Exploitation de la pépinière
377. Exécution des semis. — Pour les semis de toutes essences, on prépare le sol en planches parallèles, ayant une largeur de i ",20
I. Bartet et Vuilleniin, yole présentée à l'Académie des sciences séance du 27 février 1888).
et séparées entre elles par de petits sentiers de largeur variable. S'il a été possible d'orienter les grands carreaux de telle sorte que deux des côtés se trouvent suivant la direction nord-sud et les deux autres suivant la direction est -ouest, on tracera les planches parallèlement à ces derniers ; cette disposition sera avantageuse lorsqu'il s'agira de placer les abris (385).
Dans chaque planche, on peut semer en plein ; mais il est préférable d'adopter le système de sillons ou rigoles dirigés soit longitudinalement, soit transversalement, et espacés entre eux de 10 à 30 centimètres, suivant l'âge auquel on se propose de conduire les plants. Pour les résineux destinés à être plantés à demeure après leur deuxième pousse, une distance de 15 à i8 centimètres est généralement convenable.
On peut tracer les sillons soit à la binette, soit à la latte, soit à la planche. Les sillons tracés à la binette et à la latte sont ouverts dans le sens de la longueur, ceux à la planche dans le sens de la largeur.
378. Semis à la binette. — Quand on opère à la binette, on tend un cordeau dans toute la longueur de la planche et à 10 centimètres de l'un des bords ; avec la pointe de l'outil, on trace, le long du cordeau, un sillon de 2 ou 3 centimètres de profondeur ; on sème à la main et on recouvre la graine en nivellant le sol au râteau, puis on replace le cordeau à la distance convenable, et on ouvre un nouveau sillon ; ainsi de suite pour toute la planche.
379. Semis à la latte. — Â la latte, on opère de même, en employant des lattes de 3 à 4 mètres de longueur et de 2 centimètres d'épaisseur, qu'on dispose le long du cordeau et qu'on frappe à la masse, de façon à tracer dans le sol un sillon de profondeur égale à leur épaisseur. Les lattes pourvues d'une double gorge semblable à celle décrite ci-après, à propos de h planche bavaroise, présentent un sérieux avantage sur la latte simple.
380. Semis à la planche bavaroise. — La planche bavaroise se compose d'une planche en bois dur (chêne, orme ou frêne), de 3 centimètres d'épaisseur, d'une longueur égale à la largeur des bandes
368 PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.
(l'",20) et large de deux fois respacemenl adopté entre les rigoles. Sur la face inférieure de cette planche sont disposées deux paires de baguettes triangulaires espacées entre elles de la largeur entre les sillons, soit 18 centimètres, et distantes des bords de la planche de moitié de cette largeur, soit 9 centimètres. Chacune des baguettes juxtaposées a 3 centimètres de base sur 2 i/2 de hauteur. En appuyant la planche ainsi disposée sur un sol meuble et en la damant fortement, on imprime deux doubles sillons bien espacés et d'une profondeur uniforme. La graine, en tombant sur la crête de la double gorge, glisse à droite et à gauche et se répartit en deux rangs espacés de 3 centimètres.
Chaque chantier est muni de 3 ou 4 planches semblables que Ton juxtapose successivement, et une à une, dans toute la longueur de la bande. Ces petits appareils, qui nécessitent une terre meuble et saine, facilitent la besogne, économisent beaucoup de temps et donnent d'excellents résultats.
Dans les sols franchement siliceux, on peut employer un rouleau à semis muni de deux gorges présentant les mêmes dispositions que la planche bavaroise et donnant les mêmes résultats. Dans les terres argileuses ou collantes, qui encrassent les rainures, ces outils ne peuvent être employés.
Au fur et à mesure que Ton trace les sillons, on y répand la graine, à la main, aussi uniformément que possible, en faisant varier la quantité suivant la grosseur et les espèces. Pour les résineux à petites graines, comme : le pin sylvestre, le pin de montagne, l'épicéa, le sapin, le mélèze, il suffit qu'il y ait au fond de chaque rigole double du système bavarois une seule série de graines se touchant dans leur travere.
