LA LANGUE PARLÉE ET L'EXPRESSION FAMILIÈRE
Remarque. — L'ordre des exercices se rapportant à la septième partie ne suit pas exactement l'ordre de l'exposition théorique. Il a semblé préférable de commencer par l'étude des mots et des locutions de la langue familière, pour aborder ensuite celle des procédés indirects d'expression.
Mots familiers.
(SF. § 279) Exercice 172.
Chaque groupe de synonymes contient une ou plusieurs expressions familières: trouver ces expressions^ ainsi que le degré de familiarité qu'elles comportent (cf. SF. § 224 et suiv.), puis les opposer au terme de la série qui appartient à la langue commune (p. ex.: balourd et empoté sont familiers, le second plus que le premier; tous deux sont opposables à gauche, maladroit, mots usuels).
Coffrer, écrouer, emprisonner, incarcérer un malfaiteur. — Altercation, bisbille, brouille, brouillerie, différend, dispute. — Domestique, larbin, serviteur, valet. — Attraper, contracter une maladie, tomber malade. — Boiteux, éclopé. — Dissiper, gaspiller sa fortune. — Se débattre, se démener, frétiller, gigoter. — Se débarrasser, se dégager, se dépêtrer. — Crapule, débauche, libertinage, licence. — Déveine, malechance, mauvaise chance. — Le bout, l'extrémité d'un bâton. — Bégayer, bredouiller. — Marmotter, murmurer. — S'amuser de babioles, de bagatelles.
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d'enfantillages, de futilités. — Malentendu, méprise, quiproquo.
— Raccommoder, réconcilier deux amis. — Attraper, duper, refaire, tromper. — Manier, tâter, tripoter un objet. — S'introduire en cachette, en catimini, à la dérobée, en secret, secrètement, subrepticement, en tapinois. — Mener à chef un travail, en venir à bout. — Aller au hasard, au petit bonheur. — Je vais, je m'en vais vous raconter une histoire. — Son époux, son homme, son mari. — Admonestation, algarade, gronderie, mercuriale, objurgation, remontrance, réprimande, semonce. — Gourmander, gronder, quereller, tancer. — Bambin, marmot, mioche, moutard. — Garçon, gosse. — Déboires, mésaventures, peines, tribulations. — Fainéantise, paresse. — Bedaine, panse, ventre.
— Intrigues, machinations, menées, manœuvres, manigances.
— Entrer en ménage, se marier, prendre femme. — Écervelé, évaporé, étourdi, inconsidéré, irréfléchi. — Un étourdi, un étourneau. — Baragouin, jargon. — Allégresse, hilarité, joie, jubilation. — Fourrer, insérer, introduire une chose dans une autre. — Le bruit public, Topinion, le qu'en dira-t-on. — S'embarrasser, s'empêtrer dans une corde. — Farfouiller, fouiller, fureter partout. — Discernement, jugement, jugeotte. — Un érudit, un puits de science. — Arrêter, pincer, surprendre un voleur. — Deviner une chose, s'en douter, la flairer. — Faire courir un bruit, le faire circuler, le répandre. — Tromper au jeu, tricher. — Sobriquet, surnom. — Faire taire, fermer la bouche à quelqu'un, imposer silence, réduire au silence. — Gaponner, faibhr, reculer devant le danger. — S'accoutumer à une chose, s'y faire, s'y habituer. — Abonder, foisonner, pulluler. — Abandonner, délaisser, planter là un ami dans le danger. — Se faufiler, se glisser dans une chambre. — La mauvaise herbe croît, pousse toujours.
Exercice 173.
Trouver les expressions de la langue courante synonymes des expressions familières de cet exercice.
Un homme à poigne. — Une propre à rien. — Les serviteurs n'aiment pas que le maître soit trop regardant. — Dorloter un petit enfant. — Un charivari épouvantable. — C'est
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d'un prix fou. — Un jeune énergumène. — Les lubies d'une femme capricieuse. — A quoi bon tant barguigner, tant tourner autour du pot? — Il a peur, il caponne. — Un caractère quiiiteux. — Le traintrain de la vie journalière. — Il n'est pas commode, mais j*ai réussi à l'amadouer. — Lorgner un héritage. — C'est son dada, sa marotte, son idée fixe. — Un fatras de choses inutiles. — Rester encroûté dans les préjugés.
— Il est d'une humeur massacrante. — Déniaiser un jeune homme. — Voilà un petit vin qui ravigote. — Il a décampé, on ne l'a plus revu. — Il est un peu trop sans gêne. — Je me sens tout «chose» aujourd'hui. — Je m'embête ici ; je vais filer à l'anglaise. — Il vous faut déguerpir au plus vite. — C'est conmie ça (cf. : c'est ainsi) que je m'y prends, et jamais ça ne rate. -— Il est piqué; votre remarque le chiffonne; il se formalise d'un rien! — Est-ce que ça vous va, ce que je vous propose? — J'ai eu vent de la chose. — Très embêtant, ce qui m'arrive là! — Maintenant qu'on l'a mis à pied, tout le monde lui tombe dessus. — Pauvre femme! Son mari la rabroue à tout bout de champ. — Prenez garde aux cancans, on commence à jaser sur votre compte. — Fulminer contre le capitalisme. — Faire bamboche, faire la fête, faire la bombe.
— Il a Pair tout guilleret. — L'histoire est un peu croustilleuse, mais elle ne manque pas d'esprit. — Tapez ferme! allez-y rondement! — Bâcler un travail. — Fignoler, lécher, soigner un travail.
Adjectifs familiers.
(SF. § 281) Exercice 174.
Bans les séries suivantes, trouver les adjectifs familiers et les opposer aux adjectifs usuels.
Lourd, empoté, gauche, maladroit. — Une histoire cocasse, comique, drôle. — Une idée biscornue, bizarre, étrange. — Il est détraqué, fou, timbré, toqué. — Des vêtements convenables, présentables, sortables. — Bêta, benêt, nigaud, simple. — Un enfant remuant, turbulent, un bougillon. — Caractère entêté, obstiné, tenace, têtu. — Un corps efflanqué, émacié,
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maigre. — Un bras dodu, gras, grassouiUet, replet. — Un homme trop bon, bonasse, débonnaire. — Répondre carrément, franchement, rondement. — Être gris, ivre, soûl. — Caractère acariâtre, grincheux, grognon, maussade. — Il n'est pas large, libéral, généreux. — Un garçon débrouillard, déluré, éveillé. ~ Propos gras, légers, libres, licencieux, phnentés.
NB. — Autres exemples dans Schéfer: voir les mots accompagnés de la mention (fam.) ou (pop,).
Adjectifs substantifiés.
