‹ Traité de sylvicultureChapitre 117 sur 128 · i I>EUPLEHt:NTS ARTIFICIELS · texte numérisé non relu

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bI, c'est à la préparation du terrain par trous ou potets <(u'il faut lonner la préférence.

397. Disposition des plants. — Ces trous seront disposés suivant li tracé des figures géométriques : triangles, carrés ou quinconces, le manière à ce que les plants puissent se retrouver facilement, soit >our les nettoyer, soit pour remplacer les manquants ; la plantation n quinconce, à l^.SO de dislance dans les lignes espacées enlre Iles de 2 mètres , est avantageuse pour tes essences résineuses de iimiére ; elle emploie seulement 3,333 plants par hectare. Quelle lUe soit la disposition adoptée , les emplacements des trous sont léterminés à l'avaDcc au moyen de cordeaux à nœuds tendus à cet ffet dans les lignes jalonnées.

Le tableau suivant doime le nombre de plants à l'hectare, dans is limites les plus oïdiaaires des écaitemeols entre les lignes et ntre les plants d'une même ligne.

398. Confection et dimension des trous. — La dimension des -ous est subordonnée à celle des plants : il suffit que les racines uissent y être étalées dans leur position naturelle.

On fera en sorte de leur donner la même largeur au fond qu'à ouverture, en évitant la forme en entonnoir; le fond en sera louui's élargi et ameubli.

En extrayant la terre au fur et à mesure du défoncement, on la isposera en lots séparés, suivant ses différentes qualités. Les gazons

seront mis à droite, par exemple, la terre fine qu'ils recouvrent immédiatement, à gauche, la plus mauvaise terre du fond, en avant; on aura ainsi sous la main, au moment de la plantation, les matériaux tout prêts pour en disposer au mieux de l'opération. Les grosses pierres seront également conservées près des trous pour être utilisées comme il sera dit plus loin (404) ; dans les terrains en pente rapide , elles pourront être amoncelées , à la main , en forme de talus ou de mur de soutènement du côté d'aval. En plaine, ces petits amas se feront de préférence du côté du midi.

399. Saison de la préparation des trous. — Dans les terrains meubles, secs, filtrants, les trous peuvent être ouverts au moment de la plantation ; dans ceux plus ou moins compacts, ils seront ou- Terts une saison à l'avance, de façon à profiler de Tameublissement naturel que donnent la gelée et la sécheresse.

400. Mise en place des plants. — Observation générale. Tous les ouvriers planteurs doivent être munis de paniers dans lesquels les racines des plants sont soigneusement recouvertes de terreau frais ou de mousse humide ; jamais les jeunes plants ne doivent rester exposés à l'air et il ne sufiît pas, comme cela se fait trop souvent, de les abriter dans la poche d'un tablier. Le maintien du chevelu à l'état frais est la condition la plus importante pour la réussite : on ne saurait trop insister sur ce point. Tous les plants seront donc soigneusement mis en jauge, en attendant leur emploi. Dans l'organisation des chantiers, pour éviter les pertes de temps, il sera avantageux d'adjoindre aux planteurs un certain nombre d'enfants , chargés d'aller prendre à la jauge , dans des paniers de rechange , les provisions nécessaires pour remplacer les paniers vides.

401. Plantation à racines nues. — Chaque trou est garni de la manière suivante : l'ouvrier commence par jeter au fond une poignée du gazon desséché déposé à sa droite ; puis il prend un plant dans le panier (en ayant soin de ne pas découvrir les autres) et , de la main gauche , il le soutient contre la paroi du trou qui lui fait

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face \ à une hauteur telle que le collet de la racine se trouve exactement au niveau du sol en place; de la main droite, il étale les racines en position normale dans toute la largeur du trou, puis les fixe au moyen de la terre meuble qu'il trouve à sa gauche et qu'il emploie ainsijusqu'à épuisement. Enfin il achève de combler avec la terre la plus grossière amoncelée en avant ei qu'il tasse légèrement avec le pied. Aux expositions brûlantes, dans les sols sujets aux soulèvements par la gelée , les grosses pierres dont on pourra disposer seront avantageusement placées sur le sol remué, et tout autour de la tige du jeune plant.