Dans les conditions ci-dessus indiquées, il faut environ de 3 à 5 kilogr. de ces graines par are, si elles sont de bonne qualité. 11 faudrait semer plus dru, si les graines étaient de' qualité moindre ou si on ne voulait produire que des semis d'un an.
Derrière le semeur marche immédiatement un autre ouvrier qui, muni d'une sorte de coffre en bois ou en tôle, rempUt les sillons d'un compost formé de moitié terreau et moitié sable ou sciure de bois blanc.
Les expériences poursuivies depuis quelques années à la pépinière de Bellefontaine ont permis de constater que l'emploi de la sciure pure, provenant de bois de toutes essences, sans excepter le chêne, donnait d'excellents résultats. La levée a été même plus complète et plus hâtive que dans le compost de terreau. La seule condition essentielle à remplir, c'est que la sciure soit bien saturée d'eau, au moment de l'emploi.
Quoi qu'il en soit, il suffît de rabattre la substance employée en couverture jusqu'au niveau du sol, au moyen du revers d'une pelle, pour que l'opération soit terminée.
381. Procédés spéciaux. — V Glands et châtaignes. Pour les semis de cosses graines qui demandent à être plus profondément enterrées que les précédentes, on trace, à la binetle, des rayons de 4 à 6 centimètres de profondeur et de largeur assez grande pour que deux ou trois graines puissent y entrer, placées de front.
Souvent, lorsqu'on sème les glands en automne, et pour éviter les accidents causés par la gelée, on les enterre jusqu'à 10 ou 15 centimètres de profondeur, sauf à décaper la surface au printemps. Ce procédé n'est pas à recommander, parce que, malgré les précautions prises, les graines se trouvent enfouies à des profondeurs inégales et la germination ne se produit plus uniformément. On voit des chênes lever jusqu'en juillet et même seulement au printemps suivant : ce qui nuit à la régularité des bandes.
Il vaut toujours mieux semer à la profondeur normale, et, dans les régions où la gelée est à craindre, couvrir les semis de paillassons ou de feuilles mortes qu'on enlève au premier printemps.
Quelle que soit la saison, une sage précaution à prendre immédiatement avant la mise des glands en terre, sera de les mouiller légèrement et de les agiter dans des sacs renfermant quelques poignées de minium rouge. Cette poussière minérale forme autour des graines un enduit qui les prései*ve contre les animaux.
2"* Faines. Le semis de faines demande des soins tout particuliers et le procédé employé par M. l'inspecteur adjoint Croisette-Desnoyer
TBAITÉ DE 8TLV. 24
370 PEUPLEMENTS ARTïnCIELS,
dans les belles pépinières de Fontainebleau se recommande à lous égards.
Au commencement de mars, on stratifié dans du sable, sur une aire bien saine, les fatnes conservées jusqu'alors dans un g:i'enier (339) ; c'est-à-dire qu'on les dispose par lits alternes de 2 centimètres d'épaisseur de faines et de 5 centimètres de sable.
On prend, autant que possible, du sable grenu, bien lavé ; en général, le sable ordinaire de rivière suffit. Les tas ne doivent pas être trop volumineux, on ne dépassera pas la capacité d'un demi-mètre cube ; on leur donne soit la forme d'un ciine, soit celle des cubes en usage pour les matériaux d'empierrement.
Le but étant de faire germer les fatnes, on entretient dans ces tas une humidité constante, on les arrose même, si la sécheresse l'exige. Généralement, suivant la température de l'air, trois semaines ou un mois après la stratification les germes apparaissent.
Quand les germes sont généralement sortis, sans attendre toutefois que leur longueur dépasse 2 à 3 centimètres, on sème dans des rigoles peu profondes, espacées entre elles de 20 à 30 centimètres ponr faciliter les binages. Le semis se fait assez clair et ne demande pas plus de 60 litres par are de terrain disposé en rigoles de 0'",18 d'écarlemenl ; on comble les rigoles avec le compost de coiiveilure. L'important dans celte manipulation est de ne pas donneraux germes le tcmpsde se flétrir: les faînes mélangées de sable passent, directement et immêdiatcmetil, du gennoir à la planche de semis.
