EFFETS PAR ÉVOCATION
Mots usités et mots rares.
(SF. § 212 et suiv.) Exercice 137.
Chaque série de synonymes renferme un ou même deux mots très peu usités (ce sont, pour la plupart, des termes techniques connus seulement des spécialistes); m déterminera leur sens approximativement au moyen des autres mots de la série; mettre en opposition le terme le plus usité (ainsi, dans la première série, adipeux s^oppose à gras).
Adipeux, charnu, gras, gros. — Antichrèse, gage, garantie, caution, nantissement. — Exigence, plus-pétition. — Garde, gardeur, garnisaire. — Goaction, coercition, contrainte, compulsion. — Enflé, gonflé, tuméfié, turgescent. — Artificieux, astucieux, fourbe, rusé, trigaud. — Gondensation, empâtement^ impastation. — Durcir, endurcir, indurer. — Amollir, attendrir, détremper, malaxer, mollifier. — Broyer, léviger, piler, pulvériser. — Gratter, racler, riper, ruginer. — Incolore, indolore, inodore, insipide (mots non synonymes, mais offrant des sens et des formations parallèles). — Epreindre, exprim.er, presser. — Adustion, combustion, caléfaction, échauffement.
Exercice 138.
Ici les termes rares sont entourés de mots qui, sans être rigoureusement synonymes, forment leur «-miliew» et permettent d^en entrevoir le sens (c'est le genre d'informations que peuvent toujours fournir les dictionnaires idéologiques).
Bail y, Traité de stylistique française. II. 11
162 Cinquième Partie.
Ouverture, entrée, embouquement, orifice. — Fin, conclusion, bout, queue, crosse, about. — Touffe, houppe, hochet, trochet.
— Bourriche, panier, panière, mannequin, torquette. — Bureau, étudiole, secrétaire, pupitre. — Char, chariot, éfourceau, tombereau, binard. — Barque, bateau, pinque, senau, accon.
— Tirer, traîner, touer, remorquer. — Attirer, attraire, entraîner. — Pénétrant, pénétratif, insinuant. — Brouter, paître, herbeiller, pacager. — Percée, percement, perforation, térébration. — Couvercle, opercule, porte, volet, contrevent, crapaudine.
— Pas, démarche, port, allure, train, aubin. — Peser, charger, farder. — Circuit, tour, détour, courbe, abatée. — Choses qui tournent: toupie, roue, vis, toton, touret, fuseau. — Rouler, tourner, ferler, enrouler. — Instruments pour réduire en poudre: moulin, râpe, lime, pilon, ripe, rugine, égrugeoir. —
NB. — Continuer cet exercice avec les dictionnaires idéologiques. D ne s*^t pas, bien entendu, d'apprendre inutilement des mots rares, mais, au contraire, de les distinguer des mots usuels pour mieux retenir ces derniers. Cette recherche repose sur la même méthode que les exercices sur les contextes (voir pp. 75 et suiv.).
Le vocabulaire usuel et Timage.
(SF. § 219)
La méthode intuitive est un excellent moyen pour inculquer les mots usuels; faire décrire des images représentant les choses et les actes de la vie ordinaire, et choisir pour cela les expressions les plus courantes, en signalant comme fautif tout ce qui s'écarte de la langue comnmne. Utiliser par exemple les manuels et les tableau:!^ Delmas (Bordeaux).
Mots non usuels pour des choses usitées.
(SF. § 213) Exercice 139.
Toutes les expi*essions suivantes désignent des choses et des actes de la vie ordinaire; mais les unes sont usuelles et courantes, les autres s*Uoignent de la langue commune d'une manière quelconque (tenues techniques, littéraires, familiers et "même argotiques, ou bien périphrases au lieu de mots simples ;
Effets par évocation. 163
plusieurs de ces expressions ne s'accordent pas avec le contexte à cause de l'une ou Vautre de ces nuances). Déterminer le caractère de chaque expression et remplacer les termes non usuels par des mots courants.
Pleurer; geindre; dormir; courir; gambader; nager; des joujous; danser; coudre; tricoter; tisser; enfiler une aiguille; se carrer dans un fauteuil; lire; gribouiller; un pupitre; dessiner; chanter; criailler; faire disparaître ce qui est écrit; baigner un enfant, l'essuyer, le bichonner, le mettre au lit; balayer, faire du feu, allumer le poêle; faire reluire des souliers; enlever la poussière des habits avec une brosse; repasser du hnge; réduire du café en poudre; jouer du violon; pianoter; taper à la porte ; tirer la sonnette ; tourner une page ; clore la fenêtre; remonter une pendule; peser une marchandise; faire l'emplette d'une paire de gants; farfouiller dans un tiroir; tomber sur un objet perdu; se mettre en quête d'un larbin; restituer un bouquin prêté; sceller une missive; charger une arme; boutonner un habit; se peigner; flairer une fleur; il pleut, il neige, il vente; il fait chaud; être en nage; la froidure; aveugle, borgne; le strabisme; le portier d'une maison; un restaurant; une hôtellerie; les degrés d'un escalier.
Exercice 140.
Trouver le terme usuel de chaque série, et déterminer à quelles catégories appartiennent les autres (termes littéraires, familiers, techniques, etc.; cf. exerc. précédent).
