II. — Boisement kab plantation
ARTICLE l'REMIER Les plants.
363. Qualité des plants. — De même que la réussite des serais demande l'emploi de bonnes graines, pour assurer Tavenir d'une plantation, il faut avoir à sa disposition de bons plants.
Au moment de leur mise en lerre, les plants à employer, quelle que soit leur force, doivent présenter, autant que possible, les qualités suivantes :
1" Des racines complètes, touflues, régulières et surtout un chevelu fortement développé ;.
2° Une tige droite, régulière, une cime bien ramifiée et annonçant la vigueur ; des branches latérales proportionnées à Tàgc du plant ;
3** Le feuillage ou les bourgeons complets et bien constitués;
4^* Un âge convenable et des pousses annuelles vigoureuses lui correspondant ;
5** Un aspect sain ; la tige et les racines sans blessure aucune.
Mais toutes ces qualités, fussent-elles développées autant qu'on pourrait le désirer, deviennent inefficaces si le plant n*est pas frais, c'est-à-dire s'il n'est pas bien vivant dans son ensemble, ei si les parties Us plus grêles, les plus délicates du chevelu soiU restées trop longtemps exposées à l'action desséchante du vent et surtout du soleil.
364. Origine des plants. — 11 y a dillérents moyens de se procurer les plants forestiers. On peut : ou les prendre directement en foret parmi des semis naturels, ou les acheter au commerce, ou enfin les élever en pépinière.
Les plants extraits des peuplements naturels, ayant vécu en massif serré, sur un sol non ameubli, ont le défaut de manquer de chevelu, d'oflVir des tiges grêles, sans ramifications suffisantes. Gomme, gé-
néralement, ils sont nés sous l'ombrage, ils souffrent après la transplanlalion, lorsqu'ils sont exposés subitement à toutes les influences atmosphériques. D'ailleurs, le plus souvent, ils sont extraits sans soin, et la nécessité de les ramasser un à un empêche de les traiter convenablement.
Les plants qu'on se procure par voie d'achat sont élevés pour le commerce ; le producteur a plus en vue la quantité que la qualité. Fréquemment aussi, ils viennent de localités éloignées et souffrent du transport, quand ils ont été mal emballés. Parfois enfin, ils sont défectueux , par suite du manque de soin dans l'extraction, ililalgré ces défauts , ils valent encore mieux que ceux arrachés en forêt.
Les plants qu'on a élevés soi-même en pépinière sont de beaucoup les meilleurs, et c'est le seul procédé à recommander pour les obtenir, en grand nombre, dans des conditions économiques. La culture et les soins constants dont ils sont alors l'objet permettent de leur donner toutes les qualités requises pour l'emploi auquel on les destine. L'extraction des plants, si délicate en forêt, devient une opération facile et, en maintenant leurs racines entières et intactes, on assure la reprise d'une façon plus certaine.
C'est seulement en pépinière qu'on peut obtenir des plants de hautes tiges bien constitués.
365. Age et dimension des plants. — On distingue les plants en basses tiges, demi-tiges et hantes tiges. Les premiers sont des sujets toujours très jeunes ayant, en hauteur, depuis quelques centimètres jusqu'à 1 mètre ; les demi-tiges ont de 1 mètre à 2 mètres, et les hautes tiges dépassent 2 mètres.
Il est bien reconnu aujourd'hui que les plantations réussissent d'autant mieux qu'elles sont faites avec des plants plus jeunes. Aussi les demi-tiges et les hautes tiges ne sont utilisées que dans des cas exceptionnels : par exemple, pour boiser des terrains soulevés par la gelée, ou pour les plantations h faire sous forme d'amélioration dans les taillis sous futaie (304).
L'emploi de ces sujets sur de grandes étendues coûterait d'ailleurs trop cher : ce sont de véritables plantations de luxe, qui demau-
TIAITK DE SYLT. C3
(lent des précautions toutes spéciales, dont les détails nombreux ne peuvent trouver leur place que dans un traité d'arboriculture.
