II . — EhTBBTIBN BT AMéLIOBATION DBS PBUPLBMBHTS
ARTICLE PREMIER RepeuplemenU artificiels.
21*'. — Considérations généralei,
301. Limites de leur application. — Bien que la régénération naturelle soit la base de tout traitement rationnel des forêts, dans bien des cas, il faut lui venir en aide. En effet, quel que soit le mode de traitement appliqué, des accidents de force majeure, des
abus de jouissance, des opérations mal i*aisonnées peuvent dégrader les peuplements et en faire disparaître les bonnes essences : ce qui conduit à les reconstituer par des procédés artificiels.
Mais, avant d'avoir recours à ces moyens extrêmes , toujours très coûteux et dont les résultats sont souvent incertains, on doit, sous peine de travailler en pure perte, se rendre un compte exact des faits qui ont amené la dégradation , pour en faire cesser immédiatement les causes. C'est ainsi que, suivant les cas, il faut : changer le régime appliqué; réglementer le pâturage ou même le supprimer complètement quand cela est possible; rajeunir les parties sans avenir; ou encore, augmenter la durée des révolutions trop courtes et réformer les balivages défectueux.
Quand, ces remèdes étant inefficaces, des repeuplements artificiels s'imposent, il y a toujours lieu de les exécuter avec la plus stricte économie. Sous cette réserve, les dépenses se justifient d'autant mieux qu'on a affaire à des sols plus fertiles, parce que ceuxci fournissent des rendements supérieurs et permettent de rentrer plus tôt dans les déboursés. Au contraire, c'est presque toujours une opération hasardée que d'engager de l'argent à la poursuite d'améliorations dans les forêts assises en très mauvais sol. Que leur surface tout entière soit en état de production, c'est à peu près tout ce qu'on doit exiger d'elles, et souvent le plus sage serait de se contenter du faible revenu qu'elles donnent spontanément, sauf à améliorer la situation par des épargnes, en restreignant les exploitations. Sous l'influence d'un régime modéré, on voit bientôt la nature rétablir d'elle-même l'ordi'e interrompu, si on lui donne le temps d'agir sur des peuplements qu'on laisse en repos.
Lorsqu'il s'agit de réintroduire une espèce précieuse dans un peuplement d'ailleurs complet, on doit utiliser toutes les ressources que présente le massif à améliorer; en général, il suffira de disposer convenablement une faible minorité de sujets dans la masse des tiges naturelles. L'important est alors de mettre ces sujets dans des conditions telles qu'ils se raccordent le plus tôt possible avec leur entourage. Il est clair que, pour qu'il en soit ainsi, le moment le plus favorable sera toujours celui qui coïncide avec la naissance
du peuplement à soigner: c'est-à-dire l'époque où l'on 7 provoque une régénéralion, soit par la semence, soit par rejets.
Exceptionnellement^ lorsqu'on veut créer, par voie arlificielle, des sous-étages dans des massifs réguliers d'essences de lumière, il faut procéder quand, ce peuplement étant à l'état de perchis, on vient d'y pratiquer une éclaircie avec extraction de toules les liges surcimées. Le sol est alors en bon état de conservation et, quel que soit le moyen employé (semis ou plantation), les essences d'ombre réussissent parfaitement sous le couvert du peuplement principal.
Enfin, quand on a affaire à des vides ou à des clairières, on doit les repeupler immédiatement, afin de remettre aussitôt que possible le sol en état de production. Alors les procédés sont en tout semblables à ceux employés pour le boisement des terrains nus. (Voir ciaprès, 5* partie.)
2 2. ~ AppHealion dans les futaies,
302. Préparation du sol. — Quand, la semence étant fournie en ({uanfité suffisante par des porte-graines convenablement répartis, le sol dégradé n'est pas en état d'assurer l'installation du semis naturel, toute la dépense se borne à la préparation du sol. On ne prête pas toujoui*s une attention suffisante à ces travaux (|ui, dans nombre de cas, sont le complément indispensable de la mise en ensemencement.
