‹ Traité de stylistique française (volume 2)Chapitre 19 sur 168 · Sixième Partie · texte numérisé non relu

Sixième Partie

Comment avez-vous fait? : Comment! Vous êtes encore ici? — Vous ne savez pas de quoi il s'agit? Voilà ce que c'est : Je t'avais défendu de sortir; tu es tombé dans la rue; voilà ce que c'est f — Il est temps de partir; allons donc! : Lui, un honnête homme? Allons donc! — Mon Dieu, écoutez ma prière! : Mon Dieu, ([ue vous m'ennuyez! — C'est le diable que j'ai vu en rêve: On peut parler tant qu'on veut; mais c^est le diable de se faire écouter! — C'est lui qui a fait cela : C'est lui qui s'est sauvé quand il a vu les gendarmes! — Donnez-moi du vin, s'il vous plaît : Qui donc l'aurait fait, sHl vous plaît, si je ne l'avais pas fait, moi? — Ne dirait-on ^;»s que c'est lui qui vient li -bas? : Eh! mon Dieu, ce n'est qu'un rhume! Ne dirait-on pas que tu vas mourir? — Qu'est-ce que je disais? Je l'ai oublié : Il a levé le pied en emportant la caisse? Hein, qu'est-ce que je disais? — Que veux-tu que je te dise, une histoire de brigands, un conte de fées? : Que veux-tu que je te dise? Pars, si tu en as envie!

Sens fixé par l'intonation.

(SF. § 2G4) Exercice t6(».

Les phrases suivantes nont de sens exact, au point de vue logique comme au point de vue affectif, que par V intonation spéciale avec laquelle on les prononce; tantôt la phrase comportera, suivant l'intonation, deux interprétations différentes, tantôt l'un des sens possibles sera absurde.

Les deux facteurs les plus importants sont les différences de hauteur de la voix dans la prononciatioii des membres de phrase, et la présence ou l'absence de ijauses (souvent très courtes) dans l'intérieur des phrases. Ainsi, sans arrêt et sans différence de hauteur, la phrase «C'est bien cela» signiiie «C'est exactement cela» ; avec accent sur bien, suivi d'une courte pause et d'une baisse de la voix, la même phrase signifie «Cela est très bien, et je l'approuve».

ï'o/s-^w^ il faut te résigner ! — Oh! quelle idée! (1. j'ai une idée subite; 2. c'est une idée absurde). — Je crois bien que je l'aime (1. tout me porte à croire que je l'aime; 2. assurément, je l'aime). — Vous me trouvez jolie, je suppose (1. admettons que vous me trouviez joHe ; 2. il ne faudrait pas vous

Moyens indirects d'expression. 193

aviser de me trouver laide). — Les femmes elles sont plus habiles que nous (1. une pause; 2. deux pauses). — La cohue était telle que je n'ai pas pu entrer (cf.: Ce portrait est tel que je me le figurais). -- Avec cent sous par semaine, nous nous en tirons habituellement (1. une pause; 2. pas de pause; légère diflférence de sens). — Joli coup de pistolet I Idais le duel étrange! (1. une pause; 2. pas de pause; différence essentielle de sens). — Viendrez -vous mardi? (1. est-ce mardi que vous viendrez?; 2. viendrez-vous, oui ou non? [mardi, bien entendu?]). — On ne vend donc pas de bière ici? (pause obligée, sinon sens absurde). — Que ferez-vous alors? (sens différent avec ou sans pause). — fl fait bien mauvais temps aujourd'hui! (même cas). — L*honmie est naturellement lâche: Il ne viendra pas, naturellement. — Titres d'ouvrages: Le Gid de Corneille; les Misérables de Victor Hugo (effet différent avec ou sans pause). — - Vous voilà ruiné; comment serez- vous reçu dans votre monde maintenant? (sans pause,^ sens absurde).

NB. — On peut traiter de la même façon les phrases des exercices 165 et 194.

Ellipse.

