Chapitre
Pluralité des faits d'expression et groupement des synonymes.
Sommaire. La délimitation des faits d'expression n'est qu'un moyen d'^arriver à leur définition et à leur identification; à son tour, l'identification n'est pour nous qu'une préparation à la recherche de la nature affective, c. à d. à l'étude stylistique de ces faits.
Dans l'emploi spontané du langage, on ne fixe que rarement le sens d'un mot par définition, et sa signification ne se déduit guère par des procédés anahiiques: on la détermine le plus souvent par comparaison avec des expressions analogues, surtout avec celle qui représente l'idée sous sa forme la plus simple et la plus iisneUe. Les associations déterminées par le souvenir d'expressions analogues créent une sorte de synonymie instinctive, qu'on peut aopeler le sens de la pluralité des moyens d'expression; c'est le fondement
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naturel de la synonjnnie systématique; d'autre part, la comparaison inconsciente avec un terme simple est le principe naturel de l'opération appelée identification. Il n'est donc pas rationnel de chercher les différences entre les synonymes avant d'étudier leurs ressemblances et leurs caractères communs; cela est contraire au sentiment instinctif de la pluralité des moyens d'expression, que révèlent de nombreux indices du langage spontané, et qui se retrouve dans la langue écrite sous une forme plus sj'stématique, notamment dans l'emploi des périphrases et des antithèses. Utilisation de ces données pour le groupement des synonymes.
§ lOS. Définition, identification et recherche des caractères stylistiques. Le chapitre précédent a montré comment on délimite un fait d'expression; ce n'est qu'après ce premier travail qu'on peut chercher à définir et à identifier. Ces deux opérations ne doivent pas être confondues l'une avec l'autre, pas plus qu'elles ne doivent l'être toutes deux avec une troisième: la recherche des caractères stylistiques d'une expression,
a) La définition d'un fait de langage est la détermination de son sens logique et exact; b) l'identification a pour but de relier le fait de langage à un équivalent logique, en l'assimilant à une notion simple ; . c) la recherche du caractère stylistique consiste à dégager le ou les éléments affectifs qu'il contient et qui lui assignent une place dans le «système expressif» de la langue. On détermine la signification d'un met par sa définition exacte; on l'identifie par l'énoncé du terme désignant la notion simple à laquelle il se rattache; on fixe son caractère stylistique en le mesurant à un mode idéal d'expression assez typique pour servir de norme de comparaison; ces types sont, d'une part, le mode d'expression intellectuel ou logique (voir chapitre suivant), qui fait ressortir les caractères affectifs naturels, inhérents aux faits d'expression observés; d'autre part, la langue commune (V* partie, chap. 1), qui fait apparaître les caractères affectifs produits par l'évocation des milieux.
§ 109. Exemple type. Pour comprendre ces distinctions, il suffit de reprendre l'exemple commenté dans l'introduction au § 18; en voici un nouveau, qui permettra de grouper encore
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une fois ces divers points de vue. Dans l'ensemble de la phrase: «C'est un frêle appui que le sien», retenons le mot frêle, qui est une unité parfaitement délimitée dans l'ensemble du contexte. Je cherche d'abord sa signification ; chose curieuse, ce n'est pas une définition qui se présente tout d'abord à mon esprit, mais des analogies: ma pensée cherche instinctivement des expressions voisines, des synonymes; je parcours la trame des associations que tout sujet parlant sa langue maternelle porte en lui et j'explique frêle par des adjectifs comme faible, débile, fragile, chétif, etc. Mais ces synonymes sont-ils identiques? Non, et en étudiant leurs différences, involontairement je les ramène tous à faible; enfin en comparant faible et frêle, je trouve, par une réflexion qui est presque toujours étrangère à la pratique journalière de la langue, que frêle désigne «une espèce de faiblesse caractérisée par le manque de résistance ou de solidités- ; un appui frêle est un appui qui cède au plus petit choc. Par cette dernière opération, j'ai établi une définition de frêle^ j'ai déterminé sa si^ification.
