Exécution des semis
340. Préparation du soL — Quand le boisement par semis direct est justifié (418), il est nécessaire, le plus souvent, de faire subir une certaine préparation au sol; car les jeunes plants naissants sont très exposés à être étoufTés au milieu de la végétation sauvage qui les environne et dont certaines espèces se propagent avec une rapidité telle, qu'elles onl vite raison des semis les mieux rqusâis. Quels que soient les terrains, ces envahissements sont d'autant plus à craindre que l'humidité du sol ou de l'atmosphère est plus abondante ; en terrain calcaire, ces espèces nuisibles sont très nombreuses ; en sol siliceux, pour être moins variées, elles n'en sont pas moins dangereuses, et l'une d'elles, la fétuque bleue (Molinia ceruleà), constitue, en certaines régions, un des principaux obstacles à vaincre pour les travaux de boisement. Ce n'est donc que dans des conditions tout à fait exceptionnelles qu'il est permis de semer en terrain naturel.
La manière de préparer le sol varie avec son état superficiel, ses conditions de couvert et sa composition minéralogique.
On connaît les précautions à prendre pour semer dans un terrain boisé (30-2).
Dans les friches, la règle est partout, et toujours, de débarrasser les pariies à semer de la végétation arbustive ou herbacée gênante ; puis de donner une culture variable avec la constitution du sol, en tenant compte de ces faits :
Que le défoncement est d'autant plus utile que le climat est plus sec et le sol plus sujet à la dessiccation , par sa nature et son exposition ;
Qu'il permet aux peuplements naissants de développer rapidement
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un enracinement profond qui le met à l'abri du dessèchement superficiel ;
Que, dans les stations où le3 accidents de gel et de dégel sont à craindre, la culture augmente les chances du déchaussement.
En loutes circonstances, il faudra veiller à ce que la graine se trouve en contact avec la partie de la terre la plus riche en terreau, parce qu'elle est en même temps la plus hygrométrique et la plus perméable ; on évitera donc le brassage complet de la terre, en ayant soin de remettre en place la couche superficielle, sans ramener à la surface la terre minérale pauvi'e des parties plus profondes. Le contraire a lieu quand il s'agit de plantations.
Pour profiter de l'humidité si nécessaire à la germination, il est bon de ne faire cette culture que quand le moment est venu de vépandre la graine.
341. Les différents modes de semis. — Dans l'exécution des semis, on distingue plusieurs méthodes dont les principales sont les suivantes : semis m plein, semis par bandes alternes continues ou brisées, semis par places, par trous, semis sur terrain non préparé.
342. Semis en plein ou à la volée. — Le semis en plein consiste à ensemencer régulièrement le terrain après en avoir nettoyé soigneusement toute la superficie, sinon les jeunes plants périssent dans les herbes.
Il se justifie quand le sol a déjà subi une préparation en vue d'une culture agricole, ou lorsque le travail ne coûte rien (extraction de souches ou de bruyères par des concessionnaires); il n'est applicable d'ailleurs que dans les terrains en plateau ou en pente légère ; en montagne, la terre ne saurait être ameublie en plein, sans dangers de ravinements. Il faut aussi que la graine soit à très bas prix; car, sous cette forme, le semis absorbe une grande quantité de semence.
D'ailleurs l'emploi de la charrue, mode qui, au point de vue économique, est le plus avantageux, permet, en même temps qu'on fait le semis de graines forestières, d'obtenir une récolle de céréales.
343. Semis par bandes continues ou brisées. — On divise la surface à reboiser en bandes parallèles plus ou moins larges et plus ou moins éloignées ealre elles, dont les unes sont cultivées et ensemencées, quand les autres restent en friches. Ces semis exigent moins de graines que les précédents, ils donnent aussi plus de facilité pour soigner les jeunes plants; ils joignent à cela l'avantage de permettre le maintien, dans les intervalles incultes, de la végétation naturelle dont Tabri sera d'un grand secours, dans certains cas, contre les effets du soleil, deè vents et des eaux pluviales.