En comblant le trou, pour tenir compte du foisonnement , on donnera à la surface la forme d'une butte élevée de quelques centimètres au-dessus du sol en place ; on évitera ainsi le décliaussemenl qui résulterait du tassement.

402. Plantations en mottes ou en gazons. — La plantation en mottes ou en gazons consiste à découper, dai^s des carreaux de pépinière semés en plein, des mottes de 8 à 10 centimètres de côté qui sont enlevées avec la terre et disposées en cette forme dans des trous préparés à l'avance. Ce mode de plantation, qui a l'avantage de conserver le chevelu dans un état de fraîcheur parfait, a l'inconvénient d'employer inutilement un trop grand nombre de plants, d'augmenter considérablement les frais de transport, et d'appauvrir le sol des pépinières ; aussi n'est-il employé que pour les plants extraits directement en forêt parmi les régénérations naturelles ou parmi les plants surabondants dans des régénérations artificielles.

Malgré le surcroît de dépense considérable qu'entraîne ce procédé, on est obligé d'y avoir recours dans les situations difficiles: notamment dans les très mauvais sols, dans les rocailles où les plants à racines nues périraient nécessairement. S'il existe des jeunes semis ou des plantations récentes dans les environs, on peut, quand la terre offre assez de consistance pour se maintenir en mottes, enlever celles-ci sous forme de calottes hémisphériques

1 . Dans les terrains en pente, il faut faire Tinverse, c'est-à-dire appuyer le plant sur la paroi du côté d'aval ; on évite ainsi le déchaussement par Férosion des eaux.

de 20 à 25 centimètres de diamètre. Mises en place, même dans les clappes (345) ou dans les marnes exposées au déchaussement, la reprise en est à peu près certaine*. Il n'en est plus de même quand la terre est trop meuble pour supporter le transport sans que la motte soit brisée.

403. Plantation par touffes ou par bouquets. — M. Demontzey recommande, au lieu de planter par pieds isolés, de réunir dans un même trou une toufTe de 3 à 4 plants. Suivant cet habile praticien, ce mode présente le double avantage d'être le plus économique et le plus sûr de tous les moyens employés.

« D'une part, en effet, il augmente considérablement les chances de succès d'une plantation et épargne ainsi de nombreux regarnissages, non seulement coûteux et souvent difficiles, mais encore dangereux pour les plants qui ont bien végété, à cause du passage des ouvriers sur des pentes souvent très fortes.

€ D'autre part, il permet d'espacer davantage les plants, et par suite de diminuer la dépense à l'hectare. Car ces touffes forment au début une sorte de petit massif dans lequel les plants se soutienhenl mutuellement, ce qui leur permet d'attendre plus longtemps et sans danger le moment où le massif général se constituera.

c On a fait à ce mode l'objection que si les plants réunis ainsi en touffes venaient à pousser tous également, ils ne tarderaient pas à s'affamer mutuellement et à produire des arbres grêles, incapables d'une longue durée. A celte objection, on peut répondre d'abord quela/on/fô n'implique pas nécessairement* un grand nombre de plants, et que dans les limites que nous posons, c'est-à-dire de 2 à 4 plants par touffe, ce danger devient illusoire.

« Mais, bien plus, une longue expérience a démontré l'inanité de ces craintes. Il est rare, en effet, que 2, 3 ou 4 plants poussent, dès le début, avec une vigueur identique ; le plus souvent, l'un d'eux prend le dessus et, quand le massif général se produit, il demeure seul. D'autre part, bien souvent, un seul plant, deux au plus, re-

1 . A Taide de ce procédé, M. TinspectGur Carrière a obtenu les plus beaux succès dans les condUions les plus difficiles du périmôlre de Seyno (Basses-Àlpçs).