L'astre du jour, le soleil, le disque solaire. — Le trépas, le décès, la mort, la fin, la perte. — Voir le jour, naître, venir au monde. — Coursier, bidet, cheval, destrier, haquenée, monture. — Absorber, consommer, croquer, manger. — Entrée, huis, porte. — Geler, grelotter, avoir froid, frissonner. — Chuter, faire une chute, tomber. — Se courroucer, se fâcher, se mettre en colère. — Se bichonner, faire sa toilette, se pomponner. — Pleurer, fondre en larmes, pleurnicher. — Être assis, trôner sur un fauteuil. — Couper, découper, tailler du pain. — Mettre son chapeau, se coiffer de son chapeau. — Arracher, extraire
164 Cinquième Partie.
une dent. — Contempler, regarder des images. — Caresser, câliner, flatter un chat. — Abattre, tirer un lièvre. — Repêcher, sauver un noyé. — Se jeter à l'eau, se noyer. — Se donner la mort, mettre fm à ses jours, se suicider. — L'arrivée, la venue de qn. — Se lécher, se pourlécher les lèvres, les babines.
— Le train s'arrête, stoppe.
Langue «écrite».
(SF. § 226) Exercice 141.
Chercher, dans chaque série, le mot usuel, et le ou les mots qui appartiennent à la langue < écrite», plus exactement, qui donnent Vimpression de la langue écrite quand ils sont employés dans la conversation libre. Se poser les questions suivantes: <t.Quel mot emploierais-je en causant avec un ami?-» « Quel mot pourrais-je lire dans article de journal, ou entendre dans une confére^ice^-» <iQuel mot paraîtrait affecté ou 'pédant dans la conversation f^ , etc.
Complaisant, gentil, officieux, serviable. — Acquiescement, agrément, consentement. — Dans cette circonstance, conjoncture, occurrence. — Dessein, projet. — Blâme, objurgation, reproche. — Dispute, querelle, prise de bec, rixe. — Economie, parcimonie. — Camarade, condisciple. — Inclination, faible, penchant, propension. — Gros mots, injures, invectives.
— Animosité, hostilité, inimitié. — Déplaisir, mécontentement.
— Incurie, laisser-aller, négligence. — Affiuence, concours de population, foule. — Une foule, une multitude, un tas d'objets.
— Cher, coûteux, dispendieux. — Un petit enfant, un enfant en bas âge. — Dépensier, dissipateur, prodigue. — Les adultes, les grandes personnes. — Peureux, poltron, pusillanime, timoré.
— Imprévu, inattendu, inopiné. — Besogneux, indigent, misérable, nécessiteux, pauvre. — Rancunier, vindicatif. — C'est un fait avéré, connu, manifeste, notoire. — Dans la chambre à côté, voisine. — Blâmer, désapprouver, réprouver la conduite de quelqu'un. — Faire semblant, feindre, simuler. — Écarter, évincer, se débarrasser d'un concurrent. — Balancer, hésiter.
Effets par évocation. 165
— Conclure, inférer. — Se disposer, s'apprêter, se préparer à faire quelque chose. — Attraper, contracter une maladie. — Frustrer de, priver de. — Demander, solliciter un congé. — Gravir, grimper, monter. — Apprécier, priser une œuvre d'art.
— Châtier, punir. — Une nouvelle circule, court, se répand dans la ville. — Dilapider, dissiper, gaspiller sa fortune. — Faire valoir, alléguer, invoquer des raisons. — Accuser qn, incriminer la conduite de qn. — Abîmer, détériorer, gâter un objet. — Boire, se désaltérer, étancher sa soif, se rafraîchir. — Fâcher, irriter, mettre en colère. — Maculer, salir, souiller, tacher. — Fortuitement, par hasard. — Vous ne m'avez aucunement, nullement, pas du tout offensé. — Gela vaut mieux ainsi, comme ça, de la sorte. — Partir incontinent, sans retard.
Les expressions suivantes sont de la langue écrite; les remplacer par des expressions courantes ou même familières.
Réduire le nombre de ses heures de travail. — Assumer une grave responsabilité. — Je n'ai eu qu'à me louer de cet élève. — Cette proposition m'agrée. — Décliner une invitation,
— Obvier à un inconvénient. — Cet argument entraîne la conviction. — Je me range à votre opinion. — C'est une vérité généralement reconnue que ... — On croit communément que ... — Faire porter son choix sur une personne. — Tremper dans une conspiration. — Embrasser la cause de qn, épouser sa querelle. — Prendre en mains les intérêts de qn.
— Prêtez-moi toute votre attention. — Je n'ajoute pas foi à cette nouvelle. — Elever des doutes sur l'authenticité d'un document. — Nous somm.es fondés à croire que ... — C'est un témoin digne de foi. — Entrer dans les sentiments de qn.
— Unissons nos efforts pour faire triompher la bonne cause. — Mesurer ses forces contre qn. — Lever une difficulté. — Se jouer des obstacles. — Toute chance d'erreur est écartée. — Élever la voix en faveur d'un accusé. — Noircir la réputation de qn. ^ Se porter à des voies de fait, à des extrémités contre qn. — Mettre qn en demeure de se prononcer.
166 Cinquième Partie.
Langue écrite et langue parlée.
(SF. § 226 et 229) Exercice 143.
Dans chacune des phrases stdvantes figurent des expressions propres à la langue écrite, mais qui ont pris une nuance familière, comique ou ironique en pénétrant dans la langue parlée ou dans des couches de la langue écrite plus voisines de la langue parlée; déterminer dans chaque cas ce caractère, et, autant que possible, la forme de langue écrite à laquelle appartient chaque expression (comparez Vexerc. 70 sur les clichés).
