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Identification et classement des faits

d'expression.

Sommaire. — L'identification est une opération de logique lingwstique; elle a pour but de faire découvrir un mode d'expression intellectuel, servant à déterminer, par contraste, la nature affective des faits de langage. — A. On identifie un fait d'expression en cherchant ses synonymes et en les groupant selon la distinction logique du genre et de l'espèce. Cette identification n'est possible

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que d'une manière relative. Elle peut être fausse, soit que l'on détermine inexactement la notion à dégager, soit qu'on choisisse mal le terme d'identification. Les contraires logiques sont précieux pour la contre-épreuve. — B. Lorsque l'équivalence logique du terme d'identification s'accompagne d'une équivalence en contexte, on arrive à constituer un tnode d'expression intellectuel ou langage de l'idée pure. Ce mode d'expression est en partie réalisé dans Yexpression scientifique et dans la langue des définitions.

C. Les faits de langage, comme les notions qu'ils expriment, peuvent être non seulement identifiés, mais classés. Cette classification idéologique est ditTérente de celle qui suit l'ordre dit de matières. Elle se trouve en partie réalisée dans les dictionnaires idéologiques. Ces dictionnaires sont généralement défectueux; les modifications qu'ils appellent concernent la conception générale, le plan d'ensemble et la disposition des matériaux dans chaque rubrique. La classification des faits de langage, tout comme leur identification, ne peut être que relative.

D. L'enseignement pratique des langues peut tirer parti du travail d'identification et de la consultation des dictionnaires idéologiques. — De l'identification d'un fait de langage, on passe, par une transition naturelle, à la recherche de ses caractères stylistiques.

A. Recherche dn terme d'identification.

§ 116. Bnt et nature de Pidentiflcation. Pour notre étude, ridentificalion des faits de langage n'a pas son but en elle-même; elle n'est qu'un moyen. C'est ce que voudraient montrer les développements de ce chapitre.

Cette opération correspond à ce qu'est en logique la recherche d'une idée simple. En effet, un terme d'identification correspond toujours à un élément psychologique indécomposable (représentation concrète ou concept abstrait). Cette correspondance montre en quoi consiste le mécanisme de l'identificationon ne peut identifier un fait d'expression que par un terme qui ait la propriété d'exprimer, sous sa forme la plus simple, la plus objective, la plus abstraite, l'idée qui y est contenue.

§ 117. Exemples. Nous présentons ici un certain nombre d'expressions que nous ferons passer par les diverses étapes de l'identification; elles sont contenues dans les contextes suivants: Le dénouement d'un drame. — Exposer son point de vue. —

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Des mouvements embarrassés. — Se sauver à toutes jambes. — Avoir ses Iwres à portée de la main, — Le légitime propriétaire d'un objet. — Avec 400 francs j'arriverai.

L'identification suppose que les faits d'expression ont été préalablement délimités (§ 77 — 100); nous ne revenons pas sur cette opération; on voit aisément que, dans ces contextes, les unités lexicologiques sont constituées, les unes par des mots isolés {dénouement, d^-ame, légitime, arriver, etc.), les autres par des groupes phraséologiques {point de mie, se sauver, à toutes jambes, à portée de). Et maintenant, comment déterminer ces faits d'expression?

§ 118. Recherche des synonymes. Il est presque impossible, surtout au début, de trouver, de prime abord et à coup sûr, le terme d'identification. Le mieux est de chercher, même un peu au hasard, des expressions synonymes, puisqu'aussi bien c'est là le procédé que suggère la pratique du langage (cf. § 110). Ainsi point de vue peut être remplacé, sans que le sens en soit gravement altéré, par avis, sentiment, idée, opinion, manière de voir, etc.; au lieu de se sauver, on peut dire fuir, s'enfuir, s'éloigner, etc., et ainsi des autres. Reste à savoir si, parmi les termes substitués, il y en a qui, dans chaque cas, • répondent aux conditions posées par l'identification. Mais ces conditions, à leur tour, demandent à être précisées; elles le seront par une opération préparatoire très importante: la distinction du genre et de l'espèce appliquée aux faits de langage.

§ 119. Le genre et l'espèce. Cette distinction, essentiellement-logique, est il la base de toute classification. Dans le cas particulier, elle consiste à découvrir celui des synonymes qui porte des caractères communs à toute une série d'expressions proposées et n'en renferme aucun qui ne se retrouve pas dans les autres. On s'apercevra très vite que ces caractères, pour être communs, doivent être de nature intellectuelle et n'affecter en rien la sensibilité; mais ce trait fondamental n'apparaîtra bien que plus tard. On trouvera, dans les exercices du second volume, des listes de synonymes sur lesquelles ces expériences pourront se faire plus pratiquement; ici, deux

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exemples suffiront. Si je constate que dénouement a pour synonyme fin, ce terme apparaît immédiatement plus simple et plus cidentificateur» que dénouement; celui-ci renferme en effet un certain nombre de caractères logiques étrangers au mot fin, et fin, en revanche, renferme tout l'essentiel du sens de dénouement, et en outre ne possède aucun caractère, ni logique ni afifectif, qui lui soit propre à l'exclusion de l'autre terme. Soit encore la série de synonymes: emhafrassé, empêtré, gauche, maladroit; le dernier " terme de la série montre, mieux que les autres, les qualités requises pour un terme d'identification; et si les autres sont moins aptes à cette fonction, c'est de nouveau qu'ils présentent tous, à des degrés variables, des caractères particuliers, incompatibles avec l'identification. Noton? qu'ici ces caractères propres sont d'ordre essentiellement affectif.

11 y a donc, si l'on peut s'exprimer ainsi, des «mots-genres>' et des «mots-espèces». La distinction entre ces deux catégories de faits de langage est le fondement de toute l'étude des syno' nymes. Toute explication de détail est inutile, si les expressions particulières ne sont pas d'abord groupées autour d'un terme contenant le sens fondamental commun à tous les sjnonymes et présentant ce sens sous l'aspect le plus objectif, le plus intellectuel et le moins affectif.

§ 120. Identification et dictionnaires de synonymes. Cette opération délicate, d'où dépend le succès de toutes les autres, serait grandement facilitée si l'on pouvait compter sur les dictionnaires de synonymes; mais il n'y faut guère songer. Dans la plupart des cas, les meilleurs d'entre eux négligent ce principe d'ordonnance et, d'une manière générale, aucun n'a celte rigueur de méthode sans laquelle la synonymie sera toujours une étude de dilettante «à l'usage des gens du monde». Vin manuel de synonymes vous présentera, j'imagine, quelque distinction subtile entre les verbes affecter de et se piquer de (p. ex. <affecter ou se piquer d'avoh du génie»); mais c'est peine perdue; ces deux mots, étant tous deux particuUers, ne peuvent s'expliquer l'un par l'autre; ils ne pourraient l'être que par un troisième terme qui exprimerait l'idée commune à tous deux; alors une définition serait possible, et partant, une comparaison.

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Mais voilà, ce travail est assez épineux; il demande beaucoup de réflexion et de tâtonnements; il faudrait aller de synonyme eu synonyme, de simplification en simplification. Ainsi, les deux verbes cités plus haut, étant de sens complexe, doivent être expliqués par d'autres plus simples, tels que prétendre, avoir la prétention de ; puis il faut définir ces termes, tirer de leurs définitions particulières les traits qu'ils ont en commun et exprimer celte réduction à l'unité sous une forme plus générale, p. ex.: «se croire capable d'une cho.se supérieure à ses forces, à sa capacité, à sa valeur»; il faut enfm aller au delà de cette définition et comprendre tous ces termes dans un terme simple et générique, présomption. C'est bien là le terme qui dit tout sans rien dire de trop; outrecuidance, qui est synonyme, n'est déjà plus aussi absolu; orgueil est au contraire trop général, etc. Cette expérience sur un cas isolé marque les étapes principales de tout travail d'identification.

Si les dictionnaires de synonymes ne se montraient illogiques que dans des cas aussi délicats que celui qu'on vient d'analyser, ils seraient excusables; mais c'est comme à plaisir qu'ils manquent de méthode. Bourguignon compare (p. 546) raccommodement et rapatriage (àiiViX mots très particuliers dans leur signification et leur effet) et commence ainsi: «L'idée commune à ces deux mots est de remettre bien ensemble des personnes autrefois amies ou alliées et maintenant brouillées. Raccommodement .... se dit d'une réconciliation sérieuse et solide, etc.» On voit la faute de perspective: le mot qui résume tous les autres et exprime la notion fondamentale (réconciliation)^ non seulement n'est pas en tête de la série des synonymes, mais n'y figure pas même, et apparaît, comme par hasard, au beau milieu de l'explication.

§ 121. Possibilité relative de ridantiflcatiou. Il est à remarquer qu'un fait d'expression ne trouve pas toujours un ierme qui puisse l'identifier, et que ce terme, s'il existe, ne lui équivaut jamais exactement; car deux faits de langage ne sont jamais complètement synonymes. Mais si l'on admet, ce qui sera prouvé plus tard, qu'une foule d'expressions diffèrent entre elles par tout autre chose (jue des caractères logiques.

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tandis que, sous ce dernier rapport, leur différence est minime, le nombre des équivalences utilisables pour l'identification s'en accroît d'autant. Enfin, pratiquement, ces équivalences se justifient par le fait que nous n'y cherchons que des points de comparaison pour apprécier la valeur stylistique des faits de langage.

