‹ Traité de sylvicultureChapitre 106 sur 128 · D' B. AltUB, Vtuerê Speehêe. Berlin, J. S^ringer · texte numérisé non relu

D' B. AltUB, Vtuerê Speehêe. Berlin, J. S^ringer

pied, ils attaquent, en effet, les arbies dépérissants de préférence à tous autres, parce que c'est là qu'ils trouvent le plus facilement leur nourriture.

En résumé et d'une manière générale, les oiseaux ne commettent dans les forêts que des dégâts peu importants, et ils doivent élre considérés comme utiles; car, outre le charme qufe leur présence donne aux forêts, leur concours est essentiel pour maintenir l'équilibre dans Tordre naturel.

I 2. — IjCS insectes.

315. Nature et importance de leurs dégâts. — Les forêts ont à supporter de la part des insectes des dommages beaucoup plus considérables, et qui, dans certains cas, peuvent atteindre la proportion de véritables calamités publiques ^ Dans le grand nombre des espèces nuisibles, chacune des parties vivantes de l'arbre trouve son ennemi spécial : les uns dévorent les feuilles ou les aiguilles, les autres rongent la couche d'accroissement ou creusent leurs galeries dans le bois; un certain nombre mangent les racines, les bourgeons, les fleurs ou les fruits.

Quelle que soit la nature de ces ravages, les essences résineuses ont beaucoup plus à soufi'rir que les espèces feuillues. Ces dernières, pourvues de bourgeons préventifs, réparent plus facilement leurs frondaisons détruites ; elles cicatrisent aussi mieux leurs plaies. Elles succombent rarement et les dégâts les plus importants se traduisent par un ralentissement sensible dans la végétation et des pertes de substances d'ailleurs assez notables'. Les résineux, au contraire, périssent en grand nombre quand ils ont perdu leurs aiguilles ; les plaies amènent des écoulements de résine qui épuisent les arbres ;

1. En 1791-93, une invasion du bombice du pin a détruit 23,000 hectares de forêts dans une seule province d'Allemagne.

2. On peut facilement constater sur une section transversale la trace de ces dégâts. Les couches ligneuses correspondant aux années où la frondaison a été détruite par les hannetons, par exemple, sont réduites à une épaisseur «ouvent insignifiante.

enfin, la perle de leur bourgeon terminal, dans leur jennesse, les déshonore au point de leur faire perdre une bonne partie de leur valeur industrielle.

En général, chaque espèce d'insecte vit sur une essence déterminée. Aussi, quand, sous l'influence de circonstances favorables, une espèce se multiplie en nombre exagéré, les peuplements composés de l'essence qui la nourrit sont compromis dans leur existence. Dans les contrées où les forêts sont formées d'une essence unique, il n'est pas rare que des surfaces considérables soient ainsi complètement dévastées. On est alors obligé d'abaitre des massifs entiers pour tirer parti des bois dépérissants ou morts et pour empêcher la propagation du mal; on a même été contraint d'avoir recours à l'incendie pour vaincre certaines invasions.

316. Les invaBions. — La principale cause de ces invasions tient à la grande fécondité des insectes, qui permet à leur nombre de s'augmenter en progression géométrique, quand Tinfluence des milieux est favorable à leur développement. Les circonstances qui favorisent leur multiplication sont :

V L'abondance de nourriture convenable ;

2** L'absence d'ennemis ;

3"^ La température.

Les forestiers conservent, dans certaines limites, une action sur les deux premières circonstances ; ils sont absolument impuissants en présence de la troisième.

Pour justifier les moyens préservatifs à employer contre ces redoutables fléaux, il est nécessaire de diviser les insectes nuisibles en deux groupes: les insectes lignivores et les phyllophages.

317. Les insectes lignivores. — Ce sont ceux qui perforent le bois constitué, comme : le Boslrichus lineattis, le Sirex gigas, dans les résineux, le Cossus ligniperda, dans les bois feuillus ;

Ceux qui creusent leurs galeries dans le liber et l'écorce, comme : le Boslrichus lypographus, si redoutable dans les forêts d'épicéa, YHylobius abieiis dans les forêts de pin sylvestre, le Scolytus ulmi chez les ormes ;

Ceux qui détiniisent les jeunes pousses et les bourgeons, comme YHylesintis piniperda, les Torîrix buoliana el turionana ;

Ceux enfin qui, vivanl dans le sol, rongent le chevelu des i*acinës, tels sont : la larve du hftnneton commun {MelolorUha vulgaris) et la courtilière (GriUotalpa vulgaris) dans.tdules les phases de son développement.

318. Les inseotes phyllophages. — Les plus redoutables parmi les phyllophages, e' est-à-dire ceux qui détruisent les feuilles et les autres parties vertes des végétault, sont : dans lés forêts résineuses, les chenilles du Lasioeampa pini, du Lipûris monacha, de la Fidonia piniaria, du Lophyrus pini, et dans les forêts feuillues j celles de VOrgya pudibunda, du Bombyx neu^^tria, du Bombî/tt protessionnea , de certaines pyrales et tinéUes. En certaines régions , le hanneton commun à Tétat parfait exerce périodiquement ses ravages.

319. Moyens préventilB. — 1® Presque tous les insectes lignivores ont besoin, pour se développer en grand nombre, de bdis morts, dépérissants ou atteints de maladies. L'abondance de ces matériaux dans une forêt occasionne un foyer de contagion, dans lequel les insectes se muUiplient en telle quantité, que les arbres qui leur ont servi de berceau deviennent bientôt insuffisants, et que leà bois en bon état de végétation sont attaqués, à leur tour, et menacés d'une perte imminente i

Pour empêcher la formation de ces foyers d'invasion^ il faut : entretenir les peuplements à l'état sain par des soins cUlturàux convenables, — cultiver les essences appropriées au sol et au climat et leur appliquer un traitemiint rationnel, — donner lu préférence aux peuplements mélangés et surtout au mélange de feuillus et résineux, — exploiter radicalement et annuellement les bols morts ou dépérissants, — écorcer totalement les arbres résineux dès qu'ils sont abattus, et, pour rendre l'opération possible, les exploiter dé préférence en temps de sève, — enlever les produits aussitôt après le façonnage et ne pas laisser de bois gisailts en forêt.

