ORGANISATION DES SERVICES D'HYGIÈNE DENTAIRE SCOLAIRE
1° Inspection bucco- dentaire. — La nécessité de séparer les serrices d'inspection et de traitement est généralement admise. Au lll« Congrès international d'hygiène scolaire (août 1910), la soussection d'hygiène de la bouche et des dents a adopté récemment les vœux suivants :
« Il sera institué une inspection dentaire semestrielle par un spécialiste dans les écoles ;
« Ilyauraun médecin inspecteuret un dentiste traitant, touteliberté étant laissée à la famille pour le choix du dentiste traitant (1). »
Le rôle du médecin inspecteur consistera à examiner deux ou trois fois par an les enfants des écoles et à établir pour chacun d'eux une fiche destinée au médecin traitant. A l'inspection suivante il vérifiera si les soins prescrits ont bien été donnés.
2" Traitement des affections bucco- dentaires. — Le traitement des affections indiquées sur la fiche individuelle sera confié soit au spécialiste choisi par la famille, soit pour les indigents, à un spécia-
(1) Compte rendu du III^ Congrès international d'hygiène scolaire [Bulletin trimestriel de la Lijue française pour Vhygiène scolaire, oct. 1910).
liste rétribué par les communes ou par l'État. Dans les villes où le nombredesécoliersjustifiela création duneclinifiue dentaire scolaire, celétablissemenlrecevra périodiquement la visite desélèves, elautant que possible en dehors des heures de classe, par exemple le jeudi.
3° Enseignement de l'hygiène dentaire. — Il est aussi important d'enseigner aux élèves rhygiène bucco-dentaire que de leur soigner leurs dents malades. Ces notions peuvent leur être données par les instituteurs et institutrices, qui les auront eux-mêmes apprises à des conférences faites, par exemple, par le médecin-inspecteur. L'emploi de tableaux muraux représentant très simplement Tanatomie et la pathologie dentaires et commentés par le maître est à recommander.
L'éducation hygiénique de l'enfant l'accoutumera, dès son plus jeune âge, à prendre soin de sa bouche et contribuera à préparer pour l'avenir une race plus forte. Cette éducation pourra être utilement complétée chez l'adolescent, pendant son service militaire.
Vr — HYGIÈNE BUCCO-DENTAIRE DANS L'ARMÉE.
État antérieur de la question. — L'organisation officielle d'un service de stomatologie dans l'armée est toute récente; la circulaire ministérielle qui le prescrit date du 10 octobre 1907.
Jusqu'à ces dernières années, les soins dentaires donnés à la caserne consistaient presque exclusivement dans l'extraction des dents douloureuses ou ayant provoqué des accidents infectieux. Cependant l'hygiène buccale avait depuis longtemps préoccupé les autorités militaires, ^'oici ce qu'écrivait en 1835 le médecin principal Gama, médecin-chef du Val-de-Grâce, au sous-intendant chargé de la surveillance administrative de cet hôpital militaire (1) :
<< Par votre lettre du 0 de ce mois (juin 1835), vous nous rappelez <|ue beaucoup de militaires entrent dans les hôpitaux pour des affections scorbutiques des gencives, qui seraient dues au mauvais état des dents, et vous pensez que « des soins de propreté trop négligés dans les hôpitaux et dans les corps pourraient prévenir les affections que vous signalez.
« Le mauvais état des dents est pour le moins aussi souvent l'effet que la cause des irritations scorbutiques ; mais nous reconnaissons avec vous que la malpropreté donne fréquemment lieu à l'un et aux autres. L'usage où sont les soldats de fumer avec excès, de « chiquer » surtout, entraîne chez beaucoup d'entre eux ces résultats; la salive chargée de la partie soluble du tabac encroûte les dents, les noircit et altère les gencives. Dans certaines maladies graves, la profonde altération de tous les tissus s'annonce encore sous l'apparence scorbutique.
(1) Bonnette, La ^toniatoloyie dans l'armée en 1835 [Arclt. de sloinalotoyie, juillet 1910).