L'identification est d'autant plus rigoureuse, d'autant plus facile aussi, que le terme à identifier, quelque affectif qu'il soit, désigne une chose abstraite plutôt que sensible, à savoir une action, un état ou une propriété. Ainsi, parmi les exemples proposés au § 117, les expressions se sauver et point de vue appellent, pour ainsi dire, l'identification et gagnent à être identifiées; se sauver est, au point de vue de l'idée, sensiblement équivalent à. fuir, et 2^oint de vue à opinion. En revanche, plus les choses désignées par les faits d'expression sont concrètes, plus l'identification est m.alaisée; elle est aussi d'autant plus inutile; car les choses qui tombent sous les sens s'identifient par leurs représentations mêmes. Le mot franc (dans «400 francs») n'est comparable qu'à l'objet qu'il désigne ou à sa représentation; aucun synonyme n'est susceptible d'identifier ce mot mieux que le mot lui-même; mais, d'autre part, qui chercherait à savoir ce que c'est qu'un franc autrement qu'en prenant connaissance de l'objet, ou en le traduisant dans une autre langue, ou en demandant sa définitiori (procédé qui ne doit pas être confondu avec l'identification)?

§ 122. Késntné et application. Pour qu'on puisse dire qu'une expression est identifiée, il faut donc 1) qu'on ne retrouve dans le terme identificateur aucun caractère logique qui soit absent de l'expression à identifier; 2) que le ou les caractères fondamentaux de celle-ci se retrouvent dans le terme d'identification, de manière que les deux expressions puissent être, pratiquement et au seul point de vue logique, substituées l'une à l'autre.

Si nous apphquons ce double principe aux exemples contenus au § 117, le procédé sera le suivant: à toutes jambes, dirons-nous, équivaut à (très) rapidement (notion simple: rapidite) ; à portée (de la main) veut dire dans le voisinage de, près

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de (notion simple: proximité). Le mot légitime étant plus délicat, nous appliquons le procédé intermédiaire indiqué § 118 et nous cherchons des synonymes et des périphrases. Le «légitime propriétaire» est «celui (jui a des titres à la possession d'une chose, qui a qualité pour la posséder, qui peut justifier de sa possession» ; mais toutes ces expressions ne satisfont pas, parce qu'elles sont trop spéciales; continuons: c'est le propriétaire '«dont la possession est légale, qui a le droit d'avoir cette chose»; la notion simple est celle de droit. Enfin que veut dire: «Avec 400 francs f arriverai?» Procédons de la même manière: «400 francs feront l'affaire; avec 400 fr. je m'en tirerai», etc., toutes expressions qui ne serrent pas l'idée d'assez près ;. *ll ne me faut pas 'plus de 400 fr. ; j'aurai assez de 400 fr.»; et enfin: «400 fr. me suffiront». C'est bien là le terme le plus abstrait, le plus identificateur; la notion simple est celle de suffisance.

§ 123, Méthode; fautes concernant l'identification proprement dite. Il est difficile d'aborder une étude aussi délicate sans commettre au début de nombreuses erreurs; une expérience à peu près journalière me montre combien ces erreurs sont difficiles à faire comprendre et à combattre; il vaut la peine de les résumer, bien qu'elles aient été en partie expliquées au § 102.

Les unes concernent la marche suivie dans l'identification; d'autres tiennent à l'extension insuffisante ou excessive attribuée à la notion dégagée; d'autres enfin proviennent d'un mauvais choix du terme d'identification.

Il arrive qu'on donne tantôt trop, tantôt trop peu d'importance à l'entourage du fait d'expression; dans le premier cas, on est victime de cette impression générale et vague dont il a été question au § 102; dans le second, on est entraîné par l'instinct étymologique, qui a fait l'objet de toute la première partie; dans un cas, on n'analyse pas assez; dans l'autre, on analyse trop.

Premier cas: on donne trop d'importance à l'entourage. Quelqu'un dit, en apprenant la mort d'une personne du même âge que lui: *Mon tour viendra bientôt!» La circonstance particulière où cette phrase est prononcée peut induire en erreur;

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on se représente un événement fatal et inévitable; l'on en conclut que l'expression «Mon tour viendra bientôt» implique la notion générale de fatalité. La faute est double: d'abord il y a impression vague et non analyse; ensuite on perçoit une notion unique là où il y en a plusieurs. Le mot bientôt est nettement distinct du reste du groupe et désigne Vavenir rapproché; l'expression ^mon tour vient» n'a rien à faire avec la fatalité; elle désigne la place, le rang attribué à quelqu'un dans une série.

Second cas: on néglige les indices fournis par le contexte et l'on attribue à un mot son sens usuel et dominant, sans remarquer que le texte en comporte un autre. Soit une phrase de Loti: «Un élan me venait d'aller prendre sa tête pour l'appuyer sur ma poitrine». Le mot élan se définit ordinairement «mouvement par lequel on se porte en avant» (notion générale: mouvement initial, ou plus simplement encore: cowmencement); on le traduirait par l'allemand Anlauf; mais un coup d'oeil jeté sur le contexte détruit cette combinaison: élan équivaut ici à désir!

§ 124. Fautes concernant l'extension du terme dldenti' flcation. Si l'on a compris dans quelles limites il convient de chercher le terme d'identification, on verra que beaucoup de fautes sont des fautes d'extensioTi

Il arrive, par exemj»ie. q\' on explique un fait d'expressioii par un terme qui a sensiblement la même extension, c. à d. qui n'est ni plus ni moins abstrait que lui (c'est le cas lorsqu'on explique gémissement pai' lamentaiion ou vice versa).

Ou bien le terme choisi est trop général pour que l'identification soit pratiquement utilisable. Dire p. ex. que la peur est un sentiment, c'est ne rien dire; on ne voit pas que peur est lui-même terme d'identification et que ce terme peut à son tour servir à identifier des nuances plus particulières de la notion fondamentale {terreur, épouvante, effroi, etc.).

Ou bien enfin on veut expliquer un terme par un autre plus spécial que le premier; c'est le cas lorsqu'on définit demeure par maison; car une maison est toujours une demeure, mais toute demeure n'est pas une maison.

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§ 125. Fautes concernant la forme dn terme d'identification. En troisième lieu, on peut se trompei dans le choix du tenne par lequel on veut représenter l'idée simple. Ainsi l'on s'efforce, souvent à tort, d'exprimer les abstractions par des substantifs; ceux-ci semblent en effet offrir plus de garantie pour la valeur logique de l'expression; c'est pour cette raison que la langue scientifique désigne si volontiers lès idées par des substantifs (voir V* partie, chap. 2), Mais ce procédé n'est pas toujours applicable; il est souvent inutile et quelquefois dangereux. Tantôt le substantif choisi n'est pas dans l'usage courant, est trop exclusivement scientifique; or il n'y a aucun avantage à séparer inutilement le mode d'expression intellectuel de l'expression usuelle. Tantôt, et ceci est plus grave, le substantif abstrait n'a pas le même sens que d'autres mots de la famille, qui, eux, seraient valables pour l'identification. Voici quelques exemples:

Premier cas: des termes comme matérialité, possibilité, rétrogradatfon sont inutilisables, parce qu'ils sont inusités et partant, obscurs. Il est vrai que les dictionnaires idéologiques du type Roget-Robertson font un large emploi de cette terminologie; mais c'est une des causes qui contribuent à discréditer ces manuels, si utiles en eux-mêmes (voir plus bas § 142). Il faut d'autant plus se méfier des substantifs abstraits que le français est moins porté que d'autres langues à en autoriser l'usage; sous ce rapport, il forme un contraste frappant avec l'allemand, où ce mode d'expression est beaucoup plus fréquent.

Second cas: dans le contexte «-raccourcir un habit», raccourcir équivant à «rendre court» ; c'est un verbe causatif (§ 144) attaché à une notion simple qui s'identifie très bien par l'adjectif court, puisqu'elle désigne une qualité (voir § suivant); si l'on était tenté de recourir à des substantifs abstraits, on constaterait que hriheté ne s'applique qu'au temps et ne désigne pas une dimension (cf. «la hriheté de la vie») ; quant a courteté, il serait un exemple du premier cas, car il n'est pas dans Tusage.

$ 126. Conseils pour le choix du terme d'identification. Voilà les fautes à éviter; mais à quels termes faut-il donner

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la préférence? Dans la pratique, et surtout au début, on peut chercher à appHquor ce procédé très simple: identifier les expressions étudiées par des mots de la même catégorie grammaticale (un nom par un nom, un verbe par un verbe, etc.) Sans doute il n'y a rien là d'absolu: ainsi on ne saurait rendre des conjonctions (p. ex. à moins que, pourvu que, etc.) par d'autres conjonctions (ou du moins, en procédant ainsi, on ne fait que préparer l'identification, voir plus haut § 118); d'une manière générale, ce procédé est inapplicable aux moyens indirects (voir VI' partie); mais on se trouvera bien de s'y conformer partout où il donne des identifications à la fois logiques et naturelles.