Lorsqu'il s'agit de graines lourdes, tombant sur un sol tassé ou envahi par une couverture vivante trop épaisse, on doit, aussitôt après la chute des graines, les recouvrir légèrement de terre ou de gazons, soit à la houe, soit à l'aide de la charrue forestièreV
Si les espèces à cultiver sont à graines légères, il suffit, avant leur chute, de détruire la couverture vivante (herbes, bruyères, myrtiles, mousses) par les moyens les plus économiques dans la localité. Ces enlèvements se font, tantôt sur toute la surface, tantôt sur des bandes alternes plus ou moins espacées. En général, ces préparations
1. Dubois, Travaux de reboisement exécutés à la cliarrue forestière dans le Blésois. Blois, imp. Lcccs^nc, 1862.
^94f EXPLOITATION DES FORÊTS.
se font par bandes horizontales de 60 à 80 centimètres de largeur et alternées par des espaces incultes de 1 à 2 mètres.
Mais, en toutes circonstances, l'important est de strictement limiter les effets de la culture à quelques centimètres au-dessous de la surface, de façon à ne pas enfouir la couche de terreau, en la mélangeant avec la terre minérale des zones plus profondes ; car c'est seulement lorsque les semences sont en contact immédiat avec le terreau qu'elles germent et se développent assez promptement pour résister à la chaleur et à la sécheresse de l'été.
Parfois, dans les pentes exposées à l'ouest et au midi, la superficie est dégradée à ce point que toute régénération naturelle ou artificielle y serait impossible. On peut améliorer la situation, à peu de frais, en ouvrant une série de petits fossés disposés horizontalement en la forme de gradins. Les feuilles mortes s'accumulent au fond de ces rigoles, l'humidité s'y conserve et il se forme une couche de terreau dans laquelle le semis naturel s'installe à la longue.
EnfiUi dans les régions où la pratique du partage s'est conservée, on a souvent recours à l'introduction des porcs. Mais cette pratique demande à être exercée avec certaines précautions ; il faut toujours la considérer comme un moyen de culture et non comme un profit, car alors les produits de la glandée peuvent être entièrement dévorés par les troupeaux qu'on laisserait séjourner trop longtemps dans les coupes (326).
303. Semis et plantations. — Dans un peuplement mis à l'état d'ensemencement, le procédé par voie de semis est tout indiqué pour y tenter l'introduction de nouvelles espèces; en effet, toutes les conditions favorables sont réunies pour assurer la germination des graines, aussi bien de celles apportées du dehors que de celles disséminées naturellement.
Il suffit, dès lors, de déterminer les espaces affectés à l'espèce à introduire, et de disposer les semences de façon à obtenir, soit le mélange intime, soit le mélange par places ou par compartiments plus ou moins étendus.
Néanmoins, certaines circonstances locales peuvent s'opposer à l'emploi des semis. Il en est ainsi quand la semence de l'espèce à
introduire fait défaut, ou bien quand ces semences sont exposées à la voracité des animaux : sangliers, mulots, pigeons ramiers pour les glands et les faînes ; oiseaux granivores pour les espèces résineuses. Il est toujours imprudent, par exemple, de semer en forêt des glands ou des faines apportés du dehors, pendant le cours des années où les chênes et les hêtres n'ont pas fructifié dans la région. Il faut alors planter des sujets aussi jeunes que possible, afin de réduire les dépenses à leur minimum.
De même, on est obligé d'avoir recours à la plantation pour terminer des régénérations acquises, mais que la nature a laissées incomplètes ; en effet, le plus souvent, on ne constate ces insuffisances que quand le sol est déjà plus ou moins dégradé dans les espaces à compléter. Il est alors trop tard pour semer, et on plantera des sujets dont la force sera proportionnée à celle des semis naturels qui les entourent.
Enfin, loi^squ'on n'a aucun autre motif pour préférer le semis à la plantation, il faut tenir compte de ce fait que le semis réussit mieux dans les sols médiocres que dans ceux trop fertiles où les jeunes sujets naissants sont exposés à être envahis et étouffés par une abondante végétation herbacée.
Les espaces à repeupler artificiellement dans les futaies jardinées se présentent, le plus souvent, sous forme de vides ou de clairières ; comme tels, ils doivent être remis en état le plus promptement possible, par les procédés généraux les plus économiques adaptés aux exigences de la station.
i 3. — Application dans les taillis simples ou composés.