8* Sauf les cas d'invasions, les insectes qui mangent les feuilles ou les aiguilles trouvent toujours la nourriture qui leur convient ; il

n'est pas possible, comme pour les lignivores, d'augmenter ou de diminuer l'élément principal de leur Multiplication; On reste donc à peu près désarmé contre eux; cela est d'autant plus regrettable que ce groupe renferme les espèces les plus à ci^aindre pour les forêts résineuses. De plus, lorsqu'ils ne font pas périr complètement les massifs^ ils les affaiblissent au point de préparer les invasions de^ xylophages; ceux-ci achèvent fatalement leur œuvre de destruction.

Les seuls moyens à recommander sont: l'éducation de peuplements mélangés adaptés au climat et au sol } la conservation de la couverture morte dans les forêts et la protection des animaux in^ sectivores utiles.

Mais ces moyens sont souvent inefficaces et, quel que soit le groupe auquel il appartiendra» la meilleure sauvegarde contre uh insecte sera la connaissance complète de ses mœurs. \l est rare qu'une invasion se produise soudainement : le cas se présente héanmoins ; le plus souvent, elle marche progressivement et celui-là seul qiii possède une cotmaissance exacte des faits peut la prévenir et la combattre.

I 3. — £e« vë0ékmx nuiâibleê.

320. Les plantes sarmenteuses et parasites: — Euprincipe^ toute plante vivante, ligneuse ou herbacée j"^ n'existe sur le sol forestier que parce qu'elle a sa raison d'être ; elle n'âpparalt que sous l'influence du découvert. A ce point de vue, la Couverture vivante dst préférable au sol nu, car elle Utilise de l'humidité, de la chaleur et de la lumière qu'elle restitue au sol^ sous forme d'engrais (40); Cela est absolument vrai pour toutes les plantes^ sans même excepter les bruyères ou les myrtilles ^

Néanmoins^ les espèces sarmenteuses^ comme le lierre, la clétna^ iiie et le chèvrefeuille des boiê, et les parasites^ comme le gui, sont généralement nuisibles. Les premières fatiguent ou dégradent les tiges qui. leur servent de suppoit; il y a lieu de les extirper partout où

1. Fliche et Grandeau, Recherches chimiques et physiologiques sur la bruyère commune. (Annales de la Station agronomique de l'Est, 188G.)

on les rencontre, quels que soient Tâge et la forme des peuplements. Le gui fait peu de mal aux bois feuillus, parce que, installé sur leur cime, il n'atteint que les parties destinées à être débitées en bois de feu. Sur les bois résineux, et surtout sur les sapins, il commet des dommages plus sérieux, parce que les racines traçantes partant des branches peuvent atteindre le tronc, où elles laissent des tares pix)fondes. Le meilleur moyen d'atténuer ces accidents n'est pas de couper les branches qui portent le gui : le remède serait sûrement pire que le mal; mais, au passage des éclaircies, on fera bien de couper de préférence les sapins qui portent ses buissons.

321 . Les champignons. — Parmi les végétaux qui habitent la forêt, les champignons sont au premier rang de ceux dont le forestier doit se préoccuper, à cause des dommages qu'ils engendrent. Sous ce rapport, on peut les comparer aux animaux les plus nuisibles de la classe des insectes.

De même que ces redoutables ennemis de la culture forestière, les champignons s'attaquent aux arbres pour les endommager sans les faire mourir ; aux massifs, qu'ils éclaircissent ou détruisent en faisant périr les sujets qui les constituent; au bois, qu'ils rendent impropre à tous usages. Quelques exemples permettent de se rendre compte de ces faits. Ainsi : VŒcidium elatinum, sans tuer le sapin, provoque le grave défaut connu sous le nom de chaudron; le Cœoma pinitorquum déforme simplement les tiges, tandis que le Peridermium pini (var. corticola) , VAgarictis melleuSf le Trametes radiciperda tuent un grand nombre d'arbres dans les pineraies ; le Rhizoctonia quercina s'attaque aux forêts de chêne, la Peziza calycina à celles de mélèze, y faisant périr des arbres en pleine vigueur. On peut remarquer ce fait que les conifères sont plus exposés aux attaques des / champignons que les feuillus. Sous ce rapport l'analogie se continue

entre leur nocuité et celle des insectes. Quant à l'action funeste qu'ils exercent sur les bois, elle n'est pas moins redoutable pour ceux des bois feuillus que pour ceux des conifères : c'est ainsi que les Hydnum diversidens, Telephora perdix, Polyphorus sulfureus, Polyporus igniaritis, détmisentle bois de chêne, comme le font des bois de sapin et de pins, des épicéas, les Polyporus fulvm, Polypo-

rus vaporarius, produisant chez les uns et les autres les vices connus depuis longtemps sous les noms de rouge, griselte, etc., sans qu'on les eût rapportés à leur véritable cause.

Si on commence à connaître assez bien bon nombre de champignons nuisibles aux forêts à des titres divers, non seulement dans leur structure, mais encore dans leur mode de développement, dans l'action qu'ils exercent sur le végétal ligneux dont ils sont l'hôte, on n'est pas toujours à même de mettre les forêts à l'abri de leui^ dégâts. Les spores de champignons sont d'une extrême ténuité qui facilite singulièrement leur transport par les vents ; elles sont aussi très nombreuses ; enfin, assez fréquemment elles germent sur un végétal très différent de celui sur lequel s'est constitué le corps reproducteur qui leur a donné naissance, et ce végétal n'est pas toujours connu, comme c'est le cas, par exemple, pour YŒddium elatinum.

