‹ Traité de stylistique française (volume 2)Chapitre 10 sur 168 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

Pluralité des faits d'expression.

Variation des idées au moyen des synonymes et des périphrases.

(SF. § 112 et suiv.) Exercice 72.

Uex&i'cice suivant renferme des phrases où des synonymes placés côte à côte servent à Vexpression d^une même idée. Déterminer cette idée, dire lequel des synonymes Vexprime de la manière la plus simple et la plus générale, ou trouver soimême cette désignation simple et générale si le texte ne la fournit pas.

NB. — n aurait été très facile de composer de toutes pièces des phrases pour cet exercice; mais on a mieux aimé emprunter des exemples à des auteurs connus, pour montrer que cette tendance du langage spontané se reflète dans la langue littéraire et ne repose pas sur une simple paresse d'esprit. Chaque citation est donc accompagnée d'un nom d'aateur, même lorsque la phrase est de la dernière banalité.

Elle trouvait ce moyen de manifester et d'exprimer sa vie intérieure. (G. Sand). — Tel est pourtant l'empire de l'honnêteté, l'ascendant des principes ! (Tœpffer). - La morale, c'est beau, mais c'est confus, c'est embrouillé. (V. Gherbuliez). — Les deux hommes se saluèrent, l'un cérémonieux et grave, l'autre hautain et glacial. (E. Rod). — C'était une ivresse immatérielle, légère, spirituelle, presque ailée, qui l'enlevait si doucement dans les bras de la folie et de la rêverie. (Goncourt). — Ses pensées douloureuses s'effaçaient, s'éloignaient, comme si elles se fussent évaporées, (id.). — Je suis un àne, il

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est vrai, j'en conviens, je l'avoue. (Musset). — Ils causent, ils jacassent, ils se racontent perpétuellement l'interminable histoire de leur vie terrestre. (G. Droz). — Ah! qui n'a senti fiuelquefois le besoin de se régénérer, de se rajeunir aux eaux du torrent, de retremper son âme à la fontaine de la vie! (Ghaleaubriaîid).

— Il y a bien peut-être à la vie un but, une lin, un objet moral? (J. J. Rousseau). — L'amour coupable, l'amour criminel qui les poussait l'un vers l'autre ... (E. Rod). ~ J'ai été attendrie, émue, troublée. (Donnay). — Qu'il attende un instant, une minute au salon! (Musset). — Pourquoi cet attrait, ce charme invincible qui nous fait caresser nos idées? (id.). — Je suis sûr qu'il l'aime. — Non, mon enfant, c'est un caprice, une fantaisie (id.). — Et ce portrait déjà pâlissait, s'effaçait. (Goncourt). — A.: Je veux l'épouser! B. : Et moi, je veux en faire ma femme! (Labiche). — Il n'y a pas d'idée à laquelle ne corresponde un mot où elle s'incorpore et s'incarne. (Lanson). — Je suis comme pénétré, imprégné du charme qu'elle répand autour d'elle. (Dumas fils). — A (]uoi sert de s'abuser? Quel profit nous en revient-il? (Lamennais).

— Toute cette foule se pressait, se bousculait à la porte de Tartarin. (Daudet). — Eh bien! commencera-t-elle bientôt, cette ennuyeuse, cette plate comédie? (Dancourt). — Ces légendes on été enflées, exagérées pai' la badauderie et la médisance. (Annales pol. et litt.). — L'estime et le respect vont au labeur opiniâtre (ibid.). — Sa parole chaleureuse, enthousiaste, ardente à exalter toutes les formes de la beauté et de l'art, est partout applaudie, (ibid,). — Cet homme impétueux, ce néo-romantique, avait l'instinct de l'ordre, de la clarté; son allure échevelée dissimulait un remarquable équilibre d'esprit, (ibid.). — Alors le romantisme n'est qu'un plagiat, un simulacre, une copie? (Musset). — Je déteste toutes les simagrées, toutes les singeries. (V. Gherbuliez). — Monsieur, je suis désolé, navré, désespéré, (id.). — A votre âge, on est décisif, tranchant, absolu dans les jugements ; on dogmatise en vers et en prose, (id.). — Son geste était endormi et mort, sa contenance inerte. (Th. Gautier). — Il y a des sottises bien habillées, comme il y a des sots bien vêtus. (Ghamfort). — Un

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à peu près que tout le monde entend vaut mieux qu'un terme exact que nul ne saisit. (Lanson).

Exercice 73.

Les exemples suivants sont de même nature que les précédents, mais les variations de chaque idée fondamentale s'étendent sur plusieurs phrases. Même recherche que pour Vexercice 72.