Les agapes fratemielles de l'autre soir ne vous ont pas trop éprouvé? — Oh! je savais bien qu'il ne viendrait pas; c^était écrit. — Ne retombez pas dans vos anciens errements. — Je pars demain; le sort en est jeté. — Un ancien millionnaire devenu commis de banque! Triste retour des choses d'' ici-bas! — Les modes du siècle passé seront les modes de demain r il n'y a rien de nouveaic sous le soleil. — Ce gilet n'est pas d'une blancheur immacidée. — N'y aura-t-il pas une âme charitable pour me prêter une plume? — Vous allez en Italie? Heureux mortel! — Depuis la mort de sa chatte bien-aimée, elle avait la mort dans Vâme. — Infortuné Poum ! ses parents étaient en voyage: il restait seul avec sa vieille bonne. — Ce fromage-là, c'est le nec plus ultra. — L'origine de cette coutume se perd dans la nuit des temps. — Oui, mon cher, ma flamme a été couronnée; et je vais convoler en justes noces; je nage dans la félicité; je ne connaîtrai plus que des jours tissés d'or et de soie. — Il est toujours en nopces et festins \ il caresse trop la dive bouteille; il fait de trop copieuses libations. — «J'ai déjà trop mangé!» «Mais noni Faites-vous une douce violence!» — Mon maître et seigneur (pour dire: mon mari). — Regagner ses pénates. — Il n'y a pas âme qui vive dans cette maison ! — Les exploits d'un cambrioleur. — Les prouesses d'un gamin de Paris. — Cet homme voyait dans le fou rire les choses les plus singulières, V esprit du siècle, l'immoralité précoce, le signe certain d'un avenir déplorable (Tœpffer). — Qui vient vous
Effets par évocation. 167
voir? Ah ! j'y suis, la fleur du barreau de Poitiers, votre vieil adorateur, M. Destournelles ! (Sandeau). — On s'extasiait à tout ce qu'il disait; c'était l'esprit gaulois dans sa fleur . . un cœur biblique, une âme patriarcale (id.).
Langue familière.
(SF. § 225 B et 227)
Voir les exercices de la VII* partie, et pour les mots et locutions particulièrement exerc. 172—181.
Argotismes.
Les expressions suivantes sont argotiques et doivent être évitées à tout prix dans l'usage courant ; trouver les expressions usuelles correspondantes.
Voilà les agents (les flics) \ cavalons! Mort aux vaches!
— Voilà un type qui a une bonne poire^ (une bonne balle, une bonne bUle). — Tu perds la boide (tu détnénages, tu as un coup de marteau, tu deviens toctoc). — Ce qu'il faut trimer, turbiner, pour gagner de la galette! Sale métier, va! — Si tu crois que c'est commode, ce trucAk, tu te mets le doigt dans l'œil ! — Un gosse, un moucheron, pas plus haut que ça.
— Veinard! Il vient de décrocher le gros lot à la loterie. — J'ai la déveine ; c'est la série noire. — Eh bien, ça boulotte, ça biche, vous êtes content? — En voilà un qui n'a pas froid aux yeux; il en a, un cîdi)t! (il en a, une santé!). — Ha voulu faire un discours, et puis il a bafouillé; c'a été un four; voilà ce que c'est, aussi, de toujours vouloir tenir le crachoir!
— Ah, zut! tu m'embêtes, à la fin; allez, ouste! Je t'ai assez vu, fous le camp! — Bigre! voilà un type qui n'est pas commode {bourre! est plus vulgaire); il enguetde tout le monde. — Sacristi! il fait un froid . . .! — Ils font un potin du diable, dans cette botte! — C'était d'un rigolo! tout le monde se tordait! — Voilà un pochard qui est déjà rond à huit heures du matin! — J'ai essayé: ah ouiche! Y a pas mèche! — Pauvre bougre! il n'a pas le rond! pas même de
168 Cinquième Partie.
quoi houlotter! — Tu crois donc que (^est arrivé, que tu fenibaUes comme ça! Allons! f épates pas! — C'est un bon diable, seulement il est un tantinet maboule (loufoque, badadia).
Les expressions précédentes sont déjà très vulgaires; les suivantes le sont encore davantage. Les mots salope et couillon sont ()articulièrement dangereux pour des Allemands, parce qu'ils ont passé dans leur langue avec des sens beaucoup plus «doux» que leur sens français. Le juron Nom de Dieu! est extrêmement grossier; remarquer que l'exclamation Au nom de Dieu! est homonyme de la précédente et appartient au langage solennel des serments, etc. Le verbe foutre est aussi grossier que fréquent dans la langue populaire; ses emplois sont multiples, et, dans presque toutes ses acceptions, il peut être remplacé par le verbe fiche?-, qui est un peu moins trivial. Traduire en langue courante les expressions: F. un pétard (une gifle) à qn. — Un gosse mal f-u. — Il ne guérira pas: il est f-u (fichu). — Il n'y a rien i f. k l'atelier pour le moment ; c'est la morte-saison. — Se f. à rire pour rien. — Se f. en colère. — Tu te f. de moi? — M'embêtes pas: f. moi la paix! f. le camp! etc.
Termes techniques.
(SF. § 235 et suiv.) Exercice 146.
Dans V exercice suivant, les termes techniques sont opposés à des termes usuels qui leur correspondent plus ou moins exactement; déterminer la signification générale des deux termes mis en opposition, et se rendre compte de la ^valeur évocatrice* du terme technique en pensant au milieu où il peut être employé.
