‹ Traité de stylistique française (volume 2)Chapitre 15 sur 168 · CARACTÈRES AFFECTIFS NATURELS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES AFFECTIFS NATURELS

A. Intensité.

(SF. § 182 et suiv.)

Exercice 114.

Dans les séries de synonymes de cet exercice, on cherchera

le terme le plus intensif , en faisant, autant gnie possible, la

distinction entre l'intensité logique et Vintensité affective (SF.

Bourg, hameau, village. — Branche, rameau. — Glace, miroir. — Fleuve, rivière. — Anse, baie, golfe. — Mer, océan.

— Jeter, lancer. — Grime, délit, faute, forfait. — Danger, péril, risque. — Indispensable, nécessaire, urgent, utile. — Immonde, malpropre, sale, sordide. — Péninsule, presqu'île. — Empoigner, prendre, saisir. — (Amour) criminel, coupable. — (Expression) banale, ordinaire, triviale, vulgaire. — (Ville) célèbre, fameuse, illustre. — Dépouiller, dévaliser un voyageur.

— Abandonner, délaisser, quitter, trahir un ami. — Ignorant, ignare. — Gombat, bataille, engagement, escarmouche. — Grevasse, fente, fissure, lézarde. — Ghangement, métamorphose, modification, transfomiation. — Gontent, satisfait de son sort.

— (Fleur) fanée, flétrie, passée. — Amas, amoncellement, monceau, tas. — Accumuler, amasser, amonceler, entasser. — Brouillard, brume, buée. — (Prix) modéré, modique. — Goncupiscence, convoitise, désir. — Anéantir, détruire un empire. — Elstime, respect, vénération. — Effroi, épouvante,

Caractères afifectifs naturels. 137

crainte, frayeur, terreur. — Admirer, s'émerveiller, s'extasier, se pâmer. — Ardent, brûlant, chaud. — Imperceptible, microscopique, petit. — Une preuve convaincante, éclatante, frappante.

— Un homme acariâtre, atrabilaire, grincheux, morose; farouche, hargneux, inabordable, insociable. — Avarice, économie, ladrerie, mesquinerie, avarice sordide. — Avide, altéré, insatiable, passionné de plaisirs. — Idée baroque, biscornue, bizarre, cocasse, drôle, étrange. — Esprit apathique, calme, indifférent, placide, posé, rassis, serein. — Caractère capricieux, changeant, fantasque, inconstant, lunatique, mobile, ondoyant, versatile, volage. — En entendant une expression inconvenante, on est choqué, indigné, indisposé, offensé, révolté, scandaUsé.

— Une idée claire, limpide, lumineuse, nette. — Une lecture attachante, captivante, intéressante, passionnante. — Une tactique adroite, habile, ingénieuse. — Abhorrer, abominer, détester, exécrer, haïr. — Il ne sait rien, c'est un ignorant, il est arriéré, illettré, inculte; c'est un âne. — Une affaire considérable, grave, importante, sérieuse. — Un événement fortuit, foudroyant, imprévu, inattendu. — Un mot choquant, déplacé, inconvenant, leste, malséant. — Un caractère flottant, hésitant, indécis, irrésolu. — Astreindre, contraindre, forcer, obliger qn à l'obéissance. — Blâmer, censurer, critiquer les agissements de qn. — Un danger imminent fait naître de l'angoisse, de l'anxiété, de l'appréhension, de l'inquiétude. — Brûler d'avoir une chose, la convoiter, la désirer, en avoir envie. — Bête, idiot, imbécile, stupide. — L'attrait, le charme, la séduction du plaisir. — Enfant effronté, impertinent, insolent. — Laideur affreuse, hideuse, repoussante. — Cette mère adore son enfant, l'affectionne, l'aime, le chérit, l'idolâtre. — Ce spectacle m'a amusé, déridé, désennuyé, désopilé, distrait, diverti, égayé, récréé. — J'approuve cette idée, je la goûte, loue, partage, j'y souscris. — L'hypocrite cache sa pensée, la déguise, l'enveloppe, la tient secrète. — Un mystère impénétrable, inexplicable, insondable, profond, ténébreux. — En me vendant cette marchandise, ce marchand m'a abusé, dupé, filouté, fraudé, joué, leurré, mystifié, refait, trompé, volé.