Contrairement à la pratique consacrée par l'usage (352), l'inventeur du procédé recommande tout particulièrement de ne pas rechausser les tigelles des plauts ; car cette opération conduit à trop recouvrir les graines qui ne sont pas levées, ce qui relarde encore leur développement. On constate, en effet, que la germination des faînes, comme celle des glands, n'ayant jamais lieu en même temps sur un même point, il s'écoule souvent 15 jours ou trois semaines entre l'apparition des premiers plants et la levée complète. A partir de ce moment, des sarclages et des binages répétés entretiendront les surfaces toujours meubles et bien propres.
Les semis de bouleaux et ceux d'aunes se font en plein cl n'ont
pour ainsi dire pas besoin d'être recouverts ; il suffit de répandre à la surface une mince couche de terreau et de tasser légèrement la terre avec un revers de pelle. Pour réussir, Taune doit être placé dans des conditions telles qu'il puisse être constamment irrigué. Les bords humides d'un fossé conviennent très bien à ce genre de semis.
La graine de bouleau germe difficilement dans les terres dont la surface n'est pas parfaitement ameublie. Â défaut de terrain graveleux, on peut avantageusement semer cette essence sur les anciennes places à charbon. Le procédé suivant est également à recommander pour le répandage de la semence, quand il est possible de disposer de porte-graines dans les forêts voisines de la pépinière.
Avant la maturité complète des cônes, on coupe sur les arbres des branches de faible grosseur et abondamment pourvues de semence. Ces branches sont plantées en quantité suffisante sur le terrain à ensemencer; dans cette situation, les cônes achèvent de mûrir et la dissémination des graines se fait naturellement. Il suffit d'une pluie, nîême peu abondante, pour les coller sur la terre nue et, sans autre préparation, elles germent au printemps suivant. Ce même procédé peut être avantageusement employé pour le semis direct de cette essence.
On réussit également le semis de bouleau en répandant sa graine mélangée avec une quantité de sciure suffisante pour former sur le sol une mince couverture continue.
Dans aucun cas, il ne faut craindre d'exagérer la quantité de cette semence qui présente toujours une forte proportion de graines vaines.
382. Quantité de graines à employer. — Cette quantité doit varier, non seulement avec l'espèce, mais, pour une même espèce, avec la nature des plants à obtenir. Il faut semer plus dru pour utiliser les plants à un an que pour ceux employés à 2 ans, et, d'une manière générale, d'autant plus clair que les plants doivent rester plus longtemps en place. Cette considération est très importante, car un semis fait pour être extrait à un âge déterminé ne peut rester en rigole, au delà de cet âge, sans subir une perte considérable.
Pour les résineux, par exemple, qui végètent rapidement entre
372 PEUPLEMENTS AHTlFICltLS.
ta 3° et la 3' année, le déchet par suite de manijiic d'espace réduit d'environ moitié le nombre de plants récoltés à 3 ans, alors qu'ils étaient semés pour l'être à 2 ans. Aussi, malgré la dépense qu'entraîne le repiquage, il ne faut pas hésiter, si des circonstances indépendantes de la volonté empêchent d'utiliser les plants à l'âge voulu, à les extraire et à les rigoler en pépinière.
Pour les semis faits en rigoles et destinés à être extraits après leur 2' année, dans les conditions moyennes de sol et de climat, il suffit d'employer, par 1,000 mètres courants de rigoles, les quantités de graines ci-après :
U k T kllogr. (l'épicéa déiiallé.
5 â G — de pin sjlfeslre.
T k S — de oiilèie .
8 ti 9 — de pin noir d'Autriche.
:tO à 35 kilogr. de tipln peetlaé.
30 — de frêne.
aO — dérable.