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prennent avec vigueur, les autres viennent h mourir, soit immédiatement après la plantation, soit un an après, de sorte qu'en dernière analyse, on se trouve dans les conditions de la plantation par brins isolés, mais avec des chances de réussite bien plus complètes. Enfin, il serait toujours facile d'obvier à peu de frais à l'inconvénient d'une égale pousse, s'il venait à se manifester'. >

Ce système peut être justifié dans les conditions extrêmement diffi- :;iles que présentent les boisements en montagnes, car lorsqu'il s'agit de créer des forêts de protection, il faut réussir à tout prix et le plus tôt possible. Mais il semble ne devoir être appliqué systémaU- {uement qu'aux essences d'ombre, qui acceptent l'état serré comme: e sapin, l'épicéa, le hêtre.

il se justifie moins lorsqu'il s'agit des espèces résineuses de umière, c'est-à-dire, du mélèze et des pins. Quand la plantation >ar touffes réussit, ce qui se présente le plus généralement lorsque 'opération a été bien faite, les 3 ou 4 sujets réunis sur le même )oint se gênent singulièrement. Un seul domine, cela est vrai, mais es autres, à cause même de leur végétation mauvaise, sont très ex- )Osés aux dégâts des champignons. Le mal qu'ils propagent s'étend )ientôt aux tiges les plus vigoureuses, dont la mort entraîne de rentables désastres. Les faits ne manquent pas à l'appui de cette ibservation. Au printemps 188(>, les dégâts du Peridermumpini ont ité constatés dans le périmètre de Barèges (Hautes-Pyrénées) sur des )ins de montagne qu'on avait omis de desserrer en temps utile; des )lantalions voisines, faites par pieds isolés, étaient à peu près ialemncs. Semblables accidents ont été signalés depuis sur bien d'aures points, notamment dans les Basses-Alpes.

Si donc des circonstances locales font choisir la plantation en ouffes, qui présente l'avantage réel de permettre aux plants de nieux résister au poids de la neige, certaines précautions sont né- :essaires: il faut, tout d'abord, se rendre un compte exact de la értilité relative du terrain et réunir les plants en touffes d'autant lîoins nombreuses que celui-ci est plus pauvre. Dans les marnes loires des Alpes, par exemple, à peine assez nutritives pour entretenir

1. Étade sur les travaux de reboUement des montagaes, page 2?T.

la vie chez un seul sujet, 3 ou 4 s'affameront nécessairement; il faut alors surveiller avec le plus grand soin les ouvriers planteurs, qui, dans une bonne intention, exagèrent souvent la grosseur des touffes: il n'est pas rare de rencontrer 8, 10 sujets et même plus, plantés en un seul bouquet. On doit ensuite suivre avec soin la marche de la végétation et procéder au dépressage dès qu'un état de gêne se manifeste ; car, si on attend trop longtemps , il devient difficile de distinguer les sujets les plus forts des plus faibles et tous risquent de disparaître. L'embarras est encore augmenté par l'élagage que des plants d'égale force se font subir mutuellement ; on n'ose plus alors isoler aucune de ces tiges trop grêles pour se soutenir seules. Lorsque ce fait se présente, le mieux sera d'ébi^ancher complètement, au point de les tuer, un certain nombre de sujets choisis parmi les plus défectueux et dont les tiges nues serviront de- tuteurs à celles d'avenir , jusqu'au moment où celles-ci se seront refait un appareil normal de feuillage. Une telle opération faite en plusieurs fois pourra sauver bien des plantations aujourd'hui compromises; mais elle est délicate et ne saurait être confiée à des manœuvres. En tenant compte de tous ces frais, il est fort probable que la plantation en touffes entraîne parfois à des dépenses aussi considérables que celles occasionnées par les remplacements dans des plantations bien faites, par pieds isolés.

En résumé, dans les conditions moyennes des boisements à faire dans les climats tempérés, il faut économiser les plants dont la valeur est un des principaux facteurs de la dépense ; on atteindra des résultats satisfaisants, en ne se servant que de sujets isolés poui^us de bonnes racines et bien plantés.

404. Plantation en butte. — La plantation m butte, suivant le système de M. le baron de Manteuffer, a l'inconvénient de coûter très cher de main-d'œuvre ; c'est une véritable plantation de luxe. D'ailleurs elle n'est applicable qu'en forêt ou du moins à proximité de terrains déjà boisés et pouvant fournir à un prix abordable la quantité énorme de terreau qu'elle nécessite, quantité qui peut être évaluée

1. L'Art déplanter, par M. le baron de ManteulTel. Tradait par S. P. Stumper. Paris, Rothschild, 1868.

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à 4- mètres cubes par mille plants, soit au minimum 46 à 20 mètres cubes par hectare. Ce procédé n'a du reste été imaginé que pour boiser les terrains tourbeux dans lesquels on ne poun*ait planter directement ; la butte forme ainsi Uh sol d'apport tout artificiel dans lequel s'enracine le jeune plant.