Lalargeur des bandes cultivées est comprise entre 0",50 et 1 mètre ; plus le sol a de tendances à s'enherber, plus les bandes doivent être larges; on les diminue, au contraire, à mesure que la pente augmente. L'espace inculte varie de 1 à 3 mètres, suivant les essences employées, en tenant compte de ce fait que plus les bandes cultivées sont écartées, plus tard aussi se forme le couvert du massif.
Chaque fois que cela sera possible, les bandes seront ouvertes à la charrue, c'est* de beaucoup le mode le plus économique. Mais quand le sol est pierreux, peu profond, encombré de racines, ou si les pentes sont accusées, cette préparation se fait à bras d'homme.
Quand le terrain est plat ou peu incliné, il faut toujours ouvrir les bandes dans la direction est-ouest; la végétatipn des bandes incultes, aussi bien que le bourrelet formé par les terres provenant de l'ouverture des bandes, servent d'écran du côté du midi. Dès que les pentes atteignent 7 ou 8 p. 100, il faut nécessairement ouvrir les bandes suivant l'horizontale, c'est-à-dire suivant la direction perpendiculaire à la ligne de plus grande pente ; le fond des bandes cultivées doit aussi être réglé et nivelé avec un léger dévers du côté d'amont. Jamais les lignes ne seront ouvertes dans le sens des pentes.
En montagne, il est impossible d'obtenir des bandes continues parfaitement horizontales, à moins de frais supplémentaires et très superflus ; il peut arriver, dès lors, que, dans les bandes trop longues, les eaux s'amassent sur certains points et provoquent un commencement de ravinement. Dans ces conditions, il est préférable de briser les bandes, c'est-à-dire de ne les ouvrir que par tronçons de 5 à 6 mètres de longueur, séparés entre eux, dans le sens de leur
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direction, par des inleiTalles incultes de 4 ",50 à 2 mètres et même 3 mètres ; ceux-ci sont disposés de telle sorte que lé milieu de la bande cultivée dans la ligne supérieure corresponde avec le milieu de l'espace vide dans la ligne inférieure.
344. Semis par places. — Le sol est simplement préparé sur des places plus ou moins grandes, plus ou moins éloignées les unes des autres. Cette méthode demande peu de semences, peu de travail et donne la faculté de semer les graines sur les espaces choisis parmi les plus convenables. Mais les semis restent parfois irréguliers, surtout si quelques places voisines Tune de Taulre viennent à manquer ; ils sont de plus exposés à être, envahis par les herbes.
Ce mode est spécialement à recommander pour compléter les peuplements naturels clairières; pour introduire en mélange dans des régénérations naturelles des espèces qui n'y existent pas; mais il est suLlout en usage dans les travaux de reboisement des montagnes, sur les pentes rocheuses où la terre végétale n'apparaît que sur de petites surfaces disjointes. Les places les plus fertiles, cultivées avec des soins spéciaux, peuvent alors servir de pépinières volantes. Néanmoins il ne faudrait pas trop compter suj' ces plants surnuméraires, car souvent ils sont de qualité trop médiocre pour supporter la fatigue d'une transplantation et, de plus, lors de leur enlèvement, on risque fort de dégrader, en les déchaussant, les plants destinés à rester en place.
345. Semis par trous ou potets. — Ce genre de semis se fait en plaçant les semences une à une, ou en faible quantité, dans des trous plus ou moins profonds préparés à cet effet et symétriquement disposés. C'est de toutes les méthodes de semer celle qui coûte le moins, mais aussi elle expose à des insuccès nombreux, car les jeunes semis ont particulièrement à souffrir de l'envahissement des herbes.
346. Semis sur terrain non préparé. — Le semis en terrain non préparé ne s'applique qu'à un petit nombre de cas paruculiers.
Il est commandé, par exemple, dans la dune blmiche \[o\\i\(^ %d\A\i meuble et nu ne demande aucune façon.
LKS DliFÉRENTS MODES DE BOISEMENT. SU
On Ta aussi tenté^ avec plus ou moins de succès, dans les landes montagneuses, notamment dans celles du plateau central, aHu d'éviter les frais d'arrachage de la bruyère. Des semeurs parcourent toute la suiface à boiser, en jetant les graines à la. volée ; on les fait suivre par un troupeau de moutons. Ceux-ci secouent la bruyère et font tomber les graines sur le sol où leur piétinement les recouvre suffisamment. Il faut constater que les semis sur bruyère ont pro Juit autant de mécomptes que de résultats acceptables.