Il est donc, en général, convenable de planter des sujets de 2 ou 3 ans ; c'est même la règle à établir pour les essences résineuses. Les pins des climats chauds, à végétation très rapide dans la jeunesse (maritime, d'Alep, pinier) , se plantent à un an ou 2 ans au plus ; le pin sylvestre, le pin d'Autriche, le mélèze à 2 ans, TépicéaàSans et le sapin à 4 ans. Les feuillus (chênes, hêtres, érables, frênes , charmes) peuvent se planter à 2 ou 3 ans ; les- robiniers et les aunes à un an, quand les jeunes plants sont d'ailleurs vigoureux et bien conformés.
Les plants de basses tiges peuvent, le plus souvent, être extraits directement des planches dans lesquelles ils ont été semés ; mais certaines espèces, parmi les feuillus, de même que l'épicéa, parmi les résineux, ont parfois besoin, avant leur mise en place, d'être fortifiées par des repiquages ou rigolages pratiqués en pépinière. On désigne ainsi l'opération qui consiste à transplanter, en lignes bien régulières et suivant un espacement voulu, les jeunes sujets fournis par les semis, ce qui procure un chevelu plus abondant et, dès lors, des chances de reprise plus complètes. Cette préparation est indispensable et elle doit même être répétée plusieurs fois, si l'on veut obtenir des demi-tiges ou des hautes tiges bien équilibrées.
Suivant le nombre, l'espèce et la dimension des plants que l'on veut produire, suivant aussi la situation, la nature et l'importance des travaux à entreprendre, on est conduit à créer, soit des pépinières volantes ou locales, appelées, le plus souvent, à ne produire qu'une ou deux récoltes de plants, lesquels seront utilisés dans un espace restreint dont elles font généralement partie ; soit des pépinières permanentes ou centrales, qui ont pour but de produire des plants de tout âge et de tous genres, soit pour le commerce, soit pour de grands travaux de boisement dans une vaste région.
Les unes et les autres sont des terrains spécialement choisis et préparés pour y élever, en sécurité et dans les conditions les plus favorables à leur reprise, les essences nécessaires aux travaux de plantation.
ARTICLE DEUX Les pépinières.
1* LES PiPINlÈR£8 PERJf AJVBNTBS OU CENTAALB8
2 \". — InstalitUion d'une pépinière,
366. Capital d'installation. — La création d'une pépinière centrale est une véritable exploitation. Son installation demande d'abord une forte somme comme dépense de premier établissement; il faut, en outre, un fonds de roulement assez important pour l'exploiter et l'entretenir. Aussi, en dehors du commerce, c'est seulement lorsqu'un propriétaire entreprend sur son domaine des travaux de boisement sur une vaste échelle, qu'il doit se résoudre à une pareille dépense.
367. Choix de l'emplacement. — L'emplacement d'une pépinière permanente doit répondre aux conditions suivantes ^ :
l"* Se trouver dans une position aussi centrale que possible par rapport aux difl'érents cantons à reboiser et qu'elle devra approvisionner, en tout ou en partie ;
S*" Présenter un accès facile pour le transport des plants ainsi que des entais el des amendements à y employer ;
3*" Être à la portée de la résidence de la personne chargée d'en diriger Texploitation ;
4* Posséder un sol d'une fertilité moyenne ou meilleure encore, car elle doit produire des plants vigoureux et bien équiUbrés, très aptes à une reprise certaine et prompte ;
b"" Ne pas occuper des fonds bas et humides où les gelées et le déchaussement sont le plus à redouter ; mais , au contraire , des versants en pentes très douces, exposés, de préférence, à l'Est et au Nord-Est, afin d'éviter une trop grande précocité, au printemps, et un trop grand prolongement de la végétation, en automne ;
1. Landolt, La Forêt; manière de la rajeunir et de la soigner» 3* édition.
dÔG PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.
.6* Etre susceptible d'irrigation à l'eau courante, surtout dans les régions à climat sec ;
T* Présenter une surface aussi homogène et un périmètre aussi régulier que possible, permettant une bonne division et facilitant les clôtures.