138 Quatrième Partie.

NB. — On peut se servir aussi, pour cet exercice, des listes de synonymes du n^ 78.

Pour l'intensité et l'exagération familières (SF. § 183), voir VIP partie, exerc. 183 — 184.

Note sur l'utilisation des dictionnaires idéologiques.

Si l'on consulté un dictionnaire idéologique pour étudier l'intensité relative d'expressions s}'Tionymes, il faut avant tout partir d'une situation et d'un contexte déterminés (voir exercice précédent); sinon, l'abondance des mots, et, il faut le dire, le plan défectueux de ces dictionnaires, mettraient de la confusion dans les idées et obscurciraient le sens des mots. Ainsi on ne cherchera pas les synonymes d'intensité de dangereux, mais on cherchera comment on peut exprimer plus énergiquement l'idée: (nUne entreprise dangereuses. Dans Schéfer, sous dangeretix, ou trouve p. ex. les adjectifs alarmant, brûlant, critique, découvert, désabrité, épidémique, etc., qui s'éliminent d'eux-mêmes, grâce à l'idée fondamentale d'où l'on est paiii. En revanche on retiendra les mots: «(Entreprise) aventureuse, hasardeuse, périlleuse, risquée, scabreuse, téméraire-». Cette liste, résultant de ce triage préliminaire, permet de constater que téméraire est le plus fort de tous ces a^ectifs, risqué le plus faible, que dangereux a moins d'intensité que périlleux, et ainsi de suite. IL n'importe pas d'établir la gradation exacte de tous ces mots; c'est là un ordre forcément artificiel ; il est plus intéressant de saisir les rapports qui rapprochent ou éloignent chaque mot d'un autre mot comparé avec lui pour une raison qui peut varier d'un cas à l'autre.

Atténuation.

(SF. § 184) Exercice 115.

Relever^ dans chaque série de synonymes, le terme le plus «neutre», le plus dêpmirvu d'effet, et lui opposer le ou les termes qui présentent la même idée enr l'atténuant ; déterminer, autant que possible, quelle est la nature de cette atténuation.

Un mot blessant me choque, me froisse, m'indigne, m'indispose, m'offense, me pique, me révolte, me vexe. — Une histoire croustilleuse, décolletée, guillerette, indécente, polissonne, scabreuse, scandaleuse. — Une conduite déréglée, dissolue, immorale, licencieuse, polissonne. — Une personne corpulente.

Caractères affectifs naturels. 139

un pen forte, grasse, grassouillette, obèse, aux formes opulentes.

— Une dame âgée, d'un certain âge, un peu mûre, sur le retour, une vieille dame. — Un homme brusque, colère, colérique, irascible, nerveux, susceptible, vif. — Des gros mots, des injures, des insultes, des propos vifs. — Chiper, dérober, escamoter, soustraire, voler une plume à un camarade. — Un travail défectueux, détestable, imparfait, insuffisant, qui laisse à désirer, mal fait, médiocre, négligé. — Une action blâmable, coupable, incorrecte, répréhensible. ~ En conter, donner une entorse à la vérité, faire accroire, mentir. — Falsifier, frelater, sophistiquer une denrée. — Un calcul méprisable, mesquin, petit, vil. — Un aspect étrange, grotesque, peu ordinaire, ridicule, singulier. — S'amuser de quelqu'un, s'en moquer, le railler, en rire. — De la viande avancée, gâtée, pourrie. — Ecart, errement, faute, manquement, méfait, peccadille, péché.

NB. — Pour les diminutifs, voir P partie, exerc. 12 et 13. Pour l'atténuation de caractère social, voir VIP partie, exerc. 185—186. Comme d'ailleurs on atténue souvent pour excuser, et qu'on exagère souvent pour aggraver, voir aussi les exercices suivants sur les expressions laudatives et dépréciatives.

B. Notion de valeur.

(SF. §§ 166, 185 et suiv.)

Exercice 116.

Trouver f dans chaque sê?ne de synonymes^ une ou plusieurs expressions péjoratives (ou dépréciatives) ; former avec ces expressions des contextes, faisant ressortir cette nuance péjorative et voir si elle est essentiellement logique ou affective; constater, pour les contextes, les exemples fournis par les dictionnaires.