Le semis à la pioche n'est qu'une simplification du mode par trous ou potets. Le procédé consiste à soulei'er la couverture vivante d'un seul coup de pioche; puis, sur la terre émiettée, on répand une pincée de graines qu'on recouvre légèrement à la main, de façon à les cacher simplement à la vue.
Ce mode est surtout recommandable pour compléter les régénérations naturelles dans les terrains boisés ; il trouve également son application dans les friches, lorsque leur état d'ameublissement et l'humidité constante du climat les rapprochent des conditions préco* dentés ; ainsi, par exemple, dans les hautes altitudes ou, en toute autre région froide, quand le sol n'est couvert que d'un gazon court et qui reste vert toute l'année. 11 s'impose dans les ten*cs mobiles, croulantes, en partie dépourvues de végétation, où toute culture quelque peu étendue serait dangereuse. On cherche alors, pour les ensemencer, les points les plus stables, ceux soutenus par une touffe d'herbe ou abrités par un bloc, et on mélange avec la graine forestière la semence d'une plante herbacée rustique, à végétation rapide.
Souvent, au lieu -d'employer la pioche, on gratte simplement la terre avec l'extrémité d'un l)âton ferré : on dit aloi's que le semis est fait au bâton.
En terrain rocailleux où la terre fait complètement défaut, notamment au pied des escarpements rocheux, sur les cônes d'éboulis désignés, dans les Alpes, sous le nom de clappes, toute culture est impossible ; le terrain est d'ailleurs dépourvu de végétation gênante, on n'y rencontre que des mousses et des lichens qui se glissent entre les pierres, en lapissant leure surfaces de pinques plus ou moins étendues. On sème alore soit sur lu neige, soit sur le terrain nu.
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Le semis sur la neige se pratique en répandanl la graine, à la volée et en assez grande quantité, quand la neige est encore recouverte de névés assez résistants pour que le parcours n'en soit pas trop pénible. On choisit, autant que possible, un temps calme, par une belle journée de printemps, afln que les graines répandues dans la matinée puissent pénétrer de quelques millimètres dans la neige fondue par les rayons du soleil ; cela sufBt pour qu'elles ne soient plus balayées par le vent. Pour qu'on puisse compter sur an succès, il est indispensable que le terrain couvert de neige soit susceptible d'être reboisé par semis direct, c'est-à-dire qu'il ne soit pas exposé au soulèvement après la fonte des neiges. Il est évident que, partout où le déchaussement est à craindre, le semis sur la neige ne réussira pas mieux que celui fait sur ce même sol nu. C'est certainement pour ne pas s'être rendu compte de ce fait que bien des insuccès ont été reprochés, à tort, à ce procédé qui peut rendre de très utiles services ; car il permet, en même temps, d'opérer à une époque où tout autre travail est impossible, et d'utiliser tous les instants d'une saison de végétation très courte ; car les graines arrivent ainsi en contact avec le sol dans des conditions de macération éminemment favorables à leur prompte germination.
Lorsque, sur ces mêmes clappes, on sème à la volée après la fonte des neiges, il faut avoir soin de lancer fortement la semence par un mouvement de bas en haut, de façon à ce que les graines, pénétrant sous les pierres aussi avant et en aussi grand nombre que possible, soient ainsi préservées contre la sécheresse et Tentraînement par les eaux.
347. Quantité de graines à employer. — La quantité de graines à employer varie avec le sol, avec la pente et le climat local ; elle augmente avec les dangers qui menacent les jeunes plants pendant les premières années : sécheresses, gelées, ravages des animaux, etc.. Elle dépend enfm de la grosseur de la graine, du mode de culture donné au sol, de la qualité même de cette gi^aine et de la saison des semis.
Le tableau suivant renseignera sur les chiffres à adopter dans les conditions moyennes, pour ensemencer un hectare.
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