Mais pourquoi comparais- je tout à l'heure frêle à faible, et (question plus importante), pourquoi faible est-il le premier mot qui se soit présenté à jnon esprit pour expliquer frêle? C'est qu'il est le plus simple, le plus général, le plus compréhensif : c'est le terme qui contient en germe tous les autres de la série. Aussi disons-nous que les adjectifs frêle, fragile, débile, chétif, etc. se rangent sous la notion simple et fondamentale de faiblesse; faire cette constatation, c'est identifier tous ces mots par le terme faiblesse. Allons jusqu'au bout de nos distinctions: ai-je déterminé la nature stylistique du mot frêle? Nullement: pour cela il faudrait le faire passer par une autre filière (comparez toujours l'exemple du § 18). S'il apparaît que frêle se distingue de faible par une proportion plus grande d'éléments émotifs, si je suis plus fortement affecté en prononçant le premier, j'aurai déterminé un des caractères stylistiques naturels de l'expression; si je constate ensuite que la langue commune et la langue parlée ne font pas un emploi habituel du mot frêle, et que ce terme, appartenant à Bally, Traité de stylistique françaiae. 7
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la langue littéraire, «évoque» le milieu auquel il appartient et par là produit un effet spécial, appelé effet par évocation, j'aurai déterminé un autre caractère stylistique du mot, et ainsi de suite.
Cet ensemble de constatations, qui résument tout ce que la suite de ce livre contient, nous montre ce qu'on avait déjà marqué dans l'introduction (§ 18): délimiter et identifier sont des opérations nécessaires à notre étude, mais elles ne font que préparer la. véritable recherche stylistique; celle-ci s'attache à déterminer les caractères affectifs de l'expression et la place qu'elle occupe dans le système expressif de la langue.
§ 110. Ftnralité des moyens d'expression. Il résulte de ce premier sondage que la définition, qui semble à première vue le procédé le plus simple pour fixer le sens d'un mot, est «n réalité une opération assez étrangère au maniement spontané du langage, et qu'en tout cas elle ne peut prétendre à la première place dans l'ordre naturel de la recherche.
Il paraît en effet certain que, dans la pratique, nous ne recourons que rarement à la définition pour saisir ou faire comprendre aux autres un terme inconnu: dans le langage courant, on fait un emploi considérable 1. des points de comparaison tirés de la réahté, et 2. des expressions analogues et synonymes. Prenons un exemple (c'est un cas extrême, un peu naïf, mais très démonstratif, l'inconnue étant un mot tout à fait usuel). Quelqu'un vous demande ce tjue c'est que marcher: lui direz-vous que c'est «se mouvoir avec les pieds»? Oui, si vous êtes un professeur de logique ou de langue; non, si vous obéissez à l'instinct linguistique. «Marcher, direz-vous peut-être, mais c'est faire comme cet homme que vous voyez là-bas»; c'est une comparaison tirée de la réalité, une leçon de choses. Ou bien: «Marcher? C'est ce que vous faites tous les jours quand vous allez de chez vous à votre bureau»; même cas. Ou bien: «Marcher? Cela veut dire cheminer, aller et venir, circuler^). C'est sur ce dernier cas que nous insisterons. Malgré le «cela veut dire», il n'y a pas là de définition, mais une explication par des termes voisins. Les faits d'expression reposent dans notre esprit par
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groupes et .se présentent de la même façon à notre conscience quand nous parlons. C'est là le germe de tout le travail d'identification, et c'est ce qui met à l'arriôrc-plan la recherche de la définition. Celle-ci est un procédé analytique; l'identification est l'aboutissement, l'utilisation systématique et le traitement méthodi(|ue d'un processus naturel. Nous suivrons la même marche (|ue le sujet parlant dans l'usage spontané de la langue; comme lui, nous procéderons par étapes, et nous n'y perdrons rien, je le crois du moins.