Si les semis doivent être extraits après la première année, ces quantités pourront être augmentées d'un tiers.
On compte, par are, de 600 à 700 mètres courants de rigoles espacées entre elles de 15 à 18 centimètres, déduction faite des sentiers de 33 centimètres rései-vés entre chaque planche de i'jSO de largeur.
383. Saison des semis. — Quelles que soient les essences et les régions, le printemps est la saison la plus convenable. Suivant que le climat sera plus ou moins sec, on commencera plus ou moins tùl, pour profiter de l'humidité que l'hiver a accumulée dans la terre. A partir du 15 mars, dès que la terre est assez ressuyée à la surface, on peut profiter de tous les beaux jours pour semer, et il n'y a pas de temps à perdre, car, a ce moment, les travaux à faire pressent de tous ciUés dans une pépinière d'une certaine étendue.
384. Protection contre les oiseaux. — Depuis l'instant où la graine est mise en terre jusqu'après sa germination complète, elle doit être protégée contre les oiseaux qui se montrent très friands de certaines d'entre elles et plus spécialement des semences résineuses. Pour les éloigner, on fait circuler, tout autour des carres, un enfant
LES DIFFÉRENTS MODES DE DOISEMENT. olA
muni (l'un fouet qu'il fait claquer fréquemment, ou un garde arme d'un pistolet qu'il tire à blanc de temps en temps. Quand on peut se procurer à bon marché de vieux filels de chasse ou de pêche, on les utilise en les étendant à 30 ou 40 centimètres au-dessus des planches, mais en ayant soin de les tenir bien fixés contre terre sur tout leur pourtour et de fermer soigneusement tous les trous. Ces différentes précautions sont les seules efficaces, car les épouvantails ne produisent aucun effet.
385. Abris contre la sécheresse. — Dès que les semis commencent à germer, il est utile, pendant la première année, de les abriter et de les maintenir ombragés contre les grandes chaleurs.
D'une manière générale, on se trouvera bien de couvrir toutes les graines légères, toutes celles d'essences délicates, d'un léger paillis disposé immédiatement après l'exécution des semis.
Les abris peuvent être de différentes sortes : les uns sont formés par des tiges vivantes et plantées à cet effet le long des bandes ; les autres sont de simples écrans mobiles qu'on peut placer ou enlever à volonté.
Parmi ces derniers, les plus simples et les plus économiques sont des branchages de bois résineux ou de bois feuillus, coupés au moment où les feuilles sont déjà développées, que l'on fixe en terre le long des bandes et de façon à les abriter du côté du midi ; l'orientation des bandes dans la direction Est-Ouest facilite beaucoup cette opération. Ces branchages peuvent être simplement plantés sur ime ligne ou , mieux encore , sur les deux bords de la bande et entrelacés au-dessus d'elle en forme de berceau. Cette disposition fournit des abris d'une solidité à toute épreuve, mais elle augmente sérieusement la difficulté des sarclages. On peut aussi installer le long des bandes deux lignes de lattes parallèles supportées par des crochets de 60 à 70 centimètres de hauteur et sur lesquelles on étend les branchages.
Faute de pouvoir se procurer des branchages à proximité, on se sert aussi de toiles, de claies, de paillassons ; parmi ces procédés, à peu près également recommandables , il faut toujours choisir le plus économique.
$74 PËUPtEHEMTS ARTIFICIELS.
Comme abris vivants, on plantera le long des sentiers qui séparent les bandes, soit des boutures de saule ou de peuplier, soit des reuillus de demi-tiges, de manière à former une série de rideaux destinés à protéger les semis contre les dangers que l'on redoute. Ces plants, qui pourront être renouvelés tous les 3 ans, seront employés, au besoin, comme moyennes ou bautes tiges. On peut également, le long des bandes et du côté du Sud, semer une ligne de ieigle, de fèves de marais ou de toute autre plante annuelle à lige iroite et rigide, pouvant s'élever jusqu'à 60 ou 70 centimètres et Jont on obtiendrait une récolte utilisable.