Il était aussi facile de lui donner la réplique que de l'écouter. La réponse venait aux lèvres d'elle-même dès qu'il avait fini de parler, et les phrases allaient vers lui comme si ce qu'il avait dit les faisait sortir de la bouche naturellement. (Maupassant). — Les blancs sont de toutes les races de la terre la plus malléable, la plus flexible; c'est une argile plastique, capable de recevoir toutes les empreintes et de revêtir toutes les formes. (V. Gherbuliez). — La vie ordinaire était pour lui un désenchantement insupportable. Les sensations communes lui devenaient insipides; la platitude et la banalité de la réalité le remplissaient d'un ennui sans bornes; il souffrait sous ce ciel bas et gris de l'existence humaine ce que souffrirait un homme enfermé dans une cave, sur le seuil de laquelle il verrait le soleil jouer. (Goncourt).

Variations successives d'un même thème.

(SF. § 114 et suiv.) Exercice 74.

Recueillir, dans le morceau suivant, les expressions employées pour rendre les idées : ignorance, monde sensible, désir de connaître, l'inconnaissable.

0 hommes! vous ne connaissez pas les objets que vous avez sous l'œil, et vous voulez voir clair dans les profondeurs éternelles de la foi! La nature est pour vous un mystère, et vous voudriez une religion qui n'en eût point! Vous ignorez les secrets de l'homme, et vous voudriez connaître les secrets de Dieu! Vous ne vous connaissez pas vous-mêmes, et vous voudriez approfondir ce qui est si fort au-dessus de vous ! L'univers, que Dieu a livré à votre curiosité et à vos disputes, est un abîme où vous vous perdez, et vous voulez que les mystères de la foi, qu'il n'a exposés qu'à votre docilité et à votre respect, n'aient rien qui échappe à vos faibles lumières!

(Massillon).

if.

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Exercice 76.

Trouver, dans chacun des morceaux suivants, une idée générale et les expressiofis par lesquelles elle est variée.

a) Il (Napoléon) n'avait pas le génie spéculatif . . . Nous possédons le recueil de ses écrits et de ses paroles. Le style a le mouvement et l'image. Et dans cet amas de pensées, il ne se trouve pas une curiosité philosophique, pas un souci de l'inconnaissable, pas une inquiétude du mystère qui enveloppe la destinée. A Sainte- Hélène, quand il parle de Dieu et de l'âme, il semble un bon petit écolier de quatorze ans. Jetée dans le monde, son âme se trouva à la mesure du monde et l'embrassa tout entier. Rien de cette âme n'alla se perdre dans l'infini. Poète, il ne connut que la poésie de l'action. Il borna à la terre son rêve puissant de la vie.

(Anatole France).

Us (les hommes d'action) sont tout entiers dans le moment qu'ils vivent, et leur génie se ramasse sur un point. Ils se renouvellent sans cesse et ne se prolongent pas. Les heures de leur existence ne sont point liées entre elles par une chaîne de méditations graves et désintéressées. Ils ne continuent pas de vivre, ifs se succèdent dans une suite d'actes. (Idem).

Substitution de synonymes en contexte.

(SF. § 115) Exercice 76.

Remplacer chaque expression en italique par un ou plusieurs synonymes.

J'apprends cette nouvelle avec étonnement. — Il faut ^^ accoutumer à tout. — J'ai aperçu votre ami tout à l'heure, — Cette histoire a égayé toute Vassistance. — On affirme que la guerre est imminente. — Je ne me doutais pas que ma prédiction se réaliserait si tôt. — Ils entretiennent les relations les plus cordiales. — L'occasion paraît propice. — Je suis certain d'avoir raison. — Cette nouvelle le préoccupe beaucoup. — Je me charge de tous les frais. — Il faut beaucoup plus d'argent qu'on ne le croyait au début. — Il faudrait sept ans pour achever cette oeuvre colossale. — Il s^entend fort bien à gérer ses affaires. — Mais c'est terrible, c'est à faire frémir! — Permettez-moi de vous faire remarquer votre erreur. — Il ne pouvait retenir ses larmes. — Je suis dans une situation très déli-

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cate vis-à-vis de lui. — Cette armoire peut renfermer beaucoup de choses. — Allez- vous souve^it en ville ? — Mon directeur m'a autorisé à venir vous consulter. — Je vous trouve toujours à Vouvrage. — Le plus jeune de ses enfants n'a cjue deux ans.