Cependant, même dans cet état imparfait de la science, il est certaines mesures de protection dont l'efficacité n'est pas à dédaigner. D'une façon générale, il sera bon de supprimer tous sujets sur lesquels se sont développés les corps reproducteurs; quand il s'agit des espèces dont le mycélium se développant sur le bois, le détruit plus ou moins rapidement, les spores ne germant que sur le bois, souvent même que sur le bois parfait, on devra éviter avec le plus grand soin de le mettre à nu, proscrire, par conséquent, tous les élagages sur les essences, comme le chêne et le sapin, très sujettes à l'altération de leurs tissus ligneux. Enfin, pour quelques espèces, il y aura d'autres mesures spéciales & prendre : YAgaricus melleus, qui produit dans les pineraies la maladie dite du rond parce qu'elle s'étend en cercle à partir des premiers arbres attaqués, se propagesousterre.au moyen d'une forme spéciale de mycélium, connue sous le nom de Rizomorpha. On le combattra efficacement en supprimant non seulement les sujets atteints, mais encore ceux qui les entourent immédiatement, et en cultivant le sol avec soin après extraction de toutes les racines.

Les champignons ne s'attaquent pas seulement aux arbres sur pied, ils détruisent aussi le bois après sa mise en œuvre ; qu'il suffise de citer le Merulius lacrymnns, si redouté pour les charpentes et les

314 EXPLOITATION DBS FORÊTS.

parquets. Mais on sort ici du domaine forestier proprement dit et les moyens à employer pour mettre le bois en œuvre à Tabri de la pourriture due aux champignons sont du ressort de la technologie forestière et de Tindustrie.

ARTICLE DEDK Dommages occasionnés par la présence de rhomme.

§ i*^ — Les déliis forestiers.

322. La garde des forêts. — De tous temps les forêts ont eu à souffrir du voisinage des populations riveraines. Cela tient à ce fait que la forél, avant d'être reconnue^ en droite comme une propriété privée, était regardée comme un bien commun à tous, où l'on pou* vail prendre à son gré tout ce qui se rencontrait d'utile à l'entretien du ménage.

De telles traditions à réprimer justifient les rigueurs du Gode ft»restier. L'enlèvement frauduleux de tout produit du sdl constitue un délit; le bois mort) les herbes, la litière, les pierres^ etc...^ aussi bien que le bois sur pied, rien ne peut être transporté sans autorisation. Certains faits sont même punissables, alors seulement qu'ils dénotent une intention de commettre un délit qtii n'a pas reçu son commencement d'exécution. De ce côté, tout est prévu, le propriétaire est suffisamment armé. C*est è lui de veillera l'exécution de la loi, en faisant garder ses forêts.

Oa prévient aussi les délits, dans une ceitaine mesure^ en donnant satisfaction aux besoins les plus impérieux des habitants pauvres, au moyen de concessions sagement réglementées. C'est en délivrant, sous celle forme, des produits trop peu importants pour faire l'objet d'une adjudication qu'on fait aimer la forêt et qu'on la fait respecter.

En ce qui concerne la répression directe, on remarque que les délits augmentent bientôt lorsque la police forestière n'est pfts assurée d'une manière convenable ; aussi les propriétaires de forêts ne doivent-ils pas regretter les dépenses que leur occasionne un personnel de surveillance actif et suffisant. Les économies mal enten-

dues sur les frais de garde coàtetit souvent bien cher. D'ailleurs, les forlCtioils du vrai garde forestier ne sont pas limitées à la répression des délits, il peut exécuter utie foule de menus travaux dont l'ensemble représente une somme d'améliorations notables pour la forêt : en un mol, il est l'auxiliaire naturel du propriétaire dans tous les actes relatifs à la gestion de son domaine. Mais, avant tout, il faut qu'un garde ait une tenue convenable si on veut qu'il soit respecté ; oli doit donc le mettre dans une situation pécuniaire au moihs égale à celle des bûcherons ou des manœuvres qu'il surveille.

î 2. — Le parcours,

323. Le pâturage et le pacage. — On désigne sous le nom général de parcours, le fait d'introduire des animaux domestiques en Ibrét polir Ifes y faire pâturer; le plus souvent, on dislingue Ib pâturage qtii s'applique aux bétes auinaUleé, du pacage qtii se rapporte particulièrement au menu bétail, chèvres et moutons, et du panage qui ne concerhe tjurles porcs.

Tout propriétaire, eti vertu de soîi droit d'user de la chose qui lui appartient, peut exercer le parcours dans ses forêts. Depuis les premiei-s temps du moyen ôge, des droits de cette nature bril aussi été concédés, sous forme de servitude d'usage, aux populations riveraines, par leâ seigrleurs propriétaires. Le parcours peut enfin être exercé en délit sans le consentement du propriétaire : il constitue alors un feit punissable.

En ce qui cottceme la nécessité du pâttirage régulièrement exercé, on peut dil*e que, actuellertient, dans les pays de plaine, de coteaux et de basses montagnes, où le climat est assez humide, la terre assez fertile pour permettre la culture et le fauchage des prairies naturelles et artificielles, le parcours n'a plus sa raison d'être. Le mince profit qu'on en tire est loin de compenser la perte totale des engrais. Aussi, dans ces conditions, tous les anciens usages tendent à s'éteindre d'eux-mêmes, et c'est rendre un véritable service aux populations que de s'opposer à la création de nouvelles tolérances. Il n'en est pas de même dans les hautes montagnes où la terre arable fait défaut, et dans les régions chaudes où, en été, toute trace de verdure ayant

disparu en sol découvert, on ne rencontre plus du rares brins d'herbe que sous l'ombrage des végétaux ligneux. Dans l'un et l'autre cas, le parcours devient une nécessité : c'est une condition d'existence * pour les habitants. Il faut le considérer comme un mal nécessaire, et il importe de connaître ses conséquences, afin de mieux pouvoir le réglementer.