11 faut ajouter que, quand on connaîtra d'une façon bien précise la destination à donner aux plants, on devra choisir un terrain qui, par sa constitution et sa base minéralogique, présente une certaine analogie avec les terrains à boiser ; car les plants d'une même espèce se constituent un enracinement variable suivant la nature du sol dans lequel ils végètent ; les racines produites en sol humide ne conviennent pas pour une plantation à faire en sol sec, toutes n'y fonctionneraient pas ; de même, des plants nés en terrain siliceux, léger, seraient mauvais pour boiser des sols argileux ou compacts. Sous ces réserves, on constate que les terrains siliceux, meubles, sont les plus avantageux pour l'installation d'une pépinière permanente : les travaux de culture sont moins coûteux qu'en terrain argileux ; ceux de sarclage plus faciles qu'en terrain calcaire ; les jeunes plants s'y forment d'ailleurs un chevelu très abondant ; enfin, un terrain neutre est toujours préférable, en ce sens qu'aucune espèce n'en est exclue. Il suffit, pour les unes ou pour les autres, d'ajouter, sous forme d'engrais ou d'amendement, les éléments nutritifs qui à un moment donné pourraient faire défaut. On crée ainsi des stations artificielles pour l'éducation d'espèces étrangères à la flore locale.
D'ailleurs, si les terres légères conviennent mieux pour la réussite des semis, une terre un peu forte sera préférable pour l'éducation des plants repiqués à élever en moyennes ou hautes tiges.
C'est une erreur trop répandue de croire que, pour établir une |)épinière, il faut éviter les terrains trop fertiles ; au contraire, on doit être assuré qu'un terrain de très bonne qualité formera des plants vigoureux, mieux pourvus de racines et d'une reprise plus certaine que celle des plants plus chétifs et mal nourris élevés en un sol trop maigre.
Si, dans les espaces dont on dispose, il ne se rencontre aucune parcelle présentant les conditions convenables, il vaudra mieux s'abs-
tenir ou se résoudre à chercher ailleurs un terrain favorable qui sera loué ou, mieux encore, acheté.
368. Division du terrain. — L'emplacement déterminé, on calculera rétendue à donner à la pépinière, en s'appuyant sur les données qui seront indiquées plus loin (373).
Le premier travail consiste à délimiter un certain nombre de grandes divisions par des chemins de 2" ,50 à 3 mètres de largeur permettant aux charrettes de circuler en tous sens. On partage chacune de ces sections en carrés ou en rectangles, d'une surface de 10 à 15 ares, séparés entre eux par de petits chemins de 1 mètre de largeur et accessibles à la circulation des brouettes.
On procède ensuite au nivellement des chemins grands et petits et on les combine de façon à rendre, d'une part, in offensif l'écoulement des grandes eaux pluviales et à permettre, d'autre part, l'irrigation des carrés. A ce point de vue, il sera avantageux, chaque fois que cela sera possible sans trop grands frais, de donner une horizontalité parfaite à chacune de ces surfaces. De la sorte, les eaux pluviales et celles d'arrosages pénètrent plus régulièrement dans le sol et tout danger de ravinement est écarté. Un usage général consiste à disposer la surface des carrés en saillie de 15 à 20 centimètres au-dessus du niveau des chemins ; dans les terrains meubles et filtrants, dans les climats chauds et secs, une disposition inverse serait certainement préférable. Les chemins tracés en relief n'occasionneront plus le drainage et ils serviront de barrage pour empocher l'écoulement des eaux de pluie ou de celles d'irrigation ; mais pour que cette disposition puisse être utilement adoptée, il est nécessaire, plus encore que pour la précédente, que la surface des carreaux soit parfaitement horizontale.
On fera bien, en quelque endroit retiré de la pépinière, tout en préparant les fosses à fumier et les pourrissoirs, de réserver, sur les points les plus humides, l'emplacement nécessaire pour l'installation d'une oseraie. Les meilleures espèces de saules à choisir pour cet usage sont les suivantes : Salix fragilis, S. viminalù, S. pentandra, S. Lamberliana. De même, il sera utile de planter autour des bassins d'irrigation quelques touffes de jonc (Jujicus
glaucus) destinées à fournir des liens ; dans les endroits secs des climats méridionaux, cette espèce sera avantageusement remplacée par le sparte {Ligeum spartum).