(SF. § 281,2) Exercice 176,
Certains adjectifs peuvent être substantifiés; par ce moyen la qualité se trouve exprimée avec plus d'intensité, et prend souvent aussi (mais pas toujours!) une nuance à la fois péjorative et familière. C'est le cas p. ex. lorsque, au lieu de dire: «Cet homme est jaloux et égoïste», on dit: «C'est un jaloux et un égoïste*, «C'est un affreux égoïste, un vilain jaloux». On reconnaît encore la fonction substantive de l'adjectif à ce qu'il peut être employé au vocatif: ^nÉgoïste! Égoïste que tu es! Vilain jalouxl Oh! le vilain jalouxl» etc.
Chercher dans la liste suivante les adjectifs qui peuvent, en se suhstantifiant, recevoir une nuance affective, et f&rmer avec eîix de courtes phrases du genre des précédentes.
Étant donnés 2>- ex. les mots: impertinent, insolent, éhonté, on se demandera si Von peut dire, avec un ton affectif: C'est un impertinent, c'est un insolent, c'est un éhonté: la réponse sera affirmative pour les deux premiers, et négative pour le troisième.
Ardent, fougueux, passionné. — Barbare, cruel, féroce, sanguinaire. — Débauché, dissipé, léger, Hcencieux. — Etourdi, inconsidéré, irréfléchi. — Idiot, imbécile, incapable, inepte, inintelligent, nigaud. — Grossier, mal élevé, rustre. — Astucieux, fin, finaud, madré, malin, retors. — Fainéant, inactif, paresseux. — Avide, glouton, goulu, gourmand. — Brave, courageux, vaillant. — Altier, hautain, orgueilleux. — Prétentieux, vaniteux, vantard. — Affecté, pédant. — Fat, infatué, poseur. — Laid, vilain, monstre, monstrueux. — Craintif, lâche, poltron, timide. — Éprouvé, infortuné, malheureux. — Besogneux, gueux, misérable (a un autre sens comme substantif! Lequel?),
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pauvre (id.). — Bigot, dévot, pieux. — Artificieux, faux, fourbe, hypocrite, sournois, traître. — Pensif, rêveur. — Audacieux, crâne, hardi, téméraire.
NB. — Cet exercice peut être continué à l'infini par la consultation de Schéfer: Dictionnaire des Qualificatifs, en s' attachant surtout aux mots désignant des défauts et des vices (laid, débauché etc.).
Autres procédés de formation.
(SF. § 281,3-6) Exercice 176.
Les expressions en italique (mt la valeur d'adjectifs dans la langue familière; on leur trouvera des équivalents dans la langue commune. Ex.: <i.C^est un ogre» = ^11 est bourru, farouche, sauvage, brutal», etc. (te^-me d"* identification: insociable, TaU. syn. 2S5).
C'est un bon garçon, un bon diable, une bonne pâte d'homme. — Il est trop borh enfant. — Cet élève est un cancre. — C'est un malin, une fine mouche. — Quelle canaille! Il n'y en a pas de plus filou que lui. — Ne vous y fiez pas : c'est un faux bonhomme (un tartufe). — Cette pièce n'est pas un succès, c'est plutôt un four (argot). — C'est la bonté même, la complaisance personnifiée, Vamabilité incarnée. — On ne peut pas l'approcher: c'est un vrai porc-épic. — Quel étourneau que cet enfant, quelle tête de linotte! — Cette femme est une horreur, un monstre, un laideron. — Ne vous fiez pas à ses airs pudiques: c* est une sainte-nitouche. — Il n'est pas commode i c'est un dur à cuire. — J'ai une faim de loup. — Un homme sans façon, à la bonne franquette. — C'est le modèle des maris. — Cet habit n'est plus qu'une loque. — Quel chien de temps. — C'est du dernier bourgeois. — Il est bien vieux jeu. — C'est un homme à poigne. — C'est un grand diable d'homme, une perche. — Un saint homme de chat (Lafontaine). — Deux amours d*enfants. — Un drôle d'homme. — Un brave homme d'ouvrier. — Que c'est bien femme, ce que vous dites là, ma chère! — Une fièvre de cheval. — Mon serin de mari. — Il va son petit bonhomme de cliemin, sans s'inquiéter du qu'en dira-
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t-on. — Saleté de gosse! (argot). — Des doigts de fée. — Te voilà grand garçon maintenant!
Exercice 177.
1) Former de courtes phrases montrant la nuance familière des expressions suivantes; 2) remplacer ces expressions par des adjectifs usuels.
G*est une girouette, une poule mouillée, une femmelette, une tête de mulet, une tête à Tévent, un cerveau brûlé, un àne bâté, un pince-sans-rire, un moulin à paroles, un crève-lafaim, un va-nu-pieds, un zéro en chiffre, une peste, une perfection, une grosse bête, une oie, une dinde, un jocrisse, un butor, un trouble-fête, un puîts de science, un ours, une brute, un démon, un trésor, de l'or en barre, une rareté, une beauté, un martyr, un despote, une fouine, une marmotte, une virago, une Agnès.
Phraséologie familière.
Déterminer approximativement le degré de familiarité des locutions suivantes (ainsi: <tse mettre le doigt dans Vceil» est très familier, vulgaire, presque argotique) ; puis trouver les expressions équivalentes de la langue commune (p. ex.: «se mettre le doigt dans Vœih = «se tromper*).
11 s*en croit parce qu'il est riche. — Monter sur ses ergots. — Être à plat ventre devant un supérieur; lui coucher le poil. — Il faut y regarder à deux fois avant de faire cela; il pourrait vous en cuire; vous pourriez vous en mordre les doigts. — Il ne voulait pas entendre raison; mais il a fini par mettre de l'eau dans son vin; j'en ai fait façon. — Il ne fait pas bon avoir maille à partir avec lui; il n'est pas commode; c'est un dur à cuire. — Être dans les papiers de qn. — Avoir un personnage influent dans sa manche. — Mettre des bâtons dans les roues. — Renvoyer aux calendes grecques. — Il est très sûr de son fait; il sait son affaire sur
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le bout du doigt. — Il a tout laissé en plan pour s'occuper d'une nouvelle affaire. — Donnez-moi un coup de main. — Cela ne me dit rien; je ne vois pas cela de bon œil; je n'en tourne pas la main. — Il y a anguille sous roche. — Il est dans le pétrin (dans la purée); comment le tirer de là? — Pour un rien il prend la mouche. — Il est sous la pantoufle de sa femme; elle le mène par le bout du nez; il n'a qu'à filer doux. — Il n'a pas froid aux yeux; il n'a pas peur de risquer sa peau. — Vous nous avez mis dans de beaux draps.