324. Les dangers du parcours. — Le bétail introduit en forêt piétine le sol et les jeunes peuplements, en même temps qu'il ronge les jeunes pousses et les écorces des arbres. L'intensité du dommage varie, d'une part, suivant que Ton a affaire à du gros ou & du menu bétail, d'autre part, suivant la nature du sol, l'âge et l'état des peuplements.

La chèvre est celui des animaux domestiques qui cause le plus de mal à la forêt. Elle préfère à l'herbe les jeunes pousses des bois feuillus et résineux ; on la laisse divaguer sans surveillance et en toute saison, ce qui fait qu'elle se nourrit presque exclusivement de plantes ligneuses qu'elle peut atteindre jusqu'à une assez grande hauteur en se dressant sur ses pattes de derrière. Les dégâts commis par les chèvres sont d'autant plus fâcheux que, par instinct, elles s'aventurent dans les endroits peu accessibles où la végétation forestière ne s'installe que péniblement, même sous l'influence du repos le plus absolu.

Bien qu'à nombre égal, ils soient moins nuisibles que les chèvres, les moulons sont aussi des hôtes très dangereux ; réunis en grands troupeaux serrés, ils piétinent ou rongent tout ce qui est à leur portée, surtout si on les laisse cheminer à leur gré ou séjourner longtemps sur le même point ; car ceux qui marchent en avant du troupeau n'avancent qu'après avoir mangé le meilleur de l'herbe, ceux qui suivent tondent le gazon de plus près et il ne reste aux derniers que les racines et, à défaut de celles-ci, ils s'attaquent aux écorces des arbres pour ne pas mourir de faim.

D'ailleurs, sur les pentes rapides, leurs sabots aigus déchirent la couverture vivante et facilitent les ravinements.

Les bêtes à cornes pâturent les jeunes plants forestiers en même

temps que les herbes; elles en arrachent un grand nombre, surtout par les temps pluvieux. Leurs dégâts sont surtout à craindre à la limite supérieure des forêts, dans les cantons qui avoisinent les grandes pâtures, les habitations ou encore le long des chemins ruraux fréquentés par les troupeaux.

Les chevaux et les ânes font moins de mal que les bêtes à cornes ; leurs dents coupent les jeunes pousses tandis que ces dernières les arrachent, ce qui est plus mauvais. Leurs pieds plus durs tassent plus le sol, cela est vrai, mais jamais ils ne sont réunis en troupeaux aussi nombreux et aussi compacts que les ruminants.

Dans les futaies régulières, plus les peuplements sont jeunes, plus ils ont à souffrir de la présence du bétail ; plus aussi on se rapproche du moment de la régénération, plus le pâturage est dangereux à cause du tassement du sol. Tout bétail doit donc être exclu des cantons en voie de régénération, dix ans, au moins, avant Tensemencément, et quinze ans ou vingt ans après la naissance des semis. Les bois d'âge moyen peuvent seuls être considérés comme^dé fensables ; par contre, c'est dans ces cantons que le parcours est le moins avantageux, car les peuplements y sont, en général, plus denses, le couvert plus épais et, par suite, l'herbe est plus rare et ses qualités nutritives sont presque nulles : le gros bétail se remplit, mais il ne se nourrit pas. De telle sorte que, en fait, si les troupeaux peuvent être admis dans les futaies régulières, c'est en restreignant la tolérance aux seuls cantons qui ne laissent qu'un mince profit aux titulaires de la jouissance pastorale.

Théoriquement, dans les peuplements jardines qui sont, sans cesse et partout, en régénération , le bétail ne devrait jamais pénétrer. Mais, toute la surface étant en même situation pour supporter les dommages, on peut admettre que, sur une étendue égale de forêts, le même nombre de bêtes ne sera pas plus préjudiciable aux futaies jardinées qu'aux futaies régulières. En général , l'herbe est aussi mieux distribuée et de meilleure qualité, de telle sorte que, si, dans les futaies jardinées, on a soin d'aménager les pâtures, de façon à laisser chaque canton se reposer à son tour pendant un temps suffisant , et de n'admettre qu'un nombre de têtes de bétail proportionné à sa

faculté produclive en herbe, le pàlui'age n'y sera pas plus préjudiciable que partout ailleurs. Le choix de rotations convenables facilitera cette réglementation.

On pourrait tenir un raisonnement analogue en ce qui concerne les taillis composés et les taillis simples, réguliers ou furetés.

On constate que les actions nuisibles du pâturage sur les régénérations varient suivant le tempérament des espèces cultivées : ainsi, les peuplements de sapin sont, à ce point de vue, moins exposés que ceux d'épicéa et surtout de pins et de mélèze. Dans les premiers» le semis s'installe et persiste sous des couverts sombres où la rareté de l'herbe n'attire pas les bestiaux; dans les autres, au cootraire, les semis ne se présentent que dans les parties claires oii Therbe est abondante, de sorte qu'ils sont sans cesse piétines et rongés.

Quand le sol est en penle rapide, qu'il soit d'une nature terreuse ou couvert de pierrailles, le parcours augmente les chances du ravi« nement ; dans le dernier cas, les bestiaux détachent les pierres roulantes qui, en tombant, occasionnent des blessures dangereuses au pied des arbres. C'est dans les régions à sol rocheux que le pâturage ast le moins à craindre à ces divers points de vue. On remarque également que les petits plateaux qui coupent les versants des hautes montagnes sont, bien qu'en meilleur sol, plus dégradés que les pentes elles-mêmes. Cela tient à ce que le troupeau adopte ces plates-formes pour lieu de repos; il s'y rassemble et y séjourne comme à Tétable.

325. Réglementation des parcours. — Il faut admettre que la jouissance pastorale et la culture forestière ne peuvent être conciliées, en même temps, sur une même surface. En tout état de choses, la première portera toujours un préjudice sérieux à la seconde. Le parcours doit donc être empêché, lorsqu'il est de nature délictueuse, et réglementé, lorsqu'il résulte d'un droit.