Une substance sapide: un mets savoureux. — Immerger, plonger une étoffe dans un bain de teinture. — Une substance nocive, nuisible. — Cracher, expectorer abondamment. — Arracher, extraire une dent. — Enlèvement, ablation d'un corps étranger. — Deux seaux plongent dans l'eau alternativement, tour à tour. — Les changements, mutations dans Je personnel d'un bureau. — La superficie, surface d'un corps. — Une hypothèse, supposition invraisemblable. — Un mouvement ascensionnel: un chemin montant. — La raideur, rigidité d'une barre de fer. — Frictionner, frotter un membre endolori. — Délivrer, libérer un prisonnier. — Élargir, re-
Effets par évocation. 169
lâcJier, relaxer un détenu. — Une surface incurvée: un bâton recourbé. — La présure fait cailler, coaguler le lait. — Empêcher la viande de se pourrir, de se putréfier. — Mélange, mixture de substances pharmaceutiques.
Substantifs.
Uexercice suivant contient des substantifs techniques auxquels correspondent, plus ou moins exactement, des verbes usuels: trouver ces verbes et les introduire dans les mêmes contextes (p. eo:. extinction d^un incendie: éteindre un incendie).
Le verbe et le substantif ne sont pas nécessairement de la même famille. Dans certains cas on peut trouver deux verbes, l'un usuel, l'autre plus technique (p. ex.: extraction du minerai :^/r«r ou extraire le minerai de la mine). Dans le cas où un substantif figure entre parenthèses dans le texte, il s'agit d'un mot de la même famille que le verbe à trouver, mais ayant un sens différent ou plus spécial (comparez: la traction électrique et le tirage d'une cheminée).
VébuJlition de Teau. — Immersion d'un objet dans un liquide (un plongeon dans le lac). — RestittUion d'une somme prêtée {reddition d'une place forte). — Compression des organes respiratoires. — La mort par strangidation {étranglement du lit d'un fleuve). — La chute des corps. — Avulsion d'une dent. — Perception du son. — Méception d'une lettre (au rem de votre honorée du 10 et.). — Combustion des corps (une sensation de brûlure). — Inflammation intestinale. — Congélation de l'eau (l'eau gUe). — Adduction d'eau potable.
— Réfection d'un toit. — Un métal en fusion (la fonte des neiges). — Vision et audition imparfaites (la vue et l'ouïe; entente entre des époux). — Réflexion des rayons lumineux.
— Organes de la nutrition (une nourriture abondante). — FaciUter Vintelligence d'une idée {compréhension lente et difficile). — Soustraction d'un nombre. — Recevoir V absolution du prêtre (l'absoute), — Dissolution du sucre dans l'eau. — SolîUion d'un problème (prendre une résolution). — Accommodation de l'œil (il est avec le ciel des accommodements). —
170 Cinquième Partie.
Aération d'un appartement. — Allocation d'une somme. — Apposition des scellés. — Cessation du froid (travailler sans cesse). — Interruption d'un courant électrique. — Clarification des liquides (éclaircissement d'un passage obscur). — Perturbations atmosphériques (porter le trouble dans un ménage). — Éclosion d'un œuf. — Mouvement de propulsion (la. poussée de la foule). — Pullulation des chenilles. — Oxydation du fer.
— Extension d'un muscle {étendue d'une surface). — Réfrigération des liquides (un refroidissement). — Constriction d'un organe. — Volition consciente (ferme volonté), — Transmission d'une force. — Torsion d'un membre (mettre qn à la torture).
— Diffusion d'une idée. — Gustation des matières sapides (goût délicat). — Caléfaction d'un liquide (chauffage d'un appartement). — Mixtion adoucissante. — Procédés diHgnition.
— Ecole de natation (traverser la Manche à la nagé). — Stemutation (bruyant éternuement). — Claudication. — Strabisme.
Exercice 147.
Trouver les adjectifs usuels correspondant aux substantifs techniques suivants (dont plusieurs sont très rares!).
Cécité, — Surdité. — Mutité. — Surdimutité, — Calvitie,
— Flaccidité des chairs. — Acidité d'un fruit. — Acuité d'une sensation. — Crudité d'une couleur. — Élasticité d'un corps. — Malléabilité des métaux. — Plasticité de l'argile. — Contractilité des tissus (adjectif lui-même technique). — Liquidité du mercure. — Fluidité de l'atmosphère. — Vitalité d'un organe (SF. p. 42). — Compacité d'un terrain. - Maturité d'un fruit. — Opacité d'un corps. — Viscosité d'une substance. — La siccité d'une muqueuse. — Homogénéité des parties. — Rugosité d'une surface. — Nodosité d'une tige.
Adjectifs.
(SF. § 237) Exercice 148.
Définir les adjectifs suivants par des périphrases formées de mots usuels; p. ex. «propriétés curatives», c. à, d, ^propriétés qui peuvent amener la guérison (d'une maladie)'».
Effets par évocation. 171
Une matière calcaire. — Une substance oléagineuse, — Un animal quadrumane. — Inflammation pulmonaire, intesti- Ticde. — Activité vasculaire. — Affection cardiaque. — Douleurs hépatiques. — Calculs biliaires. — Sang veineux, sang artériel. — Les rayons lunaires. — La lumière solaire,
— Animaux amphibies. — Plante aquatique. — Habitation lacustre. — Navigation fluviale. — Substance aqueuse. — Douleurs cérébrales. — Fête quinquennale. — Bâtiments scolaires. — Appel nominal. — Oiseau palmipède. — Les fosses nasales. — La cavité buccale. — Le sens olfactif. — L'électricité atmosphérique. — Erreur initiale. — Consonne médiale. — Navigation aérienrie. — Acte délictueux. — Les études médiévales. — Mouvements sismiques. — Plante alpine.
— Remède soporifique, laxatif, astringent, tonique.