Il est préférable encore d'examiner de plus près à quelle catégorie sémantique appartient l'expression à identifier; sous ce rapport on fera les constatations suivantes:

1) Les mots désignant des actions ou des états demandent à être identifiés, autant que possible, par des verbes: manger est beaucoup plus simple que consmnmalion (des aliments), absorption, etc. (qui du reste sont des termes techniques); au contraire, c'est bien plutôt consommation que j'expliquerais par le verbe manger. Par ce procédé, on peut aussi éviter bien des équivoques: on sait que les trois quarts des noms abstraits arrivent à désigner des choses concrètes; c'est pour cette raison, p. ex., que le verbe habiter est beaucoup plus clair que le substantif habitation pour désigner un état pur et simple.

2) Les qualités s'expriment naturellement par des adjectifs: rapide est tout aussi clair que rapidité; rusé l'est plus que r^ise, parce que ce substantif peut désigner non seulement le fait d'être rusé, mais aussi les manifestations de cette qualité {une ruse, des ruses).

.3) Quant aux substantifs, ils sont, cela va sans dire, nécessaires pour la désignation des objets concrets et des personnes (l'identification de ces mots-là est, comme on Fa vu au § 121, peu intéressante pour nous); les noms d'agent (comme travailleur, marcheur, etc., voir § 45) se rameneni naturellement à leurs verbes {marcheur = celui qui marche). Enfin les substantifs abstraits ne doivent pas être éliminés sys-

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tématiquement; ce serait une absurdité; mais il ne faut y recourir que dans les cas où toute équivoque est exclue (beauté, volonté, douleur, etc.), surtout lorsque deux substantifs abstraits peuvent former un couple de notions opposées, comme plaisir: douleur, beauté: laideur (voir § 47 et plus bas § 127), Cette rémarque forme une transition naturelle aux développements qui suivent.

§ 127. Indices fournis par les contraires logiques. Le caractère «intellectuel» d'un terme d'identification se mesure souvent à la facilité plus ou moins grande avec laquelle l'esprit se représente son contraire logique ou, plus généralement, son «pendant» (cf. la chaleur: le froid, droit: gauche, etc.). Cette opposition d'idées logiques et simples est un trait naturel de notre esprit; c'est au fond le seul moyen que nous ayons de fixer et de définir nos perceptions; c'est une forme de cette relativité qui conditionne (et entrave) toutes les opérations de notre esprit. Notre pensée porte donc, à l'état latent, des couples de concepts abstraits dont chaque terme tend toujours a évoquer l'autre. Ainsi, quand on cherche un terme d'identification pour déterminer un fait d'expression, il faut tenir compte de la présence ou de l'absence d'un contraire logique; la présence de ce contraire est un indice assez sûr du caractère intellectuel de l'expression, et par conséquent de sa valeur réelle comme terme d'identification j, un terme abstrait dont le contraire ou le «pendant» se présente spontanément est presque toujours apte à identifier des expressions synonymes. Lonnueur, par exemple, s'oppose nettement à brièveté (dans la notion plus générale de durée) ; mais où Irouverait-on des contraires exacts de prolongé, interminable, d'une part, et de fu{)itif, éphémère, d'autre part? D-^ même, richesse ei pauvreté frappent l'esprit par leur forte oppi-sition; mais qu'oj)poser à fortune, opuleve, luxe, aisance, ou a misère, indigence, gêne, dénuement? D'autre part, on saisit, dans beaucoup de mots non accompagnés de contiuirei; logiques, une valeur affective quelconque qui rejette au second plan leur contenu logique.

§ 1*28. tojitraires dans le sens large. Nous avons vu qu'il convient dattrilmer cette valeur logique, non seulement

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aux opposition? de concepts qui s'excluent l'un l'autre (type chaleur: froid), mais aussi à des couples d'idées qui se correspondent habituellement, sans pour cela s'annuler (type droit: gauche). Il s'agit alors d'associations par contact ou par ressemblance, mais la valeur identificatrice de ces termes n'est pas moins grande que celle des premiers. Ainsi la faim et la ôw/" sont les manifestations de besoins physiques analogues; se présentant presque toujours en même temps et dans les mêmes circonstances, elles ont des caractères qui appellent la comparaison; de même, on ne peut guère penser à l'idée de vendre sans penser à celle d'acheter; on oppose la théorie à la pratique, sans qu'il y ait exclusion proprement dite de l'une par l'autre; l'opposition grammaticale des genres rentre dans la même catégoiùe (cf. maître: maltresse; serviteur: servante, etc.). Parfois un même terme est accompagné à la fuis d'un contraire proprement dit et d'un terme parallèle: long est le contraire de court (dans la notion plus générale de dimension); mais, en outre, il fait «pendant» à large. Notons enfin que les contraires sont accompagnés quelquefois d'une notion moyenne et intermédiaire, dont on doit tenir compte si elle est très nette et très naturelle; ainsi l'opposition du commencement et de la fin se complète de la notion de milieu; les idées de passé e d'avenir sont inséparables de celle de présent, etc. Il est donc entendu que nous emploierons désormais les jiiots «contraire» et «opposition» avec toute l'extension qui leur est donnée ici. § 129, Les contraires et les hcnionymes. La valeur définitionnelle des contraires apparaît toui d'abord dans l'étude des sens homonymiques d'un même mot (i; 50). Ainsi le mot clair a des significations assez diverses, qui restent tout à fait nuageuses quand le mot est isolé; elles se montrent déjà mieux dans des contextes caractéristiques (eau claire, couleur claire, idée claire) ; mais elles éclatent tout à fait quand on oppose une eau claire à une eau trouble, une couleur claire à une couleur foncée, une idée claire à une idée obscure; l'écart sémantique apparaît grâce à la diversité des contraires. Le verbe défendre a deux sens très différents selon qu'on défend une ville ou qu'on défend à un enfant de manger des confitures;

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le?, contextes écîairen* bien l'homonymie de ces deux sens; mais combien le fait mieux encore l'opposition des contraires {attaquer une viUe, permettre à un enfant, etc.).

Ces explications suffisent pour montrer quel rôle les contraires doivent jouer dans l'identification des faits de langage; elles justifient aussi l'importance qui leur est donnée dans la disposition du Tableau synoptique des termes d'identification^ qui figure dans le second volume de cet ouvrage.

B. Le mode d'expression intellectuel.

§ IBO. ÉqniTalence en contexte. La découverte d'un mot abstrait désignant une idée sous sa form.e la plus simple est le point d'arrivée de l'identification proprement dite; mais, pour que le résultat soit utilisable, il faut qu'on puisse comparer dans leur ynUieic respectif l'expression à identifier et son terme d'identification. A cet effet, le terme simple auquel on s'est arrêté doit être introduit dans un contexte équivalent, a son tour, au contexte où figure la première expression. Après Véguivalence logique, Véquivalence grammaticale. En soumettant à cette opération les exemples proposés au § 117, on voit que pour les uns, le contexte ne subit pas de changemejit, tandis que pour les autres, il est remanié. Ainsi le dénouement d'un drame = la fin d'un drame, se sauver à toutes jambes = s^ enfuir (très) rapidement; mais: avec 400 francs j'arriverai ^= 400 frme suffiront, le légitime propriétaire = celui qui a droit à la possession, celui dont la possession est légitime, et ainsi de suite. C'est sous cette forme qu'une comparaison véritable peut se foire, et en outre, c'est par ces équivalences grammaticales partielles qu'on entrevoit la possibilité d'un mode d'expression «intellectuel», qui est l'aboutissement idéal de toutes les opératioîis précédentes.

§ 131. Le mode d'expression intellectnel. Les équivalences dont il a été question plus haut reposent sur la combinaison de deux ordres de faits dont l'origine est la même au point de vue de la pensée: 1° un ensemble de moyens ulirects*, c. à d., dans le cas particulier, un vocabulaire formé par l'ensemble des termes d'identification, 2^ un système de moyens

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<indirectsi>, c. à d., ici, de procédés grammaticaux, de nature exclusivement logique, et qui marquent les modalités des termes d'identification et les rapports déterminant leur groupement. La mise en œuvre de tous ces moyens permet enfin de concevoir la constitution d'un mode d'expression purement intellectuel; cette langue est forcément idéale et inexistante dans son ensemble (§§ 6 et 7); mais, dans ses manifestations partielles, elle reflète une attitude réelle de l'esprit, celle qu'il prend dans la recherche des idées pures, dépouillées de tout élément affectif. La reconstitution, ou plutôt l'établissement de ce mode expressif n'est pas seulement réalisable dans des cas donnés, il est nécessaire à la stylistique; lui seul permet en effet de saisir, par contraste, la nature propre des expressions caractérisées par l'intervention du sentiment et de l'émotion. En vertu de la relativité générale des faits d'expression (§ '2i), l'élément affectif d'un fait de langage ne peut être dégagé que par opposition avec son contenu intellectuel. C'est ce même principe qui veut que les caractères symboliques du langage appelés effets par évocation (v. p. 30) ne peuvent être saisis que par comparaison avec un mode d'expression idéal (la langue courante ou expression usuelle) et caractérisé par l'absence de tout élément «évocateur» (cf. § 33 et Y^ partie, chap. 1). C'est autour de ces deux formes de langage que pivote toute la comparaison stylistique, c'est par elles que s'éclairent les formes infiniment diverses de l'expression de la pensée. Nous verrons d'ailleurs que ces deux modes d'expression idéaux se confondent à leur tour dans une grande partie de leur domaine; comment en serait-il autrement, puisque leur caractère fondamental est un caractère négatif? Si nous les distinguons si nettement, c'est pour mieux marquer les deux objets distincts de la stylistique, à savoir l'élude des effets naturels et celle des effets par évocation.

