‹ Traité de stylistique française (volume 2)Chapitre 16 sur 168 · C. Valeurs esthétiques · texte numérisé non relu

C. Valeurs esthétiques

Effets comiques; Tironie-^

(SF. § 191)

L'ironie consiste à dire une chose en laissant entendre le contraire, ou à présenter comme naturelle une chose qui ne l'est pas. Avant d'être un procédé de style, l'ironie est un procédé du langage spontané, notamment de la langue parlée; mais, comme elle peut donner l'impression d'une sorte de jeu et produire, par évocation (SF. § 229), des elTets comiques, nous en donnons quelques exemples.

Exercice 120.

Chercher des situations et des contextes qui puissent prêter aux expressions suivantes tme valeur ironique; puis dire quel sens réel Vexpression reçoit dans le contexte choisi.

Ex.: soit l'expression: «Il ne manquait plus que ça!»; une nuance ironique apparaît si l'on imagine un contexte tel que : «Nous sommes déjà fatigués de marcher, et voilà un orage qui se prépare ; vraiment, il ne manquait plus que ça!» (c. à d. «C'est encore plus fâcheux»).

C'est pour rien (== cela ne coûte rien). — La belle raison! — Ne vous gênez pas! — Vous choisissez bien vos ai'^is! — Je m'en soucie bien! — Vous aviez bien besoin de venir juste au moment où . . . — C'est bien de cela qu'il s'agit! — Ah bien! c'est ça qui me gêne! — (Vous croyez

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ça, vous ?) Ah bien, oui ! — Comptez dessus ! — Vous voilà bien avancé! — Ah, par exemple! j'aimerais bien voir ça!

— Ce serait complet! — C'était bien la peine de se déranger!

— Ah oui! parlons-en, de votre ami! — Ah oui! c'est du propre! — Allons! ça va bien! — De mieux en mieux! — Grand merci! — Bien obligé! — Tu veux que je te prête mon couteau? Pour que tu le perdes encore, n'est-ce pas? — Ah! ce n'est pas trop tôt! — Pour changer! — Voilà une générosité bien placée! — Vous allez avoir une cohue d'amis intimes. — Ce travail est parfaitement mal fait. — C'est mon ennemi intime. — Je le déteste cordialement. — Dites que je ne suis pas gentil! — Il est chargé d'argent comme un crapaud de plumes. — C'est un cautère sur une jambe de bois. — Il est la cinquième roue d'un char. — Cela lui va comme un tablier à une vache. — Léger comme un éléphant. — Enfoncer une porte ouverte. — C'est clair comme de l'eau de lessive. — Il n'est pas muet. — Ce n'est pas la politesse qui l'étouffé!

Expressions descriptives ou pittoresques.

(SF. § 192) Exercice 121.

Chercher, dans chaque série de synonymes, le ou les mots qiii se distinguent par une nuance particulièrement descriptive ou pittoresque ; fixer cette valeur par des contextes appropriés (que les dictionnaires peuvent fournir au besoin); mettre en regard le mot de chaque série qui a le caractère d'un terme d'identification et dont Veffet ^esthétique'» est nul.

Ainsi dans la série: «agile, dégourdi, leste, prestes, agile est le terme le plus simple, le plus «neutre», le plus «identificateur»'; au contraire ^res^e a éminemment le caractère descriptif dont il s'agit ici; cf. «être preste à la riposte» (J. J. Rousseau); «un esprit vif, preste, fertile en traits ingénieux» (Marmontel). De même, dans la série «accort, accueillant, affable, engageant:»^ accort frappe tout de suite par ce même caractère; comparez cette phrase de Baumarchais: «La plus jolie petite mignonne, douce, tendre, accorte et fraîche».

NB. — 1. Nous rappelons que cette valeur «descriptive» ne doit pas être prise au pied de la lettre, ni être serrée de trop près, puisqu'il s'agit d'un mode intermédiaire; on verra notamment que la distinction n'est pas toujours possible entre ce genre de mots et

Caractères affectifs naturels. 145

les mots familiers d'une part (SF. § 278) et les expressions littéraires d'autre part (SF. § 241).