Exercice 149.
Remplacer par des adjectifs techniques les périphrases en italique accompagnant les substantifs ci-dessous. Les indications étymologiques placées entre parenthèses sont destinées à faciliter la recherche des adjectifs et la consultation du dictionnaire,
La carte du ciel; les contrées du nord, du midi; les rayons de la lune; les influences des astres; le système des planètes; les mondes formés par les étoiles (latin Stella); les animaux qui vivent sur la terre; les dieux de la mer; le commerce qtci se fait par mer; les influences tenant au climat; les eaux de pluie (pluvia); les terrains formés par les eaux du déluge (diluvium); le monde des plantes (le règne...); l'administration des forêts; les propriétés du corps; la boîte du crâne; l'os du front; douleurs de la face; le globe de Vœil (oculus); le conduit de l'oreille (auris); Tart de soigner les dents; la région du dos (dorsum) ; les muscles de la poitrine (pectus); digestion qui se fait dans V estomac (stomachus); troubles dans les fonctions (des organes); maladie ^c?e cœur (grec kardia); vésicules des poumons (pulmo) ; crises de foie (gr. hêpar)', inflammation des intestins; la région de V abdomen; force des muscles; faiblesse des nerfs; vaisseaux qui conduisent
172 Cinquième Partie.
le sang; sang qui passe dans les veines; impressions du toucher (tactus)y du goût (gustus)y de Vodorat (olfactus), de Vouïe (auditus), de la vtie; les organes de la voix; la science de la médecine; plante employée en médecine; produits vendus par les pharmaciens; questions concernant le langage^ la grammaire, la syntaxe; poète qui fait des épopées, des drames, des tragédies, des comédies, des élégies; figure qui a la forme d'un triangle, d'un cercle, d'un cône, d'une pyramide, d'une ellipse, d'un prisme, d'une sphère.
Langue administrative.
(SF. § 238) Exercice 160.
Trouver j dans les séries de synonymes, les termes administratifs; dans le cas où le terme administratif est setil donné, le remplacer par un terme courant.
Décès, mort, trépas. — Demeure, domicile, logement du créancier. — Demeurer, être domicilié, habiter à X. — Contrevenir à un arrêté, l'enfreindre, le transgresser. — Tous les contribuables sont obligés de payer cette taxe, y sont soumis. — Un député qui peut être réélu est . . . — Un contrat est valable: la . . . d'un contrat. — Abolir, abroger, rapporter un arrêté. — Cette loi, la présente loi. — Ce vice de forme suffit pour infirmer le contrat. — La qualité de créancier confère le droit de poursuite. — Les conditions demandées, exigées, requises par la loi. — Un contrat est approuvé, ratifié par l'autorité compétente. — Abandonner un objet, y renoncer, s'en dessaisir. ^— Le paiement doit être effectué au bureau postal. — On est obligé, tenu de se conformer aux prescriptions de la loi. — Acquitter, payer une dette. — Fermé pour cause de décès. — Contrat signé par-devant notaire.
Exercice 161.
Remplacer les expressions suivantes par des expressions plus usuelles, ou les définir par des termes courants; déterminer approximativement les <! milieux'» qu'elles évoquent (administration, police, justice, etc.).
Effets par évocation. 173
Inventaire après décès. — Être débouté de sa demande et condamné aux dépens. — En cas de récidive, la peine est doublée. — Avant de déposer son mandat, le magistrat est tenu de rendre compte de sa gestion à qui de droit, c. à d. à ses administrés. — Procéder à une perquisition (perquisitionner) au domicile de l'inculpé et apposer les scellés. — Intenter une action en dommages-intérêts, — Plaider les circonstances atténuantes. — Bénéficier d'une sentence de non-lieu.
— Recueillir une succession, après prélèvement de la part échue aux héritiers directs, — Toutes les demandes de dégrèvement de la taxe sont adressées au percepteur dans le délai de 45 jours ; aucune réclamation ne sera admise après expiration de ce terme (passé ce délai, aucune réclamation, etc.). Une commission nommée à cet effet statuera sur toutes les réclamations qui lui seront soumises. — Un ordre émanant de la direciion. — Le directeur mande un employé à son bureau.
— Les dépôts sont reçus aux guichets de la banque à partir du 10 et., jusqu'à concurrence de fr. 1000. — J'ai bien reçu votre honorée du 8 et., dont je m'empresse de vous accuser réception.
— Je vous expédie ce jour par le vapeur «Ville-de-Bordeaux», cap. J. W., les vins dont facture et connaissements ci-joints pour être mis en entrepôt sous votre nom et à votre disposition.
— Aviser aux moyens d'ouvrir de nouveaux débouchés aux produits de l'industrie locale. — Je vous couvrirai du montant de votre facture en bon papier sur Paris. — Votre effet a été retourné sous protêt faute d'acceptation et de payement.
Exercice 162.
Transcrire en langue usuelle ou définir les termes en italique; puis donner une transcription approximative du texte tout entier :
Règlement d'un concours. — Chaque envoi doit porter, inscrit sur l'enveloppe, le nom du département, de la commune, etc. A chaque envoi doit être jointe la bande d'abonnement du concurrent ou, à son défaut^ une attestation de libraire justifiant de sa qualité de lecteur régulier du journal. Les manuscrits soumis au concours ne seront pas restitués à
174 Cinquième Partie.
leurs auteurs. Les concurrents pourront joindre à leur texte quelques documents illustrés propres à le commenter. Ces documents n'entreront pas, bien entendu, en ligne de compte dans V attribution des notes et la désignation des lauréats. Ils serviront uniquement à illustrer l'album dans lequel seront publiées ultérieurement les pièces couronnées et pourront exceptionnellement être retournés aux expéditeurs après la clôture du conceurs.