— Il est dans les dettes jusqu'au cou. — Saisir l'occasion par les cheveux; saisir la balle au bond. — C'est tellement appétissant que l'eau vous en vient à la bouche. — Il m'est revenu aux oreilles que vous vous mariez. — C'est de l'hébreu pour moi; j'y perds mon latin; je n'y vois que du bleu. — Vous croyez cela bien difficile? Ce n'est pourtant pas la mer à boire ; vous en viendrez à bout en un tour de main ; c'est simple comme bonjour. — Je vais me commander des armoiries : ça fera très bien sur la portière de ma voiture.
Gallicismes.
Déterminer approximativement le mode d'expression, (usuelj écrit, littéraire, technique, familier) auquel appartient chacune des expressions suivantes, et trouver les expressions correspondantes de la langue courante.
C'est la morte -saison; le commerce ne prospère pas. — Trop tard; moutarde après dîner. — Nager dans l'abondance.
— Exposer une nature morte au Salon. — Où ce mal a-t-il pris naissance? — On paie en nature ou en espèces. — Madame ne reçoit pas; Madame a ses nerfs. — Mettre un brouillon au net. — Ça n'est pas clair; il faut que j'en aie le cœur net. — Construire une terrasse de niveau avec un jardin. — Être dans une misère noire. — Il disparut en un clin d'oeil. — Aux yeux des hommes il passait pour un saint.
— L'eau monte à vue d'œil. — Mettre la main à l'œuvre
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(cf. mettre la main à la pâte). — Une vue de Paris à vol d'oiseau. — Mettre un voleur à l'ombre. — Se faire tirer l'oreille pour payer. — Lire le français à livre ouvert. — II ne fera pas de vieux os. — Ouvrir un compte à quelqu'un. — Avoir du pain sur la planche. — Un mari sous la pantoufle.
— Faire parade de son savoir. — Prendre la parole dans une réunion. — Prendre son parti d'un échec. — Le fils marche sur les traces du père. — Cet élève est indocile, mais on le mettra au pas. — Il est en passe de devenir célèbre. — Je ne voudrais pas être dans sa peau. — Gela n'en vaut pas la peine.
— Enfourcher Pégase. — Dans les magasins, les gros travaux sont faits par l'homme de peine. — Je le connaissais autrefois, mais je l'ai perdu de vue. — Après cette action, il est perdu d'honneur. — Il est venu en personne. — La peste soit de l'animal! — Passer une rivière à pied sec. — Un banquier qui lève le pied. — Avoir un pied-à-terre en ville. — Vivre sur le même pied que le roi. — Cette maison est tenue sur un grand pied. — Il a fait des pieds et des mains pour obtenir cette place. — Un portrait en pied.
NB« — Cet exercice peut être continué avec n'importe quel recueil de gallicismes (voir la notice bibliographique du P*" vol.).
Images familières.
(SF. § 273) Exercice 180.
Cet exercice contient, mêlées les unes aux autres, quelquefois pour Vexpression de la même idée, 1) des images familières (p^ ex. prendre son courage à deux mains), 2) des images de la langue écrite ou des clichés littéraires (p. ex, regarder la mort en face, vendre chèrement sa vie). Distinguer les images de l'une et Vautre catégorie, les identifier par des expressions abstraites, et se rendre compte de la différence d'effet.
Il a peur de tout, c'est une poule mouillée. — Regarder la mort en face. — Gela fait venir la chair de poule. — Ge mal répandait partout la terreur. — En voilà une qui a la langue bien pendue. — Être maître de sa parole. — Il n'en-
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voie pas dire ce qu'il a sur le cœur. — C'est la cinquième roue d'un char. — Sa vie est sur son déclin. — Mettre la main à la pâte. — Tourner autour du pot; flotter entre deux partis. — Tirer les vers du nez à qn; arracher à qn un secret. — Être au bout de son rouleau. — Ne pas savoir sur quel pied danser. — Être aux abois. — Il ne peut pas joindre les deux bouts. — Il est réduit à la dernière extrémité. — Mettre des bâtons dans les roues. — Tendre à qn une main secourable; donner un coup de main à qn; le tirer d'un mauvais pas; lui tendre la perche. — Garder rancune à qn; avoir une dent contre qn. — Il écume de colère; la moutarde lui monte au nez; il ne se sent plus de colère. — Ne lui échauffez pas la bile: il a la tête près du bonnet. — Cette injure ne peut être lavée que dans le sang; vous me le paierez. — Si vous attrapez deux mois de prison, vous ne l'aurez pas volé. — Tenir la balance égale. — Avoir deux poids et deux mesures. — Vous n'avez qu*à vous bien tenir. — Qui casse les verres les paie. — Il est toujours à son poste, toujours sur la brèche. — Quitter le droit chemin. — Filer du mauvais coton. — Élever qn jusqu'aux nues ; lui casser Tencensoir sous le nez. — Rabattre le caquet à qn. — Faire rentrer sous terre. — Traîner qn dans la fange ; en dire pis que pendre sur qn; salir la réputation de qn. — Se laver d'un crime. — Avoir le cœur à la bonne place. — Je le tiens serré: il est bien forcé de filer droit. — Suivre la ligne du devoir. — Faire danser l'anse du panier. — Quelle mouche vous pique? — Lâcher la bride à ses passions: jeter son bonnet par-dessus les moulins. — C'est un homme de sac et de corde, un gibier de potence; il ne vaut pas la corde pour le pendre. — On lui donnerait le bon Dieu sans confession; sa conduite est sans tache; il est innocent comme l'enfant qui vient de naître. — Se vautrer dans la débauche; s'en donner jusquelà. — Mettre une faute sur le compte de qn ; la lui mettre sur le dos. — Mourir de faim; crever de faim; n'avoir rien à se mettre sous la dent; dîner par cœur; se serrer la ceinture. — Mener les gens à la baguette; gouverner avec une verge de fer.
208 Septième Partie.
NB, — On trouTera beaucoup de matériaux pour l'étude des images des deux catégories dans les dictionnaires idéologiques (consulter particulièrement, dans Robertson, l'alinéa Phraséologie des grandes rubriques).
Comparaisons familières.
Exercice 181.
Trouver des comparaisons familières et consacrées qui renforcent les mots suivants. Ex.: (très) bête = bête comme une oie; une (violente) fièvre = une fièvre de cheval; rire (beaucoup) = rire comme un bossu. Cf. exerc. 125.
Sourd, muet, sale, raide, souple, innocent, rusé, fier, riche, pauvre, vieux, blanc (= pâle), pâle, rouge (du teint), noir, gai, triste, vif, rapide, dur, grossier, froid, libre, sec, fort, beau, joli, laid, ennuyeux, clair (d'une explication), simple (= sans difficulté), faux (de la voix), faux (du caractère), têtu, sage (d'un enfant), soûl, malheureux.