On s'assure contre les délits par une surveillance active et ocmstante sur les points les plus exposés. Il est également bon d'avoir une solide clôture entre les sols boisés et les pâturages voisins et même le long des chemins fréquentés par les troupeaux. Cette clô-

lure 901*8, suivant les cas, un fossé difficile à franchir, avec terres rejetées en rempart & l'intérieur du bois, un mur en pierres sèches, des baies vives, un landrage en bois brut ou un cordon de fil de fer uni ou façonné en forme de ronce ariificieHe.

Le droit au parcours sera soumis aux restrictions suivantes :

V On ne doit Texercer que sous la condition que les troupeaux, en quelque saison de Tannée que ce soit, seront sous la garde d'un berger ;

2* Les cantons en voie de se régénérer, soit par la semence, soit par rejets de souches seront fermés au parcours, ainsi que les jeunes coupes et peuplements qui ne sont pas encore hors de la dent des bestiaux ;

3* En montagne, la lisière supérieure des forèls contiguës au pâturage sera, autant que possible, interdite ;

4^ Le nombre des bestiaux admis au parcours sera proportionné à l'étendue des cantons défensables et aux ressources en herbe qu'ils présentent comme pâture ;

5* Le bétail ne devra jamais être introduit en forêt avant l'époque de la première apparition des herbes ;

6"" En aucun cas, les chèvres et les moutons ne seront tolérés dans les forêts susceptibles d'être soumises à im aménagement régulier.

Cette dernière réserve doit être strictement appliquée ; mais il ne faudrait pas en conclure que les chèvres et les moutons doivent être systématiquement exclus detoutterrain boisé ;ceh n'est pas praticable dans bien des circonstances. Il faut sinlplement comprendre que tout terrain boisé dans lequel ces animaux sont admis & exercer leurs ravages n'est plus susceptible d'être considéré comme un terrain capable de fournir régulièrement do bois. Toute dépense culturale y est désormais superflue ; ce n'est plus, en somme, un terrain forestier, car il est condamné à une dénudation certaine à plus ou moins longue échéance. Le mieux serait alors de le disposer en pâture ligneuse, comme cela est toujours possible, surtout dans les régions méridionales.

Dans les grands massifs montagneux et dans les pays neufs, le plus sage serait donc de désigner, à des altitudes diverses de façon

â!âO EXPLOITATION D£S FORÊTS.

à répartir les pâtures dans les saisons où ces régions sont accessibles» des cantons détachés des forêts soumises aux aménagements réguliers, pour les livrer exclusivement aux moutons et aux chèvres. Ces cantons seront choisis parmi ceux où la dénudation présenterait le moins de danger, au point de vue de la protection des vraies forêts et des autres propriétés, contre les éboulements, les ravinements, les avalanches, etc.; ils seront surveillés pour qu'on puisse, en modifiant les conditions de jouissance en temps utile, prévenir leur dévastation complète.

326. Le panage. — De tous les animaux domestiques, les porcs sont certainement les moins nuisibles à la forêt. Leur introduction exercée sous le nom de panage est même utilisée, dans certaines circonstances, pour donner gratuitement une culture aux surfaces mises en ensemencement. Dans ce cas, il est prudent de faire passer d'abord les troupeaux à travers les massifs d'âge moyen, dans lesquels ils peuvent sans inconvénient manger tous les fruits qu'ils rencontrent. Lorsqu'ils arrivent dans les coupes, leur appétit est en paitie apaisé et, cédant à leur instinct, ils fouillent le sol à loisir sans détruire une trop grande quantité de semence.

S 3. — Les concessions de menus ptvUuiis.

327. — Nature et importance de ces concessions. — La forêt renferme dans son sol et fournit spontanément un grand nombre de substances utilisables d'origine soit minérale , soit végétale, auxquelles on donne généralement le nom de metius produits. Ce sont, parmi les produits végétaux, les bois morts, les souches mortes, les morts-bois, la litière, les feuilles mortes, les herbes, les fruits, les champignons, les plantes herbacées diverses, pharmaceutiques ou autres, etc.. ; et parmi les produits minéraux : les piert^es roulantes, les pierres en place, les minerais, castines, sables, la terre de bruyère, la tourbe. Veau, etc.

Le plus souvent, ces menus produits sont concédés aux populations riveraines, moyennant des redevances évaluées, soit en journées de travail, soit en argent. On les considère comme inutiles à la

PROTECTIOiN DE LA FORÊT. 321

forêt, et les bénéfices, quelque modestes qu'ils soient, procurés par leur enlèvement semblent de l'argent trouvé. Il y a lieu de réagir contre cette opinion trop répandue, en France, dans le public et même dans le monde des forestiers ; car, dans bien des cas, ces concessions peuvent donner lieu à des abus fâcheux.

D'autre part, il faut constater que certains menus produits satisfont à un besoin réel pour les populations riveraines des forêts ; on soulèverait de justes réclamations en supprimant complètement ces jouissances et il serait d'une mauvaise administration de ne pas les tolérer. Mais il y a lieu de les considérer, non plus comme une source d'un revenu éventuel, mais, à la façon du parcours, comme un mal nécessaire. Quel que soit le point de vue auquel on se place, il est clair que de tels enlèvements, lorsqu'ils sont modérés, ne produisent jamais de préjudices bien sérieux, et ce serait folie de vouloir les supprimer radicalement. Ce qui est à craindre, ce sont les abus auxquels on se laisse trop facilement entraîner, lorsqu'on ne se rend pas un comporte bien exact des faits, et c'est mal comprendre l'hygiène de la forêt que de ne pas attacher à cette question l'importance qu'elle comporte. En forêt, comme ailleurs, les faits s'enchaînent naturellement et les plus petites causes peuvent avoir des effets désastreux : c'est ainsi, par exemple, que le parcoure ou l'enlèvement des feuilles mortes, en ralentissant la végétation , peuvent engendrer des invasions d'insectes. On sait aussi que, avant tout, la forêt demande à être tranquille ; or, la fréquentation des massifs et l'enlèvement d'une fraction de la couverture morte ou vivante ont pour conséquences nécessaires de diminuer la production de l'humus, d'amoindrir la densité des peuplements, d'augmenter enfin le degré de tassement et de dessèchement du sol : toutes causes qui sont de nature à changer rapidement en perte sèche pour le propriétaire, les prétendus bénéfices réalisés sous forme de menus produits.