Termes particuliers à certaines occupations.
(SF. § 239)
Exercice 153.
Les expressions suivantes se rapportent au théâtre; distinguer celles qui appartiennent à la langue courante, les termes techniques purs, les termes du ^^métier» et ceux de ces derniers qui ont passé dans la langue familière (sans serrer de trop près ces distinctions, qui n'ont rien d'absolu!); ramener ces diverses expressions à des termes usuels ou trouver leur définition.
11 n'y a que des doublures dans cette troupe de passage-.
— C'est Galvé qui a créé le rôle. — Les rôles de jeune premier, de père noble, à!' ingénue, de grande coquette. — Elle avait quinze ans quand elle est montée sur les planches (quand elle a affronté les feux de la rampe). — Jouer les utilités, les rôles de caractère. — Qui est-ce qui fait Marguerite? — La pièce est montée avec beaucoup de goût. — La mise en scène est soignée. — Les accessoires sont très coûteux. — Donner une pièce en matinée à prix réduits. — Un mélo; une saynète; un proverbe; un lever de rideau; nn^ pochade. — Une première aux Français est toujours un événement parisien. — Une répétition générale, — Cette pièce n'est pas un succès; c'est un four,
— Cette pièce a atteint la centième. — Le directeur n'a pas fait ses frais. — Cette pièce a fait salle comble (n'a pas fait demi' salle). — Jouer devant les banquettes. — Les habitués, les abonnés, — Donnez-moi une stalle de parquet, une baignoire,.
Effets par évocation. 175
un strapontin de première. — Aller au poulailler, au paradis.
— Sortir avec une contremarque. — Demander son vestiaire à ï ouvreuse. — Cette actrice brâle les planches. — Il n'a pas de mémoire; il a des blancs, il prend tout le temps du souffleur.
— Parler à la cantonade. — Voix dans la coulisse. — Un jeu de scène; un changement à vue. — En scène pour le deux! — Elle a raté son entrée dans la 2^ du IV. — Sa voix ne parte pas. — Table à droite ; p'emier plan; porte au fond; pan coupé à droite et à gauche. — Descendre, remonter. — Enchaînez! — Donnez-moi la réplique!
Termes du jargon des chauffeurs d'automohile (plusieurs très rares; inutile d'en chercher le sens trop minutieusement).
Une quarante chevaux qui fait du cinquante en moyenne.
— Attention! Frein trop brusque! Vous marchez trop sur l'air! — Non! c'est l'essence qui arrive mal! Le moteur cogne; il est calé; avance à l'allumage! — A combien roulons-nous? Vous allez déraper, faire panache, faire tête-à-queue! Deux tours de volant! Manivelle! (Détonation). Zut! Nous voilà crevés !
Langue littéraire.
(SR § 241 et sniv.)
Mots et locutions.
Exercice 154,
Trouver, parmi les expressions suivantes, celles qui appartiennent à la lafigue littéraire en général et au style poétique en particulier.
Agreste, champêtre, rustique. — Boisson, breuvage. — Quand je serai mort, quand je ne serai plus, quand je ne serai plus là. — Il est mort, il a vécu. — Errement, erreur, faute. — Componction, contrition, regret, tristesse. — Repentance, repentir. — Souvenance, souvenir. — Je m'en souviens, il m'en souvient. — Le jour baisse, le jour déchue. — Arracher, enlever, ravir le bien d'autrui. — Demi-jour, pénombre. —
176 Cinquième Partie.
L*armée ennemie a dévasté, désolé nos campagnes. — Contenir, réfréner, réprimer ses passions. — fortune, opulence, richesse.
— Une haute taille, une haute stature. — Agiter, débattre une question. — Abuser, leurrer, tromper. — Caractère abject, méprisable, vil. — Face, figura visage. — Voleter, voltiger. — Flèche, dard, trait. — Elan, essor, envol. — Ciel, firmament, voûte étoilée. — La hmite, la lisière, l'orée d'un bois. — Une sente, un sentier. — Le soir, la vesprée. — Adjurer, conjurer, suppHer. — Ils ont disparu, ils se sont évanouis. — Une nuit obscure, sombre, ténébreuse. — Personne n'apprendra leur mort: nul ne saura leur fin. — Durant, pendant la nuit. — Dérision, moquerie. — Secouer la poudre, la poussière de ses souhers. — Les arcanes, les mystères de la science. — Abîme, gouffre, précipice. — Epée, glaive. — Couvert de boue, de crotte, de fange. — Dieu lui a accordé en partage, donné, imparti des dons précieux. — Accolade, embrassade, embrassement, étreinte. — Départir, distribuer une somme aux pauvres. — Gain, lucre, profit. — Effronté, éhonté, impudent, insolent. — Forger, controuver, inventer une histoire. — Dieu a béni leur mariage, leur union. — Douceur de caractère, mansuétude. — Noble extraction, naissance, origine. — Odeur, parfum, senteur.
— Embaumer, sentir bon. — Les eaux, l'eau, l'onde. — L'eau de la mer, Tonde amère. — Honte, opprobre, ignominie. — Louer, exalter, porter aux nues. — Heureux, favorisé de la fortune, fortuné. — Fouiller, scruter. — Embrasser le parti de quelqu'un, épouser ses idées, embrasser sa cause, prendre parti pour lui. — Ce mariage te plaît-il, te sourit-il? — Exulter, jubiler, être transporté d'allégresse. — Au lever de l'aurore, de grand matin, au point du jour. — Un fier désintéressement, un désintéressement altier.