Faim, fièvre, temps (= mauvais temps), chaleur, voix (forte), festin (= bon repas), taille (fine), langue (= médisance), cris.
Pleurer, rire, courir, dormir, boire, manger, se ressembler, trembler, mentir, travailler.
NB. — Pour les réponses, consulter Robertson, sous chaque rubrique, à l'alinéa intitulé Fhr. (= Phraséologie).
Vocabulaire exclamatif familier.
(SF. §§ 282-283) Pour les mots et les tours exclamatifs, comparez VI" partie, exerc. 163—165; en outre, presque tous les exercices suivants fournissent des exemples utilisables sous ce rapport.
Éveil de l'attention.
(SF. § 275) Exercice 182.
Noter, dans les phrases suivantes^ les expressions destinées à éveiller ou à tenir en éveil ^attention de V interlocuteur, ou à l'intéresser, à le gagner aux choses dites; après avoir constaté qu^au point de vite logique, ce sont de pures chevilles,
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chercher les situations qui peuvent leur donner leur véritable valeur, en ayant soin d'intofier les phrases correctement (c. à d. affectivement !) ; enfin, on ramènera les phrases à leur construction strictement logique (p. ex. : «C'est fameux, ça, hein, qu'en dites-vous?», cf.: ^Ne trouvez-vous pas comme moi qus c*est très bon?»). La plupart de ces expressions supposent la dislocation des membres de phrase (S F. § 285 et suiv.).
Dites-moi, est-ce que c'est sérieux, ce que j'apprends? — Ah I je souffre bien, allez I — Alors, c'est vrai, vous partez ? — BIh bien! ne vous gênez pas! — Eh là, eh là! pas si vite! Arrêtez! — Il ne faut pas me parler ainsi, voyons, moi, un ami! — Je sens bien, vois-tu, que tout est fini entre nous! — Jamais, tu entends, jamais nous ne nous reverrons! — Ah! si vous saviez! Gomme c'était beau! — Tenez! regardez! voyez-vous, là-bas? — Ah ça! dites-donc, vous là-bas . . oui, vous, parfaitement! quand vous aurez fini de causer! — Oh! dites, voulez- vous? c'est oui, n'est-ce pas? — Et puis, vous savez, au fond, moi, ça m'est tellement égal! — Allons, marchez! — Voyons, qu'est-ce qu'il y a encore? — Alors, comme ça, vous voulez partir? — Non, ce qu'il est drôle, mais là, drôle! — Ah! à propos, il faut que je vous dise, on est très content de vous, ici. — Vous ne devineriez jamais qui je viens de voir. — Savez- vous ce que je viens de faire? Je vous le donne en cent. — Savez-vous ce que vous feriez, si vous étiez bien, mais bien gentil? — Nous allons vous tourner un article, mais là, un article à succès! — Convenez, voyons, ce n'est pas gentil de votre part. — Je vous réponds que j'en fais, des réflexions, et de tristes, encore! — Je voudrais un complet d'hiver, mais je vais vous dire, je voudrais quelque chose de bien. — Vous savez bien, ce pauvre homme que nous rencontrions tous les jours? Eh bien, il est mort... parfaitement, cette nuit même! — On allait se mettre à table, et voilà que tout à coup, on voit arriver ... qui ? lui . . . l'enfant prodigue . . oui . . celui-là même qu'on ne croyait jamais revoir! — J'étais à bout de ressources; pas un sou; alors qu'est-ce que j'ai fait? Eh bien voilà! je suis allé trouver le patron ; il ne savait seulement pas qui j'étais ; tant pis, ma foi I
Bally, Traité de stylistique française. II. 14
210 Septième Partie.
je lui ai carrément expliqué ma situation; c'est qu'aussi, avouez, voyons, ça ne pouvait pas durer plus longtemps, n^estce pas? — Un Marseillais: «Ça n'est pas pour me vanter, mais voyez-vous, moi, pour les natures mortes et les trompe-l'œil, par exemple, je ne crains personne; il n'y en a pas comme moi. En voulez-vous un exemple? E^ibienl tenez I voilà: hier je prends une planche, vous entendez bien, une simple planche ; je la peins en marbre, mais, vous savez, là, un marbre, comme je sais les faire, quoi! C'était épatant! Tout de même, il fallait s'assurer que c'était réussi, pas vrai? Alors vous ne savez pas ce que j'ai fait? Eh bien, j'ai mis ma planche sur un baquet d'eau, et. . . elle a coulé à fond!»
Exagération.
(SF. § 276) Exercice 183.
Ramener les expressions suivantes à leur valeur réelle et logique. Ex. : <ill demeure à deux pas dHci'> = <ll demeure tout près d^ici».
Il a l'air de vous écouter, mais il est à cent lieues d'ici. — Vous ne savez rien de rien. — Il s'en est fallu de rien que je ne le gifle. — Vous ne le connaissez pas? Pourtant on ne voit que lui. — Il ne voit pas à deux doigts de son nez. — J'en suis absolument sûr; j'en mettrais ma main au feu. — Je veux être pendu (être coupé en morceaux) si je mens. — Je le vois toutes les fois qu'il me tombe un œil. — On n'arrive pas plus à propos. — Il y a un siècle (une éternité) que je ne vous ai vu. — C'est une chose à laquelle je souscris des deux mains. — Il n'y a rien de tel que de s'entendre. — C'est trop juste. — Je suis plus que de votre avis. — C'est trop aimable à vous. — Pour tirer les carottes aux gens, il n'a pas son pareil. — Il n'y en a nas comme vous pour parler aux enfants. ~ C'était plein, plein (archiplein) : on n'aurait pas pu y mettre une épingle. — Il a pleuré toutes les larmes de ses yeux. — On n'est pas plus galant. — Je vous suis on ne peut plus obligé, — J'en suis plus que certain. — Il n'y en a pas plus que sur ma main. — Attendez-moi une seconde. —
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Pour Tété, il n'y a que les robes de mousseline. — 11 n'y ira pas: on le tuerait plutôt! — Jamais je n'ai autant souffert de la chaleur. — On n'a jamais rien vu de plus beau. — Jamais omelette n'eut meilleur goût. — C'est tout ce qu'il y a de meilleur dans ce genre. — C'est une femme tout ce qu'il y a de bien. — Il a eu ce Rembrandt pour un morceau de paini
— Mais c'est ce que je me tue à vous dire depuis un siècle!
— C'est, de la tête aux pieds, un homme tout mystère. — Je n'en peux plus: je n'ai plus de jambes. — Il ne regarde jamais plus loin que son nez. — Je suis mort de fatigue. — C'est à mourir de rire. — On meurt d'ennui, ici. — Il grille d'envie de vous parler. — Ne travaillez pas comme ça, vous vous tuez.
Phraséologie exagérative.
Exercice 184.
