‹ Traité de stylistique française (volume 2)Chapitre 14 sur 168 · LES CARACTÈRES INTELLECTUELS ET LES CARACTÈRES AFFECTIFS · texte numérisé non relu

LES CARACTÈRES INTELLECTUELS ET LES CARACTÈRES AFFECTIFS

Synonymie et étymologie.

Les exercices 1 — 34 ont montré ce qu'on peut attendre de Tétymoiogie pour la connaissance des synonymes; ainsi pour le cas incurable, inguérissable, voir exerc. 1 d; pour feuillée, feuillage, 1 a; pour les doublets, comme créance : croyance, 33; pour Tétymologie des mots dont l'évolution sémantique est considérable (cf. cadran, originairement «chose carrée»), 32, etc. Toutefois il est bon de faire une étude critique des séries, telles qu'elles sont gi"Oupées dans les manuels de synonymes, pour peser la valeur des explications fondées sur l'étymologie; à cet effet, consulter surtout Bourguignon etLafaye (ce dernier notamment pour les valeurs attribuées aux prélixes et aux suflBxes).

L'essentiel n'est pas tant de prendre en faute l'étymologie, mais de se rendre compte de son inutilité pour la découverte du sens et de la valeur expressive (c. à d. stylistique) des faits de langage; étant donnée, par exemple, la série : flexible, pliant, souple, l'important est de montrer que l'étymologie, encore valable, de -flexible et pliant (c. à d. «qu'on peut aisément fléchir, qui phe aisément») ne nous apprend ni plus ni moins que la première phrase venue de français moderne; pour souple, l'essentiel n'est pas tant de montrer que l'étymologie (lat. supplicem «suppliant», puis «qui se plie pour supplier») est sans valeur pour le sens actuel, mais plutôt de prouver que celte étymologie obscurcit la valeur expressive du mot (ainsi l'étymologie ferait croire à une valeur péjorative, alors que la valeur actuelle est tout autre, etc.).

Soit encore la série faible, débile, chétif, frêle, fragile; l'étymologie de débile (lat. debilem «faible») est inutile, puisque l'usage actuel apprend exactement la même chose; en revanche cette étymologie ne donne aucun indice sur la diiïërence entre débile et faible; quant à faible, rien ne donne une idée plus fausse de ce mot que son origine (lat. flebilem «digne d'être pleuré»); non seulement

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elle ne dit rien sur le sens réel, mais elle ferait croire que faible a une valeur stylistique très remarquable, au point de vue de l'intensité et du ton affectif; au contraire faible est le terme d'identification, c. à d. le mot le plus simple et le plus abstrait de la série (cf. SF. § 109); chétif vient de captîvum «prisonnier» (!); frêle est un doublet de fragile, et pourtant les deux mots diffèrent sensiblement l'un de l'autre au point de vue du sens et de Teffet, etc., etc.

Exercice 98.

Traiter de la même façon les synonymes suivants.

Impotent, impuissant, invalide. — Impudent, èhonté. — Inattention, inadvertance. — Inclination, penchant, propension.

— Incrédule, mécréant. — Docte, érudit, instruii. — Incurable^ inguérissable. — Indicible, ineffable, inexprimable. — Insensibilité, apathie. — Ineffaçable, indélébile. — Inattendu, inopiné.

— S'informer, s'enquérir. — Inintelligible, incompréhensible.

— Inusité, insolite. — Possession, propriété. — Lettre, épître.

— Levant, orient. — Libérer, délivrer. — Machiniste, mécanicien. — Guerrier (adj.), belHqueux. — Motif, mobile. — Nutritif, nourrissant. — Précédent, pntécédent. — Miracle, merveille. — Rectitude, droiture. — Régir, gérer. — Fondements, fondations. — Fraction, fragment. — Grain, graine. — Langue, langage. — Nouveau, neuf. — Oeuvre, oiivrage. — Vue, vision. — Paisible, pacifique. — Raideur, rigidité. — Glacé, gelé. — Lecteur, liseur. — Crasseux, graisseux. — Coaguler, cailler. — Fort, vigoureux, robuste. — Illustre, célèbre, fameux. — Célébrer, fêter. — S'imaginer, se figurer. — Impertinent, insolent. — Outré, indigné. — Particuher, singulier, spécial. — Pendant, durant (la guerre). — Cependant, pourtant, toutefois.

— Suer, transpirer. — Plaisant, risible. — Poison, venin. — (Ordre) formel, péremptoire. — Se douter, pressentir, soupçonner. — Principal, capital. — (Valeur) réelle, effective. — Remarquer, observer.

Synonymes et familles étymologiques.

(SF. § 156) Exercice 99.

Chercher la signification commune à chaque série de synonymes, former des mots de la même famille, d'après les indi-

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cations données entre parenthèses et dire si ces mots (à supposer qu^ils existent) présentent les mêmes nuances synonymiques que les mots de la série; ainsi, étant donné: soutenir, prétendre, avancer une hypothèse (n. d'action)^ on formera soutien, prétention, avance et Von constatera qu^ aucun de ces substantifs n'a le sens fondamental des verbes correspondants; on le montrera par des contextes (<tLe père est le soutien de la famille*, «Je n'ffi pas la prétention de vous plaireT^, «gagner de l'avance sur qn*). Cf. exerc. 24.

Insulte, outrage, offense, injure, affront (verbes). — Agile, alerte, leste (agilité, etc.). — Insister, appuyer sur une idée (insistance, etc.). — Aptitude, disposition pour une science (apte . . .).

— Arrêter, retenir l'élan (n. d'action). — Assassinat, meurtre (verbes). — Être présent, assister (le présent, la présence, l'assistance). — Construire, bâtir, édifier (n. d'action). — Action de battre, frapper. — Plaisir, agrément (adjectifs). — Fait d'être niais, nigaud (la . . . .). — Fait d'être captif, esclave, prisonnier (la . . . .). — Action de vénérer, révérer (la . . . .). — Action de sembler, paraître. — Faire le serment, le vœu de , . . (verbes)»

— Esclavage, servitude, (esclave . . .). — Soin, souci, sollicitude (soigner . . .). — Penser à, songer à (pensée . . .). — Retarder, différer (retard . , .). — Limite, borne, terme (limiter . . .). — Tolérer, permettre, souffrir (tolérance . . .). — Traîner, entraîner (train, entrain). — Travail, ouvrage, labeur (travailler . . .). — Tromper, décevoir, abuser (tromperie..,). — User d'une chose, l'employer, s'en servir (usage . . .).

