prétexte d'améliorer le coefficient de résistance des dents, de modifier défavorablement le milieu buccal. On devra s'attacher de préférence aux préparations les plus inoffensives sous ce rapport et, s"il y a lieu, faire suivre lingestion du médicament de l'emploi d'un collutoire alcalin (3). L'enrobage des sels minéraux en cachets azymes permettra d'éviter tout contact avec le milieu buccal.
Nous devons mentionner que la thérapeutique des affections décalcifiantes et la prophylaxie de la carie dentaire trouveront un puissant agent reminéralisateur en s'adressant à ïopothérapie osseuse. Déjà Ferrier (4) conseille aux personnes qui ne veulent pas de « médicaments » de manger des pigeons avec leurs os (membres, vertèbres cervicales) ; des alouettes en hiver, à condition de ne pas laisser les os; dautres oiseaux de petites dimensions lorsque le squelette n'est pas dur ; le bulbe des os de poulets (ailes, cuisses) : les petits poissons frits avec leurs arêtes, etc. Cette véritable opothérapie osseuse, un peu primitive et présentant plusieurs inconvénients, — entre autres, celui de s'adresser justement à des dents faibles, — sera remplacée avec avantage par l'administration
(1) M. Letulle, Le tuberculeux et la méthode <- recalcifianle » de P. Ferrier (Presse méd., 24 mars 1909).
(2) BmssEMORET, Communication à la Société de thérapeutique {Bull, génér. de Ihérap., juillet 1908). — J. Miran, Le fluorure de calcium en thérapeutique dentaire {Odontologie, 28 l'évr. 19o9).
(3) J. RÉDiER, Précis de stomatologie, t. I, Paris, 1909.
(4) Ferrier, loc. cit.
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des extraits osseux opolhérapiciues qu'on trouve maintenant parmi les spécialités pharmaceutiques. Il s'agit, bien entendu, d'extraits d'os frais, c'est-à-dire contenant le périoste, le corps osseux et les cellules médullaires débarrassées de leur g-raisse indigeste.
La reminéralisation de l'organisme doit être pratiquée sous la direction du médecin, qui est seul compétent pour en connaître les contre-indicalions (artériosclérose, etc.).
Hygiène bucco-dentaire chez l'enfant. — Tout ce qui a été dit, au commencement de ce chapitre, sur les moyens de défense naturels et artificiels de l'organisme contre le polymicrobisme buccal s'applique évidemment à l'enfant comme à l'adulte.
Mais une considération domine la pathologie buccale pendant Tenfance et même chez Tadolescent. C'est que, depuis le sixième mois environ jusqu'à l'âge de treize ou quatorze ans, et plus tard vers dix-huit ans, les maxillaires sont le siège du travail de la dentition, consistant dans l'éruption successive des dents de lait, dans la chute de ces mêmes dents et dans l'éruption des dents permanentes. Les maxillaires subissent donc, du fait du processus de la dentition et de leur propre croissance, des modifications qui les mettent en état de réceptivité vis-à-vis des microorganismes buccaux. « Le tissu osseux des mâchoires et, en particulier, le tissu alvéolaire, très poreux, très vasculaire, et qui dans tout le temps de la dentition est en mouvement de résorption incessant, constitue un milieu d'absorption spécialement dangereux pour les éléments infectieux arrivés à son contact. Cette voie se trouve pour ainsi dire normalement ouverte môme, quand une dent nouvelle va faire éruption, quand une dent de lait va perdre sa racine résorbée pour faire place à une dent permanente ; et si, dans ces périodes de transition, qui se répèlent à chaque instant, pour chaque espèce de dent, des causes d'infection locale ou générale se rencontrent, — et celles-ci existent toujours plus ou moins, — l'envahissement de l'organisme se fait par la muqueuse ou l'alvéole, pour déterminer des accidents proches ou éloignés (1). »
Les accidents de dentition reconnaissent en effet pour cause essentielle la pénétration sous-gingivale des microbes buccaux et leur puUulation dans un terrain particulièrement propice. Ils ont été étudiés dans un chapitre précédent (2).
C'est au moment de l'établissement des molaires définitives, à six ans, à douze ans, à vingt ans, que se développera dans un
(1) L. Cruet, De l'importance de l'hyg^iène buccale et dentaire pour la préservation de la santé générale des enfants et des adolescents {Rapport présenté au Congrès international d'hygiène scolaire, Paris, 1910, et Revue de stomatologie, août 1910).
(2) P. Fargin-Fayolle, art. Accidents de la dentition, fasc. 11 de ce Traité, p. 2-77-289.
milieu infecté la stomatite ulcéro-membraneuse, la poussée dentaire ayant réduit la résistance de la gencive (1).
Pendant le travail de la dentition, les lésions banales de la carie dentaire peuvent entraîner de très graves complications. Le maxillaire inférieur, surtout dans sa partie postérieure, où les moditications dues à la croissance sont les plus profondes est, à cet âge, dans un état de congestion physiologique analogue à celui qu'on observe au niveau du bulbe des os longs en accroissement. Cet os est, de tous les os plats, celui où siège le plus souvent l'ostéomyélite des enfants, maladie secondaire à la carie dentaire et aboutissant très fréquemment à la nécrose d'une portion plus ou moins étendue du rebord alvéolaire (2).
Rappelons aussi la localisation de l'adénite tuberculeuse dans la région cervicale, si remarquable chez les enfants; ici encore les ganglions en relation directe avec les lymphatiques bucco-dentaires sont infectés secondairement par le bacille de Koch introduit dans une ou plusieurs dents cariées (3).
Les maladies éruptives, si communes que peu d'enfants y échappent complètement, comportent des complications locales (stomatites, glossites, etc.), de voisinage (parotidites, otites, etc.) ou même plus éloignées (bronchopneumonies, etc.), causées par une infection d'origine buccale.
On voit que la nécessité des soins d'hygiène dentaire est encore plus grande, si possible, chez l'enfant que chez l'adulte. Ces soins ne doivent pas être donnés seulement après l'éruption des dents de remplacement, comme on le croit trop souvent dans le public. Les dents de lait sont aussi utiles que le seront plus tard les dents définitives, au point de vue de la mastication. De plus elles servent à la croissance régulière des mâchoires, des muscles masticateurs et des dents permanentes. Préserver les dents de lait, c'est donc éviter à l'enfant des douleurs, des maladies locales et générales et, pour l'avenir, des irrégularités dentaires favorisant le développement des caries.
Dès l'âge de trois ans, on peut apprendre à l'enfant à se servir d'une petite brosse douce et du savon ou de la poudre, en utilisant l'esprit d'imitation. On lui fera pratiquer cette toilette buccale au moins deux fois par jour, au lever et au coucher, avec les autres soins de propreté corporelle.
Ainsi que nous l'avons dit pour l'adulte, les dents de l'enfant
(1) HiiTiNEL, La dentition chez les enfants {Joiirn. de mèd. et de chir. pratiques ; Archives de stomatologie, févr. 1909).
(2) L. Ombrédanne, Maladies des mâchoires (fasc. XVI du Nouveau Traité de chirurgie de Le Dentu et Delbet, Paris, 1900).
(3) A. MôLLER, L'hygiène buccale et la tuberculose pulmonaire (Mùnch. med. Wochenschr., 11 janv. 1910; Sem. méd., 18 mai 1910).