Même exercice que le précédent.
N'avoir pas un sou vaillant, pas un rouge liard, n'avoir ni sou ni maille. — Il est tout cousu d'or ; il remue l'or à la pelle ; il mange l'or à la cuiller. — Elle est jolie à croquer. — Elle est laide à faire peur; c'est un épouvantail à moineaux; c'est une horreur, un remède contre l'amour. — Une mine à faire trancher le vinaigre. — Se fâcher tout rouge. — Rougir jusqu'à la racine des cheveux, jusqu'au blanc des yeux. — La pluie nous a mouillés jusqu'aux os. — Il a de l'esprit jusqu'au bout des ongles. — J'en ai par-dessus les oreilles, par-dessus la tête. — C'est le modèle des maris, une perle, de l'or en barre. — Faire des pieds et des mains (remuer ciel et terre) pour réussir. — Promettre monts et merveilles. — Se mettre en quatre pour rendre service. — Dépêchez-vous; ne mettez pas deux pieds dans un soulier. — Il fait la pluie et le beau temps au ministère. — Il n'a que la peau et les os. — Il ne lèverait pas le petit doigt pour vous aider. — Jeter l'argent par les fenêtres. — Il tondrait sur un œuf. — C'est un ours mal léché; on ne sait par quel bout le prendre. — Il a de la santé à revendre. — Il y a six mois qu'il n'a donné signe de
212 Septième Partie.
vie. ^ Il en a dit pis que pendre sur votre compte. — Il est au septième ciel; il nage dans le bleu. — Il est innocent comme l'enfant qui vient de naître. — Il ne trouverait pas de l'eau à la rivière. — Suer sang et eau pour terminer un travail. — Il était à deux doigts de sa perte ; sa vie ne tenait qu'à un fil. — Couper un cheveu en quatre; chercher la petite bête; chercher des poux dans la paille. — Gela saute aux yeux, cela crève les yeux. — Il n'y a pas un mot de vrai ; c'est un conte à dormir debout.
Atténuation et euphémisme.
Ramener les expressions s^uivantes à leur valeur réelle et logique. Ex. : « Vous prenez de Vâge-» = « Vous vieillissez, vous devenez vieux». (Plusieurs des expressions ci-dessotis ne sont pas de la langue familière; on distinguera,)
Une dame d'un certain âge, un peu forte (aux formes opulentes). — Être d'un âge assez respectable. — Soulager un voyageur de son porte-monnaie. — Il n'a pas toujours les mains dans ses poches (attén. ironique). — Quand acquitterezvous ma petite note? — Régler les honoraires d'un avocat. — L'indemnité parlementaire. — Une somme assez coquette, assez ronde, une somme rondelette, respectable. — La dot est assez jolie. — Un beau parti. -- Si l'on compte toutes les dépenses à faire, la somme est un peu juste. — 11 est un peu serré î il est regardant. — Il a de la peine à joindre les deux bouts; il est obhgé de compter. — Un joueur qui corrige la fortune. — Il n'est pas très scrupuleux en affaires. — Côtoyer le code en faisant des faux. — Un banquier qui lève le pied. — Mettre qn en heu sûr. — La conduite de cet employé laissait à désirer: on s'est passé de ses services (on l'a remercié). — (Comparer les expressions suivantes pour tuer) : Mettre à mort, donner la mort, se débarrasser, se défaire de qn, supprimer, dépêcher, expédier qn. — Un banquier en failhte qui se fait justice. — Dieu l'a rappelé à Lui; il s'en est allé
La langue parlée et l'expression familière. 213
sans douleur. — C'est bientôt la fin ; son heure est arrivée. — Faire le grand voyage. — Que ferez-vous quand je ne serai plus là? — Il a vécu. — Aller a la selle; avoir des selles abondantes. — As-tu été aujourd'hui ? — Prendre un remède, — Se soulager. — Permettez-moi de me retirer un instant. — En parlant d'une femme: «Il se faisait scrupule de la lâcher, parce qu'il l'avait connue sage-». — C'est avec ces demoiselles que vous avez appris ces jolies expressions? — Le postérieur. — Se mettre sur son séant. — Un mari complaisant. — Ce n'est pas un modèle de vertu (un dragon de vertu); elle n'est pas trop farouche. — Henri IV avait ti'ouvée Mme de Guercheville à son goût: «Sire, lui dit-elle, je ne suis pas d'assez haute naissance pour être votre femme, mais je suis de trop bonne maison pour être autre chose*. — Son mari l'a surprise en conversation très intime avec un monsieur; alors il a demandé le divorce. — Sa femme est en espérance; elle est dans une situation intéressante (pop. : Il y a un polichinelle dans le tiroir).
Exercice 186.
Modifier les phrases suivantes de manière à en faire disparaître les expressions atténuées.
Voilà qui n'est pas très gentil de votre part. — On peut voir mieux que ça. — Ce que vous dites là n'est pas tout à fait exact. — Quand je dis qu'il fait froid, c'est une façon de parler. — Ne laissez pas traîner vos lettres ; il pourrait les lire et ce n'est pas nécessaire. — On ne peut pas dire que cette dépense s'imposait. — Cette argumentation n'est pas des plus convaincantes. — Croyez-vous vraiment que nous pouvons sortir par ce temps? - Il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles; il s'oublie parfois. — Vous ne vous êtes pas trop ennuyé à mon bal, l'autre soir? — Cet élève n'est pas positivement un aigle. — Cet habit n'est pas de votre goût? Je vous dirai que, pour ma part, je le trouve assez réussi. — L'histoire étant un peu décolletée, on a un peu arrangé les choses pour vous les raconter. — Excusez-moi; j'ai à faire, je ne vous retiens pas. — A vous dire vrai, cet incident ne me touche pas beaucoup (me laisse assez froid). — A un
214 Septième Partie.
peintre: «Votre tableau est une pure merveille!» Lui: «Oui, il n'est pas trop mal».
Formes de politesse.
(SF. § 277) Exercice 187.
Déterminer approximativement le degré de politesse, de familiarité ou d'impolitesse des expressions contenues dans cet exercice.