369. Préparation dn sol. — En tout état de choses, les carrés seront défoncés à une profondeur d'environ 40 centimètres (2 fers de bêche). Cette opération est absolument indispensable ; car, de sa bonne exécution dépend Tavenir de la pépinière. Le défonçement a pour but d'ameublir la terre, de la rendre plus perméable aux racines, à l'air, aux pluies, plus productive enfin. On ne saurait trop insister sur ce fait que la culture des plants forestiers en pépinière, comme l'arboriculture fruitière, ont beaucoup de points communs avec la culture maraîchère. Partout et toujours le sol doit être préparé de la même façon: c'est-à-dire, être profondément défoncé et largement fumé.
Le défonçement se fait, soit à la bêche, soit à la houe ou à la pioche. Quand cela est possible, l'emploi de la charrue sous sol est plus éconon^ique.
L'ouvrier qui travaille à la houe ou à la bêche ouvre d'abord une jauge de i mètre de largeur sur toute la profondeur du défonçement, et, pour faciliter les mouvement delà terre, il conserve toujours cet espace libre entre la ligne de défonçement et le jet des terres; celles-ci sont disposées, par couches, en talus à 45 degrés. Les moites sont mieux divisées, et celles qui échappent tombent au fond de la jauge, où il est facile de les briser. On répand ensuite les engrais bien également sur toute la pente des surfaces remaniées, en ayant soin de ne pas en laisser tomber dans le fond de la jauge, où ils seraient tout à fait inutiles. On procède ainsi, de proche en proche, par tranches de 20 à 25 centimètres d'épaisseur, jusqu'à l'exlrémité du carré que l'on nivelle avec la terre provenant de la première jaugea Les couches superficielles étant ainsi mélangées avec les plus profondes, la masse présente une compacité et une fertilité moyennes, en même temps qu'une égale richesse en engrais.
1. Gressent, Le Potager moderne. \^ édition. Paris, A. Ooin, 1875, page 209.
Tout en procédant au défoncement, on débarrasse le sol des plus grosses pierres ou pierrailles (tous les fragments qui dépassent la grosseur d'une noix devront être enlevés). Ces matériaux serviront pour l'assainissement et rempierrement des chemins ou sentiers.
Il est nécessaire de laisser à la terre le temps de se tasser ^vant de Tensemencer ; pour cela, on terminera le défoncementà la fin de l'automne dans les terrains à ensemencer au printemps suivant, et à la fin du printemps pour ceux destinés à recevoir les semis d'automne. Il suffira d'ailleiirs de donner un léger laboqr, quand le moment sera venu de semer les graines ou de repiquer les jeunes plants.
370. Engrais. — La question des engrais est tout à fait capitale quand il s'agit de pépinières permanentes. Car, si une pépinière qu'on installe dans un sol forestier nouvellement défriché peut, à la rigueur, fournir 2 ou â récoltes, le plus souvent, sans engrais, elle se refusera à en produire une quatrième ; le sol des pépinières est, en effet, exposé sans protection aux influences atmosphériques ; de plus, aucune matière fertilisante ne vient l'entretenir naturellement comme cela se passe dans les peuplements forestiers, c Quelles que soient leur nature minéralogique et leur fertilité première, dit M. Grandeau\ les terrains consacrés pendant de longues années à des semis feuillus ou résineux, qu'on exploite tous les deux ou trois ans (tiges et racines), s'épuisent comme les sols livrés à la culture agricole : les jeunes planfs d'arbres nécessitent des quantités de matières minérales bien supérieures annuellement à celles que les arbres eux-mêmes réclament plus tard. »
Ainsi, de toute nécessité, il faut fumer les pépinières à la façon des terres agricoles.
D'autre part, les analyses des terreaux de feuilles ont permis de constater que ces engrais, d'ailleurs suffisamment riches en potasse, sont extrêmement pauvres en azote (à peine s'ils en renferment 0.4-0 p. 1,000) et en acide phosphorique. Le terreau de feuilles et