§ 132. La langue scientifique. Pour utiliser cette langue de la raison, il faut en connaître les manifestations habituelles et recourir aux sources où on la trouve à l'état le plus pur. Nous avons vu plus haut qu'elle n'existe nulle part sous sa forme absolue ; mais il y a une forme de langage qui reflète

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d'une façon constante Tactivité purement intellectuelle de la pensée, c'est la langue scientifique.

Entendons-nous: la langue scientifique ne doit pas être confondue avec la terminologie scientifique; les trois quarts des termes techniques ne sont pas compris de la masse, parce qu'ils expriment des choses ou des phénomènes étrangers à la vie ordinaire, même dans le sens le plus large (voir, pour plus de détails, V* partie, chap, 2). En outre, la langue scientifique, en tant que reflet d'une recherche impersonnelle de l'esprit, ne peut être étudiée qu'avec de grandes réserves; il faut que le sens critique sache faire la part 1^ des défaillances de l'expression, quand, tout en restant intellectuelle, elle n'est pas adéquate à la pensée exprimée, et 2^ du côté personnel et afl'ectif de la pensée, qui tend toujours et malgré tout à s'infiltrer dans l'expression de l'idée pure.

Ces réserves faites, la langue scientifique est pour nous l'ensemhle des moyens d'expression par lesquels l'esprit cherche à décrire la réalité ou à démontrer la vérité, c. à d. que la langue scientifique se confond, théoriquement, avec le mode d'expression intellectuel tout entier. Un texte scientifique «authentique» révèle toujours, par le choix des mots et le tour des phrases, le besoin de ne montrer que la face objective des choses, et l'on sent que, chez le vrai savant, ce mode d'expression résulte d'un effort à la fois incessant et inconscient.

§ 133. Éléments négligeables de Pexpression scientifique. La difficulté est d'avoir à sa disposition des textes scientifiques où la stylistique puisse trouver des points de comparaison. Ils se. plient rarement à cette double condition d'offrir, par le fond, des points de contact avec les objets ordinaires de notre vie et de notre activité, et, par la forme, des points de comparaison avec notre expression habituelle. Tantôt les choses dites sont très loin de nous, tantôt la manière dont elles sont dites nous éloigne beaucoup dé notre conception vivante du langage. On sait que le terme technique (voilà pour le vocabulaire) et la formule (voilà pour la syntaxe) sont les deux types idéaux d'expression vers lesquels la langue scientifique tend fatalement; mais nous n'avons que faire de l'un ni de l'autre.

Idenlilication des faits d'expression. 119

§ 134. Choix des textes. L'expression scientifique idéale est donc, à notre point de vue, celle qui innove le moins possible et qui, se contentant de choisir dans la langue existante ce qu'elle renferme de plus intellectuel, nous présente toute faite cette sélection que recherche notre étude. Il est à peu près impossible de trouver des textes répondant strictement à cette double condition; mais, dès qu'on se résigne à ne pas être absolu et qu'on poursuit des résultats simplement pratiques, on n'a que l'embarras du choix. D'ailleurs, on facihterait ces recherches en composant des recueils de textes scientifiques susceptibles de se plier à nos expériences ; ces textes pourraient être au besoin cnormalisés», c. à d. que, avec beaucoup de tact et de mesure, on pourrait en modifier ou éliminer ce qui détournerait l'observation stylistique de sa voie naturelle (p. ex. les termes exclusivement techniques et les procédés formulaires). Je transcris ici un texte de ce genre:

«Le langage a pour première condition l'existence des sociétés humaines, dont il est de son côté l'instrument indispensable et constamment employé; sauf accident historique, les limites des diverses langues tendent à coïncider avec celles des groupes sociaux qu'on nomme des nations; l'absence d'unité de langue est le signe d'une nationalité récente ... on artificiellement constituée ... Le langage est donc éminemment un fait social . . . Une langue existe indépendamment des individus qui la parlent, et, bien qu'elle n'ait aucune réalité en dehors de la somme des individus qui la parlent. elle est cependant, outre sa généralité, extérieure à chacun d'eux . . . Il ne dépend d'aucun d'entre eux de la changer, et toute déviation de l'usage provoque une réaction . . . Les caractères d'extériorité à l'individu et de coercition, par lesquels on a défini le fait social, apparaissent donc dans le langage avec la dernière évidence.»

(A. Meillet.)

Pour donner une idée de ce que j'entends par «normalisation», je signale, dans la dernière phrase, deux termes trop exclusivement techniques pour nous: extériorité et coercition, et une expression légèrement «affective» : avec la dernière évidence. Il va sans dire que les modifications qui en résultent n'ont pas pour but de «corriger» le texte, mais de l'adapter aux besoins très spéciaux de notre étude.

120 Deuxième Partie.

On se rendra un compte plus exact de ces besoins si nous disons que le passage suivant les satisfait très imparfaitement; il est emprunté à une de ces «Causeries scientifiques» que la diffusion de la science a mises à la mode; ce genre peut très bien se justifier pour d'autres raisons, mais il ne contribue pas à fixer la notion de langage intellectuel.

«On n'a trouvé encore aucun remède au terrible fléau de la tuberculose; une guérison radicale est, hélas\ chose infiniment rare. On espérait beaucoup des tuberculines inventées récemment par des savants; les cures réalisées n'ont pas produit tout l'efifet désiré. Tout ce que la science' peut faire actuellement dans la plupart des cas, c'est d'enrayer le mal et de prolonger la vie du malade. C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas assez. Les échecs n'ont pas rebuté les savants, et plusieurs continuent leurs recherches pour la découverte du précieux vaccin. > (A. Matthias.)

On voit que les éléments affectifs (signalés en italique) abondent dans ce texte et qu'il est difficile à un débutant de les écarter pour s'attacher exclusivement aux éléments intellectuels.

§ 136. Les définitions sont une des formes les plus pures et les plus précieuses du mode d'expression intellectuel. Par nécessité, une définition ne peut être affective; devant être exacte, précise, complète, «limitative», elle ne saurait remplir sa fonction qu'en recourant à une langue d'où tout élément affectif est rigoureusement banni. La définition offre pour nous cet autre avantage de provoquer spontanément une comparaison avec l'expression définie; or, non seulement la comparaison est un principe général de notre méthode (§ 32), mais, dans le cas où l'expression définie est elle-même affective, elle se trouve caractérisée comme telle par le seul fait que sa définition, en rapport étroit avec elle, est purement intellectuelle.

La définition fournit donc un double enseignement: d'-une part, elle apporte de& matériaux abondants pour la constitution du mode d'expression abstrait; le profit est particulièrement grand quand la définition est descriptive, et elle Fest d'autant plus que le terme à définir est plus complexe; d'autre part, elle permet de saisir par intuition le caractère d'une expression affective grâce au contraste qu'elle forme avec elle.

Idenlitication des faits d'expression. 121

Il suffit d'ouvrir au hasard un dictionnaire pour se rendre compte de ce double avantage. Voici la définition du mot marron (valeur descriptive), et de l'expression Uirer les marrons du feu* , que je sais être affective et familière (valeur comparative); je transcris, en les «normalisant» légèrement, par élimination de deux termes techniques, les définitions fournies par Littré:

^Marron: espèce de grosse châtaigne comestible; le marron est une graine de châtaignier, devenue unique dans le fruit par avortement des deux autres et ayant pris accroissement en proportion de la place qu'elle occupait toute seule dans l'enveloppe du fruit». Et plus bas:

<t-Tirer les marrons du feu: faire adroitement servir une personne d'instrument pour parvenir à des fins où il y aurait peine, inconvénient, danger».

Comparez encore culbute (mot extrêmement pittoresque et familier) avec la définition suivante: «culbute, saut que l'on exécute en posant la tête à terre et lançant les pieds en l'air pom- retomber de l'autre côté». Comparez enfin l'effet énergique du mot populaire goinfre et l'absence d'effet de sa définition: «goinfre, qui mange beaucoup, avidement et salement».

On le voit : il est préférable d'étudier d'abord les définitions des faits de langage qu'on connaît bien et qui désignent des choses très courantes.

Un troisième avantage de la définition, c'est qu'elle permet, non seulement d'observer et de comparer les faits de langage, mais aussi d^expérimenter sur eux, et cela sans danger. On peut s'exercer (et exercer des élèves) à trouver les définitions de termes donnés, définitions qu'il est toujours possible de contrôler avec celles des bons dictionnaires; il est peu d'exercices aussi utiles pour l'enrichissement du vocabulaire, pour l'acquisition de la propriété des termes, et pour la distinction entre les faits de langage qui comportent un effet affectif et ceux qui n'en comportent aucun.

12â Deuxième Partie.