(SF. §§ 265—269)

Matilation de mots.

Exercice 167.

Les mots suivants sont ^^mutilés^^: rétablir leur forme complète et voir si ces <i-mutUations^ ont quelque valeur évocatrice, par exemple si ce sont des termes de jargon, ou si elles ont une nuafice plus familière que les mots entiers.

Une auto. — Un autogarage. — Un off, un sous-off. — Un franc-mac. — Les radi, les aristo, les socio. — Un vélo.

— Mon proprio. — Un pédard. — Un cipal (un garde municipal). — Le métro (le chemin de fer métropolitain à Paris). — Un apéro (un apéritif). — Un autobus, un autotaxi. — Un margis (maréchal des logis); un margisfourrier; un marchel

— Prendre un tram. — Une leçon de math élem (mathé-

Bally, Traité de stylistique française. II. 13

194 Sixième Partie.

matiques élémentaires). — Une leçon de géo, de gym, de sténo, etc. — Une grève de typos. — Vivre en garno (= hôtel garni). — Le parti des cadets (= KD) à la Douma. — La C. G. T. a fait parler d'elle en 1908. — Passer avec succès le P. G. N. — Convention entre les G. F. F. et le P. L. M.

Mutilation de groupes de mots.

(SF. §§ 265 et 268) Exercice 168.

Les mots suivants supposent Vellipse d^autres mots avec lesquels ils formaient ou forment encore un groupe phraséologique {p. ex.: un bifteck aux pommes pour: aux pommes de terre). Dire si les mots supprimés sont encore rétablis spontanément (c^est le cas pour pomme dans Vexemple ci-dessus), et si cette suppression comporte quelque effet (p. ex. bifteck aux pommes a une légère valeur évocatrice, Vexpression étant propre au jargon des restaurateurs).

Une averse. — Faire partie de V Internationale, de la Sociale. — Ghanter la Marseillaise. — Une couturière qui passe première. — Un entr^acte. — La Constituante de 1789. — Une paire de bas: (cf. des ^aM^6-de-chausses). — Loger au premier. — Ge journaliste fait les premier-Genève dans le Genevois. — Les Maternelles des quartiers populaires de Paris.

— Voulez-vous aller au théâtre? Une occasion unique: j'ai une première pour la première de la dernière de Rostand. — Un fait-divers. — Une pièce qui double le cap de la centième. — Battre la générale. — Donner un acompte sur une créance. — Avoir de Ventregent. — Un entrefilet du Figaro.

— M. Y., première basse chantante de l'Opéra de Paris. — M. X., premier violon de l'orchestre Lamoureux. — Un ameublement Louis XV. — Les dirigeables Zeppelin ; le Z. n° IIL — Taille de barbe à la Henri IV. — Des entremets j des hors-d'' œuvre.

— Le prétendu va faire sa demande; une déclaration serait mieux dans ses cordes. — Donnez-moi deux sous de frites.

— La douloureuse (argot, pour «le quart d'heure de Rabelais»).

— Une profonde, des grimpants (argot, pour «une poche, un pantalon»). — Heure centrale (pour: «heure de l'Europe cen-

Moyens indirects d'expression. 195

traie»). — Au restaurant: Garçon, donnez-moi un bœuf rôtij une laitue, un Camembert, avec une Munich/ — Elle tient un salon, elle a son jour — Ce Raphaël a été vendu cent mille francs.

Ellipse de mots.

Les phrases suivantes contiennent des ellipses dans le sens ordinaire du mot. 1) Dire si Von cherche spontanément à rétablir les mots qui manquent; 2) si ces ellipses ont une valeur purement logique et grammaticale, ou si elles comportent quelque nuance affective.

Avez-vous froid? Non, et vous? — Autrefois, ils s'aimaient, mais maintenant ... Oh î maintenant I . . . — Oh I Monsieur, vous êtes trop bon ! Vraiment ... je ne sais comment vous exprimer . . .