IIYCIKXE IJL'CCO-DENTAIUE DANS l/ARMKi:. 'i09
"Mais vous avez, monsieur le Sous-Intendanl, considéré principalement ralTeclion des gencives cl lescouchesde larLrequi recouvreni les d(>uls dans leur état de plusgrande simplicité etayanl pour origine l'oubli des soins hyg-iéniques. Nous sommes d'avis que « les chirur- « giens des corps doivent exercer une surveillance sur ce point », et nous croyons môme qu'ils s'en acquittent: nous dirons encore que « les chefs immédiats des soldats ne nous paraissent pas devoir être ^< dispensés eux-mêmes de cette surveillance, qui sera toujours plus « utile de leur part que de celle des olficiers de santé ». Il ne faut cependant pas se faire illusion et croire qu' « il soit facile de changer « les habitudes dans lesquelles les soldats ont été élevés ».
« Notre pratique au Val-de-Grâce, pour terminer le traitement des gingivites, n'est point en arrière de ce que vous désirez. Après la guérison de ce qui est scorbutique, lorsque les dents restent croûteuses et les gencives saignantes, on fait frotter ces parties avec une poudre dentifrice, par exemple un mélange de poudre de quinquina et de charbon, puis on enlève, s'il le faut, le tartre qui résiste aux frictions. Pour cela, il ne faut pas d'instruments particuliers : une spatule ou la pointe des ciseaux suffisent ordinairement. Pourtant il serait bon d'avoir dans chacjue hôpital un système de rugines et de poinçons pour les cas particuliers.
<■ Les maladies propres des dents, telles que la carie, les saillies vicieuses qu'elles peuvent présenter, l'usure de la couronne et des racines, l'altération complète de leur substance qui leur fait abantlonner les alvéoles ne sont pas non plus sans mériter nos soins. Ainsi nous avons souvent des instruments pour arracher les mauvaises dents, lorsqu'elles causent des douleurs qu'on ne parvient pas à calmer par d'autres moyens, pour détruire les pointes aiguës qui blessentles parties voisines, pour extraire des restants de racines ou même des portions des os maxillaires, qui se sont altérés consécutivement. Vous avez plusieurs fois approuvé les dépenses qu'ont nécessitées l'entretien ou le remplacement de ces objets de notre arsenal chirurgical, et presque tous nos sous-aides s'entendent fort bien à leur maniement .
« Nous croyons, en conséquence, qu'il est convenable que chaque hôpital et même chaque corps soit pourvu des instruments suivants :
10 Clé de Garengeot. quatre crochets de rechange 1
2° Pied-de-biche 1
3" Dcchaussoir 1
■4° Davier courbe, davier droit 2
5° Levier pyramidal 1
6° Rugines, limes, cautères et poinçons assortis N pièces.
« Quantaux procédés qui appartiennent particulièrement à l'art du dentiste, tels que ceux qui consistent à limer les dents pour les égaliser, à les plomber, à en enlever la carie, à les remplacer, à leur
'ilO M. GUIBALD. — HYGIENE DE LA BOUCHE ET DES DENTS.
donner du poli, « ils forment une spécialité pour laquelle les officiers i< de santé militaires ne sont point exercés ». Les secours que la chirurgie administre se règlent sur la gêne des fonctions que les organes éprouvent, sur la nécessité impérieuse de sacrifier des parties devenues à charge « et non sur des choses d'une utilité secondaire, dans lesquelles elle n'intervient que par ses conseils ». On a dû séparer d'un art essentiellement conservateur des opérations qui s'éloignent trop de la grave étude qu'il exige,
«Vousvoyez,monsieurle Sous-Intendant, que les maladies des dents ne noussontpasaussi étrangères qu'onpourrait le croire ;maisil faut, pour qu'elles nous occupent, qu'il en résulte un obstacle réel à l'exercice des fonctions auxquelles les dents concourent, ou un état de souffrance, c'est-à-dire que la prophylaxie de ces affections n'a jusqu'à présent pas fait partie du domaine de la chirurgie proprement dite. « Cette branche n'est donc ni méprisée ni délaissée par les « officiers de santé », et tout ce que nous pouvons répondre à la proposition que vous nous faites de l'admettre en exercice, c'est que ce serait exiger des chirurgiens des hôpitaux plus qu'ils n'ont appris. Nous n'avons pas reçu du Conseil de santé les instructions qui nous seraient nécessaires pour opérer dans l'ordre de notre enseignement les changements que cette addition exigerait. »
Voici la composition de la boîte n° 7 de l'arsenal chirurgical de 1894, réservée aux hôpitaux, et encore en usage aujourd'hui :
1 brunissoir.