Quelquefois on garnit les intervalles des lignes avec de la mousse raiche, si on peut s'en procurer à proximité. On attribue à cette ;ouverture les avantages suivants : 1° de garantir le sol contre le jurcissement superficiel et de diminuer te nombre de binages que es semis nécessiteront pendant l'été ; 2° d'empêcher, dans une lar^e nesure, la levée des mauvaises plantes et d'économiser ainsi une jartie des sarclages ; 3" de garantir les plants contre les fortes jluies et surtout contre la sécheresse, en conservant au terrain une partie de sa fraîcheur et de diminuer ainsi ou de supprimer parfois les arrosages. Par contre, la mousse présente les inconvénients de faire obstacle à l'influence bienfaisante des rosées et de servir de repère à une foule d'insectes.
386. Abris d'hiver. — Dans certaines régions et notamment en sol marneux, on perd beaucoup de plants pendant l'hiver par l'effet dn déchaussement. Ces accidents sont surtout à craindre pour les semis de l'année ; on les préviendra, en grande partie, en lecouvrant les semis, dès l'automne, d'un paillis grossier ou de feuilles sèches fixées par des branchages. Pour être efficace, la couverture doit être maintenue jusqu'au moment où les plants recommencent à entrer en végétalion ; i;ar c'est surtout au mois de mars que le déchaussement est le plus à craindre. Ouî"id il se produit malgré les précautions prises, on relève avec soin les plants renversés et on en rhabille les racines et les jeunes tigellesau moyen de terreau qu'on répand sur le sol en le faisant tomber en poussière à travers un tamis ; jamais on ne doit les brutaliser, en les renfonçant avec les doigts, comme
cela se fait trop souvent. On peut aussi buter la terre de chaque côté des rigoles, soit à la houe, soit avec des outils spéciaux.
387. Aigris contre let^ gelées printanières. — Partout où les gelées printanières sont à redouter, les jeunes plants déhcats et à végétation hâtive, notamment les sapins, les frênes, doivent être abrités au moyen de paillassons qu'on enlève pendant le jour, ou, plus simplement, de grandes toiles maintenues par des piquets à un mètre au-dessus du sol et qu'on peut installer ainsi d'une façon permanente, tant que cela est jugé utile.
Le gardien de la pépinière doit aussi être pourvu du matériel nécessaire pour la création de nuages artificiels.
388, Arrosages. Irrigations, — Dans les conditions où ils sont pratiqués habituellement, les arrosages ne sont pas à recommander. L*eau qu'on jette sur la terre, en grande masse à la fois, n'y pénètre que difficilement et s'écoule inutilement à la surface, pour peu que le terrain présente une pente, même légère. Un arrosage, pour être efficace, ne doit laisser arriver l'eau sur la terre qu'en quantité égale a celle qui peut être immédiatement absorbée, et l'opération doit se prolonger tant que la terre n'est pas saturée jusqu'à la profondeur pénétrée par les racines. Avec les ustensiles ordinaires dont on dispose, une telle opération serait trop onéreuse pour être appliquée à de grandes étendues. Au lieu de produire un effet utile, les arrosages incomplets encroûtent la surface du sol et, pour ne pas devenir nuisibles, ils doivent être suivis d'un binage. Les seuls arrosages convenables seraient ceux faits à la lance fixe qui projette l'eau en gouttelettes fines et qu'on déplace à volonté. Mais ces appareils coûtent cher, et on ne dispose pas toujours de la pression convenable.
Aussi, au Ueu d'arroser, il vaut mieux irriguer. La dépense de première installation nécessitée par l'établissement d'un système complet d'irrigation sera largement compensée par les économies qui en résulteront plus tard et par la meilleure quaUté des plants obtenus. Quand l'eau courante peut être amenée jusqu'au bord des planches, un ouvrier creuse, successivement, le long de chacune
37() PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.