11 convient donc, parmi ces concessions, de pouvoir discerner celles qui pourraient devenir dangereuses, afin de les supprimer en temps utile, ou tout au moins de les réglementer, en tenant compte des faits, partout où la prudence indique de les tolérer.

THAtrK bï. SVLV. ?1

328. Les menus produits végétaux. — L'enlèvement des bois morts sur pied donne lieu a de nombreux abus; aussi la jouissance du bois mort doit âii*e limitée au menu bois gisant, sans jamais permettre la coupe ou la rupture des branches sèches encore attachées aux arbres.

Les souches mortes, en se décomposant dans la terre, se transforment en humus ; elles augmentent ainsi la fertilité du sol et sa porosité. L'extraction n'en est utile ^e dans certains cas déterminés, par exemple : pour faciliter la régénération naturelle dans les futaies, celle artificielle dans les taillis sous futaie, ou encore pour empêcher le développement exagéré des insectes dans certaines forêts résineuses.

Les morts-bois contribuent, dans les peuplements jeunes, à couvrir le sol et à hâter la formation de l'état de fourré. Ils ne peuvent disparaître sans danger, même quand les grandes essences se sont constituées en massif au-dessus d'eux. Si, momentanément, et sur certains points, ils deviennent gênants, c'est sous forme d'opération culturale et non sous forme de concession qu'il faut s'en débarrasser. En dehoi-s des contrées où les incendies sont à craindre, le débroussaillement radical ou soutrage n'est jamais justifié (3âS-3â4).

La récolte des herbes, pour fourrage ou pour litière, ne doit être tolérée, à la faux ou à la faucille, que sur les chemins et les sentiers où les arbres font absolument défaut. Partout ailleui^, même dans les vides et clairières, elle ne doit être permise que par arrachement à la main. Il y a même lieu de l'interdire d'une façon absolue dans les parcelles en régénération; car ces herbes protègent les jeunes plants contre les ardeurs trop vives du soleil, et, quand , par leur présence, elles s'opposent à l'installation du semis, ce n'est pas en les fauchant qu'on améliorera la situation: il faut les arracher, en donnant au sol une légère culture, vers l'époque de la cliute naturelle des graines (302).

Dans le voisinage des grandes villes, l'enlèvement des mousses peut aussi prendre des proportions telles qu'il en résulte un véritable danger pour la forêt. C'est alors par wagons que la mousse y est ramassée ; le sol des forêts sans cesse piétiné, tassé, pelé, s'appauvrit graduellement, au point de ne plus pouvoir nourrir que do maigres broussailles. L'état déplorable dans lequel se trouvent cer-

tames foréls des environs de Paris n'a pas d'autres causes, et le temps n'est pas loin où il faudra cbercher, pour elles, un mode de traitement compatible avec des déprédations qu'on sei^a de plus en plus impuissant à empêcher.

Les graines forestières telles que : glands, faines, doivent être l'amassées à la main, sur le sol, dans les cantons où aucune régénération par la semence n'est à désirer. Le ramassage au moyen de râteaux, balais, est nuisible en ce qu'il déplace ou détruit la couverture. En aucun cas, si ce n'est pour son usage particulier, le pro* priélaire ne devra permettre la récolte des graines sur les arbres.

La récolte des baies comestibles telles que : fraises, framboises, myrtilles, etc., occasionne des piétinements et des ruptures de jeunes tiges parfois très préjudiciables dans les jeunes peuplements ; il est bon de soumettre ces tolérances à des restrictions, en ce qui concerne les cantons où elles ne pourraient être exercées sans dommage.

L'enlèvement des champignons comestibles ne présente d'autres dangers que ceux auxquels sont exposées les personnes qui les récollent, lorsqu'elles commettent des erreurs sur les espèces. L'un d'entre eux, la truffe, acquiert même, dans certaines régions méridionales, une importance assez considérable pour engager les propriétaires à disposer les peuplements dans les conditions les plus favorables à sa production, sans tenir trop grand compte des produits ligneux.

Quant aux plantes herbacées ramassées pour leurs vertus pharmaceutiques ou extraites en mottes pour une transplantation, il est clair que leur disparition est toujours limitée à un trop petit nombre de sujets pour que la forêt puisse en subir un dommage appréciable. Néanmoins, on entend les botanistes se plaindre, avec raison, de ce fait que, dans le voisinage des villes, les belles plantes sauvages disparaissent sans autre profit que celui réalisé par les maraudeurs qui en font, commerça. En effet, ces plantes, organisées pour vivre dans les conditions de sol et de couvert que leur ménage la forêt, périssent infailliblement dès qu'elles sont transplantées, en plein air, dans les jardins : si on a intérêt à cultiver certaines d'entre elles, c'est par la semence qu'il faut tenter de le fah e.

En aucun cas l'extraction des feuilles mortes sons forme de litière ne doit être tolérée.

329. Les menus produits minéraux. — Si, des matières végétales, on passe aux matières minérales, les inconvénients des extractions, pour être d'une nature différente, n'en sont pas moins réels.

Sur les pentes rapides, l'extraction des pierres roulafiles occasionne des éboulements de débris qui causent des plaies dangereuses aux pieds des arbres. Quand les matériaux sont extraits de carrières, il en résulte des défrichements qui diminuent la surface en production, non seulement tant que dure l'occupation, mais, après l'abandon des travaux, il faut souvent plusieurs révolutions pour que leur emplacement puisse rentrer dans le cadre du traitement appliqué aux parcelles environnantes. Ces dernières ont elles-mêmes à souffrir du voisinage des ouvriers, et, sur tout le périmètre des parties occupées, il se crée des lisières avec toutes les conséquences fâcheuses que l'on connaît.

