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la surface. Dans ce cas, au-dessus de la zone humide se trouve une zone fraîche dont le dessèchement ne se produit qu'après épuisement de l'eau capillaire. Au contraire, dans les sols superficiels, cette zone n'existe pas ; la partie mouillée monte jusqu'à la surface et la terre ne s'égoutte plus. Les racines plongent directement dans un excès d'eau dont elles abusent jusqu'à épuisement complet. Chaque précipitation produit alors des alternatives d'humidité et de sécheresse dont les effets nuisent à la végétation.
4° Quand le sol repose sur un sous-sol imperméable, l'eau Hbre s'égoutte et circule à la surface de celui-ci, pour y former une réserve qui servira à remplacer l'eau de saturation au fur el à mesure qu'elle sera absorbée. Cette disposition est surtout avantageuse pour les sols profonds ; elle leur assure un étal de fraîcheur constante sans que l'excès d'humidité y soit jamais à craindre. Si, au contraire, le sous-sol est formé d'assises fissurées el filtrantes, cette eau de sursaturation fait défaut et l'excès de sécheresse devient probable.
5* Il est bon de remarquer enfin que, en tout état de choses, les ciments minéraux ou organiques mainliennent la cohésion de la terre quel que soit son degré de saturation. C'est donc une erreur de croire que les terres argileuses sont celles qui absorbent le plus d'eau. On peut remarquer, au contraire, que les terres à éléments même fins, mais pauvres en ciment, absorbent une grande quantité d'eau, parce qu'elles se délayent en boues, tandis que les terres argileuses conservent leur état compacl, même sous l'action des plus grandes pluies ; aucune terre ne laisse écouler plus d'eau libre à sa surface.
37. Profondeur. — Les effets de la profondeur d'un sol sont entièrement liés à ses qualités hygrométriques. Il esl évident que le volume utile du sol étant Umité à la zone perméable à l'air, à l'eau et, par suite, aux racines, plus une terre sera profonde, toutes choses restant égales d'ailleurs, plus elle mettra d'eau et de matières nutritives à la disposition des végétaux.
11 faut un état exceptionnellement désagrégé du sol pour que les racines des arbres puissent y pénétrer au delà de 2 mètres de profondeur. Dans la plupart des sols, même les plus profonds, le tassement devient trop fort pour que les racines s'enfoncent à plus d'un
mètre, et, en général, on peut dire que les sols qui présentent de O^jôO à O^jSO de terre végétale constituent des sols forestiers très convenables.
Les pierres ou pierrailles disséminées dans la terre, sans modifier d'une façon bien sensible ses autres propriétés, diminuent les eflets de la profondeur absolue dans une proportion égale au volume quelles représentent*. Néanmoins, les pierres divisent le sol et le maintiennent dans un état plus meuble et plus frais. C'est surtout grâce à cette propriété que la végétation forestière peut s'installer sur les éboulis rocheux , les débris de carrières et les moraines où la terre arable fait absolument défaut, mais dont l'état désagrégé permet aux racines d'aller chercher dans les couches profondes l'eau qui s'y conserve.
De même que les pierres, les racines agissent comme corps étrangers au détriment de la profondeur. Leur volume, négligeable dans les sols profonds, peut , au contraire, atteindre un développement suffisant pour expliquer un ralentissement prématuré de la végétation dans les sols superficiels. Elles occupent alors en largeur l'espace qu'elles ne trouvent pas en profondeur, de telle sorte que le peuplement complet comporte moins de tiges en sol superficiel qu'en sol profond. La régénération naturelle peut même être entravée, sous le couvert des massifs , par le feutrage des racines étalées qui occupent toute la masse terreuse et affament les jeunes plants qui chercheraient à s'y installer. Le plus souvent ces conditions mauvaises sont rendues apparentes par l'état superficiel du sol.
Quoi qu'il en soit, un sol profond donne aux arbres une croissance rapide et une grande hauteur de fût ; il leur procure, en même temps qu'un enracinement sohde, une forte résistance contre les vents. Cependant, à ce dernier point de vue, la consistance de la terre modifie sensiblement les effets de la profondeur; car, dans les sols profonds mais trop meubles, les arbres sont plus facilement renversés que dans les terres de moindre épaisseur, mais plus compactes, sur-
1. Vallot, Recherches physica-chimiqt^es tu,r la terre végétale. Paris, J. Lecheva-
lier, 1883.
tout quand la densité en est augmentée par la présence de grosses pierres.