La femme de chambre : Madame fait demander à Monsieur si Monsieur est bientôt prêt (si Monsieur w'est pas bientôt prêt). Madame dit que c'est l'heure (Madame dit que c'est bien l'heure). — Un maître appelle son domestique; le domestique: Je viens, Monsieur! (Tout de suite, Monsieur! — Tout à l'heure. Monsieur! — Voilà, Monsieur voilà!) — Monsieur m'a sonné? (Vous avez sonné, Monsieur?) — Les assiettes sont-elles propres? La domestique: Je viens de les nettoyer! (Mzîs je viens de les nettoyer!) — Quelqu'un arrive en retard: Vous n'êtes pas tout à fait exact. Vous venez bien tard, Comme vous venez tard! — Excusez-moi! Pardon! Vous voudrez bien m'excuser! — Bonjour, mes enfants! — Bonjour, docteur! - Cette chère baronne! comme je suis charmé de vous voir. — Faites comme moi, l'ami (ami, mon ami), et vous deviendrez riche. — Le domestique: Monsieur prend-il du potage? Voulez- vous du potage, Monsieur? Du potage. Monsieur?— (A la blanchisseuse : Je vous ai donné douze mouchoirs et vous n'en rapportez que onze.) Réponse: Croyez-vous? En êtes-vous sûr? En êtes-vous bien sûr? Pardon, vous faites erreur! Ce n'est pas vrai! — A quelqu'un qu'on a longtemps attendu: Enfin, vous voilà! Ah! vous voilà! Ah! ce n'est pas trop tôc! Ah! ce n'est pas malheureux! — Qui êtes-vous? A qui ai-je l'honneur de parler? — Gomment vous appelez-vous? Puis-je vous demander votre nom? Votre nom! — Que voulezvous? Qu'est-ce que vous demandez? Qu'y a-t-il pour votre service? — A quelqu'un qu'on n'a pas très bien compris: Que dites- vous? Qu'est-ce que vous dites? Quoi? Qu'est-ce que
La langue parlée et l'expression familière. 215
c'est? Répétez! — Vous devez y aller. A votre place j'y irais. Vous feriez bien d'y aller. — Asseyez-vous. Voici une chaise. Donnez-vous la peine de vous asseoir.
Exercice 188.
Les phrases suivantes expriment des ordres ou des désirs formulés avec plus ou moins de vivacité ou de réserve, c. à d. avec plus ou moins de politesse; dire, diaprés le ton général des phrases, si la poussée individuelle est libre ou entravée (SF. 275) et déterminer approximativement la qualité des sujets parlants ou les rapports pouvant exister entre les interlocuteurs (Ex.: *Jean, mes pantoufles* est probablement un ordre donné par y/n maître à son domestique).
Joséphine, vous préparerez le dîner pour sept heures. — Jean, mes pantoufles! — Aurez-vous bientôt fini de crier? — Vous allez vous taire, n'est-ce pas? — Un peu de patience, que diable ! — Je veux que vous veniez : je voudrais que vous veniez. Je désire (je désirerais) que vous veniez. — Passez-moi le pain! Passez-moi le pain, s'il vous plaît! Passez-moi le pain, je vous prie ! Si vous me passiez le pain ? Me passeriezvous le pain ? Auriez-vous la bonté de me passer le pain ? — Ah çal voulez-vous marcher? et plus vite que ça, encore! Allons, marchez! Allez! ouste! — Nous feriez-vous le plaisir de nous chanter quelque chose ? — A présent, vous allez nous laisser seuls un instant. — Ah! si vous vouliez m'aider un peu! Aidez-moi, pour l'amour de Dieu! Vous m'aiderez, n'est-ce pas! Puis-je vous demander votre aide? M'aideriezvous? Aidez-moi donc! Voyons, aidez-moi! Aidez-moi, sapristi! Voulez-vous bien m'aider? (deux interprétations différentes suivant l'intonation). — Voulez-vous bien vous taire I Taisez-vous! Silence! Chut! Vous allez vous taire, n'est-ce pas? Est-ce que vous vous tairez, à la fin? — Si vous veniez avec nous? Que diriez- vous d'une promenade? — Veuillez me donner de quoi écrire! : Garçon, de quoi écrire!
216 Septième Partie.
Faits de syntaxe.
Déplacement des membres de phrase.
(SF. § 285) Exercice 1S9.
Ce déplacement^ dû à un mouvement affectif, est une des formes simples de la dislocation. Rétablir la construction logique des phrases suivantes, en supprimant, au besoin les pauses résultant de la dislocation (ex.: Je suis malade, réellement = Je suis réellement malade).
Machinalement, j'entre, et que vois-je? — Vous entrez, vous vous asseyez, et vite, vous abordez votre sujet. — Si par hasard vous le trouvez, rapportez-le-moi. — Pas gênants, ces voisins. — Finie, la jeunesse! — Décidément, il faut que je sorte. — Là-dessus, bravement, je sonnai. — En cinq minutes je suis prêt. — Galli elle est née, Galli elle mourra! — Vainement, j'ai voulu résister au charme qui m'envahissait. — Soudain, il parut. — Je sortis de la salle à manger, lentement, sans avoir l'air. — Jamais je ne consentirai à cela. — Impitoyablement, il le chassa. — Elle était belle, prodigieusement (invraisemblablement).
Dislocation; anticipation et anaphore.
(SF. § 288) Exercice 190.
Chercher la juste intonation des phrases suivantes (observer particulièretnent les différences de hauteur et les pauses); puis rétablir la construction logique et itiaffective, en supprimant les particules profiominales (le, la, en, y, ça, etc.). Ex. : «J'en ai connu, moi, des jours de misèrei> = <tJ^ai connu bien des jours de misère"».
Est-ce que vous y allez, vous, à cette fête? — Si je m'y attendais, par exemple, à ce contretemps ! — La promesse que tu m'as faite, t'en souviens-tu encore? (comparez la constr. poét. : «De la promesse faite jadis te souvient-il encore?»). — Mais c'est incroyable, une chose pareille! — En voilà une affaire, et pour un rien, encore! — La voilà, la vérité! —
La langue parlée et Texpression familière. 217
Je ne l'oublierai jamais, ce beau jour! — Puissiez-vous la revoir, cette mère adorée ! — Quand se réaliseront-ils enfin, les vœux ardents que je forme sans cesse pour vous? — Les enfants, c'est sans pitié. — Y en a-t-il, des fleurs, dans cette prairie! — Qu'ils sont heureux, ceux qui savent oublier! — Vous ne le saurez jamais, combien je vous aime! — Gomme je les comprends, ceux qui vous aiment! — Il est venu enfin, ce jour tant désiré! — Je m'en doutais, que c'est un filou! — Vous l'aimerez, au moins, dites, cette chère enfant, n'est-ce pas? — Ça, ce n'est pas mal, comme rendu. — C'est bien drôle, ces histoires. — Pourquoi a-t-il quitté Tarmée, votre père? — C'est de la confiance, ça, ou je n'y entends rien. — Le malheur, c'est qu'il ne comprend rien! — Mais ce n'est pas un dénouement, cela, ni une explication! — En voilà des émotions qui vous coupent les jambes! — Ces vieux, ça n'a qu'une goutte de sang dans les veines, et à la moindre émotion, elle leur saute au visage! — Ils sont idiots, ces gens-là! — Cette femme, il la détestait! — Mais une chose qu'il ne pouvait pardonner, c'était le fou rire! — Il n'a pas l'air commode, ce monsieur! — La vertu, une bonne blague, mon cher! — Une lettre qui vous arrive sans qu'on l'attende, c'est toute une aventure! — C'est bon pour l'âne ou pour le bœuf, de brouter dans un clos ! Les chèvres, il leur faut du large ! — En voilà un qui a de la chance! — Il en a une chance, celui-là! — II n'en fait jamais d'autres, celui-là! — Hélas! Tu ne l'as donc pas oubliée, toi, ta pauvre chère mère?