Les exploitations en galerie, sous le sol des forêts, amènent l'ouverture de crevasses, des effondrements, des chutes d'arbres, des troubles nombreux dans la jouissance et des pertes sensibles pour le propriétaire de la surface. Il est nécessaire de tenir compte de tous ces faits lors du règlement des indemnités qui lui sont dues, soit par l'exploitant quand les marchés ont été consentis amiablement, soit par les industriels à (jui certaines législations spéciales confèrent des droits considérables. Enfin, s'il s'agit de concessions d'eaux, il sera bon de les limiter aux eaux courantes qui sortent de la forêt, en interdisant les travaux de captage qui pourraient assécher une partie plus ou moins étendue de la surface.

8 4. — Les incendies.

330. Les causes des incendies. — Les incendies dans les forêts sont occasionnés, le plus souvent, par des imprudences ou par la malveillance ; ils proviennent très rarement des effets de la foudre. Presque toujours le feu allumé sur le sol est alimenté par les matériaux inflammables qui s'y accumulent pendant les saisons de sécbe-

resse ; il se propage parfois sur de très grandes surfaces. Du niveau du sol, il peut s'élever jusqu'au sommet des arbres résineux dont les aiguilles gorgées de résine sont inflammables à Tétat vert, et alors, de proche en proche, des massifs considérables peuvent être entièrement dévastés. Rarement il gagne la cime des arbres feuillus.

Par un temps sec, si la saison est favorable, il suffit d'un fragment d'allumette ou d'amadou encore en combustion, d'une étincelle échappée du fourneau d'une pipe ou d'un cigare, d'une bourre enflammée par la décharge d'un fusil, d'une flammèche sortant du foyer d'une locomotive pour déterminer l'embrasement presque subit d'un espace trop étendu pour qu'un homme seul puisse l'éteindre.

D'ailleurs, le nombre des incendies et la gravité de leurs conséquences varient suivant les régions que Ton considère.

331. Régions montagneuses. — Sous le climat humide de la haute montagne, la couverture morte est toujours mouillée et le feu ne se propage pas facilement ; aussi, malgré la constitution des forets en massifs résineux, les incendies sont très peu à craindre. Toutefois, il ne faut pas abuser de cette apparente sécurité pour commettre des imprudences ; les feux qu'on allume volontairement en forêt doivent être surveillés, en montagne comme partout ailleurs ; il faut éviter de les placer sous le feuillage des arbres résineux dont les branches trop basses pourraient être atteintes par la flamme, et on ne doit jamais abandonner un brasier sans l'avoir éteint complètement.

332. Zone parisienne. — En plaine, dans la zone parisienne où les forêts sont en majeure partie peuplées d'espèces feuillues, l'incendie ne quitte guère le sol. C'est au printemps, quand les feuilles mortes sont desséchées par le vent de Nord-Est (vulgairement appelé le liâle de mars)^ que le feu est à redouter; le danger n'existe réellement que pendant quelques semaines, car il suffit que les herbes entrent en végétation pour préserver la forêt.

Le feu se propage en détruisant la couverture, il endommage les parlies inférieures des tiges et les portions de racines qui sont à dé-

couvert ; les jeunes tiges périssent ordinairement et il faut les receper ; les vieux arbres, par contre, en souffrent généralement peu. Poussé par le vent, le feu marche dans la même direction que lui; il s'avance tant qu'il trouve des aliments et aussi loin que le aiassif se prolonge, à moins qu'une pluie abondante, ou les hommes ne l'arrêtent.

Dans cette région, les incendies sont rarement occasionnés par la malveillance , personne n'ayant intérêt à détruire les forêts ; les dégâts constatés sont, le plus souvent, de peu d'importance.

Dès qu'un incendie est signalé, les populations riveraines doivent être mises en demeure d'accourir pour l'éteindre ; les hommes de secours seront munis de pelles, de pioches et de râteaux. Si l'incendie ne présente qu'un foyer peu actif et peu étendu, on éteint le feu en le piétinant, en le frappant avec des branches ou en le couvrant de jets de terre. Quand le foyer est trop ardent pour qu'on puisse rapprocher, il faut se transporter en avant du feu et dans sa direction; avec des râteaux, on débarrasse une bande de terrain de tous les matériaux combustibles ; cette bande est tracée perpendiculairement à la direction du feu et à une distance suffisante pour qu'on ait le temps d'achever le travail avant son arrivée ; il s'éteint alors, faute d'aliments. Si, néanmoins, la flamme cherche à franchir cet obstacle, on l'étouffé de nouveau, soit par le piétinement, soit avec des branches. Ordinairement il suffit de donner à la tranchée une largeur de 2 à 3 mètres.

L'incendie réprimé, on doit veiller sur le théâtre du feu jusqu'an moment où il n'y a plus à craindre de le voir se ranimer. Il faut remarquer aussi que le feu peut couver longtemps encore et silencieusement dans les arbres creux, dans les troncs pourris, dans les racines et qu'il faut l'éteindre parfois, soit en l'inondant, soit en l'étouffant sous des jets de terre.

333. Région des Maures et de FEsterel. — Sous les climats méridionaux et plus particulièrement dans la région des Maures et de l'Esterel et dans celle des landes de Gascogne, les incendies prennent souvent la proportion de véritables désastres. La fécondité du climat, la nature siliceuse des terrains, font naître à profusion sur

le sol des forêts des plantes sociales qui se dessèchent en été et couvrent la terre de matières inflammables. Les forêts en terrain calcaire, avec leur flore plus variée et surtout beaucoup plus riche en arbustes à feuilles persistantes, sont, à ce point de vue, beaucoup moins exposées que les précédentes. ^

