PÉPINIÈRES VOLANTES OU LOCALES
395. Condition de leur établissement. — Les pépinières volantes suffisent largement à tous les besoins des repeuplements à faire, sous forme d'amélioration, dans les terrains déjà boisés, souvent même, bien qu'il s'agisse de terrains nus, les pépinières ne peuvent être établies que dans cette forme. C'est le cas, par exemple, pour les reboisements à exécuter sur le sommet des montagnes, en des climats rudes, dont les saisons de végétation ne correspondent pas avec celles des stations plus tempérées où les pépinières permanentes sont installées.
Les pépinières volantes s'établissent en pleine forêt, soit dans une petite clairière , soit à l'abri de grands arbres. Après avoir choisi l'emplacement convenable, on défriche le terrain et on le défonce, comme s'il s'agissait d'une pépinière permanente, sans toutefois y apporter d'engrais. On y fait des semis ou des repiquages, en vue d'obtenir les plants dont on peut avoir besoin dans les environs immédiats, et, quand la terre est fatiguée, on abandonne la place, après y avoir laissé autant de plants qu'il est nécessaire pour en assurer le boisement.
382 PEUPLEMENTS ARTIFiaELS.
Ces petites pépinières intelligemment disposées, présentent les avantages suivants: 4* elles ne doivent fournir qu'un nombre de récoltes assez faible pour qu'on puisse se passer d'engrais ; 2* elles offrent la possibilité d'élever, pour ainsi dire sur place et dans les conditions climatériques où ils doivent végéter, les sujets destinés à être plantés; elles suppriment ainsi les nombreux inconvénients des emballages et des transports à grandes dislances.
En montagne, les espaces de petite étendue, ayant la dimension de pépinières volantes , peuvent , par exception , être traités à la façon des pépinières permanentes à cause de la rareté des emplacements qui conviendraient à ces derniers.
ARTICLE TROIS ExécntioB des plantations.
396. Préparation du sol. — Pendant longtemps, on a considéré la culture du sol comme nuisible à la réussite des plantations forestières; l'on en donnait pour principale raison la lenteur avec laquelle se développent les racines des végétaux ligneux, la profondeur et la promptitude de la dessiccation dans les sols ameublis.
Aujourd'hui le principe contraire a prévalu : le raisonnement comme l'opinion des autorités les plus compétentes sont confirmés par la pratique. En effet, le défoncement est le seul moyen qui conduise à se rapprocher de Tétat d'ameublissement dans lequel se trouvent naturellement les sols boisés ; il permet aux racines de se développer assez rapidement pour traverser la couche superficielle qui se dessèche complètement en été et pénétrer en temps utile dans la zone qui se maintient toujours fraîche. L'opération est d'autant plus utile que la région est plus chaude et plus sèche. « Lorsqu'un sol n'est point cultivé, ditM. Mathieu*, toutes les parties en sont intimement liées les unes aux autres ; le dessèchement se propage rapidement de haut en bas, jusqu'à une grande profondeur. Si la surface est cultivée, au contraire, celle-ci peut se dessécher, sans
1. Reboisement et regazonnement des Alpes, page 48. Paris, Imprimerie nationale, 1875.
doute, mais elle n'a plus de liaison intime avec les couches sous-jacenles et, loin de faire appel à leur humidité, elle fait Teffet d'une couverture protectrice qui transmet peu la chaleur et maintient la fraîcheur au-dessous d'elle. Si l'air contient de l'humidilé, la terre, rendue poreuse, l'absorbe aisément; s'il pleut, au lieu de laisser ruisseler l'eau à la surface tassée, comme cela se produit sur les déclivités, elle s'en imbibe; enfin, rendue inégale par la ailture, la terre possède un grand pouvoir de rayonnement et se couvre d'une abondante rosée. »
A la rigueur, on peut se dispenser de cultiver le sol dans les terres naturellement très meubles, dans les sables sans consistance ; de même dans les forets constituées où la terre a bois est déjà préparée de longue date ; enfin dans les terrains enherbés où la présence d'un tapis continu de plantes basses, se maintenant en végétation pendant toute la saison d'été, fournit ce même ameublissement superficiel. En toutes les autres circonstances, la culture doit être considérée, le plus souvent, comme indispensable, toujours, comme avantageuse.
On procède aux façons de la terre par les moyens ordinaires les plus économiques dans chaque région; on cherchera, par le brassage des couches, à donner à l'ensemble une composition moyenne et, contrairement à ce qui a été recommandé pour les semis (340), il sera préférable de localiser la meilleure terre dans les zones profondes où les racines vont être appelées à fonctionner immédiatement.
La culture en plein n'est jamais nécessaire, elle peut même présenter certains inconvénients; en effet, dans les pentes rapides, un sol trop ameubli est exposé à être entraîné par les eaux ; de plus, l'expérience indique que les dégâts du ver blanc sont bien plus à redouter dans un terrain cultivé que dans ceux qui ne l'ont pas été.
L'ouverture de bandes continues n'est avantageuse que pour des plantations de hautes tiges dont la mise en terre demande de larges défoncements ; elle est inutile lorsqu'il s'agit de basses tiges. Les dégâts du ver blanc y sont d'ailleurs à craindre, comme dans les cuU tures en plein.
Au point de vue économique aussi bien qu'au point de vue cultu-