C. Classification des faits de langage. Dictionnaires idéologiques.

§ 136. De l'identification au classement. L'identification d'un fait de langage a pour conséquence nécessaire de placer un terme d'identification dans un groupe de termes unis par des liens logiques: on est donc conduit, par une généralisation naturelle, à classer les faits de langage dans le même ordre que les notions qu'ils expriment. Seulement, il est impossible de les grouper sur la base de l'identification stricte, car le nombre des notions que celle-ci fait découvrir et distinguer est trop considérable; on ne peut fonder une classification pratique qu'en étendant la distinction du genre et de l'espèce au delà des limites observées jusqu'ici. Cette généralisation est d'autant plus vaste que le fait analysé est plus particulier; mais jamais elle ne doit aller jusqu'à effacer le caractère fondamental de la notion exprimée par un terme d'identification; encore faut-il remarquer que la classification n'est pas toujours possible (p. ex. pour les tennes purement concrets), et qu'elle n'est presque jamais rigoureusement exacte, pour la raison énoncée plus baut. Enfin, la nature particulière des faits de langage a pour conséquence qu'une expression participe le plus souvent de deux ou plusieurs notions et ne peut être classée que d'après son caractère dominant. Soit, par exemple, la définition de falsifier: «changer, altérer la nature d'un objet volontairement, en vue de tromper». Je peux hésiter, pour le classement, entre la notion de changement et celle de tromperie; si je donne la priorité à la seconde, c'est simplement parce qu'elle me paraît prédominer sur l'autre dans l'idée que je me fais du mot falsifier. Il s'ensuit qu'une classification pratique et complète doit tenir compte, au moyen de renvois ou autrement, de cette pluralité des notions impliquées dans un fait de langage donné, et elle doit le faire sans tomber dans l'excès contraire. Mais si, de toutes les restrictions énoncées plus haut, on concluait à l'impossibilité de classer les faits d'expression, nous dirions, en nous appuyant

Identification des faits d'expression. 123

sur une longue expérience, que cette entreprise est parfaitement réalisable; la preuve en est fournie par les dictionnaires idéologiques, dont il sera question tout à l'heure; il suffît de fonder cette classification sur des bases rationnelles pour qu'elle rende à la stylistique les services que celle-ci en attend. En effet, la recherche d'un terme d'identification n'a pas pour nous d'autre but que de faire trouver un point de comparaison pour mesurer les valeurs affectives ; mais cette recherche, nous l'avons vu, est longue et délicate; si l'on est obligé de la répéter dans chaque cas sous sa forme complète, il y a disproportion entre Teffort et le résultat. De là la nécessité de répertoires où les faits de langage soient groupés autour de leurs termes d'identification, autrement dit, où les deux termes de comparaison se trouvent déjà en présence l'un de l'autre.

Nous commencerons l'étude de ce sujet par la critique d'un mode de groupement fort usité, mais en partie incompatible avec notre recherche.

§ 137. L'ordre de matières. La plupart des vocabulaires qui ne suivent pas simplement l'ordre alphabétique sont disposés par ordre de matières. On sait ce qu'il faut entendre par là. Sous des titres généraux comme guerre, inlle, théâtre, etc., on fait figurer tous les mots et toutes les expressions qui, pour une raison ou une autre, peuvent entrer dans ces cadres tout faits. Ainsi, sous la rubrique guerre, on trouve non seulement des mots comme lutter, se battre, livrer bataille, etc., mais encore lever des troupes, être à la tête de Vannée, camper, ètip maître du champ de bataille, battre en retraite, etc. Cette disposition ne peut être la nôtre, et l'on voit pourquoi : d'abord, guerre n'est pas l'expression d'une notion logique nettement caractérisée; l'idé'- que ce terme représente est entachée d'éléments concret- (on pourrait en dire autant de ville, théâtre, etc.j. Ce n'est pas tout: les mots cités plus haut n'ont pas tous rapport à la notion contenue, au moins en germe, dans guerre (c. à d. «lutte, conflit de deux volontés et de deux actions»): se battre, livrer bataille entrent bien dans l'idée de «lutte», mais lever dés troupes exprime un «groupement», une «réunion»; être à la tête d'une armée, c'est la «commander»;

124 Deuxième Partie.

être maître du champ de bataille, c'est «vaincre» ; battre en retraite, c'est «se retirer, rétrograder», etc., etc.

Ce classement par ordre de matières est donc sans valeur pour l'identification; sans doute, on ne peut pas l'éviter complètement; il faut lui abandonner, nous le verrons, tous les mots concrets dépourvus de valeur symbolique ou métaphorique; en revanche, il est inutilisable pour la détermination des idées abstraites (seul résultat visé ici, cf. § 121). L'ordre de matières est en outre dangereux; plus facile à suivre, on risque constamment d'y recourir.

§ 138. Les dictionnaires idéologiques. Si l'on admet que l'on peut faire rentrer les notions particulières dans des notions progressivement plus étendues et emboîtées les unes dans les autres (par exemple la pitié dans les sentiments altruistes, et ceux-ci dans les sentiments en général, lesquels, à leur tour, se placent dans l'ensemble des faits de conscience, qui s'opposent aux phénomènes extérieurs à la conscience)^ on doit admettre aussi, au m.oins théoriquement, que cette ordonnance peut servir à classer les faits de langage. Les répertoires où ce mode de classement est utilisé (rigoureusement ou partiellement) s'appellent dictionnaires idéologiques. Ils sont mal connus et peu employés; le besoin s'en fait pourtant vivement sentir; seulement, les manuels existants sont imparfaits, et surtout on ne sait pas s'en servir.

Ces dictionnaires difTèrent donc des dictionnaires alphabétiques pur ce trait commun, que les mots et les locutions se trouvent réunis sous des termes généraux curresjiondant à des notions simples (ou du moins c'est ce qu'ils cherchent à faire). Soit la rubrique «commencement» : on y trouvera des substantifs tels que: début, avènement, prologue, etc., et, à cause de leur valeur symbolique (§ 139): aurore, berceau, source, etc.; des verbes : commencer, débuter, etc. : des adjectifs : initial, premier, primitif, etc.; des adverbes: d'abord, d'emblée, etc.; des prépositions: depuis, à partir de, etc.; des conjonctions: dès que, aussitôt que, etc. Pour tout le reste, ces manuels présentent entre eux des différences considérables:

1) Les mots qui entrent dans chaque groupe sont disposés

IdentiJRcation des faiti> d'expression. 125

tantôt alphabétiquement, tantôt par catégories grammaticales (comme on l'a fait plus haut pour l'esquisse de la rubrique «commencement»).

2) A leur tour, les termes d'identification, accompagnés des groupes de mots qui en dépendent, se succèdent tantôt alphabétiquement, tantôt selon le principe rationnel d'emboîtement dont l'exemple pitié a donné une idée (voir plus haut).

On trouvera la liste des principaux dictionnaires idéologiques dans la notice bibliographique. Le grand dictionnaire de Boissière et le petit manuel de Schéfer groupent alphabétiquement

1) les termes d'identification (ou ce qu'ils prennent pour tels) et

2) les mots rangés sous chacun de ces termes. Le livre de Rouaix qui, malgré ses imperfections, est encore le plus maniable, dispose alphabétiquement les termes d'identification (ou ce qui en tient lieu pour lui, car l'ordre de matières intervient constamment); en revanche, les mots de chaque groupe sont présentés, non pas alphabétiquement, mais dans un ordre et d'après des associations d'idées dont la raison n'apparaît pas toujours. Enfin le Thésaurus de Roget (et les dictionnaires qui en dérivent, notamment le dictionnaire français de Robertson), rejettent complètement l'ordre alphabétique et font entrer tous les faits d'expression dans un vaste système, arrêté dans ses moindres détails, qui a, malheureusement, l'inconvénient d'être ai'tificiel et compliqué. En somme, tous ces ouvrages présentent des lacunes, des imperfections, des inconséquences, et témoignent d'une méthode qui se cherche encore; mais tels qu'ils sont, ils peuvent rendre des services qu'on n^lige trop. Nous voudrions, par les explications qui suivent, en faciliter la consultation, indiquer les perfectionnements dont ils sont susceptibles, justifier enfin la classification proposée dans notre Tableau synoptique (vol. II) et utilisée pour les exercices d'application.

§ 139. Classification des mots concrets. Nous avons vu au § 137 que l'ordre de matières est incompatible avec la classification des faits de langage, mais qu'il ne peut être évité pour les mots concrets, au moins dans une partie de leur emploi.

En effet, au nom d'un principe général de sémantique, les

126 Deuxième Partie.

termes concrets se prêtent habituellement à deux modes de groupement qui ne s'excluent pas nécessairement; cela tient à ce que ces mots peuvent être pris au sens propre et au sens figuré; dans le premier cas, ils ressortissent à Tordre de matières, dans le second, au classement idéologique. Précisons.

1) Les mots concrets peuvent avoir un sens objectif et matériel; ils désignent alors les choses qui tombent sous les sens; dans cette acception, ils ne peuvent suggérer, pour le classement, que des associations par contact: c'est ainsi que peut se justifier, dans un vocabulaire usuel, une rubrique comme «Corps humain», où sont énumérés toutes les parties du corps, ses organes, et, au besoin, leurs fonctions (mais par là on empiète déjà sur le classement idéologique).

2) Les mots concrets peuvent être, à titre de symboles et d'images, les représentants d'idées abstraites, et, par là, trouver leur place sous un terme d'identification; c'est au nom de ce principe qu'au § 138 nous faisions {'ignver berceau, aurore^ etc., sous la rubrique logique de «commencement».