Telles, un sillon dans lequel il dirige une petite quantité d'eau qu'il ' laisse assez longtemps pour que la bande entière soit imbibée ntre deux terres, par voie de filtration, sans que l'eau puisse ouler à la surface : ce qui serait nuisible et parfois dangereux, 'endant les années oi'dinaires, deux irrigations pratiquées à des poques bien choisies sont suffisantes pour entretenir en bon état le fratcheur un carré de serais. Dans les régions chaudes, le (iode d'irrigation par submersion , dans des coraparLiments bien livelés et entourés d'un bourrelet de terre, donne d'excellents ésultats.
389. Sarclage. — Le sarclage consiste en l'enlèvement de la vé- :étation herbacée qui se présente plus ou moins abondante dans outes les cultures. On doit sarcler la pépinière aussitôt que les mauaises herbes commenuent à poindre et avant qu'elles aient dévejppé de fortes racines ; quand ces herbes sont encore jeunes, on les rrache facilement à la main, surtout après une petite pluie; si on les
laissées grandir, il vaudra mieux les couper : l'arrachis ne pourra lins se fair<e sans danger pour les jeunes plants. Le point essentiel st de ne jamais laisser les mauvaises herbes monter en semence; le telles négligences sont impardonnables, car les graines mûres se épandent à profusion sur le sol et le terrain on est liuéralemenl emoisonné pour plusieurs années. A ce point de vue, il est important [ue les carrés vides, les chemins et les abords des pépinières soient arclés comme les bandes de semis elles-mêmes. Quand l'espacenent entre les lignes de semis est suffisant pour qu'on puisse y paserle fer d'un racloir, on fera facilement et économiquement le arclage en même temps qu'un binage.
390. Binage. — Les jardiniers prétendent que binage vaut arroage. L'opération consiste à donner au sol une légère culture, pour n ameubUr la surface. Elle a pour effet, en augmentant la perméalilité du sol, de faciliter l'absorption de l'air et des eaux de pluie, de ixer les vapeun cl les rosées, de ralentir l'évaporation , en un mot, le rompre la liaison entre In couche supéi'ieure et celle sous-jacenle : e qui fait remplir à la première le rôle de couverture.
391. Repiquage ou rigolage. — Le repiquage ou le rigolage est toujours une pratique très coûteuse, non seulement à cause de la dépense causée directement par l'opération elle-même, mais encore et surtout, à cause de la grande étendue de terrain qu'elle nécessite et dont l'entretien en bon état de production est très onéreux. C'est surtout en faisant les semis d'une manière convenable et dans des carreaux bien fumés qu'on se dispensera de ces repiquages ; car, le plus souvent, si les plants de 2 ans ne sont pas assez forts pour être plantés à demeure, c'est parce que l'engrais ou les soins nécessaires leur auront manqué. Aussi, malgré la supériorité incontestable des plants qu'il procure, le repiquage doit être l'exception pour les plantations de résineux en basses tiges ; il est au contraire la règle pour les moyennes et hautes tiges de feuillus.
Ces repiquages se font en pépinière dans des compartiments spéciaux qu'on nommait autrefois des bâlardières.
Qu'il s'agisse d'espèces résineuses ou feuillues, on emploie, pour être repiqués en pépinière, des jeunes plants âgés d'un an ou de deux ans au plus. On les arrache avec les précautions nécessaires pour ne pas endommager les racines; on en fait le triage pour écarter ceux trop grêles ou trop chétifs. Les racines de ceux qui sont reconnus de bonne qualité sont abritées avec soin contre le soleil, pour les préseiTer du dessèchement.
La mise en terre de ces plants se fait d'après l'une des trois méthodes suivantes :
1* Au moyen d'un plantoir à main dont la grosseur et la longueur sont proportionnées à la dimension des jeunes plants, on fait une série de trous alignés au cordeau , et régulièrement espacés ; dans chacuji de ces trous, on enferme un plant de manière que le collet de la racine se trouve au niveau du sol; on rebouche le trou au moyen d'une simple pression qu'on exerce avec le plantoir enfoncé à une faible distance de la première ouverture ; ce procédé s'applique surtout aux résineux d'un an.