— Ah! si vous vouliez écouter un peu votre cœur! — Il ne peut pas me sentir! Quant à vous dire pourquoi ... ah! ça, par exemple ... — Pourquoi n*êtes-vous pas sorti? Parce que j'étais soufltant. — Pourquoi n'êtes-vous pas sorti? Voilà, c'est que . . . je vais vous dire ... je n'en avais pas envie ... la ! — J'aime ça, et vous? Moi aussi. — En êtes-vous absolument sûr? Ah! ça, dame! vous savez... — Que faut-il répondre? Rien!

— Un pareil contretemps! Vous me voyez au désespoir. Croyez bien que... — Je suis si content! — Vous êtes d'une ignorance! — Rien pour moi, facteur, aujourd'hui? Pas de lettres? pas de paquets? — Il m'exaspère à un point . . . Si je ne me retenais pas ... — Quelqu'un est-il venu pour moi? Non, Madame, pas encore! — Le Tour du Monde! Quel recueil passionnant! Quand je Hs tous ces récits de voyage, oh . . . — Voyons ce dessin? Pas mal, jeune homme!

— Elle a des toilettes d'un risqué . . . Vous m'avouerez que pour une femme mariée ... — Il est plus heureux que prudent. — Voici vos lettres, Monsieur! Bien! Non, pas là! Sur mon bureau!

— Voici M. X.! Faites entrer! (Qu'il entre!) — Oh! du moment que vous le prenez sur ce ton! — J'ai cru bien faire:

196 Sixième Partie.

à vous de dire si j'ai réussi. — Oh! inutile de protester I — Venez le plus tôt possible! — Il est plus aimable qu'autrefois.

— Toujours des soucis, jamais de repos! — Honte à l'ingrat! — Adieu! — Que voulez-vous? Rien! — J'aimais et je me flattais de l'être. — Sire, justice! — On est fâché; mais que faire? Obéir, — A demain les affaires sérieuses! — Gomment voulez-vous que je vous traite? En roi. — La rose n'est pas plus fraîche que vous.

Exercice 170.

Prononcer les phrases suivantes selon leur sens et Veffet qu^ elles comportent; dire si les ellipses de mots qu'elles contiennent ont ou non changé les groupes de mots en locutions (SF. § 98. 262); beaucoup de ces locutions sont à éléments interchangeables (p. ex.: «Plutôt mourir que de trahir* , oit les infinitifs sont interchangeables avec n'importe quels autres).

Plutôt mourir que de subir cet outrage! — Voyons, mon ami, pas de plaisanteries! — J'ignore complètement ... et d'ailleurs, pourquoi mentir? — Encore ici, maître Destournelles ? Vous avez donc établi votre cabinet dans mon salon ?

— Monsieur, pas un mot de tout ceci! Compris, n'est-ce pas? — Si je ne suis pas raisonnable, à qui la faute, sinon à vous? — La belle manière de faire un travail, que de copier sur un camarade! — Ça, du vrai drap anglais? Allons donc! A d'autres! — Allons! Encore un compliment! Un autre, pour changer, dirait: «Vous êtes intelligente, vous avez de l'esprit»; mais non, toujours: «Vous êtes jolie!». — Dites donc, sans indiscrétion, c'est le portrait de votre mari, ça? — Encore un qui va se faire attraper par la police! — Quel bon jeune homme I Jamais un mot plus haut que l'autre I — Pourquoi de telles idées? N'êtes-vous pas heureux, célèbre, aimé de tous? — Elle a jasé? Bah! propos de femme, rien de plus; pas la peine d'y prendre garde! — La bourse ou la vie I — Ici, Médor! — Efforcez-vous de bien copier le modèle, et surtout, pas de taches d'encre! — Maladroit, qui s'est laissé pincer! — Enchanté de cette petite soirée, mon cher! Tous mes remerciements! A bientôt! A quand la prochaine réu-