Ex.: soit la série: affublé, fayoté, hàbiUê, vêtu, on fera comprendre la valeur péjorative de affublé et fagoté par des contextes comme: «Une vieille affublée d'un jupon crasseux» et «Une jeune fille fagotée comme une provinciale».

Domestique, serviteur, valet. — Boutique, magasin, maison.

— Ane, baudet, bourrique, — Bidet, cheval, coursier, hari-

140 Quatrième Partie.

délie, rosse. — Troupe, bande. — (Salaire) moyen, médiocre.

— (Repas) frugal, maigre. — Sobriquet, surnom, titre. — Contrefaire, copier, imiter, plagier, singer. — Évanouissement^ pâmoison, syncope. — Gamarilla, clique, société. — Babiller, bavarder, causer, jacasser, jaser. — Critiquer, déblatérer contre.

— Se gaudir, se gausser, se moquer de qn. — Continuel, perpétuel, sempiternel. — Cela ne vous concerne pas, ne vous regarde pas. — Les actes, les actions, les agissements.

— Accepter un compromis, se laisser aller à des compromissions. — Cauteleux, circonspect, précautionneux. — Audace, hardiesse, témérité, — Affecté, gracieux, mièvre. — Sensiblerie, sentiment, sentimentalité. — Bon, bonasse, débonnaire. — Fierté, orgueil, morgue. — Arrogant, fier, hautain. — Abondance, prolixité, verbiage. — Brièveté, concision, laconisme. — Finesse, astuce, ruse, tromperie. — Brusquerie, franchise. — Livre farci, plein, rempli d'érudition. — Discourir, pérorer.

— Abréger, écourter une explication. — Friand, goinfre, goulu, gourmand, gourmet. — Simple, grossier, fruste. — Diversité, variété, bigarrure du style. — Remarque enfantine, naïve, puérile. — Style fade, fadasse, insipide. — Sirop douceâtre, doux. — Bedaine, panse, ventre. — Ecornifleur, parasite, pique-assiette. — Gloire, gloriole. — Ecrivailleur, écrivain, écrivassier, plumitif. — Bigot, cagot, dévot, pieux, religieux. — Caché, clandestin, secret. — S'amouracher, s'engouer, s'enticher, s'éprendre, tomber amoureux de qn. — Redite, répétition. — Confus, penaud, piteux. — Gela est trop difficile, par trop difficile.

NB. — Pour les suflQxes péjoratifs, voir P partie, exerc. 8, 1 1 et 14.

Exercice 117.

Les expressions péjoratives désignent souvent l'exagération d'une qualité, comme on le voit par cette phrase: <!U amour-propre n'est pas loin de Végoïsme». Conformément à la tendance décrite SF. § 173, les oppositions de ce genre ont un caractère plus logique qu'affectif.

Répondre aux questions suivantes et complétei' les phrases où un mot doit être suppléé.

Caractères affectifs naturels. 141

Comment appelle-t-on un homme trop économe^ un homme qui dépense trop, l'abus de la liberté, une piété exagérée? — Être trop poli, c'est être ... — Trop d'humilité s'appelle . . . — Celui qui est audacieux sans réflexion est ... . — Qu'estce que l'excès de Vindidgence? — Persévérer en dépit de la raison, c'est ... — Un sirop trop doux est. . . — Le calme de l'esprit ne doit pas aller jusqu'à. . . — Une grâce trop étudiée est de la . . . — Ce qui est comique à l'excès devient ... — Il y a un point où Vhabileté devient de la . . . — Il faut être soigneux sans être trop ... — On peut être tempm^ant sans être ... — On doit louer sans ... et blâmer sans tomber dans la . . . — Le désintéressement doit-il aller jusqu'au ... ? — Usez de tout, ne . . . de rien. — ^ Les gourmets sont rarement ... — A force de s'eniv^-er on devient un . . . — Une femme vertueuse ne gagne rien à être ...

Exercice 118.

Trouver, dans Vexercice 78, des termes ayant le même caractère que ceux de Vexercice précédent; leur opposer les termes désignant les qualités pures et simples, et former des contextes analogues à ceux de cet exercice {ex.: bon; débonnaire). Constater aussi le Tableau Synoptique pour trouver d*autres exemples.