Il y a donc, chez le sujet parlant, un sens très vif, bien qu'inconscient, de la pluralité des faits <ï expression groupés 'dans notre esprit autour de la représentation des objets et des idées; ce n'est pas autre chose (]u'une synonymie inconsciente; nous n'avons qu'à l'observer de plus près, .sans parti pris scolastique, pour avoir le fondement de l'étude raisonnée des synonymes. Mais d'abord quelques mots sur les méthodes en usage dans cette étude.
§ 111. Ressemblances et diiférences entre les synonymes. €'est une erreur de méthode que d'étudiei les distinctions entre les synonymes avant de les grouper par de fréquentes associations et de connaître le sens commun à tout un groupe. Cette faute vient de l'habitude de calquer l'enseignement de la langue étrangère sur celui de la langue maternelle i^g 71 — 73), mais elle est funeste dans tous les cas: un examen prématuré et trop subtil des distinctions synonymiques est préjudiciable même dans l'étude de l'idiome maternel. Chez des élèves trop jeunes ou mal préparés, le souci de la propriété des termes risque de gêner inutilement, et pour longtemps, l'aisance et le naturel de l'expression ; mais, tandis que l'usage journaUer de la langue maternelle atténue ce défaut, rien ne lui fait contrepoids dans l'étude d'une langue étrangère.
Du reste, lout prouve que, dans l'usage, les expressions synonymes riniis apparaissent avant tout par leurs points de contact; qui tnvonsent la communication de la pensée. Celle-ci, d'autre part, w s'exprime que rarement en une seule fois dans le langage spontané. Sans doute ce phénomène se vérifie très inégalement suivant les individus, le degré de
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culture et les circonstances; mais il est général, parce qu'il a sa source dans la nature de l'esprit humain et les nécessités sociales du langage.
D'abord la pensée spontanée est souvent hésitante et n'arrive pas toute faite à son expression; elle s'énonce par à-coups; elle se cherche ; on pense en parlant, ou on «parle» sa pensée. Mais il n'y a pas à insister sur un fait, somme toute, pathologique. Une autre cause de répétition est l'afflux des mouvements affectifs accompagnant la pensée; les pulsations émotives se répercutent dans l'expression, et le langage tend à répéter la pensée autant de fois qu'il y a de pulsations. Ex : une dénégation indignée peut prendre cette forme: Ah! ça, non, par exemple, jamais! On peut dire que cela équivaut à quatre non, et l'on pourrait encore allonger la phrase.
Enfin et surtout., la répétition est une nécessité de la communication et de la pénétration des idées; ce n'est pas chose aisée de se faire comprendre immédiatement en parlant et surtout d'imposer sa pensée à l'inertie de l'interlocuteur; ici encore, on peut constater de très grandes variétés suivant les hommes et les circonstances; mais le fait est réel, il suffit d'écouter les gens causer entre eux pour s'en convaincre.
§ 112» Eépercussion de ces faits dans la langue écrite. Ces faits s'observent aussi dans la langue écrite, et c'est même un des cas où l'on voit le plus clairem.ent combien les procédés de style ne font qu'organiser et régulariser les tendances naturelles du langage spontané. Or, si les textes écrits présentent les mêmes répétitions que le langage spontané, où la pensée doit pour ainsi dire s'improviser, il faut s'attendre à les trouver d'autant plus abondantes dans le parler et à l'état de tendance constante. En fait, les textes sont très démonstratifs à cet égard; on y voit sans cesse voisiner et concourir à des résultais identiques des expressions semblables, des mots de même sens, des périphrases, des variations de toutes formes et cela avec une sorte de virtuosité, sans qu'on puisse parler de négligence ou de redite. Naturellement les différences sont bien plus grandes„^i*ïrtlliui: jci UCrtem^ue, dans la langue parlée, d'individu à i/<!fîrf;^^ilnfiqu içPiiCy^t^i é consciente joue un
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rôle prépondérant: mais ]es différences sont surtout sensibles de genre à genre; tout dépend de la nature des choses exprimées. Les indications qui suivent ont pour but de montrer . quels sont les divers aspects de ce phénomène et comment il faut les observer pour se rendre compte de la pluralité des moyens d'expression.