NB. — Cet exercice peut être fait, comme on le voit, sur une grande échelle; il suffit de reprendre les séries données par les dictionnaires de synonymes, et de les transformer en passant d'une catégorie lexicologique dans une autre (n. d'action, n. de qualité, n. d'agent, verbes, adjectifs, adverbes).

Synonymie et phraséologie.

(SF. § 157) Exercice 100.

Chercher la signification commune à chaque série synonymique,puis le sens particulier à chacun des mots; constater ensuite que les locutions placées entre parenthèses s^expliquent mal

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ou pas du tout par le sens particulier des mots qu'elles contiennent.

Endroit, lieu, place (avoir des préventions à l'endroit de qn, s'amuser au lieu de travailler, avoir lieu d'être mécontent, se présenter à la place de qn). — Part, partie (prendre part à une excursion, faire partie d'un comité). — Compagnie, société (tenir compagnie, fausser compagnie à qn). — Disposition, liumeur (être de bonne humeur). — Couple, paire (ces deux filous font bien la paire). — Affaire, occupation (avoir affaire avec qn; si vous le touchez, vous aurez affaire à moi). — Coutume, habitude (avoir coutume, avoir l'habitude de se promener après les repas). — Existence, vie (avoir la vie dure, manquer de moyens d'existence). — Figure, mine, visage (faire bonne figure dans le monde, un homme de mauvaise mine, faire bon visage à qn). — Mal, maladie (le mal de mer, le haut-mal, la maladie du sommeil). — Instant, moment (je reviens à l'instant, c'est un mauvais moment à passer). — Mont, montagne (aller par monts et par vaux). — Bile, fiel (Ne vous faites pas de bile pour si peu de chose, tremper sa plume dans le fiel). — Fin, terme (mettre fin à des désordres, mettre un terme à des désordres). — But, fin (Dans quel but fait-il cela? A seule fin de s'enrichir). — Cas, circonstance (le cas échéant, c. à. d. si les circonstances le permettent). — Jour, lumière (mettre un enfant au jour, se faire jour à travers les ennemis, voir la lumière, mettre la lumière sous le boisseau). — Chemin, route (rencontrer qn en chemin, en route; se mettre en route, en chemin).

Différences intellectuelles entre les synonymes.

(SF. § 169-170) Exercice 101,

Cet exercice a pour but de montrer V utilité des textes pour r étude des synonymes. Dans chacune des phrases suivantes, deux termes analogues sont opposés de manière à faire éclater un point essentiel où leurs sens diffèrent. Déterminer cette différence d'après le contexte.

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Ces oppositions sont quelquefois un peu spéciales; plusieurs sont même des jeux de mots, et ceux-ci, comme on l'a vu SF. § 54, reposent rarement sur la synonymie proprement dite (cf. «Un livre méchant n'est pas forcément un méchant livre», voir Tab. syn. 255 a et 175 b).

Ceux qui ont foi en l'anarchie sont des ?nalheureux; ceux qui la prêchent sont des misérables. — Il est âgé de quarante ans environ, mais il semble vieux de soixante. — Un bon auteur qui néglige son style n'est pas un bon écrivain. — On peut croire à Dieu sans croire en Dieu. — Je n'avais pas peur, et la seule crainte que j'éprouvais, c'était que l'on s'imaginât que j'avais peur (Mérimée). — Ce qu'on appelle la crainte de Dieu n'est souvent que la peur de la mort. — Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c'est qu'il est difficile de connaître les qualités de Vâme, et facile de connaître celles de Vesprit (La Rochefoucauld). — Un honnête homme peut être amoureux comme un fou^ mais non pas comme un sot (id.).

— Entre deux méthodes, l'une fertile seulement en disputes, l'autre féconde en découvertes, le choix ne peut être douteux.

— Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de Vesprit (La Rochefoucauld). — Il est aisé de critiquer un auteur, mais il est difficile de Vapprêcier (Vauvenargues).

— Les trois quarts des folies ne sont que des sottises (Ghamfort). — Un homme sans élévation ne peut avoir de bonté; il ne peut avoir que de la bonhomie (id.). — Il est plus facile de légaliser certaine» choses que de les légitimer (id.). — Uestime vaut mieux que la célébrité; la considération vaut mieux que la renommée, et V honneur vaut mieux que la, gloire (id.). — L'homme vit souvent avec lui-même, et il a besoin de vertu; il vit souvent avec les autres, et il a besoin dihcmnenr (id.). — Le plus riche des hommes, c'est Véconcmie; le plus pauvre, c'est Vavare (id.).

KB. — Comme on le voit, les pensées générales, maximes, sentences, etc. présentent fréquemment des oppositions de ce genre; leur étude est très instructive à cet égard; on y trouvera d'abondants matériaux pour des exercices de ce genre.

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Exercice 102.

Pour chacun des contextes suivants^ choisir Vun des mois entre parenthèses à l'exclusion de Vautre, et justifier ce choix par renoncé dhine différence essentielle et logique entre les deux mots; parmi les synonymes proposés , il y en a qui ne le sont qu'en apparence (SF. § 154,2) ; il s'agit alors de mots que les étrangers rapprochent ou confondent à cause de quelque analogie de forme (p. ex. plier et ployer)^ ou parce que leurs sens se retrouvent dans un seul et même mot de leur langue maternelle (p, ex, déclarer et expliquer, ail. erklâren).