2. Pour la valeur pittoresque de certains suffixes, voir P partie, exerc. 9 et suiv.

Escapades, fredaines, folies, incartades, mauvaise conduite d'un jeune homme. — Paysan fûté, madré, matois, rusé. — Affaire douteuse, équivoque, louche, véreuse. — Herbe drue, compacte, épaisse, serrée. — Humeur badine, enjouée, folâtre, gaie. — Content, joyeux, radieux, ravi. — Coup d'œil, œillade, regard amoureux. — Enfant espiègle, fripon, malicieux, malin. — Émotionné, éperdu, hagard, troublé. — Mets appétissant, ragoûtant, savoureux. — Confus, déconcerté, interdit, interloqué. — Facétieux, pétillant d'esprit, plaisant, spirituel. — Goguenard, gouailleur, ironique, moqueur, railleur. — S'agiter, se débattre, se démener, se trémousser. — Dégringoler, descendre, rouler. — Se dérober à une obligation, l'éluder, l'esquiver. — Arrogance, morgue, orgueil. — Faire l'important, parader, se pavaner, se rengorger. — Bourru, brusque, insociable. — Acariâtre, irascible, revêche. — Inquiéter, tourmenter, tracasser. — Air chagrin, maussade, renfrogné. — Cheval indocile, rétif, — Une voix bredouillante, indistincte.

Exercice 122.

Chacun des contextes suivants renferme une expression j>lus oîi moins ^^descriptive» ou ^pittoresqueT> ; trouver ces expressions et les remplacer par des mots dépourvus de ce caractère et pouvant servir de tenues d* identification.

Végéter dans une situation obscure. — Ils languissent toute leur vie, pauvres, souffreteux et méprisés. — Manger goulûment. — Bafouer la mémoire de qn. — Faire fi des offres de qn. — Gourmander un élève récalcitrant. — Être chiche de paroles. — Choyer un petit enfant, le cajoler; lui parler d'une voix câline. — Chercher un biais pour esquiver une visite. — Une histoire grivoise. — Des propos lestes. — Fasciner les regards par sa beauté. — Sonner le glas de la jeunesse (chercher un mot descriptif; l'expression dans, son ensemble est surtout littéraire). — Une beauté affriolante. —

lially, Traité de stylistique française. II. 10

146 Quatrième Partie.

Un enfant qui pâlit, languit, s'étiole. — Une robe fripée. — Le poisson frétille dans Teau. — Une douleur lancinante. — Une poignante émotion. — Un teint blafard. — Un habit râpé. — L'âge de la décrépitude. — Une bise âpre. — Une acre senteur. — Des mains poisseuses. — Une figure replète.

— Un friand morceau. — Rudoyer ses domestiques. — Des joues rebondies. — Un accueil avenant. — Un arbuste rabougri.

— Des mouvements saccadés. — Un cheval piaffe devant l'écurie. — Un petit air fripon et mutin. — Un enfant pétulant. — Une tenue débraillée. — Des cheveux ébouriffés.

— Regimber contre Taiguillon. — Se blottir dans un trou. — Des souliers éculés. — Être écœuré par un spectacle. — Un corps fluet. — Un jeune et frais minois.

Exercice 123.

Les mots descriptifs suivants sont donnés sans contextes ; fonner des phrases faisant valoir leur caractère propre; constater au besoin les exemples fournis par les dictionnaires.

Dépenaillé. Dodu. Grassouillet. Plantureux. Allécher. Ensorceler. Ordurier. Fougueux. Ahuri. Cramoisi. Déconfit. Effaré. Bourrelé. Eploré. Happer. Etriqué. Malingre. Mièvre. Décontenancer. Retors. Dégingandé. Ratatiner. Recroqueviller. Harceler. Houspiller. Émoustiller. Ragaillardir. Allègre. Guilleret. Horripiler. Hargneux. Rechigner. Saugrenu. Baroque. Détraquer. Svelte. Coquet. Minauder. Càlinerie. Mignard. Piètre.

NB. — Les dictionnaires idéologiques, et en particulier celui de Schéfer, fourniront des matériaux abondants pour des recherches analogues.

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