Exercice lî)l.
Observer V intonation probable des phrases suivantes, et les ramener à une construction plus «^régulière-» (p. ex.: <iEn quelle peine je me trouvais, imaginez-le, si vous pouvez"» = ^Imaginez, si vous le pouvez, en quelle peine je me trouvais-») ; da)is le cas de dislocation poussée à Vextrême, trouver l'équivalent logique sous une forme différente (p. ex.: <iVous ici? non! AJi! celle-là, par exemple, elle est trop forte h = «Je nuis stupéfait de vous trouver ici"»).
Ce livre vous fera plaisir, j'en suis sur. — Si vous étiez venu au bon moment, au moins! — Oh! cela, mon amie, je
âl8 Septième Partie.
vous en supplie, ne le croyez jamais! — Notre bonheur à nous, vois-tu, Jacques, tient dans pas grand'chose. — Oui, je sais, il est distrait ; c'est insupportable, cela. — En quelle peine je me trouvais, imaginez-le, si vous pouvez. — Il ne me plaît pas, à moi, ce monsieur-là, Madame. -— Ah! et puis, tant pis, ma foi, après tout, qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? — Ah! ça, vous savez, il n'y a pas à dire, c'est, ma foi, charmant! — Et ça, dites-moi, vous l'avez payé, sans indiscrétion, combien? — Intéressante, cette histoire? Oh! pas tant que ça! — Les arts, qu'on les protège, encore, je ne dis pas non; mais les artistes, ah! ça^ non, par exemple! — Gela m'étonne un peu, mais, je vous l'ai dit, je suis en belle humeur. — Qu'on me croie sage ou imbécile, c'est le cadet de mes soucis.
— Le commerce, voyez-vous, il n'y a rien de tel pour former les hommes d'Etat. — Gaston: Voyons ... ce bon monsieur Poirier . . . qu'est-ce qui pourrait bien lui convenir? Une préfecture? fi donc! Le Conseil d'État? Non plus! Un poste diplomatique? Ah! tenez, justement l'ambassade de Gonstantinople qui est à prendre. Poirier: Oh! j'ai des goûts sédentaires, moi; et puis le turc, je ne le comprends pas. Gaston: Attendez, il y a la pairie, je crois; mais oui, elle vous irait comme un gant. — Je ne sais plus que penser I . . vrai . . . dites . . . qu'est-ce que ça signifie? — Oui, oui, oh ! n'ayez pas peur, je vous paierai! — Regardez-moi en face, là, bien franchement. — Votre place aujourd'hui, là, voyons, vous a coûté combien ? (Rostand, Gyrano). — Les garçons, voyez-vous. Madame, c'est brutal; puis c'est toujours cocher quand on joue au cheval; les filles, ça vous a des histoires afireuses; on les marie, et puis elles sont malheureuses (Paîlleron). — Gomédien? Moi? Ah! je vous en donnerai, des ccnnétlies à vous faire tous pleurer comme des fenmies et des enfants!
— Dans ce village il passa, voilà bien longtemps de ça.
— Aujourd'hui, un jour de paie, comment ne pas s*égayer un peu? — Mais cette femme, cela lui pla!t-il, à elle, de vous plaire? (Musset). — Et voilà qu'elle confondait cette mort avec d'autres: elle eu avait tant perdu, de fils, elle, la pauvre vieille!
— Avouez, là, franchement, voyons, c'est vous qui l'avez fait?
La langue pailée et l'expression familière. 211)
Liaison marquée par l'intonation.
(SF. § 287) Exercice 198.
Prononcer les phrases suivantes de façon à montrer les rapports entre les membres de phrase, puis les transformer y au moyen de conjonctions, en phrases «logiquetnent'* construites (p. ex.: ^Cela sera, je le veux"» = «Ji? veux que cela soit» ou <Cela sera, car je le veux*).
Vous n'avez rien à faire: eh bien! venez faire un tour avec moi. — Il est parti: tant mieux. — Quelqu'un frappe, je crois. — Je ne suis pas plus tôt arrivé, le voilà parti. — Il est impossible de rien conclure: le quorum n'est pas atteint.
— Vous le verriez, vous ne le croiriez pas. — Il a de l'argent, vite il le dépense. — Vous êtes la seule personne qui puisse me secourir, je m'adresse à vous. — Il réussira, il n'y a pas de doute. — Vous êtes un brave homme, d'être venu! — Rêvez-vous de faire cela! (= êtes- vous fou de faire cela?). — Faites-vous brebis, le loup vous mangera. — Il le dirait, pourrait-on le croire? — Vous viendrez, il le faut. — Il y a là quelque chose d'étrange, il n'y a pas à dire. — On n'a pas été assez sévère au commencement, c'est une faute. — Je ne peux pas y arriver, c'est trop difficile. — Vous êt€S mon aîné, sans cela je ne vous céderais pas. — C'est tellement haut, voyez-vous, on n'en voit pas le bout. — Gravir cette montagne ? Mais c'est fou! — Renvoyer à demain? Autant le faire tout de suite. — - Pardonner, ah! ce n'est pas facile, allez! — Ce que j'ai appris à l'école, ma foi, je serais bien embarrassé de le dire. — Quel jour viendrez-vous, dites-moi! — L'entreprise est difficile, songez-y bien ! — Vous avancez : il recule d'autant !
— Vous avez beau vous donner de la peine, vous ne réussirez pas. — Qu'il sorte, je le veux! — II lit, je suppose. — Deux et deux font quatre, c'est clair comme le jour. — Je croyais qu'il viendrait, il me l'avait promis. — Je vous regarderai, ça me suffira. — Qu'il arrive ici une visite, vous allez peut-être avoir de l'esprit; mais je suis seule, vous voilà plus banal qu'un vieux couplet de vaudeville! — Lui, un honnête homme? Jamais de la vie!
220 Septième Partie.
Vocabulaire grammatical.
(SF. § 290) Exercice 193.
Dans les phrases suivantes^ remplacer les liaisons familières par des liaisons strictement logiques ou propres à la langue < écrite >.