(Offrir, présenter) un emploi à qn. — L'accusé a fait (des aveux, une confession) complets. — Restez encore un instant et (posez, placez) votre chapeau. — Les choses sont (maintenues, soutenues) dans le même état. — Voilà une hypothèse qu'il est difficile de (admettre, adopter, recevoir). — (Adopter, admettre) une mode. — Chaque semaine je (assemble, réunis) quelques amis chez moi. ■ — Un prince (pacifique, paisible) fait le bonheur de ses sujets. — Vous êtes ce qu'il vous plaît, de (paraître, sembler). — Plusieurs accès (progressifs, successifs) de sa maladie l'avaient mis à deux doigts de la mort. — J'avais le cœur plein de tempêtes; un seul de vos regards a suffi pour le (apaiser, tranquilliser). — Les calmants (allègent, soulagent) la douleur. — J'ai très bon (avis, opinion) de vos connaissances. — Mon frère a (abandonné, laissé, quitté) la ville à cinq heures. — Il ne me faut plus de beaux (mots, paroles), mais des (actes, actions). — Ce cheval a une (allure, démarche) rapide. — Les femmes (imaginent, s'imaginent) qu'elles ont de l'esprit quand elles sont coquettes. — Ses arguments ne m'ont pas (convaincu, persuadé). — Le (mépris, dédain) de la mort est la condition du courage. — Il était dans une agitation que rien ne pouvait (calmer, tranquilliser). — Il n'y a aucun danger; (apaisez-vous, rassurez-vous). — Ce n'est pas sans peine que l'on (échappe à, s'échappe de) un tel danger. — La loi ne peut avoir de (effet, résultat) rétroactif. — Tu voulais partir; pourquoi as-tu changé de (idée, pensée)? — Cet orateur (offre, présente) ses arguments avec une certaine (adresse^ dextérité).

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— (La traversée, le voyage) de Paris à Genève dure onze heures. — En hiver, il faut porter des (habits, vêtements) plus chauds qu'en été. — Elle en est à ses (commencements, débuts) dans le monde. — On tombe sur la glace trop (polie, lisse). — Pourquoi avez-vous (conservé, gardé) ce livre, au lieu de me le rendre? — Il a pris froid, parce qu'il était trop mal (habillé, vêtu). — On rit de lui, parce qu'il est mal (habillé, vêtu). — Il (bouge, remue) ses mâchoires en mangeant. — Nous nous sommes trouvés pour ne plus nous (laisser, quitter).

— Comptez sur moi, vous avez mon (mot, parole). — Pour bien danser, il faut de la (aisance, facilité) dans les mouvements. — Mentir, c'est (altérer, changer) la vérité. — Aller au bal en veston? En voilà une (idée, pensée)! — Votre fils a beaucoup (crû, grandi) pendant ces cinq années. — Cet article, très documenté, (renseignera, informera) suffisamment nos lecteurs. — Il est souvent (dangereux, périlleux) de s'asseoir à l'ombre des noyers. — Gomment (disperser, dissiper) les (fantômes, revenants) de votre (fantaisie, imagination)? — Le peuple poussait des cris de (gaieté, joie). — Un honnête homme doit être (envieux, jaloux) de sa réputation. — Les orphelins sont (accueiUis, recueillis) dans des asiles où leur avenir est presque toujours assuré. — Ce sont les (lâches, poltrons) qui peuvent trahir leur patrie. — Le ballon (s'élève, se lève) dans les airs. — Il n'agit qu'à sa guise ; c'est un caractère très (indépendant, libre). — (L'expression, la locution) à peu près est une (expression, locution) composée. — L'aube répand dans le ciel une faible (lueur, lumière). — Les (machinistes, mécaniciens) sont chargés de grouper les décors de la scène. — On ne saurait (supporter, tolérer) de semblables abus. — (L'abus, l'excès) du tabac nuit à la santé. — Je vous le jure par ce que j'ai de plus (sacré, saint). — Il a (déployé, développé) cette idée dans un de ses ouvrages. — Il a (déployé, développé) une grande activité.

NB. — Il n'y a guère d'exercices plus simples et plus utiles que ceux-ci pour l'étude des synonymes; nous les recommandons vivement aux maîtres; il n'est pas diflBcile d'en composer de semblables: le mieux est de partir de contextes caractéristiques, d'y relever des mots importants, et de chercher dans un dictionnaire

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de synonymes le ou les mots avec lesquels ils pourraient être confondus.

Les synonymes et les contraires.

(SF. § 162) Les contraires logiques de mots donnés permettent souvent de dire si les synonymes qu'on leur attribue sont réels ou apparents. Ainsi, étant donnée la phrase: «La plus légère attention suffit pour faire voir cela», le contraire de «la plus légère attention» est «la plas grande attention» ; cette opposition montre (si l'identification de léger n'y suffit pas) que ce mot désigne un faible degré d'intensité (Tabl. syn. 89); on peut, alors établir la série synonymique: petit y faible, léger, etc., et discuter les différences de sens pouvant exister entre ces mots dans le cas particulier; en revanche on n'est plus tenté d'établir la série: léger, agile, alerte, preMe (Tabl. syn. G8). ni la série: léger, futile, frivole (Tabl. syn. 204); il s'agit de sens homonymiques du mot léger.

Exercice 103.

Après avoir lu chaque contexte, on déterminera le sens de chaque mot en italique, puis on cherchera si le ou les mots qui lui sont joints entre parenthèses sont réellement synonymes ou ne le sont qu'en apparence; dans ce dernier cas, établir la série correcte.

Cet exercice paraîtra peut-être enfantin au premier abord, surtout à des lecteurs français; il le sera beaucoup moins pour des étrangers, et exige en tout cas beaucoup de réflexion.

Il y a deux choses auxquelles il faut se faire, sous peine de trouver la vie insupportable: ce sont les injures (insultes, invectives) du temps et les injustices (iniquités) des hommes. — Il ne faut pas compter sur la fortune (compter, calculer). — La valeur (courage) n'attend pas le nombre des années. — Il n'y a aucun calcul dans sa bienfaisance (calcul, compte). — Cette considération est indifférente (indifférent, froid, insouciant). — Sa hauteur mécontente tout le monde (hauteur, élévation). — Tout est vanité, dit l'Ecclésiaste (vanité, gloriole).

— Une surface polie (poli, courtois). — Demander grâce (grâce, élégance). — Il vous apprécie beaucoup (apprécier, taxer, évaluer). — Cet enfant manque de moyens (biens, avoir, ressources).