§ 113. Formes de cette répétition. Tantôt il s'agit de mots et de tours analogues qui se trouvent les uns à côté des autres dans la même phrase, tantôt ce sont des membres de phrase ou des phrases enlières où l'idée est répétée ou plutôt variée. Les ressemblances entre ces expressions voisines n'ont rien d'absolu, et il faut s'y attendre, car sinon, il y aurait vraiment négligence, tautologie, pléonasme vicieux. Si au contraire les différences extérieures sont assez marquées pour dissimuler la répétition de l'idée, il y a lieu d'étudier ces expressions du point de vue qui nous occupe. Entre la répétition des mots et la répétition des phrases entières, il n'y a pas de Umite précise, et l'on verra très vite combien la distinction exacte de ces deux cas a peu d'importance. Cependant il y a avantage à commencer par les mots isolés qui se suivent et expriment la même idée (ex.: «C'est affreux, horrible, épourantahle!f>); insensiblement, on passera aux cas plus complexes (ex.; ^C'est là, Messieurs, chose mystérieuse, une de ces énigmes dont nous n'aurons peut-être jamais la clé*). Voici une phrase de V. Cherbuliez où la répétition par groupes se substittie peu à peu à la répétition par mots isolés:
,Les blancs sont de toutes les races de la terre la plus malléable, la plus flexible: c'est une argile plastique, capable de recevoir toutes les empreintes et de revêtir toutes les formes".
§ 114. La périphrase et l'antithèse. La forme élargie de la répétition de la pensée s'appelle dans l'art d'écrire périphrase: mais il faut entendre par ce terme la variation libre et spontanée d'une même idée, et non pas la périphrase stéréotypée caractérisée au § 99.
Pour que l'observation de ces faits soit fiructueuse, il faut l'aborder sans parti pris d'imitation; il s'agit d'observer, et de cela seulement. Cela est si vrai qu'on peut conseiller l'étude
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d'auteurs que la critique littéraire réprouve pour leur abus de la périphrase. Si l'on consulte sur ce sujet l'ouvrage de Mr. Albalat: JJart d'écrire enseigné par l'assimilation des auteurs, on notera, p. 160 et 220, ce qui est dit de certains écrivains qui ont poussé trop loin l'art de varier l'expression. Ce que l'auteur appelle «antithèse» (d'un terme un peu équivoque) rentre en grande partie dans le phénomène caractérisé plus haut.
Mais il faut surtout tenir compte du sujet traité; tous les genres n'ofirent pas un égal profit pour l'observation. Un simple récit ne peut naturellement donner lieu à autant de répétitions que l'exposé d'un sujet abstrait, dont on veut faciliter la compréhension au lecteur; dans ce cas, en effet, pour peu qu'on ait affaire à un écrivain appartenant par quelque côté à la littérature et parlant pour le grand public, on peut être sûr de voir appliquer constamment ces procédés; il cherche le contact avec son lecteur, et s'efforce de présenter chaque idée essentielle sous toutes ses faces principales; il frappe l'esprit en accumulant des expressions concordantes pour le fond et diverses par la forme. Qu'on lise par exemple l'étude de Renan sur le génie des races celtiques; dans le passage suivant, que nous en extrayons, l'auteur développe cette idée à deux faces, que le Breton est resté opiniâtrement lui-même et a autant que possible repoussé l'influence étrangère:
,Si l'excellence des races devait être appréciée par la pureté de leur sang^ et rinriolabilité de leur caractère, aucune, il faut l'avouer, ne pourrait le disputer en noblesse aux restes encore subsistants de la race celtique. Jamais famille buniaine n'a vécu plus isolée .du monde, et plus pure .de tout .niélani^e étranger. Resserrée par la conquête dans des îles et des presqu'îles oubliées, elle a opposé une barHère infranchissable aux influences du dehors: eUe a tout tiré d'elle-même, et n'a vécu que de son propre fonds. De là cette puissante individualité, cette haine de l'étranger, qui, jusqu'à nos jours, a formé le trait essentiel des peuples celtiques. La civilisation de Rome les atteignit à peine et ne laissa parmi eux {jue peu de traces. L'invasion germanique les refoula, mais ne les pénétra point. A l'heure qu'il est, ils résistent encore à une invasion bien autrement dangereuse, celle de la civilisation modenie.