304. Plantations. — Dans les taillis composés, les repeuplements artificiels doivent être exécutés dans le même esprit que les dégagements de semis, c'est-à-dire qu'ils seront localisés sur les points où l'état de la réserve demande une amélioration. Aussi; dans la majorité des cas, il faut planter avec grand soin, dans un sol bien préparé, des sujets assez forts pour résister à l'étreinte de rejets.
Faire peu, mais ne rien négliger pour faire bien, tel est le prin-
cipe dont on ne doit jamais se départir. Pour tenir compte du déchet, il sera toujours pinident de ne pas planter des brins isol^îs, mais de les réunir par groupes de 4 à 8 convenablement espacés. Puisque l'objectif est ici de créer des ressources pour les balivages futurs sur les points où la réserve présente des lacunes, ce sont toujours des espèces de lumière et notamment des chênes qu'il s'agira d'introduire. Il faut donc faire les plantations en plein découvert, immédiatement après les délais fixés pour l'enlèvement des produits. C'est d'ailleurs à cette époque qu'on peut le mieux juger, en constatant l'état de la réserve, de la nature et de Timporlance des travaux à exécuter.
Un procédé simple et économique consiste à faire ces plantations sur les emplacements des souches concédées sous forme de menus produits ; les places de loges ou d'ateliers, les places à charbon, les chemins temporaires peuvent également être repeuplés à peu de frais. Ces menus travaux suffisent, dans la plupart des forêts situées en bon sol, pour entretenir la richesse du taillis en essences précieuses et assurer le recrutement de la réserve.
Mais les plantations ne sont profitables que si on vient périodiquement les dégager, dans la même forme que les semis naturels. Les deux opérations sont solidaires l'une de l'autre, et si, en faisant ces dégagements, on prend la précaution de donner une légère culture au sol autour de chaque brin planté, on donnera à ceux-ci une vigueur telle que, souvent, il sera possible de les réserver comme baliveau à la fin d'une révolution au début de laquelle ils auraient été introduits.
Nécessairement ces dégagements sont onéreux ; aussi, tout compté, il est préférable de planter des hautes tiges. Quelques sujets bien soignés coûteront, en définitive, moins cher que les milliers de basses tiges jetées sans soin et au hasard, et dont l'entretien, sous forme de dégagements, nécessite, en même temps que frais énormes, une perte de production considérable, il ne manque pas d'exemple de ces plantations négligées dont le profit a été nul pour la forêt.
Les mêmes procédés sont à suivre lorsqu'on doit améUorer des taillis simples réguliers. Souvent, dans les taillis simples furetés, on a
recours à la marcoUe pour prévenir les vides qu'occasionne la mort des vieilles souches (240).
ARTICLE DEDX Les élagages.
305. Dangers de l'élagage. — L'élogage n'est qu'une sorle de taille appliquée aux arbres forestiers, en vue de leur donner, en une seule fois, une forme plus avantageuse, au moyen d'amputations totales ou partielles des rameaux réputés inutiles ou nuisibles.
Séduit par l'aspect extérieur des arbres élagués, et faute de s'élre rendu un compte exact de la conséquence des opérations, on a, pendant longtemps, érigé l'élagage en un véritable système d'exploitation. Les premières méthodes d'élagage ont été appliquées en Belgique. En France, MM. de Gourval et des Cars*, en préconisant l'élagage rez-tronc, ont pensé éviter les tares engendrées par certaines pratiques vicieuses de leurs devanciers et notamment par les élagages dits en chicot, avec ou sans tirants de sève. Les rameaux ainsi désignés étaient conservés pour entretenir la vie dans la branche amputée ; mais l'expérience indique qu'ils ne produisent pour ainsi dire aucun effet utile. Car, en dehors de la zone étroite directement alimentée par ces tirants de sève, tout le reste de la branche meuri, faute de nourriture et ne tarde pas à pourrir.
11 est certain que l'élagage rez-trouc présente des avantages sur les modes qui l'ont précédé, en ce sens qu'il facilite un plus prompt recouvrement des blessures ; mais, s'il atténue le mal, il ne le supprime pas, puisqu'il produit toujours des plaies avec tout le cortège de maladies qu'elles engendrent ^ On objecterait ea vain que l'emploi des pansements antiseptiques (goudron, coaltar) préserve contre tout danger; car ces substances ne produisent leur effet utile que pour un temps et, de plus, elles n'empochent pas le bois mis à nu de mourir, de se gercer, et c'est par les crevasses que les champignons destructeurs s'introduisent.