— Ce travail m'a coûté de la peine (chagrin). — Un récit

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scabreux (difficile, épineux, scabreux). — Des vents contraires (contraires, opposés). — Être admis dans une société (admettre, supposer). — Défense d'entrer (défense, protection). — Uissuedu. combat (issue, sortie). — Un hiver rigoureux (rigoureux, sévère). — Une montagne domine la ville (dominer, maîtriser). — Un maître de musique (maître, seigneur). — Serrer des objets dans une armoire (serrer, presser). — Garder un livre au lieu de le rendre (garder, retenir). — Les passions sollicitent le cœur de l'homme (solliciter, prier). — Il proteste de son innocence (protester, réclamer). — Exécuter un condamné (exécuter, accomplir). — Courir à sa perte (perte, privation). — Avancer de l'argent à quelqu'un (avancer, pousser). — Débiter une marchandise (débiter, prononcer). — Les caprices de la fortune (fortune, richesse). — Vivre dans le lesoin (besoin, nécessité, obligation). — Une poitrine opulente (opulent, riche). — Toucher de l'argent (toucher, palper, manier). — La vie est plus chère qu'autrefois (cher, précieux). — Être généreux pour les pauvres (généreux, désintéressé). — Dissiper des doutes (dissiper, gaspiller). — Il a fait cela avec mon agrément (agrément, plaisir).

Cet exercice suppose la même recherche que l'exercice 102, si ce n^est quHci le choix est alternatif (ex,: courant, cours: « Vn fleuve a un ... , impétueux et un, ,, , sinueux'» ; solution : <îin courant impétueux et un cours sinueux»). Ce double choix fera ressortir une différence typique entre les deux mots; déterminer cette différeyice et V énoncer dans une brève définition^ en s' aidant au besoin d'un dictionnaire.

Ainsi, à propos de Texemple cité plus haut, on dira que les deux mots désignent le mouvement de l'eau, mais que, ici tout au moins, cours marque surtout la «direction» et courant surtout la «force» de ce mouvement.

Il va sans dire que ni les exemples proposés, ni les définitions qu'on trouvera ne donneront l'exphcation définitive des mots étudiés. Le seul but visé ici est l'observation.

NB. — Les indications sommaires fournies dans cet exercice doivent être transformées en phrases simples, mais complètes.

Adroit, habile (défense, tireur). — Agé, vieux (déjà ... à vingt ans, ... de vingt ans). — Aigu, tranchant (lame, pointe).

124 Troisième Partie.

— Couché, gisant (cadavre, soldats au bivouac). — Frivole, futile (lecture, motif). — Fané, flétri (rafraîchir une Heur . . . ; une fleur ... ne peut plus revivre). — Fort, robuste, vigoureux (coup ae poing, gelée, santé). — Jeune, juvénile (ardeur, homme).

— Équitable, juste (partage, récompense). — Fatigué, las (d'attendre, de la marche). — Soyez calme, tranquille (pour être fort, pour ne pas déranger vos voisins). — Mou, tendre (au doigt, à la dent). — Jour, journée (de 8 heures, de 24 heures). — Métier, profession (de charpentier, de médecin). — Base, fondement (d'un édifice, d'un triangle). — Cadeau, don, présent (d'un ami, des mages à Jésus, de la nature). — Contrée, région (équatoriale, fertile). < — Péninsule, presqu'île (les ... de la . . . des Balkans).

— Discussion, dispute (une . . . dégénère en . . .). — Conversation, entretien (à bâtons rompus, sérieux). — Disciple) écolier,

élève (faute de de Jésus, ... de Raphaël). — Émulation,

rivalité (La ... est la marque d'une ambitioh plus noble que la . . .). — Loi, règle (de physique, de vie). — Caractère, tempérament (ardent, ferme). — Merveille, miracle (de bnauté, de Jésus). — Ombrage, ombre (d'une perche, d'une forêt). — Avis, opinion (sur un fait, sur une chose à faire). — Convaincre, persuader (par des arguments, par son éloquence). — Poison, venin (de Mithridate, de la vipère). — Butin, proie (de l'aigle, de l'armée). — Tombe, tombeau (creuser, élever). — Domestique, serviteur (on ne trouve plus de ... , et ce sont de mauvais . . .). — Bonne idée, bonne pensée (l'homme de bien n*a que de . . ., vous avez eu une ... en venant me voir). — Mystère, secret (bien gardé, insondable). — Langage, langue (français, l'origine de . . .). — Ami, camarade (de collège, d'enfance). — Ouvrier, travailleur (acharné, à la journée). — Abri, protection (d'un roi, d'un toit). — Air, manière (aimable, poli).

— Effigie, image, portrait, tableau (de l'empereur, de maître, d'une monnaie, net). — Apprendre, enseigner, instruire (à hre, la grammaire, la jeunesse). — Obscur, sombre (définition, visage). — Destin, sort (enviable, inexorable). — Couleur, teint (du visage, du sang). — Couleur, nuance (criarde, délicate). — Commencement, début (de la civilisation, d'un artiste). — Bande, troupe, troupeau (de bœufs, de soldats, de voleurs). — Fée,

Les caractères intellectuels et les caractères affectifs. 125

magicienne, sorcière (doigts de . . ., la. . . Médée, les . . . de Macbeth).

— Bataille, combat (conduire les soldats . . . , un ... rangé). — Laisser, quitter (sa veuve dans la gêne, quelqu'un les larmes aux yeux). — Dévaliser, piller, saccager (un pays, une ville, un voyageur). — Briser, casser (une assiette en deux, en mille morceaux). — Empiler, entasser (des assiettes, des pierres). — Payer, rétribuer (son loyer, un service). — Abréger, raccourcir (un habit, ses vacances). — Affranchir, délivrer (un esclave, un prisonnier). — Accepter, recevoir (de l'argent offert, de l'argent qu'on attend). — Calculer, compter (jusqu'à cent, de tête). — Achever, terminer (un tableau peut être . . . sans être . . .). — S'adonner, se consacrer (à la boisson, à l'éducation de ses enfants). — Allonger, prolonger (un congé, la sobriété ... la vie). — Conduire, mener (à un but, où l'on veut). -- Conduire, guider (à la ville, à travers une forêt). — Contempler, examiner (avec admiration, avec attention). — Élire, voter (un député, une loi). — Plier, ployer (une branche, sa serviette). — Déplier, déployer (un étendard, un journal). — Persévérer, persister (dans ses efforts, dans son refus). — Fournir, livrer (un prisonnier, des renseignements). — Enfler, gonfler (ballon, joue). — Tendre, étendre (l'oiseau .... ses ailes pour prendre son vol, et ... le cou pour saisir sa proie).