Moyens indirects d'expression. 197

nion? — Au nom du ciel, qu'est-ce qui vous passe par la tête? — Assez causé, là-bas! — Silence! Les mains au dos! En route pour la salle de gymnastique! Élève Poireau, deux heures de retenue et 600 vers à copier ! — Un mot, de grâce ! — Oh 1 une idée! Si nous allions ensemble au théâtre? — Ah! c'est donc ça qui vous tracassait tout à l'heure? Précisément! (Justement!) — Preuve de plus que je ne me trompe pas! — Vous n'en avez pas envie? Raison de plus pour le faire! — Moi, que je cède? Jamais, Monsieur, jamais, plutôt la mort! — Vous sortez? Et vos gants? — Vous êtes un impertinent! Réponse: Des injures? J'aime mieux ça! — Toujours des soucis, jamais de repos ! C'est à perdre la raison ! — Il n'y a que quinze jours de cela . . . pas davantage; est-ce possible? ... et que de choses en quinze jours! — Le collier dont je suis attaché, de ce que vous voyez est peut-être la cause. Attaché, dit le loup ; vous ne courez donc pas où vous voulez? — Que de richesse en cette pauvreté! — On ne peut rien savoir de lui! Il renferme tout en lui! Ma chère: un coffre-fort! — Oh! le beau dialogue à écrire pour Lucien! — Une hache! qu'on me donne une hache! — Jeannette, mon chocolat! — Le reste du temps il portait des paquets en vilie, écrivait sous la dictée, allait aux provisions, le commerce enfin! — Debout! vite! — A bas la calotte! — Vive la république ! — Sus au traître ! — Honneur aux vaincus î — Tiens ! mon journal! Déjà? — Rien de charmant comme cette installation ! — Le temps d^ouvrir une lucarne, et frrt I voilà tous mes lapins en déroute î — Oh ! la bonne course en voiture, le beau pays, la belle rivière! — Les peintres? Tous des barbouilleurs d'images à deux sous ! . . . Pas un gaillard qui ait une idée à mettre en. couleur! — Ah! mon Dieu! de vrais diamants! — Le chocolat, mon cher, rien de tel pour l'estomac! — Garçon, de quoi écrire! — Vrai? Vous voulez bien? — Répétez! Plus haut!

Ellipse de phrases.

Exercice 171,

Étudier les ellipses de phrases de cet exercice au même point de vue que les ellipses de mots de l'exercice précédent.

198 Sixième Partie.

Vous en souvenez-vous? Si je m'en souviens! — Que faites- vous là? Gomment, ce que je fais? Est-ce que ça vous regarde ? — Il a perdu son chapeau ? Il en achètera un autre : pour ce que ça lui coûte! — Pourvu que nous arrivions assez tôt! — Oh! si je pouvais réussir! — Quand je pense que je suis là à travailler, tandis que les autres se croisent les bras!

— Si nous allions faire un tour? — Vous souffrez? Et moi qui vous croyais heureux! — Si Monsieur veut se donner la peine d'entrer! — Vous qui disiez qu'il allait pleuvoir! — Si vous croyez que cela m'amuse de vous attendre! — Quand vous aurez fini de causer ! — Il a beau dire que c'est facile . . . si je sais comment m'y prendre! — Belle aubaine que ce mariage! Un mari qui ne sera jamais à la maison ! — Oh ! avoir osé me soupçonner! être descendu jusqu'à cet espionnage! — Quand je pense qu'elle n'a pas écrit une fois depuis deux ans! — Et si c'était un orage? — Quand vous aurez fini de regarder ma femme! — Encore un mot et j'ai fini! — Quand je vous disais qu'il réussirait! — Mais puisque je vous dis que je n'y étais pas ! — Une ouvrière, en robe de soie ! Si c'est Dieu possible ! — Au moins si je savais comment vous faire plaisir !

— Si c'est Dieu permis de se mettre dans des états pareils!

— Si elle est maigre! Regardez-moi ça! — Ce qu'il était drôle! — Si vous saviez comme j'ai souffert! — Pourvu qu*on ne m'ait pas vu!

Page 1