Les mots suivants peuvent être pris tantôt en bonne part, tantôt en mauvaise part, tout en conservant le même sens fondamental. Former des contextes montrant ces deux valeurs; considter les exemples des dictionnaires; ainsi, pour fameux, le Dictionnaire Général donne: 1) ^Noiis avons fait un fameux dînera, et 2) «-Cest un fameux imbécile-».

Ingénu. — Naïf. — Innocent. — Austère. — Dévot. — Endurci. — Coquet. — Séduire. — Opiniâtre. — Candeur. — Protecteur. — Hardiesse. — Audace. — Exploit. — Fasciner, — Singulier. — Curieux. — Intérêt. — Chance.

142 Quatrième Partie.

Utilisation des dictionnaires idéologiques,

1. Choisir une notion qui, en elle-même, ne comporte aucun effet, aucun sentiment de plaisir pu de déplaisir, aucune idée de beauté ou de laideur, p. ex. les notions de hauteur, de graudeiir, de grosseur, etc.

2. Appliquer ces notions à un objet, à un contexte, à ime situation où les sentiments de plaisir ou de déplaisir, etc., doivent nécessairement intervenir, p. ex.:

a) La hauteur d'une montagne, dans la description d'un beau paysage alpestre.

b) La taille exagérément haute d'un homme trop maigre, dont on veut faire une description ridicule (penser à Don Quichotte).

Ces conditions précises permettent de faire un triage à peu près exact des expressions neutres, laudaiives cl dépréciatives qu'on peut rencontrer.

3. Consulter alors un dictionnaire idéologique où des expressions de ces trois catégories sont confondues (souvent plus qu'il ne serait nécessaire). On éliminera tout d'abord les termes qui ne pourraient pas s'appliquer aux situations choisies.

Dans les deux cas mentionnés tout à l'heure on trouvera, je suppose, par le triage en question, des mots comme les suivants:

a) Montagne majestueuse, sublime, d'une hauteur 2^^odî9ietise, cime sourcilleuse, altière, vertigineuse', masse imposante^ gigantesque, colossale, etc. D'autres épithètes comme énorme, gros, massif, monumental, etc. choqueraient, parce qu'elles produisent l'impression opposée à celle qu'on cherche. ,

b) Homme d'une grandeur démesurée; efflanqué, grand et maigre, effilé, une perche (famiher), une ficelle (id.), un grand diable (id.); il n'en finit pas (id.), on dirait qu'il marche sur des échasses (id.), etc.

On voit que, dans les deux cas, une nuance d'intensité s'unit à la nuance péjorative ou laudative, et que, dans le second cas, il y a des emprunts faits au langage famiher; cette combinaison d'effets n'infirme pas notre démonstration.

Soit encore l'idée générale et «neutre» de minceur; on l'applique à la description d'une gracieuse taille de femme; les termes qui peuvent se présenter sont donnés ici pêle-mêle, mais les expressions laudatives sont imprimées en caractères gras, les termes péjoratifs en italique et hs mots à effet neutre en caractères ordinaires; un point d'interrogation accompagne les mots qui, selon les situations et les contextes, peuvent être pris en bonne ou en mauvaise part.

* Taille étroite, mince, exiguë, maigre, énue, svelte, efflanquée, élancée, étranglée, fine, déliée (?), effilée (?), pincée, fluette, grêle, menue (?), uiignonne, etc.

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Exemple à double face: un marchand a trompé un acheteur sur la qualité de la marchandise vendue. L'acheteur dira qu'il a été trompé, dupé, frustré, filouté, joué, volé, qu'il est victime d'une escroquerie, etc. Le marchand, tout heureux du résultat de sa tromperie, dira (en employant des expressions comiques et familières, ce qui est presque forcé, voir SF. § 277): «Je l'ai attrapé, je lui ai joué un bon tour, un tour de ma façon, je l'ai refait, je l'ai misdedans, il est tombé dans le panneau, il n'y a vu que du bleu, etc.».

Les expressions de l'acheteur sont forcément péjoratives, puisqu'elles sont dictées par un sentiment de déplaisir, d'indignation; celles employées par le marchand sont laudatives, parce qu'elles veulent atténuer la gravité de la fraude commise; ce cas esi, fréquent et caractéristique; on ne peut faire voir en beau un acte immoral qu'en le fardant, en noyant l'effet naturel de la chose sous le comi- (jue de l'expression.

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