Soient des mots appartenant à la rubrique «Corps bumain»: sang, muscle, bras, cœur, etc. Ces mots se présentent d'abord à l'esprit comme les parties d'un tout, le corps de l'homme; ici, l'ordre de matières, fondé sur un principe indépendant de l'ordre des idées, s'impose pour les besoins de la recherche; il faut donc qu'on trouve quelque part, même dans un vocabulaire idéologique, une liste des mots désignant les parties du corps; c'est ià que figureront les termes cités plus haut. Mais la plupart des mots désignant les objets sensibles sont en contact avec l'expression des idées en tant que manifestations ou symboles de ces idées; le langage figuré n'a pas d'autre origine. Les nom.s de ces objets doivent donc figurer sous les notions qu'ils représentent figurément. Sa)îg, par exemple, se rattache à autant de notions qu'il possède d'attributs dominants, susceptibles de symboliser ces notions dans une langue donnée: ainsi le sang est le type de la couleur rouge; Je sang répandu évoque l'idée du meurtre; il symbolise les notions de race, de parenté, etc.: il a donc, grâce à sa valeur de représentation, sa place marquée sous toutes ces rubriques, à titre

Identification des faits d'expression. 127

de manifestation ou d'image. Selon le même principe, muscle doit avoir une place sous la notion de «force>, bras évoque l'idée <ie «secours» et celle d'«activité», de «travail». Dans ces acceptions figurées, les mots font souvent partie de locutions consacrées (p. ex. êire le bras droit de qn, avoir du sangfroid); dans ce cas, leur valeur de représentation reste intacte, pourvu que les éléments de la locution soient encore perçus dans leur sens figuré (ce qui est le cas de bras droit, mais non de satig-froid).

§ 140. L'ordre de matières et les mots abstraits. Dès que l'on dépasse les limites du mot concret et qu'on en vient à la classification des mots désignant des actions, des états, des propriétés, alors même que ces actions, ces états, ces propriétés sont sensibles, comme manger, dormir, être froid, etc., l'ordre de matières perd pour nous sa raison d'être, et ce n'est plus qu'à titre d'indication, sous forme de renvois ou d'annexés, qu'on doit en tenir compte dans un dictionnaire idéologique. Ranger des mots abstraits par ordre de matières et dans cet ordre seulement, sous des rubriques vagues telles que «Monde», «Guerre», «Vie publique», «Voyages», etc., nous paraît la négation même de la classification idéologique. Mais le pire des défauts semble être la confusion arbitraire, dans la même rubrique, des deux ordres de groupement.

Soit p. ex. la rubrique «opposition» : on trouve sous ce mot, dans Rouaix, d'abord des expressions comme s'opposer à, s'élever contre, tenir tête, etc.; rien de mieux; mais pourquoi rencontre-t-on dans la même liste surmonter, triompher, vaincre, franchir? Ces mots n'ont rien à faire avec l'idée d'opposition, et s'ils y sont ajoutés, c'est par une association d'idées si vague, qu'elle ouvre la porte à n'importe quelle autre. Voyez le même manuel à l'article «voyage» : le voyage étant une forme du «mouvement» et plus spécialement de la «locomotion», on ne s'étonne pas de la présence des mots marche, tour, aller, voir du pays, etc.; iiiai^ fjiiand on y trouve mêlés guide, cicérone, manquer le train, faire halte, etc., on sent que la liste peut s'allonger indéliniment. Que dire de la rubrique «maternité», ou l'on trouve le mot infanticide! Un tel procédé pour-

1S8 Deuxième Partie.

rait se justifier à la rigueur dans un manuel de conversation, mais non dans un répertoire fondé sur l'analyse des idées.

I 141. La définition principe de classement. Les mots abstraits ne peuvent donc en aucun cas s'accommoder de l'ordre de matières; un principe de classement rationnel ne peut être fondé que sur des associations naturelles. Où trouver ces associations, comment les établir? Le procédé le plus pratique nous semble être dans l'examen de la définition considérée comme le milieu naturel où l'expression définie doit se trouver; une définition bien faite et complète équivaut à l'indication du chapitre où le mot étudié doit se trouver. La définition implique donc une classification, et inversement, lorsque cette classification est établie, la définition est l'intermédiaire nécessaire et précieux qui permet de retrouver (ou de corriger) le principe de répartition.

Voici un exemple particulier, sur lequel nous expérimenterons conmie si nous cherchions à construire une partie de notre plan. Supposons qu'il faille classer le terme tempérance. Voici la définition de Littré: «Tempérance: modération, particulièrement vertu qui modère les passions et les désirs et surtout les désirs sensiids; plus particulièrement modération dans le manger et le boires. Cette définition renferme le principe de tort un groupement: on voit, par exemple, que la tempérance est, d'une manière générale, «la modération dans les désirs», qju'elie implique à son tour des notions plus particulières, la frugalité (avec son contraire la gourmandise), la sobriété (avec son contraire Vivrognerie), la continejïce (avec son contraire la débauche). On voit en outre que la notion de désir implique celle de passions, que la mention de désirs sensuels fait prévoir une distinction avec d'autres désirs plus «intellectuels», comme V ambition^ t-tc., etc.

Cette opération, poursuivie méthodiquement, permet d'étabhr la chaîne logique des associations, de les grouper, de les serrer en mailles toujours plus nombreu.ses, jusqu'à former un réseau où tout se tient.

C'est cette méthode qui a ijrésidé à la composition du Tableau synojdique des termes d'identification placé au second

Identification des faits d'expression. 129

volume de cet ouvrage. Personne ne croira que nous le tenions pour une classification complète et définitive ; on sait que, pour certaines notions très générales ou très délicates, la place assignée suppose un choix forcément un peu personnel. Nous parlions tout à l'heure de la notion de «désir» et d'un groupe de notions qui s'y rattachent: mais le désir lui-même, oii le classer, parmi les «sentiments instinctifs» ou au chapitre de la «volonté»? Les psychologues ne sont pas d'accord, et si nous avons placé le désir dans le premier de ces compartiments, c'est simplement que les éléments affectifs nous paraissent prédominer dans cette notion. On accordera que cet arbitraire, auquel on ne doit se résigner qu'à la dernière extrémité, ne saurait condamner le système dans son entier; les fluctuations peuvent en être atténuées par des avertissements et des renvois.

§ 142. Critique des dictionnaires idéologiqnes. Si maintenant on campai e notre Tahleau synoptique avec ce qui a été dit des dictionnaires idéologiques (§ 138), il est aisé de voir que c'est Roget qui nous a servi de modèle. Il est le seul lexicographe qui ait tenté de s'affranchir entièrement de l'ordre alphabétique; j'ai suivi sa disposition d'une façon générale, mais mon plan s'écarte du sien sur des points essentiels, qu'il est impossible de préciser ici. Le Thésaurus de Roget abonde en fautes de' détail, en complications inutiles; son classement repose en maints endroits sur de graves erreurs de logique ou de psychologie; enfin sa nomenclature est si rébarbative, qu'elle suffirait à elle seule pour effaroucher le lecteur.

§ 143. Ordonnance de eliaqne rubrique. Telles sont les remarques concernant le plan général; voici maintenant comment je voudrais voir disposés, dans un dictionnaire idéologique, les faits de langage sous chaque terme d'identification. D'abord la disposition des matériaux devrait être ramenée à un plan uniforme, qui faciliterait beaucoup la recherche. Sans doute, il y aurait, de ce fait, des rubriques très vastes et d'autres très restreintes; dans chacune d'elles, certaines parties seraient très développées et d'autres très peu ou réduites à rien. Mais ce manque de proportion n'entraînerait aucun inconvénient; le chercheur veut avant tout savoir à quelle place,

Bail y, Traité de stylistique française. 9

130 Deuxième Partie.

déterminée d'avance, il trouvera chaque chose, et des procédés typographiques spéciaux la lui feraient trouver plus aisément encore.

Le principe de classement par couples de contraires (§ 127 s.) doit non seulement être conservé, mais poussé plus loin qu'on ne le fait généralement. Il ne suffit pas qu'en tête de deux rubriques parallèles on voie figurer, toutes les fois que la logique le demande et que le langî^e le permet, les deux termes d'identification qui se correspondent, p. ex. chaleur et froid-, il faudrait encore que les expressions particulières qui comportent des oppositions de ce genre figurent par couples (comme nous l'avons fait dans le Tableau synoptique); mais la chose est plus difficile dans l'élaboration détaillée d'une rubrique. Certains signes typographiques pourraient être utilisés à cet effet; d'ailleurs on constaterait presque toujours que ces contraires particuliers sont les introductions naturelles de paragraphes plus restreints.

Enfin il va sans dire qu'il faut faire figurer les locutions phraséologiques au milieu des mots isolés et non à une place spéciale de la rubrique, comme le fait Robertson; cette séparation n'a aucune raison d'être après ce qui en a été dit ici (I* partie, chap. 2), puisque le sens seul doit déterminer la place d'une expression dans la rubrique, comme celle des termes fondamentaux dans l'ensemble du plan.

§ 114. Distribution des matériaux d'après leur fonction grammaticale. Malgré quelques inconvénients de détail, la répartition des faits de langage en substantifs, verbes, adjectifs, adverbes, etc. est préférable à toute autre en raison de sa grande clarté.

Les substantifs se prêtent aux subdivisions suivantes:

1) noms abstraits désignant des actions, des états, des propriàés (p. ex. affirmation, repos, bonté, etc.).