1. L'Éiagage des arbres, par le comte des Gars. Paris, Rothschild, 18G7.
2. Martinet, garde générai des foréls, Considérations et recherches sur Vèlagage des essences foresUères. Paris, librairie agricole de la Maison rustique, IS76.
Aujourd'hui, Texpérience a fait justice de toutes ces chimères et il n'est pas trop tôt d'arrêter les mutilations infligées, de parti pris, à la plupart des chênes réservés dans les taillis composés. H suffit, en effet, d'ouvrir le tronc d'un de ces chênes élagués pour constater toute l'étendue du mal*.
(L En fait, dit M. Broilliard*, tout arbre constitué ne saurait être amputé d'une ou plusieurs grosses branches sans qu'il en résulte un ralentissement dans la végétation, un trouble marqué dans les fonctions vitales, et une plaie nuisible par elle-même et souvent désastreuse par les vices qu'elle occasionne dans le corps de l'arbre. >
L'élagage doit donc être proscrit de toutes les forêts, en tant que procédé méthodique de traitement, mais on doit se demander dans quelles limites il est permis d'en user, à titre d'opération chirurgicale, suivant qu'il s'agit de branches vivantes, de branches mortes ou de branches gourmandes.
306. Traitement des branches vivantes. — L'élagage des branches vivantes ne peut être toléré que dans les cas suivants :
1* Sur les plants de hautes tiges élevés en pépinière et qu'on peut soumettre à une taille raisonnée dans le but d'améliorer une forme défectueuse;
S"" Sur les branches basses appartenant à la cime des baliveaux de l'âge et des jeunes modernes.
La suppression de ces branches basses, dont le calibre ne dépasse pas de 5 à 8 centimètres de diamètre à la base, peut se faire sans graves inconvénients ; car d'aussi petites plaies se recouvrent rapidement et les solutions de continuité qui en résultent sont placées près du centre de la tige et n'en déprécient pas sensiblement le débit.
Quand il s'agit de chênes, le bois mis à nu étant encore entièrement à l'état d'aubier, on échappe à l'invasion de ceux des champignons qui n'attaquent que le bois de cœur. D'ailleurs, toutes ces branches
1. D'Arbois de Jabainville, sous-inspecteur des forêts, -Observations sur le système (l'élagage de Courval et des Cars. Paris, Rothschild, 18C9.
2. Cours d'aménagement des forêts. Nancy, Bergcr-Levrault et C'% 1878, p. 258.
basses sont condamnées à disparaître sous l'influence de l'élagage naturel : en les supprimant, on ne fait que devancer la nature.
&" Il est également permis d'amputer, si on le juge nécessaire pour favoriser un ensemencement, les branches appartenant à des arbres destinés à être exploités dans une coupe prochaine.
On ne saurait trop se garder de toucher à une branche vive, quelque petite qu'elle soit, sur les conifères ; car, toute plaie faite à un arbre de cette famille provoque des écoulements de résine et des désordres plus graves encore que chez les arbres feuillus.
307. Traitement des branches mortes. — Les branches mortes doivent être traitées comme les branches vives, parce que leur amputation entraîne les mêmes conséquences. En fait, le recouvrement, qui semble cicatriser les plaies, dissimule un mal intérieur d'autant plus dangereux que, la marche de ses ravages n'étant plus visible, on risque de tromper l'acheteur sur la qualité de la marchandise*. Il vaut donc mieux laisser les branches mortes continuer, lentement et au grand jour, leur œuvre de destruction, en surveillant le mal, pour couper l'arbre avant qu'il soit complètement dégradé.
Ces observations s'appliquent surtout aux grosses branches mortes insérées directement sur le fût des arbres. Certainement il serait utile de remplacer par une section nette la cassure esquilleuse qui les termine le plus souvent ; mais l'opération serait trop onéreuse et il faut éviter de faire des sacrifices pour des sujets qui portent, sous forme de grosses branches mortes, des tares qui compromettent leur avenir. Du reste, on ne pourrait pratiquer ces amputations qu'en montant sur les arbres à l'aide de crampons, dont l'usage est peut-être encore plus nuisible que l'élagage lui-même.
