I. — ËLéMENTB DE LA FBBTILITÉ DU SOL
I !•'. — Propriétés chimiques.
32. Les minéraux nutritifs. — Comme dans toute culture extensive, le sol forestier est mis en valeur avec ses seules propriétés natives , bonnes ou mauvaises , et même le plus souvent mauvaises , étant donné que les meilleures terres ont été depuis longtemps défrichées et Uvrées à l'agriculture. En sylviculture, on ne se propose nullement de modifier les qualités du terrain par des labours , par des
engrais ou des amendements, et si le temps et des soins convenables en augmentent la fertilité, une telle amélioration se traduit par une végétation plus active des espèces spontanées , sans que pour cela on se croie autorisé à leur en substituer d'autres. D'ailleurs, en forêt, il s'agit le plus souvent de produire de la matière ligneuse provenant d'arbres sains et vigoureux. On n'a que faire de ces propriétés du sol si recherchées en agriculture lorsqu'elles donnent , par exemple, du sucre et du bouquet aux raisins, du gluten au blé, etc.
Heureusement les grands végétaux forestiers se montrent , en grande majorité , indifférents à la composition minérale de la terre, et , si quelques espèces manifestent des exigences spéciales à cet égard , la nature les localise en les éliminant des milieux qui leur sont contraires. C'est seulement lorsqu'il s'agit de créer des peuplements artificiels, que la question présentera quelque importancj; alors pour être renseigné il suffit d'interroger la flore locale.
La faculté nutritive delà terre est la conséquence des réactions chimiques qui se passent dans son sein : c'est dire que les éléments solubles agissent seuls sur la végétation. Parmi les matériaux constitutifs des sols naturels, l'argile et la silice sont à peu près fixes et ne rendent de services que comme milieu ou comme support. Le calcaire , au contraire, donne lieu à de nombreuses combinaisons solubles; il est un des principaux agents de la nitrification ; aussi son rôle nutritif est-il des plus considérables.
Parmi les autres matériaux indispensables, l'azote, l'acide phosphorique et la potasse occupent le premier rang. Ils sont d'autant plus précieux que, parfois, ils sont plus rares; mais, de même que les autres sels nutritifs , il est exceptionnel qu'ils fassent complètement défaut. Toutefois, quel que soit le volume absolu de ces minéraux dans une masse terreuse, on ne peut efficacement compter que sur les fractions qui s'y rencontrent à Vétal soluble, et qui , par leur présence sous cette forme, caractérisent la partie active du terrain. Tant que ces mêmes sels restent renfermés dans des fragments pierreux assez gros et ne présentant ces parties solubles qu'à la périphérie, ils sont absolument inutilisables; c'est seulement quand les pierres se désagrègent que leur réserve nutritive devient graduelle-
menl disponible. En tenant compte de ce stock, M. Schlœsing* a proposé de considérer la majorité des sols forestiers comme renfermant une quantité d'aliments suffisante pour subvenir aux besoins de la végétation des arbres pendant un temps indéfini.
Parmi les agents destructeurs dont l'action incessante réduit les fragments inertes du sol , il faut compter le terreau comme un des plus énergiques ; c'est en môme temps le principe fertilisant par excellence en culture forestière.
33. Le terreau. — Le terreau aide à la décomposition des roches par Tacide carbonique qu'il dégage. Il a la précieuse propriété de fixer la plupart des sels nutritifs (les nitrates exceptés) , pour les maintenir à la disposition des végétaux ; de plus, on lui attribue la faculté de préparer ces aliments, de les digérer , pour ainsi dire, de façon à en faciliter l'assimilation ^
A la rigueur, les sols très riches en sels nutritifs solubles peuvent se passer de terreau , car ces matériaux en excès sont facilement dissous dans l'eau, et la plante vit dans un tel milieu comme dans les dissolutions salines. Au contraire, dans les sols pauvres, la présence du terreau est indispensable pour fixer les sels minéraux qui sou- • vent ne se rencontrent qu'à l'état de traces, et les empêcher d'être entraînés avec les eaux profondes ou superficielles.
En dehors de ces actions purement chimiques, le terreau absorbe et retient une quantité d'eau beaucoup plus considérable que les autres éléments terreux. Il se comporte aussi à la façon des argiles pour donner de la cohésion aux sols pulvérulents; souvent il suffit seul pour cimenteries sables grossiers de certaines forêts. Toutefois, ses effets dans ce sens ne viennent pas s'ajouter à ceux de l'argile, car il ameublit les terres trop compactes. Le terreau tempère les excès de chaleur et de froid et adoucit les propriétés mauvaises de certaines matières minérales.
1. Schlœsing, CotUrilnition à l'étude de la chimie agricole, (Encyclopédie chimique, tomeX, 1885.)
2. L. Grandeau, B(Ue des maéières organiques du sol dans la nutrition des plantes. (Annales de la Station agronomique de l'Est. Nancy, Berger-Levrault et G'« ^ 1878.)
Si on ajoute, enfin, que le terreau est le seul élément du sol forestier dont on puisse , dans une certaine mesure, augmenter ou entraver la production, on comprendra le rôle capital qui lui est dévolu dans le traitement des forêts.
34. Origine et formation duterreaa\ — Il s'accumule sur le sol des forêts, par la chute des feuilles, des ramilles sèches, des fruits auxquels viennent s'ajouter les lichens, les mousses, les herbes sèches et les autres débris végétaux ou animaux , une couche plus ou moins épaisse qui recouvre le sol, se décompose peu à peu et se transforme en cette masse meuble , noire ou brune , sentant la fermentation et que Ton appelle humus ou ien^eau. Celte couche qui recouvre toute terre protégée par la végétation forestière , est donc formée, à la surface, des débris les plus nouveaux et non encore altérés; elle se continue par les parties où la décomposition les a transformés en terreau , lequel , à son tour , se mélange plus ou moins intimement et profondément avec le sol.
Pour obtenir le terreau fertile sous cette forme parfaite, il faut un concours de circonstances favorables, sous Faction combinée de Teau, de l'oxygène et de la chaleur. C'est dans les grands massifs, loin des champs, à l'abri du vent, que ce terreau se forme le mieux; dans les peuplements d'âge moyen plutôt que dans ceux plus âgés ; sous les essences à couvert épais dont le feuillage est abondant , que sous celles à couvert léger se laissant pénétrer par les rayons du soleil; dans les forêts aménagées en futaie plutôt que dans celles traitées en taillis, et, dans ces dernières, d'autant mieux que les révolutions sont plus longues.
Le terreau forestier arrêté dans sa décompostion par une brusque exposition à l'air, se volatilise rapidement et se transforme en une masse noire , pulvérulente , qui , répandue sur le sol en forme de crasse fortement brûlée, durcit la terre au lieu de la fertiliser. C'est dans les terrains calcaires, à la suite d'opérations mal conduites, que ce fait se présente le plus souvent.
1. statistique chimique des forêts, par le D^ Ëbermaycr. Ouvrage résumé par M. Grandeau dans les Annales de la Station agronomique de l'Est, ^^ancy, Berger- Levrault et G'% 1878.