— Abaisser, baisser (les yeux, ses regards sur quelqu'un). — Regarder, voir (on peut . . . sans . . . , mais on ne peut pas . . . sans . . .).

Synonymes et textes suivis.

Exercice 105.

Lire le texte suivant et examiner dans chaque cas l'alternative proposée sous forme de deux expressions placées côte à côte.

Il n'est plus fait de distinction entre les synonymes réellement interchangeables et ceux qui exigent un choix, ni entre les synonymes logiquement apparentés et les synonymes apparents; d'une manière générale l'exercice est disposé de telle sorte qu'un élève étranger ait à réfléchir sur un grand nombre de faits concernant la propriété des termes; c'est ce qui excusera sans doute le caractère enfantin (et même absurde) de quelques-unes des distinctions proposées.

126 Troisième Partie.

L'Attique au printemps.

C'est au printemps qu'il faut (voir, regarder) l'Atlique dans (tout son éclat, toute sa splendeur) (quand, lorsque) les anémones, aussi (hautes, élevées) que les tulipes de nos jardins, (confondent, mêlent, mélangent) et (varient, diversifient) leurs (brillantes, éclatantes) (couleurs, nuances, teintes); quand les abeilles, descendues de l^Hymette, (bourdonnent, murmurent, résonnent) dans les asphodèles; quand les grives (babillent, bavardent, causent) dans les oliviers; quand le (jeune, juvénile) feuillage n'a pas encore (reçu, pris, accepté) une couche de poussière, que (l'herbe, le gazon), qui doit (disparaître, s'en aller) (à la fin, au terme) de mai, (se lève, s'élève) (vert, verdoyant) et (serré, dru, compact) partout où (il, elle) (rencontre, trouve) (un peu, guère) de (terre, terrain); et que les (grandes, grosses) orges, (mêlées, mélangées) de fleurs, (ondoient, ondulent) sous (le vent, la brise) de (la mer, l'océan). Une (lumière, clarté) blanche et (splendide, éclatante) (éclaire, illumine) la terre et (fait, laisse) (concevoir, figurer) à (la fantaisie, l'imagination) cette (lueur, lumière) (divine, céleste) dont les héros sont (vêtus, revêtus, habillés) dans les Champs Elysées. — L'air est si pur et si (translucide, transparent) qu'il (paraît, semble) qu'on n'ait qu'à (tendre, étendre) la main (afin der pour) toucher (les monts, montagnes) les plus (lointains, éloignés) ; il (transporte, transmet) si fidèlement tous les (bruits, sons), qu'on (perçoit, entend) la (clochette, sonnette) de (troupes, troupeaux) qui (passent, traversent) à une demi-lieue, et le cri des (grands, gros) aigles qui (s'évanouissent, se perdent) dans

(l'infini, l'immensité) du (ciel, firmament).

(E. About).

Substitution de synonymes dans un texte suivi»

Si au contraire on part d'un texte dûment établi et sans variantes, on se proposera (ou on proposera à des élèves) des substitutions, en faisant appel à ses souvenirs linguistiques et en accueillant les associations d'idées que suggère la lecture; le choix ou l'exclusion de tel ou tel synonyme devra, autant que possible, être motivé. L'exercice est utile, même quand on n'arrive pas à une solution, parce cpi'il force à réfléchir sur les faits de langage. Plutôt

Les caractères intellectuels et les caractères affectifs. 127

que de soumettre à ces expériences un chef-d'œuvre littéraire qWon est presque certain d'estropier y il est préférable de choisir quelque fragment de prose ordinaire, écrite en langage courant, par exemple un article de journal. Voici comment je conseillerais de procéder. Soit la phrase:

<i L'armée française fut tenue toute une nuit au fond d'une jtlaine humide, et le matin, affaiblie et détrempée, on la mena au combat."»

Voici les expressions que me suggèrent, au moins au premier abord, les mots du texte; que quelques-unes de ces variantes me paraissent à moi-même un peu naïves, peu importe: elles se sont présentées, cela suffit.

L'armée, les troupes? Toute une nuit, une nuit entière? Humide, mouillée? Le matin, la matinée? Détrempée, mouillée? On la mena, on la conduisit, on la guida? Au combat, à la bataille?

Si j'essaie de faire mon choix, je vois d'abord que certaines substitutions peuvent se faire sans altérer ni le sens des mots ni celui de l'entourage; p. ex.: «Une nuit entières au lieu de «toute une nuit». D'autres me semblent possibles avec cette restriction que le sens en subira une légère atteinte; il y a déjà faute de propriété; c'est le cas de «mener des soldats à la bataille» au lieu de «mener au combat»] la synonymie rend compte de la différence: combat éveille simplement l'idée de «se battre* (ce que demande le contexte), tandis que bataille désigne l'ensemble des opérations. Conduire au combat pour mener au combat est un cas analogue (que le lecteur résoudra lui-même). Pour d'autres mots enfin, la substitution est simplement impossible: ainsi on ne dit pas qu'une plaine est mouillée, mais humide, quand on veut faire entendre qu'elle a habituellement de l'eau; de même matinée pour matin est ici une pure incorrection; pourquoi?

Exercice 106.

Voir si les expressions entre parenthèses peuvent ou non être substituées aux expressions correspondantes du texte suivant. On fera bien de lire d*abord le morceau d'un bout à Vautre^ en faisant abstraction des parenthèses.

Prière d'une servante.