Quant aux branches mortes dans la cime, branches appartenant aux ramifications secondaires, il n'y a pas lieu d'y toucher. Les essences de lumière, notamment les chênes réservés dans les taillis composés, présentent toujours de telles branches dans la couronne,' quand ils arrivent à un âge avancé. Ces cornes sont la conséquence de leur tempérament et des crises qu'ils ont à supporter après cha-
i. L. Boppe, Cours de technologie forestière. Nancy, Berger-Levrault et C>% 1887.
que exploitation. Tant que Tarbre se. maintient d'ailleurs vigoureux, elles disparaissent assez vite sous Teflort du vent et, avant longtemps du moins, leur rupture n'occasionnera aucun désordre sérieux dans le bois du Ironc.
Au contraire, chez les essences d'ombre, les hêtres principalement, les branches mortes dans la cime sont toujours un indice fâcheux, et il n'est jamais prudent de conserver ceux qui portent ainsi les signes d'un dépérissement prochain.
Sur les arbres résineux, les branches mortes doivent être enlevées de façon à ce qu'elles ne soient pas englobées dans le fût qui grossit autour d'elles. Ces amputations se font à la scie, à quelques millimètres au-dessus du bourrelet de base, de façon à ne pas en entamer les tissus vivants.
308. Les émondages. — On admet que l'évolution des branches gourmandes ou des gourmaïuis sur le fût des rései^ves est la con.séquence du changement d'état que leur impose chaque exploitation. Ces gourmands abandonnés à eux-mêmes disparaissent pendant le cours de la révolution, pour se reproduire après la coupe ; leurs évolutions successives engendrent des excroissances, des nodosités, des brou^sins, dont le tissu lâche et madré, est de qualité médiocre.
Ils se montrent d'autant plus abondants que |es révolutions sont plus longues, parce que les arbres ont un fût plus élevé et s'éloignent davantage de leur forme spécifique ; pour une raison semblable, ils sont plus nombreux aussi dans les sols maigres et secs que dans ceux frais et fertiles. C'est pour cela, sans doute, que le chêne pédoncule, qui affectionne surtout ces dernières stations, passe pour être moins sujet à l'envahissement des branches gourmandes que le rouvre ; car lorsque l'une et l'autre espèces sont placées côte à côte, elles semblent, à ce point de vue , se comporter de la même façon.
L'opération qui consiste à supprimer ces rameaux gourmands porte le nom d'ébourgeonnement ou d*émondage.
L'amputation se fait rez-tronc, avec des instruments spéciaux bien tranchants et en coupant toujours de bas en haut, de façon à ne pas arracher l'écorce. En général, on fait le premier émondage l'année
(lu récolement de la coupe, puis on le répète, s'il y a lieu, en faisant coïncider l'opération avec le passage périodique des dégagements de semis. Du reste, Téquilibre se rétablit bientôt dans la circulation de la sève, et il est rare qu'il soit indispensable de recommencer rémondage plus de deux fois pendant la même révolution.
Si l'opération a été négligée pendant plus de 8 ou 10 ans, il est trop lard pour la commencer, parce qu'alors l'enlèvement de ces rameaux d'un calibre déjà assez fort et réunis en grand nombre sur un petit espace, occasionnerait de véritables dégradations.
L'émondage peut être pratiqué en toute saison; néanmoins on n'a pas l'habitude de le faire en hiver. Le moment le plus favorable serait le milieu de l'été, quand la pousse de l'année a atteint son plus grand développement en longueur; mais, à cette époque, les ouvriers sont souvent incommodés par les poils de chenilles qui vivent en grand nombre sur les chênes (entre autres celle du bombyx processionnaire) ; pour éviter cet inconvénient qui, aggravé par la chaleur, occasionne parfois de véritables maladies, le mieux est d'opérer en automne.
L'émondage n'est réellement utile que sur les arbres croissant à l'état isolé ; lorsque des branches gourmandes apparaissent dans les peuplements de futaie d'un seul âge, c'est un signe que le massif n'est pas en bonne situation ; une éclaircie est souvent nécessaire pour porter remède à un état de choses que l'émondage serait impuissant à réparer (176).
ARTICLE TROIS Les assainissements et les irrigations.