38. Sous-sol. — Si Ton considère comme faisant partie du sol forestier , non seulement la terre arable , mais encore les couches sous-jacentes pénétrées parles racines des arbres, il ne faut pas, dans le langage forestier, attribuer au terme sous-sol, le même sens qu'en agriculture. Par sous-sol forestier, il ne faut entendre que les masses terreuses , argileuses ou rocheuses trop compactes pour se laisser pénétrer par Tair et par les racines.
Dans ces conditions, le sous-sol, tout en limitant la profondeur, conserve une action spéciale dont les effets dépendent de ses facultés hygrométriques.
Un sous-sol fissuré laisse s'écouler toute l'eau en libre suspension dans la terre ; il augmente les tendances de celle-ci à se dessécher puisque, en aucun cas, il ne peut rien lui restituer.
Un sous-sol étanche agit différemment suivant que ses assises sont horizontales ou inclinées Dans le premier cas, l'eau reste stagnante et perd son oxygène ; elle refroidit la terre et peut même la stériliser par la formation de terreaux acides : c'est dans ces conditions que se forment les tourbières. Si, au contraire, le sous-sol présente des pentes plus ou moins fortes, les eaux s'égouttent lentement entre la surface compacte et les parties désagrégées où elles entretiennent une fraîcheur constante. Ce cas se présente notamment dans les hautes montagnes granitiques , où les eaux provenant des régions supérieures permettent aux massifs forestiers qu'elles irriguent d'une manière constante, d'atteindre les plus belles dimensions dans des sols sans profondeur.
Entre ces deux extrêmes, assises fissurées ou complètement étanches, certaines roches présentent des qualités intermédiaires. Tels sont, par exemple, les grès friables, assez hygrométriques pour conserver dans leurs pores une notable provision d'eau. En cas de besoin, cette réserve sera soutirée par un sol plus sec que la roche. Il en est ainsi, par exemple, dans les grès vosgiens.
Accidentellement, le sous-sol acquiert une action chimique; car indépendamment des nitrates qui, n'étant pas fixés parle terreau.
sont entraînés dans les eaux profondes, celles-ci, dans leur circulation, peuvent se charger de sels calcaires. Lorsqu'elles remontent attirées par la capillarité, elles fournissent aux végétaux un élément qui peut faire complètement défaut dans le sol. Ainsi, dans certaines forêts assises sur des sables siliceux presque purs , les arbres n'ont d'autres aliments calcaires que ceux qui leur arrivent sous cette forme. Il est à remarquer d'ailleurs que, sous l'influence de la végétation forestière , la teneur en chaux va sans cesse en augmentant à la surfaciB des sols les plus pauvres en cette substance, car les feuilles rendent à la terre les provisions qu'elles ont utilisées.
En tout état de choses, les effets du sous-sol sont atténués ou aggravés par la distance qui le sépare de la surface, c'est-à-dire par l'effet de la profondeur.
39. État superficiel. — Dans les climats tempérés et humides, un sol ne se présente dans un état de dénudation complète (c'est-à-diie orme superficiellement par la matière minérale pure) que temporairement et par suite de l'érosion des couches supérieures sous l'action mécanique de l'eau ou du vent.
En général, un sol qu'on abandonne à lui-même sans le cultiver, se couvre de plantes sauvages spéciales à la contrée et à la nature minéralogique de la terre. Que la forêt s'installe alors, naturellement ou artificiellement, on voit ces plantes s'étioler, faute de lumière, jusqu'au moment où elles auront toutes disparu sous l'influence d'un couvert complet et prolongé ; à leur place, on ne trouvera plus que les débris morts de la forêt se transformant en terreau par leur décomposition. Quand on enlève un certain nombre de tiges, la chaleur et la lumière pénètrent sur le sol à travers le feuillage interrompu, la végétation inférieure se montre de nouveau, d'autant plus abondante que les trouées sont plus grandes. Si l'on coupe radicalement tous les arbres, l'humus et les débris de la forêt disparaissent avec eux et la végétation sauvage reviendra seule maîtresse du terrain. Ce tapis, viva7it ou mort, constitue la couverture. L'aspect de cette couverture dépend de la quantité de lumière qu'elle reçoit. A ce point de vue, on pourrait comparer sa transformation à celle que subit un papier photographique sous l'action de la lumière ; dès qu'un sol
précédemmenl couvert reçoit des rayons directs, la couleur verte y apparaît. Les différentes teintes que revêt ainsi la couverture indiquent donc une situation plus ou moins favorable de l'état super^ ficiel.