Quand des conditions analogues se présentent, on peut employer la méthode de Biermann qui conduit à peu près au même résultat d'une manière infiniment plus économique.

On trace à la charrue, à 70 ou 80 centimètres de distance, deui sillons ouverts en sens opposé, de telle sorte que la terre en soil versée sur l'intervalle inculte entre les deux sillons. On forme ainsi une série d'à-dos réguUèrement alignés, espacés entre eux de deux mètres, par exemple, et sur lesquels on plante, à distance convenable, dans une terre assainie, ameublie par l'insolation et enrichie par les débris de la végétation herbacée.

Cette préparation doit être faite quelques mois avant la plantation, de façon à laisser au gazon renfermé dans les buttes le temps de se décomposer.

405. Plantation en corbeilles. — Le procédé consiste à creuser un trou en forme de tronc de cône renversé, ayant de 60 centimètres à 1 mètre d'ouverture et de 25 à 35 centimètres de profondeur. Tout autour des parois de ce trou, on place une série de basses ou moyennes tiges (généralement des feuillus) espacées entre elles de 10 à 15 centimètres et disposées à la façon des baguettes qui forment la carcasse d'un gabion. On rempUt ensuite le trou avec de la terre meuble, mélangée de terreau si cela est possible. Pour les sols exposés au soulèvement par la gelée, on couvre la teiTe rapportée avec de grosses pierres; celles-ci conservent l'humidité en même temps qu'elles fixent la surface.

La reprise des plants est assurée et, en espaçant ces trous de plusieurs mètres entre eux, on crée une série de petits îlots de verdure. Si on a pris soin de planter des espèces susceptibles de se propager par le marcottage, la végétation s'étale rapidement en zones concentriques et s'avance en raison du carré des diamètres de chacun de ces cercles mobiles : bientôt tous les intervalles se trouvent boisés.

Ce ttlode, imaginé par M. Tlnspecteur des forêts Carrière *, a été employé par lui dans les atterrissemeilts du fond du lit des torrents et des ravins où, complété par le marcottage, il a produit des résultats parfaits dans des sols qui, au delà de la couche la plus superficielle, étaient encore réfractaires à la végétation ligneuse. Il serait applicable dans maintes circonstances.

406. Plantation en terrain non préparé. — La plantation en terrain non préparé est de beaucoup la plus économique; on se contente de pratiquer dans le sol un trou ou une fente de dimension proportionnée à celle des racines des sujets à planter ; dans ce trou dirigé soit verticalement , soit obliquement , suivant la profondeur du sol, on glisse les racines du plant, en ayant soin de les étaler aussi régulièrement que possible sans qu'elles restent jamais en pinceau ; puis on ferme la fente en pressant la terre soit avec le pied , soit avec l'outil qui a servi à l'ouvrir.

Si ce mode primitif a l'avantage d'être très économique, ses inconvénients sont nombreux; caries racines des sujets sont disposées dans un même plan et en situation toute différente de celle qu'elles devraient occuper normalement ; elles se trouvent dans un sol vierge et pauvre, trop loin de la couche d'humus superficielle où les jeunes plants naturels étalent de préférence leur chevelu. Ces racines ellesmêmes sont pressées souvent avec exagération, par des mouvements dont il n'est pas facile de mesurer le degré d'intensité et, dans les sols argileux, compacts, elles peuvent être privées de l'air nécessaire à leur respiration. La reprise peut être assurée ; car, on a peu à craindre les dégâts du ver blanc; on évite aussi le dessèchement; mais la végétation reste extrêmement lente : si les plants ne meurent pas, ils boudent, comme disent les pépiniéristes, et, dans cet état languissant, ils risquent d'être étouffés dans les herbes.

D'une manière générale, les résultats sont d'autant meilleurs que l'on emploie des plants plus jeunes et, partout où l'envahissement des herbes n'est pas à craindre, on se semra avec avantage de sujets feuillus âgés d'un an et de résineux âgés de 1 à 2 ans, suivant leur

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