309. Danger des assainissements. — L'eau n'est réellement nuisible aux arbres que quand elle reste stagnante à la surface du sol pendant la saison de végétation. Ces parties marécageuses se présentent généralement sous forme de tourbières, de mares ou de fonds de cuvettes sans écoulement. En semblables conditions, on confond trop souvent la cause avec l'effet; car, si l'eau reste à la surface, c'est que le sol est imperméable, aussi bien aux racines qu'à
l'eau, el de tels terrains sont encore bien plus imperméables quand ils sont asséchés qu'avant l'opération.
Quant aux fossés d'assainissements ouverts dans les stations humides ou aquatiques dont l'eau se renouvelle, ils ont pour effet de ralentir la végétation des arbres déjà développés. Ils modifient en mal la qualité des bois pour les chênes, les ormes, les frênes et compromettent enfm le mélange des bois tendres. On ne change pas impunément les conditions dans lesquelles les arbres ont vécu; car les peuplements forestiers se constituent en fonction du sol et de l'état permanent de ses propriétés physiques. Quand celles-ci sont modifiées, l'ancien peuplement dépérit et fait place à un autre dont le tempérament sera mieux en harmonie avec la situation nouvelle.
Peu importe d'ailleurs l'état submergé d'un terrain en hiver, si l'excès d'eau disparaît au moment de la végétation. On constate que les cantons soumis à ces inondations périodiques fournissent les meilleurs chênes de France , aussi bien dans le Nord que dans le Centre et dans le Midi.
L'assainissement ne se justifie donc que dans les terrains improductifs par excès d'eau stagnante; dans ce cas, l'opération présente un caractère purement local et ne doit être exécutée que quand les .bénéfices à prétendre sont de nature à compenser la dépense. Partout ailleurs l'assainissement érigé en système, outre qu'il augmente les dangers d'inondation, est inutile, onéreux et nuisible au point de vue strictement forestier.
Au surplus, par la transpiration des feuilles, par la pénétration des racines et surtout par les propriétés hygrométriques de la couverture, la végétation forestière exerce sur tous les sols une action asséchante des plus marquées ; aussi, dans l'immense majorité des cas, l'excès de sécheresse est-il plus à craindre que l'excès d'humidité.
310. Limite de leur application. — Toutefois, quand il s'agit de remettre en valeur des terrains sans déclivité que la nature du soussol et leur état de nudité rendent marécageux, il est nécessaire de faire des assainissements préalables, en vue d'y rétablir leur ancien état boisé. Mais une fois les peuplements reconstitués, grâce à un
travail d'ensemble qui englobe toute une région, la forêt fera le reste. C'est du moins ainsi que cela se passe dans certaines contrées infectées par les fièvres paludéennes et en partie assainies par la forêt ; telles sont : les landes de Gascogne ' , la Sologne ' et les Dombes.
311. Les irrigations. — Enfin les intéressantes recherches de M. Chevandier' sur les influences des inigaiions sur la végétation des forêts permettent de conclure, que de telles améliorations ne peuvent être généralisées dans la pratique, mais aussi combien il est utile de mettre à profit toutes les circonstances dans lesquelles la nature les fournit gratuitement, combien encore tout assainissement mal raisonné constitue une menace d'assèchement. Tel serait le cas, par exemple, pour un assainissement exagéré des tourbières dans les hautes montagnes dont les versants seraient bientôt frappés de stérilité, s'ils n'étaient pas continuellement irrigués par les eaux qui descendent de ces réservoirs naturels.
312. Ennemis du dedans et du dehors. — La forêt demande à être protégée contre ses ennemis du dedans et ceux du dehors. Au dedans, ce sont les animaux sauvages, mammifères et oiseaux, les insectes et les végétaux nuisibles qui se propagent parfois en proportions telles que l'existence même du peuplement attaqué est compromise. Au dehors, les principaux dommages lui viennent du fait de l'homme ; car, si les enlèvements frauduleux du bois et des autres produits du sol forestier doivent être directement mis à sa charge, indirectement, les dégâts causés par le pâturage et les incendies peuvent, en général, lui être attribués.
1. Ghambrelent, Mite en valeur des landes de Gascogne, Bordeaux, 1862.
2. À. Brongniart, Rapports sur les reboisements de la Sologne. Annales forestières. Tome XT, 1865.