‹ Traité de sylvicultureChapitre 102 sur 128 · RÉCOLTE DU DOIS · texte numérisé non relu

RÉCOLTE DU DOIS

de leur famille, mais leur piélinement exerce partout son influence fâcheuse et les régénérations les mieux assurées ne lui survivent pas. C'est certainement à des abus de cette nature qu'oii doit, dans une certaine mesure, attribuer la destruction des belles futaies de chêne du centre et de l'ouest de la France, où Ton voit, aux peuplements les plus riches, succéder de maigres régénérations artificielles en pin sylvestre.

Quoi qu'il en coûte, il faut faire cesser un tel état de choses. Rien n'est plus simple que de déterminer, dans chaque série, un certain nombre de places bien choisies qui seront consacrées, d'une manière permanente, à l'installation des chantiers de débit. Le propriétaire de la forêt pourrait ainsi faire la dépense de baraquements qui seraient loués aux adjudicataires. Cette première mise de fonds serait bientôt couverte au grand profit de tout le monde. L'emploi, pour le débardage, de chemins de fer volants du système Decauville faciliterait considérablement les améliorations à introduire dans des habitudes funestes enracinées depuis des siècles.

299. Enlèvement des produits. — Le transport des produits hors du périmètre des coupes se fait à dos d'homme ou à la brouette, pour les bois de chauffage et les pièces de faibles dimensions ; au moyen de chariots, d'avant-trains ou de traîneaux pour les billes trop grosses pour être maniées à bras d'homme. Tous ces procédés peuvent être mis avantageusement en prati(|ue, suivant les cas, et les inconvénients qu'ils présentent sont proportionnés à l'intelligence, au bon vouloir et à l'adresse des charretiers ; on doit aussi tenir compte de ce fait que les difficultés du transport et l'importance des dommages causés au jeune recrû augmentent avec la longueur sous laquelle les pièces de service sont maintenues.

Le traînage ou glissage direct des tronces sur le sol présente toujours des inconvénients sérieux, il doit être proscrit, autant que possible, des coupes principales; c'est seulement en montagne que ce procédé sera toléré, en imposant toujours la direction de la ligne de plus grande pente.

Dans les futaies feuillues, le passage des voilures ou dos avant-

ti-ains ne cause pas au jaune repeuplement des dommages aussi couteau k DE 8YLV. 19

sidérablcs qu'on pourrait le supposer. Les brins de semis se courbenl sous les pieds des chevaux ou sous les roues des voitures, et se relèvent bientôt sans paraître trop souffrir des lésions qui leur sont faites. Il suffit d'éviter de faire passer plusieurs voitures de suite dans le même sillon, ce qui crée un véritable chemin battu dans lequel tout est écrasé. D'ailleurs, si cela était nécessaire, on peut avoir recours au recepage. Si les soins convenables ont été pris, 2 ou 3 ans après une coupe, le fourré sera complètement rétabli, sans conserver de traces bien sensibles de la dernière exploitation.

Dans les forêts résineuses, plus de précautions sont nécessaires, car les jeunes brins écrasés se relèvent difficilement et n'ont pas, comme les feuillus, la faculté d'émettre des rejets.

Quelles que soient les essences, il est d'un intérêt majeur d'enlever les produits aussi rapidement que possible. Moins longtemps le parterre des coupes sera fréquenté, mieux s'en trouveront les peuplements ; car, pour réparer les fatigues de toute sorte qui sont la conséquence nécessaire d'une exploitation, la forêt demande à être au plus vite rendue à elle-même.

Dans les coupes de taillis, la vidange doit être conduite plus rapidement encore que dans les futaies. La fréquentation des coupes par les hommes et les animaux, pendant la saison d'été qui suit l'abatage, devient une cause de dommages considérables pour la régénération ; car les jeunes rejets sont en grande partie détruits alors qu'ils sont cassants et mal attachés. Certaipement il en repoussera de nouveaux au printemps suivant, mais les rejets de la première année sont les plus abondants et les plus vigoureux ; de plus, il y a toujours un certain nombre de souches ainsi fatiguées qui ne repoussent plus. C'est là une des principales causes de l'appauvrissement des taillis en bonnes essences. Pour se rendre compte de ce fait, il suffit de comparer deux coupes voisines, en tout semblables et exploitées en même temps ; dans l'une, la vidange aura été terminée avant le printemps qui suit l'exploitation, tandis que, dans l'autre, cette opération se sera prolongée pendant tout l'été suivant. La différence entre le développement des deux régénérations est saisissante en faveur de la première.

Les produits des éclaircies sont portés à dos d'homme sur les chemins existants. A ce point de vue, il est avantageux de multiplier, dans les limites raisonnables, le nombre de ceux à tracer dans l'intérieur des massifs, et de rendre praticables aux voitures toutes les lignes d'assielte de l'aménagement. Les chemins intérieurs, établis sur une largeur de 2 à 3 mètres, lors de l'exploitation des coupes principales, peuvent être maintenus pendant toute la vie du massif sans nuire sensiblement à la production totale.

300. Remarque. — Les précautions indiquées dans les deux articles précédents suffisent, en général, pour concilier les exigeaces de la perception des revenus avec celles de la régénération. Sans doute, dans l'application, quelques légères modifications y seront apportées, en vue de mieux les adapter aux habitudes ou circonstances locales ; mais il est superflu d'imposer aux adjudicataires des charges souvent onéreuses que la routine éternise dans les documents administratifs sans aucun profit pour la forêt.

D en est ainsi, par exemple, de l'arrachage des épines. A quoi sert, en effet, d'arracher les épines? Ce travail, lorsqu'on l'exige, est toujours mal fait; de plus, la plupart des morts-bois et arbustes dits nuisibles, notamment les ronces, les épines noires et blanches drageonnent facilement, et l'enlèvement de la souche, qui ne peut nécessairement s'étendre jusqu'à l'extrémité des racines, provoque leur expansion sur une plus grande surface.

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