Mon Dieu! (Seigneur!) Faites-moi la grâce (la faveur) de trouver la servitude (l'esclavage) douce et de l'accepter sans murmure, comme la condition (l'étal) que vous nous avez imposée' à tous en nous envoyant dans ce monde (sur cette terre, ici-bas). Si nous ne nous servons (assistons) pas les

128 Troisième Partie. '

uns les autres (mutuellement, réciproquement), nous ne servons pas Dieu, car la vie (l'existence) humaine n'est qu'un service réciproque. Les plus heureux (fortunés) sont ceux qui servent leur prochain (semblable) sans gages (salaire), pour l'amour àe vous. Mais nous autres, pauvres servantes (domestiques), il nous faut bien (nous devons bien) gagner (acquérir) le pain que vous ne nous avez pas donné en naissant (à notre naissance). Nous sommes peut-être plus agréables à vos yeux pour cela (pour cette raison, à cause de cela), si nous savons comprendre (saisir) notre état (profession, condition, métier); car, outre (à part) la peine (le travail, le labeur, la besogne), nous avons l'humiliation du salaire (gain) que nous sommes forcées (contraintes, obligées) de recevoir (accepter) pour servir souvent ceux que nous aimons (chérissons).

Nous sommes de toutes les maisons (nous faisons partie de . . .), et toutes les maisons peuvent nous fermer (clore) leurs portes; nous sommes de toutes les familles, et toutes les familles peuvent nous rejeter (chasser); nous élevons (instruisons, éduquons) les enfants comme s'ils étaient à nous (nous appartenaient), et, quand nous les avons élevés, ils ne nous reconnaissent plus pour leurs mères (ne nous considèrent plus comme . . . , ne voient plus en nous des . . .) ; nous épargnons (ménageons, économisons) le bien (la fortune) des maîtres, et le bien que nous leur avons épargné va (échoit) à d'autres qu'à nous! ..... Parentes sans parenté, familières sans familles, filles sans mères, mères sans enfants, cœurs qui se donnent sans être reçus: voilà (tel est) le sort (le destin, le lot, la destinée) des servantes devant vous! Accordez-moi (donnez-moi) de connaître (savoir) les devoirs (obligations), les peines et les consolations de mon état; et, après avoir été ici une bonne servante des hommes, d'être là-haut (au ciel) une

heureuse servante du Maître parfait!

(Lamartine).

NB. — Voir exerc. 77 un texte qui donne lieu aux mêmes expériences, sauf que les expressions en italique se prêtent sûrement à des substitutions.

Les caractères intellectuels et les caractères affectifs. 129

Distinction entre les valeurs intellectuelles et les valeurs affectives.

(SF. § 171 et suiv.) a) Indice tiré de deux valeurs d'un même mot.

Dans cet exercice, un même adjectif modifie successivetnent deux substantifs: dire dans quel cas il a une valeur purement intellectuelle, et dans quel autre U comporte une nuance affective; pour sentir cette opposition, il faut faire abstraction des différences positives pouvant exister entre les deux sens de Vadjectif.

Une réputation universelle: l'histoire universelle. — Une aventure singulière: un combat singulier (cf.: un singulier combat, exerc. 110 et suiv.). — Subvention aux établissements hospitaliers: une demeure hospitalière, — Un canard sauvage: des instincts sauvages, — Une haie vive, de la chaux vive: des mouvements vifs, — Evaluer la masse d'un corps: une masse de gens croient encore aux revenants. — L'histoire biblique: une chose d'une simplicité biblique, — Un écrivain fécond: une fleur féconde. — Une représentation extraordinaire: une érudition extraordinaire. — Cette œuvre est unique en son genre: il est fils unique. — Des mains criminelles: une affaire criminelle. — Une conduite coupable : un accusé reconnu coupable. — Du vin pur: une pure fohe. — Un four banal: une expression banale. — L'églantine commune: un style commun. — Des voix enfantines: des esprits enfantins. — Une plante vivace: une haine vivace, — Une défaite complète: un ouvrage complet en cinq volumes. — Copie du tableau original: une idée originale, — Un exemple quelconque: il est quelcotique, il n'a rien de personnel. — Le rayonnement des astres: le rayonnement de la joie. — Traduire la Bible en langue vulgaire: avoir des goûts vulgaires, — Un corps lumineux: une idée lumineuse. — Un événement bien parisien: la municipalité parisienne. — Les assemblées provinciales: un habit d'une coupe provinciale. — L'esthétique monumentale: un édifice de proportions monumentales. — Le roman romanesque: Bally, Traité de stylistique française, n.^^ 9

130 Troisième Partie.

un esprit romanesque. — La grosse caisse et le tambour; une grosse caisse de livres. — Les ornements triomphaux: une marche triotnphale. — La société patriarcale: mener une vie patriarcale. — La philosophie cynique: des propos cyniques. — De l'eau tiède: un accueil tiède. — Une dame romaine: une vertu romame. — L'allaitement maternel: des soins maternels. — Une maladie héréditaire : des vertus héréditaires. — La puissance paternelle: un conseil paternel. — Les ordres religieux: observer un silence religieux.

La sémantique rend compte de ces deux aspects d'mi même adjectif; il s'agit, dans tous les cas de ce genre, L d'une représentation intellectuelle bien précise (p. ex. «l'histoire romaine'»), et 2. d'un caractère primitivement accessoire reposant sur une impression svbjective et affective^ laquelle finit par envahir le sens intellectuel et le fait passer au second plan (p. ex. dans: «une vertu romaine*)', on ne dit plus ce qu'une chose est, mais quelle impression elle fait sur nous. Le résultat est le plus souvent un emploi métaphorique du mot.

Il va sans dire que cette tendance sémantique est générale et attaque toute espèce de mots; elle a sa racine dans la constitition même de l'esprit humain (cf. SF. §§ 7 et 271), et sa portée est incalculable. Nous nous en tenons aux adjectifs simplement parce que c'est le cas le plus commode et le plus démonstratif.

Exercice 108.

Trouver, dans les adjectifs suivants, les deux aspects décrits plus haut, et montrer le contracte entre ces deux aspects en formant des contextes analogues à ceux de Vexercice précédent.

Nerveux. Vivant. Classique. Romantique. Noir. Lumineux. Vide. Bouillant. Froid. Chaud. Élémentaire. Inédit. Microscopique. Aérien. Vaporeux. Lourd. Virginal. Viril. Mâle. Funèbre. Onctueux. Sec. Mûr. Excentrique. Royal. Princier. Diplomatique. Céleste. Infernal. Divin. Mihtaire. Provincial. Nuageux.

b) Indice tiré des contraires.