40. Couverture vivante. — La présence de la couverture vivante est un indice certain que toutes les forces naturelles ne sont pas utilisées pour la production ligneuse ; d'ailleurs, sa composition varie avec les propriétés chimiques et physiques du sol.
Sur les terrains calcaires frais et fertiles, on rencontre une va-
riété sans nombre des plantes annuelles et vivaces qui, au printemps, émaillent la forêt de leur abondante floraison. Elles forment rarement un tapis continu et assez épais pour s'opposer à la régénération naturelle. A la surface des parties les plus pauvres et les plus chaudes de ces mêmes terrains, les grandes espèces deviennent rares ; elles sont remplacées par des mousses maigres et sèches disséminées par taches en mélange avec des lichens.
Le gazonnement en herbes denses et touffues apparaît dans les vides et les clairières des forêts argileuses de la plaine ; dans les climats montagneux et humides, ce sont les grandes mousses qui s'étalent à la surface.
En sol siliceux, les plantes sociales (fétuques , myrtilles, genêts , ajoncs , etc.) se propagent avec la rapidité qui les caractérise ; leur présence est toujours l'indice d'un sol qui s'appauvrit. Quand il est enfin ruiné, la bruyère s'y installe avec une ténacité désespérante.
D'ailleurs la composition du tapis végétal peut être modifiée par la nature de l'enracinement des arbres que l'on cultive. Ainsi les espèces à racines traçantes, comme le hêtre, assèchent le sol à la superficie et en éliminent les herbes exigeantes ; la mousse apparaît d'autant plus nombreuse que la terre est elle-même moins profonde. Au contraire, les espèces pivotantes laissent les surfaces assez humides pour que la végétation herbacée soit plus abondante sous leur couvert. Ainsi, dans une certaine limite, le tapis végétal peut renseigner sur les propriétés physiques du sol.
Quoiqu'il en soit, une telle végétation présente parfois des inconvénients sérieux ; elle absorbe à son profit les réserves alimentaires
du sol ; elle nuit à la régénération naturelle en empêchant les graines de tomber en contact avec la terre, et les jeunes plants qui, malgré tout, parviendraient à s'installer, ont à lutter contre les racines sans nombre qui les enserrent et les affament dans leur épais feutrage.
Néanmoins, celte couverture vivante est encore de beaucoup préférable à un état de dénudation complet ; elle donne de l'assiette au sol, le protège contre Térosion des eaux * et des ardeurs trop vives du soleil ; elle empêche le tassement et, de plus, par les débris qu'elle abandonne tous les ans, elle fournit encore à la terre un certain contingent de matières organiques dont les grands arbres peuvent profiter. Aussi, il n'est nullement nécessaire de la supprimer sans autre but que celui de la faire disparaître momentanément : ce serait même que dépense perdue ; car, si on détruit les effets, sans porter remède à la cause, le mal se reproduit immédiatement. Il ne faut donc attaquer directement le tapis végétal que dans des cas spéciaux : quand, par exemple, on recherche une régénération naturelle parla semence. On procède alors au moyen de binages grossiers, opérés à la chute des graines lourdes, et dans le seul but de les enterrer. Partout ailleurs, des soins culturaux convenables peuvent seuls rendre à la forêt un état superficiel satisfaisant.
41. Couverture morte. — Un tapis continu formé par les débris de la forêt avec des herbes grêles et rares, des mousses peu touffues, forme la protection la plus favorable pour un sol forestier. Cette couverture morte est, en effet, la matière première du terreau, c'est l'engrais naturel et le seul que reçoive la forêt; sa disparition a toujours pour origine une exploitation mal raisonnée, et elle est la source des plus grands dangers pour la forêt qu'on y expose. Elle ne se constitue que sous l'action d'un couvert complet et prolongé.
D'après M. Ebermayer, les principales propriétés physiques de la couverture morte sont les suivantes' :
1° Elle offre de nombreux espaces capillaires, des sortes de canaux
1. En montagne, le simple fait de traîner les arbres suivant la ligne de plus grande pente, suffit pour donner naissance à un ravin.