Néologismes.
(SF §. 242)
Les expressiotis, et les constructions signalées en italique frappent par un écart assez sensible de la latigue usuelle ; elles font l'effet de néologismes (tout en pouvant d'ailleurs fort bien
Effets par évocation. 177
être des archaïsmes, v. S F, § 242). Ramener ces expressions à des expressions courantes (si telle ou telle tournure reste inintelligible au lecteur, cela n'a aucune espèce d' importance).
Les corolles des chrysanthèmes s'apâlissent comme de vieilles bannières de velours qui s'éploient au plein soleil, cependant que les dernières hirondelles strident dans l'air. — Des mains obsesseuses vous tendent des fleurs à chaque pas. — Alors c'est la rumeur endormeuse du fleuve, Véveil des lumières.
— Elle a une souffrance incluse aux sourcils. — Une tendresse le poigne pour les sujets qu'il traite. — Les dons délicats que la nature lui a impartis ne se décèlent qu'aux âmes délicates.
— Les impressionnistes ont un penchant pour les vibrances de la lumière, les brûlures du soleil, les reliefs qui accrochent l'œil. — Elle descend sur la plage où les hommes vivent, œuvrent, souffrent, sur la plage esseulée où déferlent les embruns.
— Des groupes de promeneurs pansèrent un moment, puis S'espacèrent en marches causantes. — Les frais ruisseaux de la mélodie fluèrent en leur gaieté garrulante. — Ils promenaient dans les bois une exquise flânerie coupée de baisers. — Tentatrice, elle tourna vers rhomme Vimploratio?t de ses grands yeux. — L'arbre voisin dresse dans l'air sa fraîcheur verte.
Tournures.
(SF. § 242) Exercice 166.
Les phrases suivantes ont un tour littéraire et m^me poétique; on les transcrira en langue visuelle (p. ex.: «Je lis la tristesse dans tes yeux obscurcis-» = «.Tu as Vair triste et sombre^).
Qui guidera tes pas chancelants dans le chemin de la vertu?
— Je promène au hasard mes regards sur la plaine. - Le fleuve aux vagues écumantes gronde et bondit. — Le sommet de ces monts se couronne de bois sombres. — La gaieté chante dans sou cœur. — La voile inconstante va bientôt de ces bords t'enlever à mes yeux. — Reste, ô jeune étranger! Ne me dis pas adieu! Je remplirai tes jours: à toi je m'abandonne! —
Bal ly. Traité de stylistique française. II. 12
178 Cinquième Partie.
La lettre qui m'arrive est de noir entourée: elle annonce la mort, et j'hésite à l'ouvrir. — Quel est le corps glacé qu^un marbre va couvrir? Sous quel toit la douleur est-elle encore entrée? — J'ai revu la maison ... où je rêvais, enfant, de soleils sans déclin, où je sentais mon âme à tous les maux fermée. — L'été, c'est la saison de feu. — L'été lentement efifacé tombe jour à jour dans le passé; puis octobre perd sa dorure; et les bois, dans les lointains bleus, couvrent de leur rousse fourrure l'épaule des coteaux frileux. — L'hiver est arrivé; la tiède verdure ne fait plus d'ombre sur le toit. — Au lit du malade elle penche un front gracieux. — Le bien qu'on fait parfume l'âme; on s'en souvient toujours un peu! — Dieu verse à grands flots son amour. — Quand Louise mourut à sa quinzième année, un cortège nombreux ne suivit pas son deuil. — Avec toute sa pompe Avril venait d'éclore.
NB. — Cet exercice peut être continué à l'infini avec les textes littéraires et surtout poétiques; on comprend comment, de ces transcriptions de détail, on peut arriver peu à peu à des transcriptions suivies qui donnent une idée très nette des particularités de la langue littéraire. Voir plus bas p. 180.
Constructions.
(SF. § 243) Exercice 157.
Les phrases suioatUes sont empruntées à des morceaux versifiés et offrent des exemples de constructions littéraires et d'inversions poétiques. Rétablir Vordre usuel des mots, et distinguer soigneusement, 1, les constrtictions conventionnelles et archaïques, et 2. les constructions libres provoquées par des mouvements affectifs. Exemple du premier type: <^Oui, je viens dans son temple adorer VÉtemeh. Exemple du second: «Jamais plus, dans son cœur, V amour ne fleurira!* Exemple des deux types combinés dans la même phrorSe: ^Ah ! toujours, malgré moi (2e type)^ vers lui (1^ type) va ma pensée-».