« Dans les forêts des Maures, dit M. Faré *, sous le couvert léger des pins maritimes et des chênes-liège, qui, avec le châtaignier, forment la grande masse des peuplements, la végétation arbustive se développe sur le sol en buissons impénétrables, les cistes et la bruyère arborescente sont, de beaucoup, les espèces les plus dangereuses. Pendant la saison chaude, ce sous-étage, à l'état naturel dans tous les massifs de la contrée, parvient à un tel degré de dessiccation, qu'il suffit d'une étincelle pour produire la combustion. Lorsque le feu s'est déclaré, il se propage avec une rapidité plus ou moins grande suivant la violence du vent, et on est disposé à admettre que, si le mistral souffle avec force, tous les moyens employés pour combattre l'incendie sont, le plus souvent, inefficaces et dangereux pour les travailleurs. Dans ces circonstances, les cônes de pins seraient un agent de propagation des plus dangereux ; de nombreux témoins oculaires affirment, en efTet, que, sous l'influence de la chaleur de l'incendie, ces cônes encore verts éclatent et que leurs débris enflammés peuvent allumer de nouveaux foyers à plusieurs centaines de mètres de leur point de départ ; les flammèches et les fragments des écorces de résineux, qui pétillent sous l'action du feu, concourent au même résultat, de sorte qu'il n'est pas rare de voir Je nouveaux incendies se multiplier en dehors de la ligne où les travailleur combattent la marche du feu. Ces conditions font de l'arrêt de l'incendie une opération toujours déhcate. Le plus souvent, les secours, quelque dévoués qu'ils soient, restent impuissants contre les forces aveugles du fléau, et le feu ne s'arrête que lorsqu'il n'y a plus rien à dévorer. >

Ces incendies proviennent, pour la plupart, de l'imprudence des fumeurs, des chasseurs, des ouvriers charbonniers ou de ceux qui

1 . Enquête sur les causes fies incendies dans la région des Maures et de VEsletel, Imprimerie nationale, 1869.

pratiquent les écobiu^ges ; quelquefois aussi, ils sont allumés par la malveillance.

11 est rare que le foyer conserve la forme du feu courant sur le sol ; presque toujours il monte dans les cimes des pins et il entraine la mort de tous les arbres atteints, quand même il ne s'attaquerait qu'aux brindilles sèches et aux feuilles ou aiguilles; le plus souvent, d'ailleurs, les arbres ne sont consumés en entier que lorsqu'ils sont creux. Les cantons ainsi parcourus doivent être exploités , et , dans les massifs trop jeunes pour donner de la semence, les espèces feuillues reparaissent seules sous forme de rejets ou de drageons.

Le seul moyen efficace de diminuer les chances d'incendies est le débroussaillement. L'opération est malheureusement trop coûteuse pour qu'on puisse l'imposer à tous les propriétaires ; cette dépense est évaluée en moyenne à 80 ou 100 fr. par hectare, pour la première opéi'ation ; les débroussaillements ultérieurs, qui doivent être répétés à des intervalles de 5 à 10 ans, coûtent, suivant les difficultés locales, de 5 à 10 fr. par hectare. Dans l'impossibilité de détruire la cause des incendies, on a eu recours à une loi spéciale promulguée les 6 juillet-3 août 1870, pour en limiter les effets. Cette loi interdit l'usage du feu, même pour les exploitations forestières ou agricoles usitées sous la dénomination d'écobuage, taillards, issards et petit feu, en dehors des époques déterminées par des arrêtés préfectoraux. Elle prescrit, en outre, l'ouverture de tranchées garde-feti d'une largeur de 20 à 50 mètres entre deux propriétés conliguës et non débroussaillées. Sj celte loi était sévèrement appliquée, on pourrait en attendre de sérieux résultats.

334. Région des landes de Gascogne. — Dans \es landes de Gascogne\ les forêts sont de création récente ; elles sont en presque totalité peuplées de pins maritimes (|ue l'on résine. Gomme dans les Maures, les incendies se propagent sous l'influence de la végétation buissonnante extrêmement touffue et formée d'ajoncs, de bruyères.

1. Rapport de H. Faré. Enquête sur les incendies dans la région des landes de Gascogne. Imprimerie nationale, 1873.

de fougères et de diverses planles herbacées parmi les(|uelles il faiil citer la canche en gazon (Aira cespUosa).

Les causes des incendies sont les mêmes que partout ailleurs, mais ici il faut attribuer une beaucoup plus large part aux accidents causés par la circulation des locomotives sur les chemins de fer et aussi à la malveillance. On a constaté, en eifet, que, trop souvent, surtout dans les forêts plantées en exécution de Ja loi de 1857, les bergers allument le feu volontairement, dans le but de détruire un état boisé qui entrave la jouissance de terrains autrefois livrés au parcours. Les meilleures précautions à prendre sont encore le débroussaillement et l'ouverture de tranchées garde- feu peuplées d'essences feuillues et plus spécialement de chêne pédoncule.

335. Organisation des secours. — Quoi qu'il en soit, dans ces deux régions, le feu a déjà causé des perles immenses. Comme on est sans cesse exposé à de nouveaux ravages, il faut savoir comment s'y prendre pour arrêter la marche de l'incendie.

cAu premier signal, dit M. Faré*, il faut réunir sur le lieu du sinistre des travailleurs en grand nombre placés sous une direction éclairée et munis des instruments nécessaires. Mais, comme la population est peu dense, et les chemins aussi peu nombreux, il y a d'ordinaire bien du temps perdu avant que les secours soient organisés. Les habitants d'une commune une fois réunis devraient être placés sous la conduite d'un homme compétent qui imprimerait à tous les effortoune direction unique. 11 arrive souvent, en effet, que, par suite du défaut de commandement, les secours se divisent au grand détriment du résultat à obtenir, et la vie des travailleurs se trouve même parfois menacée. Le manque d'instruments de travail paralyse parfois le dévouement, et, à ce propos, on a fuit remarquer la convenance de placer dans les cantons habités un dépôt d'outils appropriés à ce genre de travail auquel peut participer toute la population. Les mesures à prendre consistent d'ordinaire à disposer les travailleurs sur une route ou sur une ligne de pare-feu parfaitement débarrassée de matières combustibles. Chacun d'eux est muni

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