2) noms désignant les manifestations, abstraites ou concrètes, de ces actions, états ou propriétés. P. ex. le remerciement est la manifestation abstraite de la «reconnaissance»; le tremblement, le frisson, etc. sont les manifestations concrètes et matérielles de la «peur». Ici l'association des idées permet

Identification des faits d'expression. 131

naturellement un choix plus ou moins abondant, et ce choix n'est plus déterminé par des règles très strictes.

3) noms désignant le sujet de l'action, de l'état, etc. (noms d'agent); ex. inarcheur, guerrier, coquin, etc.

4) noms désignant le moyen, l'instrument, Voccasion qui engendrent une action, un état, une propriété; p. ex. outil figurera à ce titre sous «travail», charme sous «désir» et «amour», fantôme et épouvantail sous «peur», etc.

5) noms désignant des objets matériels dont la valeur symbolique et métaphorique permet un rapprochement avec l'idée abstraite; voir plus haut § 139. Ainsi pierre, acier, diamant peuvent avoir leur place sous la rubrique «dureté», etc.

Les verbes donnent lieu à une distinction que Roget observe quelquefois et néghge souvent: celle entre les verbes ordinaires et les verbes causatifs, ces derniers marquant que le sujet ne fait pas l'action, mais est la cause d'une action ou d'un état dont un autre est le sujet (selon la formule: aller: faire aller; voir: faire voir, etc.). Sous la rubrique «peur», ^inquiéter, tressaillir, etc. seront placés parmi les verbes ordinaires, et faire peur, intimider, épouvanter, terrifier, parmi les verbes causatifs. Ici, comme pour les noms, il faut faire une distinction entre l'abstraction pure et les manifestations des actions et des états; ainsi, sous la rubrique «peur», craindre, appréhender, s^alarmer, etc. ne devront pas être donnés pêle-mêle avec tressaillir, trembler, frissonner, pâlir, etc.

Les adverbes et locutions adverbiales ne donnent lieu à aucune remarque; les prépositions et conjonctions non plus, sinon que leur présence, qui paraît toute naturelle (voir l'exemple type § 138), montre la nécessité de faire une place aux moyens indirects d'expression (voir l'index). Parmi ces moyens, ceux qui ont une valeur purement logique, comme les mots et les faits syntaxiques, s'insèrent très, simplement dans la rubrique, au moins en théorie; quant à dire dans le détail comment la grammaire peut être réduite en vocabulaire (car c'est bien de cela qu'il s'agit), cela nous mènerait trop loin; on comprendra peut-être mieux la possibilité de ce mode de faire si l'on se rappelle que le grand romaniste Tobler a dit quelque part que

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la plupart des faits de syntaxe se réduisent à des faits lexicologiques. Les moyens indirects d'ordre affectif sont naturellement plus difficiles à classer, à cause de leur caractère complexe et ondoyant; ce n'est d'ailleurs pas le moment d'en parler (voir VP partie, chap. 1); un exemple suffira pour fixer les idées: la formule affective du souhait si + imparfait du subjonctif (p. ex. «S^ fêtais roi!») doit figurer sous la rubrique «désir». D'une manière générale, il me semble que c'est par de petites phrases typiques, plutôt que par des formules et des règles, qu'on pourrait montrer la fonction des moyens indirects.

§ 145. Ordonnance des matériaux dans chaque para» graphe de la rubrique. Ce n'est pas tout: même dans les limites très nettes tracées plus haut, l'ordre dans lequel les mots doivent être présentés ne saurait être laissé au hasard, si l'on veut que la stylistique y trouve son profit. Il s'agit là de l'application de principes qui feront l'objet de toute la suite de cet ouvrage; sans anticiper hors de propos, on peut cependant poser quelques principes généraux.

1) L'ordre de succession des mots et locutions doit être régi par le principe qui est la raison même de ces dictionnaires : le passage progressif et insensible de l'expression abstraite et intellectuelle à l'expression concrète et affective. Ce principe d'ordonnance est aussi un principe de recherche dans la composition d'un dictionnaire idéologique. Il est bien clair, par exemple, que les termes fondamentaux qui formeront les têtes de rubriques et marqueront le plan général de l'ouvrage ne doivent pas être cherchés dans un drame de Victor Hugo, une comédie de Pailleron ou un poème de Lamartine; il faudra commencer par dépouiller de bons traités de logique, de psychologie, de sciences naturelles, de classification des sciences, etc.

2) La notion d'ifHensité, sous sa forme la plus large, est un principe naturel de classement (IV'' partie, chap. 1), si naturel qu'il peut être appliqué dans les moindres détails, sous les formes les plus diverses.

Mais la plus grande habileté consiste à découvrir le principe de répartition qui paraît commandé par chaque rubrique et

Identitication des faits d'expression. 133

chaque paragraphe, ce qui veut dire que Télahoration de ces répertoires n'est pas une besogne mécanique, mais une opération qui exige un sens très fin de la propriété du langage, et en général, infiniment de tact et de goût.

§ 146. Limites de la classification. Les explications un peu minutieuses des paragraphes précédents pourraient faire croire que, selon nous, les faits d'expression se laissent trier comme des plantes ou des coléoptères et qu'on peut leur coller à chacun une étiquette. Le travail de la pensée, tel qu'il se reflète dans le langage, est chose bien trop déficate pour qu'on puisse l'imaginer un seul instant. Une classification à peu près exacte n'est possible, nous l'avons vu, que pour les formes d'expression répondant aux opérations rigoureusement intellectuelles de l'esprit, et c'est pour cela qu'il convient de les prendre pour base de répartition. Mais dès qu'on franchit les limites de ce vocabulaire, relativement restreint, les choses se présentent assez différemment. Or le langage échappe à l'expression logique de deux manières: dans l'expression des choses purement sensibles et concrètes et dans l'expression des sentiments et des émotions. Le premier point a été touché plus haut § 121: quant aux faits d'expression affectifs, ils font l'objet de tout ce qui suit et il suffit de noter ici qu'ils ne se prêtent pas aussi facilement à une classification que les faits de langage intellectuels.

Le sentiment est synthétique et trouble par nature; rien n'est plus fréquent que la combinaison de plusieurs mouvements émotifs dans un seul fait psychologique, partant, dans un seul fait de langage. Voici des adjectifs synonymes: maigre, chétif, fluet, malingre. Nous n'avons pas de peine à en extraire un terme d'identification, maigre. La notion de «maigreur» est assez nette; elle est elle-même une modalité de la notion de «petitesse», dans la grande classe: «dimensions et propriétés géométriques des corps» ^voir Tableau sijn.). Maigre est dépouillé de nuance affective, il a un contraire nettement caractérisé (gras); bref, sa classification ne soulève pas de difficulté particulière. Mais que penser de chétif, flttet et malingre? Ces mots peuvent se rattacher à l'idée simple de «mai-

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greur», mais ils évoquent toute sorte d'impressions accessoires; on pense à de la «faiblesse», à un «état maladif», etc. On ferait des constatations analogues sur les adjectifs efflanqué, étique, grêle, etc. Ces mots doivent-ils donc être éliminés de la rubrique «maigreur»? Assurément non, ce serait un appauvrissement; seulement, ils ne doivent pas figurer que là, et il faut admettre, au moins théoriquement, que, dans un dictionnaire idéologique, les mots, et en général les faits d'expression, se placent sous autant de rubriques qu'ils ont de caractères dominants. 11 ne découle aucun désavantage de ces répétitions et de cette diffusion; d'abord chaque mot n'occupe que peu de place, puisqu'il n'est accompagné d'aucune définition, d'aucun contexte, d'aucune traduction. Ensuite ces répétitions donnent une idée plus exacte de ce qu'est un mot: le point de ralliement d'associations qui rayonnent en sens divers. Pour éviter de s'égarer dans cette multiplicité, on a la ressource des renvois, et l'on peut de la sorte établir aisément des «ponts» entre les notions apparentées, sans pour cela les confondre. Ce procédé de raccordement peut passer pour un compromis et un trompe-l'œil : je crois, pour ma part, qu'il reflète mieux la vie de l'esprit et contribue à donner une idée plus vraie du vocabulaire. D'ailleurs, il faut éviter l'abus, et il n'y a, dans la voie de l'association des idées, d'autres limites que celles tracées par le bon sens et le goût. Une entreprise de ce genre n'est pratique que si elle est mesurée.

D. Applications pratiques.

§ 147. Utilisation des dictionnaires idéologiques dans renseignement. 1) est regrettable que les dictionnaires existants soient si pt'u employés ; mais cela se comprend en une certaine mesure. Ou tourne vraiment dans un cercle vicieux: c'est à l'usage seulement qu'on pourrait se rendre compte de leur utilité et de la nécessité de les perfectionner, et leurs défauts empêchent justement qu'on en fasse usage! Ils ont pourtant leur place dans l'enseignement des langues; si les maîtres hésitent à les mettre entre les mains des élèves, ils ont au moins avantage à s'en servir pour composer des exercices dont on a essayé de donner

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une idée dans le livre d'application; on y trouvera des indications sur la méthode à suivre et sur la manière de graduer les exercices, depuis l'identification de mots isolés jusqu'à l'explication et la transcription de textes suivis. Mais le sujet est si important que nous ajoutons ici quelques remarques sur les expériences auxquelles on peut se livrer dans- ce domaine, et sur l'esprit qu'il convient d'y apporter.