2"* Avec une bêche, on ouvre, le long d'un cordeau, une simple fente qu'on élargit à sa partie supérieure en appuyant successivement à gauche et à droite sur le manche de l'outil ; dans cette fente, on glisse les plants, un à un, à la distance voulue, et on remplit
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avec du terreau ; on les fixe ensuite, en joressanl la terre, >oit avec le pied, soit avec la bêche.
it° Un ouvrier creuse à la boue une rigole alignée m cordeau. Un autre, le plus généralement tme femme, pose les plants, un à un, sn tes appuyant contre l'une des parois de la rigole que l'on a eu ioin de maintenir à peu près veiiicale ; pendant qu'elle les soutient ?Ai bonne position avec la main gauche, elle fixe les racines en l'efoulant, de la main droite, la terre meuble qu'on vient de retirer de la rigole. Il suffit, quand une planche est entièrement remplie , de donner un coup de râteau entre les lignes pour terminer la besogne. Cette troisième mélhode, de beaucoup préférable aux deux autres, s'applique aux plants de toutes dimensions.
L'espacement à donner aux plants varie avec l'emploi auquel on les destine. Si l'on ne veut que des basses tiges, l'écarlement entre chaque ligne pourra varier, suivant les essences, de 15 à âû centimètres et fespacemenl diuis les lignes de 10 à 15 centimètres. Pour les moyennes tiges, on devra augmenter ces dimensions et donner JO à 40 centimètres à l'écarlement des lignes et ^ à 25 centimètres i l'espacement des plants dans les lignes. Enfin, pour les hautes tiges, il conviendra de donner aux lignes au moins 50 centimètres J'ccartement et aux plants un espacement minimum de 40 centimètres. Pour ménager la place , on ne donne ces derniers espacements qu'après deux ou trois repiquages.
Il est entendu qu'au point de vue de la fumure, des sarclages, ies binages et même des irrigations, les planches repiquées seront întrelenues comme les planches semées.
392, Extraction des planta. — Lors de l'extraction des plants, an évitera de blesser les racines et les petites tiges ; aussi l'arrachage à la main doit-il être absolument proscrit. Le meilleur pro- :édo, celui qui est surtout facihté par le semis ou le repiquage en ligne, consiste à ouvrir, sur le bord des sentiers et tout contre la pi'emière bgne, une jauge assez profonde pour att^^indre l'extrémité inférieure des racines; puis, au moyen d'une bêche, ou mieui en-
LES DIFFÉRENTS MODES DtE BOISEMENT. 379
core d'une fourche à dents plates , on exerce une pression du côté opposé, de façon à renverser les planfe dans la jauge sans que la terre se détache dos racmes. Celles*ei restent absolument intactes quand il s'agit de jeunes plants résineux d'un ou de deux ans ; dès lors, il n'y a jamais besoin de les tailler ou d'en retrancher une portion quelconque. L'extraction est toujours suivie d'un triage qui permet , tout en comptant les plants , de rebuter tous ceux qui ne paraîtraient pas de bonne qualité. Celte opération doit être faite sous un hangar fermé ou, tout au moins, à l'abri de paillassons, pour éviter le contact d'un air trop agité ou trop chaud et, par suite, le dessèchement.
Les feuillus d'espèces pivotantes, les demi ou moyennes tiges s'arrachent beaucoup plus difficilement ; il faut faire des trous profonds et, malgré cette précaution, il es^ rare qu'on puisse extraire la racine tout entière. Dans ces conditions, la taille des racines se justifie ; mais l'opération doit se limiter à pratiquer une section bien nette, faite obliquement avec une serpette bien tranchante, immédiatement au-dessus des cassures ou des portions trop fortement lésées. En aucun cas , il ne faut rien retrancher aux parties saines , car les filaments les plus ténus sont les plus utiles.