Mes yeux cent fois ont cru te découvrir. — Sans doute vous quittez la France: de mon pays ne me parlez-vous pas? — Mourante, elle croit à toute heure entendre le bruit de mes
Effets par évocation. 179
pas. — Le nautonier, de loia, voit blanchir sur la rive un tombeau près du bord par les flots déposé. — Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie, pleurant de mes longs jours Tespoir évanoui, je me retourne encore^ et d'un regard d'envie je contemple ces biens dont je n'ai pas joui. — Aux regards d'un mourant le soleil est si beau! — Une source tout près palpite, où s'abreuve le merle noir. — Le peuple, en foule entourant ton autel, avec amour répète tes louanges. — Paisible, l'enfant dort du sommeil de son âge. — Que ma douleur jusqu'au matin sommeille! — Seul, tu soutiens sa vie encore débile. — Tout ce que ma vie entre ces jours amers a compté de douceur, mon bien-aimé, je te le dois! — Et du plus haut des monts un grand rocher tomba ; il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme, et de ses pins dans l'onde il vint briser la cime. — En ton île étrangère les cieux sontils plus beaux? — Les tiens, quand tu mourras, pleureront-ils leur frère? — Voici ce qu'autrefois un vieux sage m'apprit. — Une planète d'or là-bas perce la nue. — La brume des coteaux fait trembler le contour. — La nuit de l'eau dans l'ombre argenté la surface. — Ainsi que l'oiseau met sa tête sous son aile, l'enfant dans la prière endort son jeune esprit. — Tes guerriers frémiront comme au vent frémissent les épis. — A chaque fois que l'heure sonne, tout ici-bas nous dit adieu. — Le père alors posait ses coudes sûr sa chaise, son cœur plein de sanglots se dégonflait à l'aise, il pleurait d'amour éperdu ! . . . Sois béni, pauvre enfant, tête aujourd'hui glacée, seul être qui pouvait distraire sa pensée du trône du monde perdu ! (V. Hugo, Napoléon II). — Si moins vive est l'ardeur, plus longue est la caresse, et la lèvre pâlie a le baiser plus doux. — Ah! l'automne vient aux amours comme aux années! On a beau n'y pas croire et ne l'attendre pas, la navrante saison arrive pas à pas et se fait un bouquet de nos heures glanées!
Les phrases suivantes sont empruntées à des ouvrages littéraires en prose. Rétablir la construction demandée par la langue commune.
180 Cinquième Partie.
Quelque chose rit en lui de très doux. — Deux grimaces particulièrement lui étaient chères. — Julie^ qui passionnément et vainement avait rêvé d'être mère, dépensa sur Glaire tous les trésors de tendresse que son cœur tenait en réserve. — Les parents l'avaient, pour une raison que l'histoire a oublié d'enregistrer, laissé seul à la maison. — Il regardait les gens, les choses, sans rien voir,, avec, au fond de ses yeux désespérés, la vision affolante du passé. — C'est parfumé comme dans les champs le foin coupé. — Il avait, le don de l'observation étant poussé très loin chez lui, noté le bel effet qu'on peut tirer de Télévation des sourcils et du plissement en rides du front. — Là, le grand-père prit un temps et Poum, d'attention, eut l'air de gober la lune.
Transcriptions de textes littéraires.
Tous les exercices concernant la langue littéraire montrent que les différences avec la langue usuelle ne peuvent être réellement senties que par la transcription de phrases entières et de textes suivis. C'est là un exercice d'ensemble fort utile que Ton peut aborder quand on est rompu aux questions de détail. Mais ces «traductions» d'un mode dans un autre ne doivent pas être faites trop systématiquement; l'expression littéraire est trop délicate pour se plier à ce remaniement; il faut plutôt y apporter beaucoup de discrétion et de goût, sans s'acharner à tout ramener à la platitude de la langue commune; sinon ce travail passerait à. bon droit pour une profanation; rappelons qu'il n'a pas d'autre but que de faire ressortir le contraste entre deux formes fondamentales d'expression. C'est ce qui excusera i)eut-ètre le terre-à-terre de la transcription suivante; le texte original (d'André Chénier) sera donné plus bas.
<< La jeune Tarentine Myrto est morte. Elle se rendait par mer à Camarine où elle devait aller à la demeure de son fiancé au son des flûtes et des chants. Pour cette fête, on avait serré avec soin dans un coffre de bois de cèdre sa robe de noces, les bracelets dont elle devait se parer au festin^ et des parfums pour ses cheveux blotids. »
C'est terne et plat, et pourtant l'expression vraiment usuelle demanderait une transformation encore plus radicale [au son des flûtes, se parer, etc. sont vaguement littéraires).
Voici les vers de Chénier:
Elle a vécu, Myrto, la jeune Taretitine!
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.
Effets par évocation. 181
Là, l'hymen, les chansons, les flûtes lentement Devaient la reconduire au seuil de son amant. Une clé vigilante a. pour cette journée, Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée Et l'or dont au festin ses bras seraient parés, Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
La transcription une fois faite, ou pendant qu'on la fait, il est essentiel de saisir les différences typiques entre les deux modes: tours de vocabulaire, comme «elle a vécu» pour «elle est morte», faits de construction; comme «ses blonds cheveux», «les flûtes lentement devaient la reconduire», etc.; enfin, bien que cela soit assez difficile pour un étranger, il faut essayer de distinguer entre les procédés consacrés de la langue littéraire (voir les exemples ci-dessus) et les créations personnelles des auteurs (SF. § 21 b); ainsi, dans le fragment de Chénier «une clé vigilante» est une trouvaille de style, «le cèdre» pour «un coffret de bois de cèdrev est un héllénisme imposé par Chénier à la langue, etc. Mais dès que ce genre d'observations passe au premier plan, on ne fait plus de stylistique, on tombe dans la littérature.
La fin du poème de Chénier peut être analysée comme le commencement; la voici:
Mais seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans ses voiles
L'enveloppe: étonnée et loin des matelotSj
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher
Aux monstres dévorants eut soin de la cacher.
Par ses ordres bientôt les belles Néréides
L'élèvent au-dessus des demeures humides,
La portent au rivage et dans ce monument
L'ont au cap du Zéphyr déposée mollement.
Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,
Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:
«Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée,
Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée,
L'or autour de ton bras n'a point serré de nœuds,
Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux».
Le morceau n'est du reste pas facile à enserrer dans l'expression banale: il vaudra mieux commencer par des textes plus simples, et par de la prose, avant de s'attaquer à la poésie.