§ 148. Exerciees sur la pluralité des moyens d'expression. C'est par la consultation des dictionnaires idéologiques qu'on acquiert le mieux ce sens de la pluralité des moyens d'expression dont il a été question aux §§ llOss. On peut y arriver par un ensemble d'exercices qui forment une suite naturelle aux observations du § 115. Nous en donnons ici quelques spécimens; il s'agit d'expériences et non plus d'observations, aussi a-t-on besoin du contrôle d'une personne compétente, si l'expérience porte sur une langue étrangère.

On part d'une idée fondamentale, qu'on essaye d'exprimer de plusieurs manières avec l'aide du dictionnaire idéologique. Ilfaut s'attaquer d'abord à des idées extrêmement simples et tout à fait isolées (p. ex. vouloir, obéir, etc.), tout en se représentant à chaque expérience (ceci est très important) des situations absolument concrètes et si possible vécues; plus tard, on pourra passer à des idées plus déhcates, pour arriver enfin à la paraphrase de pensées, de jugements, bref, d'énoncés où deux ou plusieurs notions fondamentales se trouvent impliquées l'une dans l'autre ou opposées (comme dans l'exemple de Taine cité § 115).

§ 149. Exemple de paraphrase d'une idée simple. J'imagine une situation très nette, qui m'amène à dire à quelqu'un, pour une raison ou une autre: «Je ne veux pas voas obéir!» et je m'applique à varier un seul mot: obéir. La rubrique 743 de Robertson me fournit les variantes suivantes: faire la volonté de, se soumettre à, se conformer aux ordres de, exécuter un ordre (ici renvoi à 729), céder (renvoi à 725), s'incliner, se laisser mener, etc., etc.; sans compter la rubrique opposée, c. à d. désobéir, n" 742; on sait que les contraires fournissent autant de ressources que les rubriques auxquelles ils font pen-

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dant; de la sorte on dispose de: désobéir, s'insurger, se rebiffer, rechigner, négliger les ordres de, n^en tenir aucun cmnpte, etc., etc.; pour utiliser ces expressions, il suffit d'énoncer la pensée affirmativement et non plus négativement. Il ne reste plus alors qu'à faire de courtes phrases avec les expressions recueillies, et ces phrases, on s'ingéniera à leur donner des formes aussi variées que possible.

§ 150. Paraphrase de deux idées juxtaposées. Voici un cas plus délicat: deux idées se suivent de manière à se compléter l'une l'autre. Je veux expliquer, comme cela sera fait à propos du langage figuré (IV^ partie, append.), que certaines images se présentent à notre esprit 1) avec tous leurs détails essentiels, et 2) sous une forme concrète, de manière à «faire tableau» (par opposition aux images perçues confusément). Ces idées sont difficiles à saisir au premier abord; je cherche à les varier pour les mieux faire comprendre. A l'aide du seul dictionnaire de Schéfer, sous les rubriques montré, expliqué, dessiné, j'arrive aux variantes suivantes: «Une image détaillée, à la fois précise et minutieuse, circonstanciée; une image qui décrit, qUi fait le tour d'une idée en V évoquant ; qui montre et dessille les objets, les fait voir dans leur réalité concrète; les traits ne sont pas seulement indiqués vaguement, mais les contours sont nettement tracés, le dessin est poussé dans Vexécution; tout V essentiel de la réalité se trouve fidèlement reproduit; le lecteur a plus à voir qu'à deviner, car tous les ti'aits sont fortement accusés et rien n'est tenu dans Vombre; l'ensemble se déploie et se déroule devant l'imagination, tout est exposé à la vue, mis sous les yeux; l'image n'est pas seulement estompée, elle est visible, tangible, elle éclate, etc., etc.

§ 151. Paraphrases d^idées complexes. Soit à exprimer de plusieurs manières l'idée générale qu'«on arrive à tout avec de la persévérance* . Nous savons que le premier travail consiste à recueillir les expression.s utilisables pour les variantes. Robertson n° 604 fournit: persévérance, opiniâtreté, ténacité, solidité, énergie; tenir bon, persévérer, être ferme, ne pas se tenir pour battu, avoir du caractère, aller contre vent et marée; 1-ésolu, inébranlable, tenace, persévérant ; de pied ferme, coûte

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ijue coûte; sans compter les contraires (n" 605): fluctuation, mollesse, inconstance; balancer, flotter, n'avoir point de suite dans V esprit, etc. ; changeant, variable, versatile, etc. Rouaix nous donne en outre: acharnement; voidoir fermement, ne pas en détnordre, avoir la ferme volonté de; à tout prix, mordicus.

On dresse une liste semblable pour la notion contenue dans arriver (le contexte indique que ce verbe exprime l'idée simple d'« achèvement» et de «succès»). Roberfson n° 731: avantage, victoire, vainqiceur, succès, réussite; réussir, aller bien, atteindre son but, faire sen chemin, percer, etc. ; heureux, irrospbre, etc. ; heureusement, avec succès, etc. ; voir aussi les contraires (n° 732). Rouaix fournit en outre: heureuse issue, heureuse tournure, couronnement, gain de cause; arriver à ses fins, arriver à bout, etc.

Quel est maintenant le moyen le plus pratique de se retrouver au milieu de tous ces matériaux et d'en tirer le meilleur parti? C'est, à mon avis, de choisir une seule de ces expressions, et de chercher, dans le reste de la liste, de quoi la compléter de plusieurs manières. Ainsi, avec être ferme, je commence une phrase, p. ex.: «Quand on est ferme dans sa résolution-...», que je cherche à compléter en y introduisant successivement atteindre son but, triompher, succès, etc. ; p. ex. «. . . . on atteint infailliblement son but, on triomphe de tous les obstacles, on est sûr du succès», etc. L'accouplement de persévérance et succès peut donner: «La persévérance est un gage de succès». Ou bien, ce qui est plus simple encore, on prend une des expressions pour point de départ, et Ton se laisse aller à son inspiration; de la sorte, on tombe souvent sur des tournures qui ne figurent pas dans les listes. Voici encore quelques-unes de ces «réalisations» libres: «Quand on ne se tient pas pour battu, on risque moins de l'être»; «Qui va contre vent et marée, arrive toujours au port»; «Une volonté persévérante mène à tout» ; «Luttez de pied ferme, la victoire est à vous» ; «On peut toujours ce qu'on veut fermement».

L'essentiel est d'arriver, dans chaque cas, à une réalisation complète de l'idée, de donner une forme définie à la pensée

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exprimée, et cela par des phrases véritablement construites du commencement à la fin; pas d'à peu près!

Que ce déballage d'expressions synonymes risque de faire tomber dans le verbiage creux, cela n'est pas contestable, surtout si l'exercice n'a pour point de départ que des idées dépourvues d'intérêt. Mais d'abord, l'exercice ne devient fructueux que s'il est appliqué à des idées dignes de ce nom; or, pour la clarté des explications, nous avons analysé des idées peu intéressantes en raison de leur trop grande simplicité. En outre, tout dépend de l'esprit qu'on apporte à cette recherche. S'il s'agit d'un exercice pratique de style (on sait que ce n'est pas ce que nous cherchons), l'accumulation de ces matériaux devra être suivie d'un choix ; car, en matière de style, tout ce qui est excellent repose sur un choix. Si c'est au contraire l'observation stylistique qui doit bénéficier de ce travail, la chose est encore plus simple: ces matériaux ne sont pour nous qu'une occasion de comparer et de distinguer. Cette revue des richesses de la langue prépare à l'examen des différences et des caractères propres.

§ 152. Avantages pour la traduction. La méthode d'identification exposée dans ce chapitre et la consultation des dictionnaires idéologiques ont une énorme importance pour les exercices de traduction, par exemple de français en allemand et d'allemand en français. Nous avons développé nos vues sur ce sujet dans notre Précis de stylistique (Appendice), mais les explications données à cette place gagneront h être comparées avec l'exposé contenu dans les pages précédentes. Il faudrait pouvoir insister sur la précision des résultats qu'on peut obtenir par l'emploi de ces procédés, mais celte digression nous entraînerait trop loin de notre sujet; il s'agit en effet de toute une méthode de traduction; je la pratique depuis plusieurs années au Séminaire de français moderne de r Université de Genève; elle est pour moi une réalité absolument concrète; mais elle demanderait à être démontrée systématiquement, textes en mains; cela ne peut se faire que dans un ouvrage spécial, qui verra peut-être le jour plus tard.

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§ 153. Résumé. L'identification et le classement des faits de langage n'est pour nous qu'une préparation à un autre travail. Ces deux opérations, en permettant la comparaison constante de n'importe quel fait de langage avec le terme identificateur d'une notion simple, conduisent naturellement à faire deux sortes d'observations:

1) Le fait de langage étudié arrive à être défini; car la définition établit et détermine les caractères objectifs, intellectuels, qui séparent le terme particulier du terme générique. Nous comprenons mieux dès lors pourquoi la définition nous paraissait devoir suivre et non précéder l'identification (§110).

2) Le fait de langage peut être déterminé dans ses caractères affectifs, c. à d. dans sa nature stylistique; le terme d'identification étant, par essence, logique et n'étant que cela, la comparaison fait éclater, dans le fait de langage observé, la présence ou l'absence d'éléments affectifs, et, dans le premier cas, elle permet de déterminer l'intensité et la qualité de ces caractères affectifs. L'identification est donc le procédé qui conduit le plus directement à l'observation des caractères stylistiques.

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