(SF. § 174) Exercice 109.

Chercher dans chacune des séries de synonymes de cet exercice le ou les mots qui suggèrent des contraires logiques, et

Les caractères intellectuels et les caractères affectifs. 131

voir si Vexistence de ces contraires est Vindice dhme valeur essentiellement logique, par opposition aux autres synonymes de la série. Pour la recherche des contraires, consulter le Tableau synoptique.

Brouille, désaccord, discorde, dissentiment. — Succès, triomphe. — Aisance, opulence, prospérité. — Aubaine, gain, trouvaille. — Commander, dominer, faire la loi. — Désobéir, se rebiffer, regimber. — Affreux, hideux, laid, repoussant, vilain. — Décerner, donner, faire hommage de qch., gratifier, offrir. — Droit, raide. — Clarté, éclat, lueur, lumière. — Exigu, microscopique, minuscule, petit. — Accablant, écrasant, lourd, pesant. — Céder, courber la tête, obéir, se résigner. — Accommodant, coulant, indulgent. — Austérité, rigueur, sévérité.

— Etranglé, étroit, rétréci. — Adroit, émérite, expérimenté, expert, habile, ferré. — Fermer les yeux, permettre, souffrir.

— Canaillerie, coquinerie, déloyauté, duplicité, félonie, mauvaise

foi, vilenie. — Intéressé, mesquin, regardant. — Croyant,

dévot, pieux, religieux. — Acquérir, amasser, faire fortune,

gagner. — Agression, attaque, charge. — Corvée, peine,

travail.

NB. — Ce travail peut être continué au moyen de n'importe quel dictionnaire idéologique.

c) Indice tiré de la place de l'adjectif attributif.

(SF. § 176)

Exercice 110.

La valeur affective d'un adjectif est très souvent reconnaissable à ce que cet adjectif est placé devant son substantif. Dans cette position, il forme fréquemment avec lui une série d'intensité (SF. §84), p. ex. dans: «une amère déception», «une dure éprouve», etc.

Dans l'exercice suivant la valeur affective des adjectifs ressort en partie de la nature des substantifs qui les accompagnent, en partie et surtout de la place qu'ils occupent. Déterminer plus exactement cette valeur affective, 1) en introduisant ces g^'oupes dans des phrases complètes, 2) en imaginant d'autres contextes où Vadjectif comporte une valeur purement intellectuelle et définitionnelle, et se trouve placé après son substantif, S) en cherchant Vadjectif de sens contraire, à supposer quil existe.

132 Troisième Partie.

Ainsi, étant donné le groupe ^Mâles accent»'», on déterminera la signification exacte et la nuance afifective de l'expression, 1. en formant une phrase telle que: «Les soldats marchaient aux mâles accents de leur hymne national» ; "1. on opposera cet emploi de mâle à celui qu'il reçoit dans l'expression «un oiseau m^fe»; 3. on fera ressortir la valeur essentiellement logique de ce dernier emploi par l'opposition «un oiseau femelle'».

Si cet exercice paraît trop difficile, on peut se borner à lui appliquer la première des conditions posées plus haut, d'autant plus que, pour un certain nombre d'exemples, la différence de place n'entraîne qu'une différence de nuance (cf. «une activité fiévreuse» et «une fiévreuse activité»).

Lâche agression. — Molles ondulations de l'eau. — Sage conseil. — Pieuse offrande, — Épaisse forêt. — Cruel souci.

— Fraîches couleurs. — Riches moissons. — Verte vieillesse.

— Fatale erreur. — Funeste penchant. — Vague pressentiment. — Large blessure. — Mobiles impressions. — Fines observations. — Folle ardeur. — Humbles services. — Stériles efforts. — Confuse rumeur. — Dures épreuves. — Ennuyeuse corvée. — Timide tentative. — Fidèle serviteur. — Haute intelligence. — Vaillante armée. — Vivante image. — Frivoles pensées. — Coupable amour. — Antique usage. — Maigre repas. — Frêle tige. — Glorieuse journée. — Solides connaissances. — Lointaines rumeurs. — Habile défense. — Tardif repentir. — Précoces aptitudes. — Patientes recherches. — Basse vengeance. — Abondante récolte. — Acre senteur. — Apre volupté. — Riante nature. — Suaves mélodies. — Mince importance, — Rapides années. — Complète défaite. — Vulgaire imposteur. — Volumineuse correspondance. — Profonde indignation. — Plate réponse. — Curieux détails. — Importante commande. — Vains espoirs. — Fâcheuse nouvelle. — Violent accès. — Illustres ancêtres. — Juste récompense. — Réel plaisir. — Chaude recommandation.

Séries d'intensité: Rigoureuse exactitude. — Grave accident. — Sévère admonestation. — Prudente réserve. — Mortel ennui. — Fiévreuse activité. — Tendres caresses. — Vif intérêt. — Grossière erreur. — Cuisante douleur. — Infinie variété. — Amère déception. — Délicate attention. — Fervente

Les caractères intellectuels et les caractères affectifs. 133

prière. — Perfide trahison. — Haute valeur. — Précieux avantage. — Sage modération. — Etroite union. — Sanglant combat. - Eclatante victoire. — Sanglante défaite. — Sordide avarice. — Poignante émotion. — Morne tristesse. — Violente colère. — Criante injustice.

NB, — Les exemples précédents montrent que l'effet produit par cette place de l'adjectif est tantôt naturel, c. à d. inhérent au sens raêrae du groupe (SF. § 181), p. ex. dans «un maigre repas», tantôt, c'est un effet par évocation (SF. ibid.), en ce sens que c'est une construction favorite de la langue littéraire (SF. § 243,2; cf. exerc. 157); c'est le cas dans: «une v^r^e prairie», «le froid hiver», etc. On pourra revoir les deux exercices précédents à ce point de vue, en signalant les groupes qui ont particulièrement ce caractère. Voici quelques phrases de Theuriet montrant la qualité de cet effet: «Les fleurs de cerisiers ressemblent à de blancs bouquets de mariée». «Le froid hiver est à nos portes.» «De tout cet épanouissement, de tous ces bourgeons éclatés, s'exhale une ve^'te odeur.» C'est dans les œuvres poétiques qu'on en trouvera les exemples les plus abondants. Ex. «Le sinistre océan» (V. Hugo), «la bleuâtre vapeur», «Un éternel tombeau», «Tes gigantesques bras» (A. Barbier), etc., etc.