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si destructive des variétés locales et des types nationaux. L'Irlande en particulier (et là peut-être est le secret de son irrémédiable faiblesse) est la seule terre de l'Europe où l'indigène puisse produire les titres de sa descendance et désigner avec certitude, jusqu'aux ténèbres antéhistoriques, la race d'où il est sorti. C'est dans cette vie retirée, dans cette défiance contre tout ce qui vient du dehors, qu'il faut chercher l'explication des traits principaux du caractère de la race celtique "
On peut grouper presque tous les éléments de ce texte sous deux chefs: 1. isolement et horreur de toute influence étrangère; 2. originalité et personnalité. Dans tout développement de cette nature, il est facile, à certains endroits, de découvrir des thèmes et d'en étudier les variations.
§ 115. Expériences sur les textes. Ce n'est pa^ tout: on peut joindre l'expérience à l'observation, et d'iine façon très simple. Il suffit de prendre un texte et de chercher, pour toutes les expressions caractéristiques, des équivalents qui laissent la pensée intacte; on sera frappé de l'abondance et de la variété des synonymes qui se présentent. Cet exercice prend une forme plus précise si l'on prépare un texte pour l'exphquer à des élèves, ou bien si, par une sorte de fiction, on s'imagine qu'on le prépare dans ce but; cette fiction a sou importance, elle donne à ce travail une direction plus pratique et lui enlève très vite ce qu'il a de trop imprécis: en effet, quand on s'efforce d'expliquer à une autre personne une expression un peu particulière, on ne cherche pas des synonymes quelconques; par une sorte de nécessité, on recourt aux expressions les plus simples et les plus usuelles. Ainsi cet exercice, qui doit être fait sur une grande échelle, prépare très naturellement au travail d'identification, qui fera l'objet du chapitre suivant. Enfin si nous avions à piarler ici du côté pratique de l'étude du langage, nous ajouterions que cette recherche des synonymes est un des exercices qui donnent le plus rapidement une forme aisée à l'élocutîon, dans la langue maternelle aussi bien que dans la langue étrangère. Pour l'application, nous renvoyons au hvre d'exercices; contentonsnous d'un exemple.
Dans le passage suivant de Taine, le thème est ex-
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posé dans la première phrase: il est aisé d'en analyser le développement :
«Cette légèreté empêche de vouloir fortement; cette sociabilité empêche de vouloir par soi-même. L'une affaiblit l'énergie des volontés, l'autre ôte aux volontés l'initiative. L'homme ainsi doué ne sait ni ouvrir la résistance, ni persévérer dans ia résistance. Il change facilement de conviction et reçoit facilement sa conviction des autres. U est disposé, sinon à servir, du moins à obéir. Il accepte volontiers, sinon la tyrannie, du moins la discipline.» (v. Albalat, Assim. 274.)
Voici comment l'idée de la volonté est variée: on ne veut pas fortement, on n'a pas d'énergie-, on ne sait pas persévérer, on change facilement de conviction, on est disposé à servir.
Voici comment l'idée d'initiative est variée: on ne veut pas par soi-même, on ne sait pas ouvrir la résistance, on reçoit sa conviction des autres, on accepte la discipline (ou plus exactement: l'autorité), etc.
On verra au § 148 quel parti on peut tirer des dictionnaires idéologiques pour des exercices de ce genre.
Tels sont les faits susceptibles de donner une idée concrète de cette pluralité des moyens d'expression, qui est la base rationnelle de ia synonymie. Si les explications qui précèdent ont jeté quelque confusion dans les esprits désireux avant tout d'établir des différences nettes entre les faits d'expression, il est temps de les rassurer ; tout ceci n'est qu'une préparation à ce travail de distinction et de classement qui est notre idéal à nous aussi. C'est ce qui sera tenté dans le chapitre suivant.