1 burin.
9 daviers divers.
l élévatoire.
1 excavateur.
12 fraises.
1 ffrattuir.
2 limes rondes.
2 limes plates.
1 miroir, 1 poire.
1 porte-fraise.
1 sonde.
2 spatules.
Gutta.
Le matériel réglementaire des infirmeries dans les corps de troupes est à peu près exclusivement : une clef de Garengeot et deux daviers d'un modèle suranné, vulgaires pinces bonnes à cueillir une dent qui ne tient plus. C'est donc seulement à lextraction que le soldat doit avoir recours dans nombre de cas où l'on pourrait lui conserver sa denture intacte.
Or beaucoup d'hommes arrivant à l'ûge du service militaire ont jusqu'alors négligé leurs dents et en ont perdu un grand nombre, d'où résultent des éliminations devant le conseil de revision et des réformes après rincor|)oration. Ce déchet très appréciable d'hommes d'ailleurs vahdes serait évité par les soins des dent-^ restantes et l'application d'appareils de prothèse.
De plus l'âge spécial des soldats les rend particulièrement intéressants au point de vue dentaire. Ils servent en effet à une période de la vie où la denture se complète par l'éruption de la dent de sagesse.
SERVICE l)K STOMATOLOGIE DANS L'ARMÉE. '«H
Tiette éruption s'accompag'ne souvent d'accidents variés qui demandent une surveillance et des soins éclairés ; les angines si fréquentes chez le soldai, pour ne citer qu'un exemple, sont très souvent le résultat d'une éruption vicieuse de la dent de sagesse (1).
Les journées d'indisponibilité pour lésions dentaires parmi les militaires atteignent un cliillVe élevé. En 1903, notamment, les affections des dents ont entraîné l'hospitalisation de 1 845 soldats, avec 18639 journées de traitement. De plus, les maladies et l'évolution vicieuse des dents donnent lieu parfois à des complications qui nécessitent des interventions chirurgicales sérieuses, alors que ces complications pourraient être en grande partie évitées par une surveillance attentive et des soins donnés en temps opportun (2).
Il était donc nécessaire d'organiser dans l'armée un service de stomatologie permettant non seulement d'éviter à l'avenir bien des journées d'indisponibilité, mais aussi de donner aux jeunes soldats des habitudes d'hygiène qu'ils ne possédaient pas en général à leur entrée à la caserne et cpi'ils pourraient répandre autour d'eux, après leur service militaire, pour le plus grand bien général.
Plusieurs pays possèdent déjà des dentistes militaires. En 1902, aux États-Unis, 30 chirurgiens-dentistes militaires étaient en service, la plupart dans les colonies (Cuba, Porto-Rico, Philippines) et dans les forts isolés. De 1902 à 1903, sur un effectif de 80 778 hommes, il fut fait 49473 opérations bucco-dentaires. En Angleterre, on a créé des dentistes spécialement chargés de soigner les dents des militaires dans les diverses garnisons. Le corps de santé de l'armée d'Espagne comptait, en 1904,3 dentistes et 2 aides-dentistes attachés aux hôpitaux militaires. En Allemagne, le premier chirurgien-dentiste militaire a été désigné pour l'expédition de Chine en 1901 ; un autre a été nommé pour les troupes du Sud-Ouest de l'Afrique. Les principaux centres de la métropole en ont également reçu ; c'est ainsi qu'en 1905 l'hôpital militaire de Leipzig a été doté d'un service dentaire pour la garnison et les villes voisines. Le Brésil, la République Argentine ont aussi des dentistes militaires ayant rang d'officiers.