— Je ne conçois pas le plaisir que vous pouvez trouver à ce jeu. — Vous ne voyez pas la chose précisément telle qu'elle est. — Un sentier conduit de la maison au verger. — On ne parvient pas à le distraire, ni à faire disparaître les fantômes de son imagination. — Cet édifice se trouve au milieu de la ville. — Les soldats piétinaient les corps de leurs compagnons morts. — La victoire transforma ce champ de mort en un champ de triomphe. — Pe7isez-\o\xs aux suites de votre décision? — Napoléon savait récompenser la valeur de ses soldats. — Une chaleur lourde nous accablait. — Il a triomphé de toutes les diffiadtés. — Je m^en rapporte à vous pour V appréciation de cette affaire. — La concurrence a pour effet de diminuer les bénéfices. — On ne peut agir de façon à contenter tout le monde. — Il est inutile de prolonger le débat,

— Le style de Rousseau n'est pas toujours dépourvu d'emphase.

— Méditez ce que je viens de vous dire. — Les poètes charmetit notre imagination. — Chacun est en droit de demander ce qui lui est dû. — La langue de cet auteur a quelque chose de factice. — Ce fut à coup sûr le plus illustre écrivain de son temps. — On prend souvent les mots anciens dans des acceptions nouvelles. — Il ne sied pas à une jeune fille de parler librement de toutes choses. — Les idées imprécises ne gagnent rien à être exprimées dans un beau langage. — 11 a bien profité ^q la vie. — Épargnez-moi ce luxe de paroles. — Il est bon de se souvenir de la fragilité de la vie au milieu de la prospérité. — Cette qualité le fait remarquer parmi tous ses contemporains. — Ne vous affligez pas outre mesure. — L'injustice révolte les âmes nobles. — Vous iCarrlverez pas à me convaincre. — Que signifie cet air contrlsté, sinon que vous reconnaissez vos torts? — La raillerie n'est pas un argument.

— Ces idées blessent le bmt sens. — Le goût n'est que le bon sens agrandi. — Celte tentative de conciliation n'a pas abouti. — Il y a des défauts que l'hypocrisie ne réussit pas à

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cacher. — L'intervalle est grand entre l'espoir et la réalisation. — Je ne dis pas que ces tentatives soient demeurées sans profit.

Substitution de synonymes dans des textes

suivis.

(SF. § 115)

Le procédé de la substitution ne devient vraiment utile que lorsqu'il est appliqué à des textes suivis et pratiqué d'une façon un eu continue. Mais les exercices précédents, ainsi que le suivant, ne doivent pas donner l'idée qu'il faut s'ingénier à trouver (ou à faire trouver à des élèves) dans un texte donné le plus de synonymes possible pour des mots déterminés d'avance; on doit au contraire se laisser aller à son instinct et n'admettre que les changements qui se présentent d'eux-mêmes, sans altérer l'idée fondamentale ni la coiTection du langage; naturellement, la facilité avec laquelle on fera ces substitutions augmentera dans la même mesure que la connaissance du vocabulaire et la pratique de la langue.

Exercice 77.

Remplacer les mots en italique par des synonymes.

Passage dn Mont Saint-Bernard.

Lannes passa le premier, à la tête de Pavant-garde, dans la nuit du 14 au 15 mai. Il commandait six régiments de troupes d'élite, parfaitement armées et qui, sùiis ce chef bouillant, quelquefois insubordonné, mais toujours si vaillant, allaic'nt tenter gaiement cette marche aventureuse. On se mit en route entre minuit et deux heures du matin, pour devance)' l'instant où la chaleur du soleil, faisant fondre les neiges, préci])ite les montagnes de glace sur la tête des voyageurs téméraires qui s'engagent dans ces gorges affreuses. Il fallait huit heures pour parvenir au sommet du coly à l'hospice même du Saint-Bernard, et deux heures seulement pour descendre à Saint-Rémi. On avait donc le temps de passer arant le moment du plus grand danger. Les soldats surmonlèrant avec ardeur les diflBcultés de cette route. Ils étaient fort chargés, car on les avait obligés à pendre du biscuit pour plusieurs jours, et avec du biscuît une grande quantité de cartouches. Ils gravissaient ces sentiers escarpés, chantant au milieu des jjrécipiccs, rêvant la conquête de cette Italie où ils avaient goûté tant de fois les Jouissances de la victoire, et ayant le tioble pressentiment de la gloire immortelle qu'ils allaient acquérir. Pour les fantassins, la peine était moins grande que pour les cavahers; ceux-ci faisaient la route à pied, conduisant leur monture par la bride. C'était sans danger à la montée: mais à la descente.

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ils étaient exposés, si Vanimal faisait un faux pas, à être entraînés avec lui dans les précipices. Il arriva en effet quelques accidents de ce genre, mais en petit nombre, et il périt quelques chevaux, mais presque point de cavaliers. Vers le matin, on parvint à l'hospice, et là, une surprise ménagée par le premier consul ranima les forces et la bonne humeur de ces braves troupes.

(A. Thiers).

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