Cette offre est blessante, je la refuse; ah! c'est que je suis un honnête homme, moi, Monsieur! — Monsieur (à un nouveau domestique): Je dois vous avertir que je suis un peu grossier. Le domestique: «JSf moi, alors h. — Je n*y étais pas ; alors f voyons, vous ne pouvez pourtant pas dire que c'est moi le coupable. — C'était l'heure de partir; setdement voilà, je n'étais pas prêt. — Vous viendrez, vous le devez ; n^êtes-vous pas son ami? — Pourquoi ne feriez-vous pas cette promenade avec nous? Oh! je sais bien, il y a la distance, c'est vrai; mais enfin, sacrehleu, vous n'êtes pas un invalide! Et puis, aussi, on ne marchera pas tout le temps. Alors, c'est dit: vous venez? — Ainsi, vous croyez ça, vous autres? — Alors c'est entendu? Vous venez avec nous? — Les femmes, mon Dieu! oui, je ne dis pas, c'est gentil; mais c'est si encombrant!
— Ce travail renferme bien quelques imperfections, mais enfin je m'en contenterai. — Tu ne veux pas? Mais si! — E a beau avoir du talent, il vî'en est pa^ plus heureux pour tout ça.
— Il verrait mourir sa mère sous ses yeux qu'W ne bougerait pas. — C'est mon idée; maintenant j si vous êtes d'un autre avis ... — Retenez-le, sans ça, gare, il vous échappera. — La terre ne s'épuise pas, seulement il faut savoir la cultiver.
— Elle reviendra peut-être; et puis, après tout, est-ce que j'y tiens ?
Éléments objectifs et subjectifs de Texpression.
(SF. § 292) Exercice 194.
Trier, dans les phrases suivantes, les éléments des deux ordres, et voir jusqu'à quel point l'élément subjectif est exprimé effectivement . Aifisi dans: <Vous avez, à mon avis, parfaitement raison». Vêlement personnel (à mon avis) est très peu
La langue parlée et l'expression familière. 2âl
affectif f tandis que dans: ^Vous avez, ma foi, parfaitement raison*, Vêlement personnel (ma foi) est fortement affectif (et familier).
Il aura sûrement une déception. Il aura une déception, pour sûri Ah! pour sûr, qu'il aura une déception! — En marchandant, vous auriez certainement eu cela pour deux sous. En marchandant, vous l'auriez eu pour deux sous, parbleu! — Voilà, je crois, ce qu'on peut conclure de tout cela. — Assurément, je ne voudrais pas vous déranger. — Je ne sais trop si je pourrai le faire; pour demain, en tout cas, impossible! — Que diable voulez-vous que je fasse de ça? — Chose curieuse, il ne s'y attendait pas du tout. — Quel honnête homme! Que di§-je, c'est un saint! — Il est parti; voilà du moins ce que j'ai entendu dire (du moins, je l'ai entendu dire). — C'est peutêtre vrai, mais peut-être aussi que c'est faux. — Ne comptez pas sur moi ce soir; je reste chez moi, décidément. — Si, par impossible, nous ne pouvons pas sortir, je vous le ferai savoir en tout cas (en tout cas, je vous le ferai savoir). — Est-il croyable, je vous le demande, qu'un jeune homme passe son temps comme vous le faites? — Elle est jolie, ou pour mieux dire, ravissante! — Il est pour ainsi dire (comme qui dirait) son frère. C'est son ami, son frère, enfin! — Est-ce que par hasard vous y songez sérieusement? Sérieusement y songez- vous? — Mon Dieu, c'est un brave homme, je ne dis pas; mais, convene2-en, il est bien ennuyeux. — De quoi parle-t-on? De l'Affaire, pour changer! — Voilà pourtant ce qu*on appelle la science! Quelle duperie ! — L'âme a ses joies et ses douleurs qui n'appartiennent qu'à elle, sa vie enfin! — 11 jouira longtemps encore, je l'espère, des dons de la vie. ~ Il a bien mal travaillé, et on l'a aidé, encore! — Cette affirmation est vraiment trop catégorique. — Vous m'avez menti, et vous vous en glorifiez^ encore? — N'oubliez pas ma commission, au moins! — J'aime mieux ne pas en parler, tout simplement. — Il est parti, sans doute (cf. Il est sans doute parti; sans doute qu'il est parti). — Certainement que j'en veux! Bien sûr que j'en veux! — Il est heureusement arrivé; il est heureusement arrivé à temps; il est arrivé à temps.
222 Septième Partie.
heureusement; heureusement, il est arrivé à temps; heureusement qu'il est arrivé à temps.
Transcriptions.
(SF. § 293) Pour que cet exercice soit utile, il ne faut pas viser à une correspondance trop rigoureuse entre les expressions prises une à une; le texte doit être traité assez librement pour qu'on puisse appliquer les procédés généraux du mode dans lequel la transcription est faite (voir p. ex. la transcription d'un texte poétique en langue usuelle, p. 180). Pour «traduire» un texte de la langue courante en langage familier, il faut, pour ainsi dire, émietter les phrases, les disloquer le plus possible, user des procédés exclamatifs, exagérer, etc. (comparez les transcriptions SF. § 255). Surtout, cet exercice n'est pas un exercice de «style»; si on le croyait, l'exemple suivant paraîtrait bien puéril!
Spécimen de transcription.
Expression usuelle: Un jour une grenouille aperçut un bœuf, et voulut l'égaler en grosseur; elle se gonfla autant qu'elle put et demanda à ses petits, qui l'entouraient, si elle était aussi grosse que le bœuf; ceux-ci répondirent que non; elle fit alors des efforts plus grands encore pour enfler sa peau, puis elle fit la même question à ses petits, qui répondirent de même. Enfin, très en colère, elle fit un dernier effort, mais elle creva et tomba morte. Morale: Les faibles qui veulent imiter les puissants courent de grands dangers.
Transcriptimi en langue familière. Un beau jour, une grenouille aperçoit un bœuf, et voilà qu'une idée folle lui passe par la tête: est-ce qu'elle ne s'avise pas de vouloir être aussi grosse que lui? (ou: «Tiens, tiens», se dit-elle, «si je pouvais me faire aussi grosse lui?»). Bon! aussitôt dit, aussitôt fait! et ma bête de s'enfler tant qu'elle peut. Ses petits la regardaient faire: «Eh bien! fit-elle, ça y est-il?» — «Non, mère, pas encore!» — Mais elle n'en veut pas démordre et la voilà qui recommence de plus belle. «Et maintenant?» — «Pas tout à fait!» — Pour le coup, elle n'y tient plus; die enrage, elle suffoque; elle se gonfle à qui mieux mieux; un dernier effort, une, deux, trois, et paf! elle éclate!
Voyez-vous, mes amis, quand on n'est pas de force à lutter, il ne faut pas faire les malins; on y laisserait sa peau (sans ça, gare! on risque de payer les pots cassés).