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Annales forestières, 1844, page

ARTICLE PllEMIER

Dommages causes à la forôt par les animanz sauvages, mammifères et oiseaux, les insectes et les végétaux nuisibles.

2 1®^ — Les mammifères et les oiseaux.

Parmi les animaux sauvages, oiseaux ou mammifères, qui liabiicnl la forél, cerlaines espèces sonl utiles, d'autres sont nuisibles.

313. Les mammifères. — Les carnassiers ne font jamais de mal aux arbres et, si Ton ne tenait pas compte des pièces de gibier ou des animaux domestiques qu'ils dérobent trop souvent, loups et renards pourraient être considérés plutôt comme utiles que comme nuisibles ; car l'un et l'autre détruisent une grande quantité de mulots. Les renards se nourrissent aussi d'insectes et notamment de bannctons à l'état de larve ou d'insecte parfait.

Les sangliers rendent quelques services par les insectes et les mulots qu'ils détruisent, et l'ameublissement qu'ils donnent au sol en le fouillant de leurs vermillures. Us sont néanmoins nuisibles, en ce sens qu'ils mangent une grande quantité de semences; ravagent les pépinières et bouleversent les semis et les plantai ions. Us fouillent de préférence les potets ou les rigoles fraîchement travaillées ; ce n'est pas, comme on le suppose généralement, pour mâcher les racines des jeiines plants, mais pour chercher les vejs et les insectes, qu'ils trouvent en plus grande abondance dans le sol ameubli. Mais c'est surtout par des dégâts qu'ils causent dans les cultures riveraines des forêts que la présence des sangliers est redoutable ; car, du mois de mars au mois de novembre, quand toutes les graines forestières ont germé ou sont pourries, ils ne trouvent plus à se nourrir sous bois et forcément ils vont dévaster les récoltes. L'action en responsabilité de ces dommages est d'ailleurs assez délicate à intenter, car le sangUer est un animal essentiellement nomade.

Les cerfs, les dainis et les chevreuils, lorsqu'ils refont leur léle, occasionnent quelques blessures aux jeunes tiges contre les({uelles

ils frottent leurs bois. Au printemps , ils broutent les jeunes bourgeons et attaquent Técorce de certaines essences (notamment du charme) qu'ils arrachent en longues lanières. Ils commettent également ces derniers dommages en hiver, quand la neige les empêche de pâturer. Les cerfs mangent aussi une grande quantité de glands.

Quand une épaisse couche de neige recouvre le sol, les lièvres rongent, à la base, Técorce des jeunes arbres, surtout des fruitiers ; dans les pépinières, ils sont aussi très friands des jeunes pousses des espèces légumineuses, telles que : genêt, robinier, cytise, etc.

Les lapiiis sont certainement Jes hôtes les plus dangereux de la forêt; ils recherchent surtout les sols sablonneux meubles et qui s'égouttent rapidement ; ils affectionnent notamment les cantons traités en taillis sous futaie, les pineraies claires où le sol est toujoui*s sec. Ils évitent les grands massifs de hêtre sous le couvert continu desquels règne une humidité constante.

Partout où ils s'installent, les lapins fouillent le sol, rongent les écorces jusqu'au bois, broutent les jeunes semis ; rien de ce qui est vivant n'échappe à la voracité de ces rongeurs; en cas de famine, ils s'attaquent même au bois sec. De plus, ils se multiplient, en peu de temps, d'une façon effroyable, ils foisonnent pour ainsi dire à la manière des insectes ; aussi le lapin doit-il être exterminé par tous les moyens possibles et banni de toute forêt bien tenue. Le moyen le plus économique d'empêcher la propagation des lapins serait de s'opposer à la destruction des animaux dits nuisibles iiels que : renards, fouines, belettes...., ses ennemis naturels, à qui la nature a dévolu le rôle d'en arrêter la multiplication exagérée. Il est vrai que toute mesure de ce genre sei*a incompatible avec une exploitation luxueuse de la chasse.

Toute réserve étant faite à l'égard du lapin, on peut dire que le gibier n'occasionne à la forêt qu'un mal insignifiant. D'ailleurs, dans le cas où l'une ou l'autre espèce viendrait à se multiplier d'une manière inquiétante, on possède, dans la chasse, un moyen efficace d'en diminuer le nombre. De tels dangers sont trop rarement à craindre en France ; il est même à désirer qu'une législation mieux entendue

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306 EXPLOITATION DES FORÂTS.

mette un jour a profit les ressources naturelles que la forôt présente à la production du gibier, pour augmenter le revenu de cette propriété et procurer en même temps un sérieux appoint à l'alimenta* tion publique, sans avoir recours à l'importation étrangère.

En dehors du gibier proprement dit, les espèces les plus dangereuses appartiennent aussi à Tordre des rongeurs.

Les écureuils coupent un grand pombre de côpe^ et de jeunes bourgeons ; faut^ de ipieux, ils rongent jusqu'au boia la jeune écorcc aes sapips e| des épicéas ; h ce point de vue, il est bon de m posi les laisser trop se multiplier dans les forêts résineuses.

Les mulcits détruisent une énorme quantité de semences, non seulement pour leur nourriture, mais encore pour obéir à leur instinct de prévoyance outrée, qui les porte à faire des provisions considérables (un décalitre et plus) auxquelles souvent ils ne touchent même pas. En hiver, quand les fmits leur font défaut, ils s'attaquent à l'écorce des jeunes brins, spécialement des charmes» qu'ils rongent sur une hauteur de plusieurs centimètres. Les tiges ainsi attaquées sont perdues et il est nécessaire de les receper.

Les mulots apparaissent parfois subitement, ep très grand nombre, sous forme d'une véritable migration; leurs dégâts sont aloi*s considérables ; on a des exemples de superficies de 500 hectares, et plus, dévastées par ces animaux \

Heureusement, la nature pourvoit elle-même à leur destruction, et il est rare^iu'ils se montrent ep nombre exagéré pendant plusieurs années de suite. D'ailleurs, pour les combattre, on ne possède aucun moyen pratique applicable sur de grandes surfaces comme celles des forêts ; le mieux est de ne pas détruire, par préjugés ou par plaisir mal entendu, les animaux qui leur font la guerre, tels que: le hibou, la buse, le milan, le renard et le chat.

314. Les oiseaux. — En ce qui concerne les oiseaux, on a exagéré leur influence utile ou nuisible, dans les forêts comme dans les champs; en tous cas, la question ne mérite pas le retentissement qui lui a été donné jusqu'à la tribune du Parlement français.

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