Quand il s'agit de plants précieux ou délicats, le mieux est de les extraire et de les transplanter en motte; le surcroit de dépense que l'opération entraine est largement compensé par une reprise plus certaine et une végétation meilleure. D'ailleurs, quand on veut assurer la transplantation en motte d'un sujet quelles que soient ses dimensions , on procède de la manière suivante : dès le printemps qui précède la saison où se fera le déplacement, on creuse, tout autour de la tige et à une distance variable, entre 40 centimètres et 1 mètre, suivant la force du sujet et la nature de son enracinement, une jauge circulaire de la largeur d'un fer de bêche et de 50 ou 60 centimètres de profondeur. Cette jauge , taillée à parois verticales au moyen d'une bêche assez tranchante pour couper nettement les racines, est ensuite remplie avec de la bonne terre mélangée de terreau. Si on a soin de l'arroser plusiem*s fois dans la saison de végétation, il se formera, dans celte terre neuve, un chevelu abondant, et, quand le moment sera venu, il sera facile d'extraire la motte
380 PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.
sans occasionner de nouvelles lésions aux racines. Placé dans un trou de plus grandes dimensions que la motte et nivelé avec de la bonne terre, le sujet ne souffrira nullement de la transplantation.
393. Taille ou rhabillage des plants. — Quand les plants de basses tiges ont été convenablement arrachés, les racines sont suffisamment intactes pour qu'il ne soit pas nécessaire de les parer, à moins qu'il ne s'agisse de rabattre le pivot sur des sujets destinés à être rigoles en pépinière.
Quant aux branches des feuillus ou des résineux, il ne faut jamais y toucher. En effet, la règle est de ne mettre en place que des plants bien conformés ; ceux-ci n'ont pas besoin qu'on enlève quoi que ce soit à leurs tiges ou à leurs rameaux. La taille ne devient nécessaire que quand les plants sont mal équilibrés : tige trop grêle ou fourchue, rameaux insuffisants ou trop développés. Dans ce cas, il vaudra mieux opérer la taille dans la pépinière où ils auront été rigoles à nouveau, et n'en disposer qu'une année ou deux plus tard lorsqu'ils seront suffisamment refaits ; c'est ainsi qu'on est souvent conduit à receper les plants mal conformés, soit au moment de la mise en terre, soit une année après le rigolage.
394. Transport et emballage des plants. — 11 faut se persuader que de la bonne conservation des plants dépend, en grande partie, la réussite des plantations et ne jamais perdre de vue cet axiome important : moins longtemps les racines restent à découvert, mieux elles se consewent.
A partir de l'extraction jusqu'au moment de la plantation à demeure, les plants, surtout les résineux dontles racines sont très délicates, doivent être garantis des accidents de nature à dessécher leur chevelu ou à leur occasionner des lésions. Si les plants ne doivent pas être transportés loin, et si on juge inutile de les emballer avec soin, on les dispose, par bottes, dans un panier ou dans une brouette en les entourant de mousse humide, de ramilles ou de terre meuble. On recommande souvent de plonger les racines dans une bouillie liquide de terre grasse et, après les avoir entourées de mousse, de les emballer dans des paniers ou dans des caisses où on les humecte
légèrement; mais ce procédé a le grave inconvénient d'agglutiner les racines en pinceau et d'en provoquer la mise en terre dans des conditions tout à fait anormales.
Pour les espèces à feuilles persistantes, il est prudent d'entre-croiser les bottes de telle façon que les feuilles de l'une soient en contact avec les racines de l'autre, parce que les parties vertes pressées et accumulées en trop grande masse fermentent facilement. Il faut aussi éviter de faire voyager les plants par un trop grand froid ou une grande chaleur, pour prévenir les accidents 1res fréquents de gelée ou d'échaufferaent.
Si les plants extraits ne peuvent être expédiés ou plantés à demeure immédiatement, on creuse une fosse dans laquelle on les dresse et on couvre leurs racines avec de la terre fraîche : cela s'appelle mettre les plants en jauge. De même, dès leur arrivée à destination, les plants doivent être immédiatement déballés et mis en jauge.