Exercice 111.

Les adjectifs suivants ont tantôt un sens précis et une valeur intellectuelle, souvent technique (cf. noir, blanc, multiple, etc.), tantôt une valeur affective; dans le premier emploi, ils se placent toujours après leur substantif, dans le second ils doivent le précéder, ou, en tout cas, accentuent, en le faisant, leur valeur affective (cf. <iune pierre précieuse» et ^de précieux renseignements^, plus affectif que <ides renseignements précieux»). On cherchera et opposera des contextes oà un même adjectif aura successivement les deux valeurs; on n'insistera pas trop sur les différences définitionnelles pouvant exister entre les deux sens de chaque adjectif. Ex.: noble; «un noble saciHfice» (ail. «^edeh): «une famille noble» (ail, «adelig»)-

Réel. Absolu. Subit. Tardif. Rare. Simple. Multiple. Entier. Complet. Unique. Plein. Mobile. Rapide. Lent. Gras. Maigre. Épais. Mince. Fin. Haut. Bas. Profond. Plat. Pesant. Léger. Mou. Fragile. Bouillant. Froid. Aigre. Doux. Clair. Sombre.

134 Troisième Partie.

Obscur. Pâle. Blanc. Noir. Vert. Aveugle. Sourd. Muet. Savant. Poétique. Prosaïque. Sauvage. Céleste. Infernal.

Exercice 112.

Les adjectifs suivants, ne comportant guère qu'une valeur logique, ne se placent qu^ après leurs substantifs. Former des contextes montrant ce caractère et cette construction.

Naturel. Artificiel. Inné. Malsain. Salubre. Nuisible. Inférieur. Modéré. Précis. Voisin. Limitrophe. Adjacent. Officiel. Supérieur. Inférieur. Chauve. Glabre. Régulier. Spécial. Exceptionnel. Final. Obligatoire. Facultatif. Latent. Tacite. Analogue. Irascible. Instinctif. Matériel. Dense. Fixe. Stable. Neutre. Corporel. Inégal Logique. Distinct. Physique. Imaginaire. Infirme. Factice. Légal, etc. . . . voir le Tableau synoptique.

Adjectifs affectifs placés après leurs substantifs.

On a vu SF. § 176 que la place de l'adjectif n'est pas un indice certain de sa valeur logique ou affective.

1. De nombreuses exceptions sont motivées par des raisons d'euphonie; ainsi les adjectifs monosyllabes, surtout ceux qui accompagnent un substantif lui-même monosyllabe, se placent plus volontiers après le nom ; on dit bien «Une molle couche», mais non «Un mou lit».

2. Beaucoup de paHîcipes passés employés adjectivement se placent après leurs noms, même lorsqu'ils comportent une valeur affective réelle, p. ex.: affecté, étriqué, potelé, bouffi, rebattu, etc. («des manières affectées», «un visage boufiB»).

3. Beaucoup de substantifs employés adjectivement par la langue familière, avec une nuance affective très évidente (p. ex. idiot, bête, nigaud, etc.), ne peuvent se placer qu'après les noms, ou bien ils n'arrivent à les précéder que grâce à une construction particulière avec de: comparez «Un enfant nigaud» et «Un nigaud c^'enfant». Voir pour plus de détails, SF. § i281.

Exercice 113.

Former des contextes oit les adjectifs suivants soient placés après leur substantif, ou, s'il y a lieu, le précèdent suivant la formule <^un nigaud d'enfant» (v. plus haut).

Aisé. Résigné. Ombrageux. Entêté. Étourdi. Gourmé. Bouffi. Fourbe. Niais. Guindé. Dégagé. Las. Net. Câlin. Fat. Accort.

Les caractères intellectuels et les caractères affectifs l'^-''

Adoré. Dru. Fortuit. Risqué. Caduc. Nu. Avenant. Elancé Svelte. Replet. Touffu. Ombreux. Dodu. Joufflu. Imbécile. Benêt. Lourdaud. Radoteur. Crétin. Maladroit. Finaud.

Directions concernent la consultation des dictionnaires idéologiques.

Ces dictionnaires groupant les mots d'après leur sens fondamental, cette disposition permet un premier triage, très approximatif il est vrai, entre les expressions essentiellement intellectuelles et celles qui comportent un ton affectif. On peut commencer par le Dictionnaire des Qualificatifs de Schéfer (qui donne les adjectifs et les verbes). On choisira de préférence une idée simple permettant l'expression du sentiment (p. ex. beau, laid, aimer, haïr, etc., plutôt que égal, inégal, ouvrir, fermer, etc.), et l'on essaiera de faire le départ entre les mots des deux catégories, en s'en tenant aux cas évidents et qui paraissent le plus frappants ; puis on se rendra compte du caractère de chaque mot mis à part au moyen de contextes aussi typiques que possible. Exemple: sous la rubrique difficile de Schéfer, les mots chatouilleux, épineux, scabreux, me frappent comme évidemment affectifs; je fixe et accentue ce caractère par des contextes que les dictionnaires ordinaires fournissent au besoin: «Une affaire chatouilleuse, qui pourrait blesser bien des susceptibilités»; «Une question épinetise, où les plus habiles perdraient leur latin»; «Une entreprise scabreuse, dont personne n'ose se charger». Les dictionnaires de Rouaix et de Robertson permettront de poursuivre ces expériences avec les mots des autres catégories. Ainsi sous la rubrique (substantive) difficulté, on n'aura sans doute pas de peine à mettre à part, comme spécialement affectives, les expressions: tracas, corvée, mauvais pOrS, tablature (familier), surtout si on leur trouve des contextes appropriés. Cet exercice serait profitable même s'il n'avait d'autre effet que de familiariser avec la consultation des dictionnaires idéologiques.

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