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43. Base adoptée. — Malgré l'influence prépondérante des propriétés physiques, on ne saurait s'en tenir exclusivement à ces caractères pour classer les sols forestiers ; car leurs effets sont purement relatifs et subordonnés à des circonstances variables dépendant du climat, de la nature du sous-sol et du relief.
Ainsi tel terrain, trop humide en Normandie, sera simplement frais en Provence ; tel autre, qui restera constamment mouillé, s'il repose sur un sous-sol imperméable et horizontal, s'égouttera facilement si le sous-sol est filtrant, ou si le relief est accusé. On sait aussi combien l'exposition modifie les conditions générales de chaleur et d'humidité.
D'autre part, on constate que, dans une même station, à chatjue formation géologique différente correspond une flore différente. Que le fait soit attribué aux propriétés chimiques ou aux propriétés phy-
siques, il n'en existe pas moins et cela, avec une constance suffisante pour qu'un sol soit caractérisé par le tapis végétal qui le recouvre. Dès lors, on peut classer les sols d'une manière absolue d'après leur composition minéralogique et, pour différencier entre eux les terrains d'un même groupe, il suffira de rechercher dans les propriétés physiques locales les facteurs de leur fertilité relative. Les trois principaux éléments du sol : le sable siliceux, l'argile et
le calcaire , ne se trouvent presque jamais complètement purs et indépendants les uns des autres; dans la nature, ils sont plus ou moins associés en proportions variables et forment des mélanges de propriétés les plus diverses. Dans le mélange c'est tantôt l'un, tantôt l'autre qui domine , en imprimant un cachet spécial à la terre ainsi constituée. L'intînie variété des roches, les influences sans nombre qui ont présidé au brassage par les eaux , et au dépôt des terrains de transport, font que l'on rencontre toutes les qualités imaginables de sol ; néanmoins, malgré cette innombrable variété, on peut les rapporter à trois types principaux avec transition et passage progressif des uns vers les autres. Ces trois types sont: \es sols siliceux, les sols argileux et les sols calcaires,
44. Sols siliceux. — Le sable siliceux pur, lorsqu'il contient peu de matières étrangères en mélange, forme un sol meuble, sans liaison à l'état sec, n'ayant même qu'une faible cohésion sous l'influence de l'humidité. Mais la finesse ou la grosseur des grains atténue ou exagère singulièrement les défauts de ces terrains, à ce point que, si les particules en sont réduites à l'état de poussière impalpable, il suffit d'une très faible proportion de ciment argileux ou organique pour leur faire perdre tous les caractères physiques des sables siliceux tels qu'ils se rencontrent le plus souvent dans la nature.
L'eau traverse facilement la masse perméable de ces sables, entraînant avec elle les particules fmes dans la profondeur ; les grains les plus grossiers restent à la surface dont ils activent le dessèchement. N'offrant aucune résistance à l'érosion, ils sont facilement entraînés par les eaux ou déplacés par les vents. Leur manque de ténacité n'offre aux grands arbres qu'une assiette insuffisante; du reste, aussi bien pour rechercher l'humidité et les matières nutritives, que pour
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trouver un point d'appui solide, les racines pénètrent fort avant dans le sol et s'étalent amplement, autant que la profondeur leur permet de le faire.
Facilement pénétré par l'air, le sable siliceux s'échauffe à un haut degré , mais aussi il se refroidit rapidement ; la végétation printanière y est précoce et , comme conséquence, les gelées tardives n y sont que phis à craindre. Les particules organiques se décomposent rapidement sous l'influence de cette chaleur; mais, en général, faute d'humidité, elles sont brûlées et volaliHsées sans profit pour la végétation. Aussi il n'est pas de sol plus apte à se dessécher , à devenir aride dès qu'il est ouvert à l'accès des vents et des rayons du soleil; il est alors tout à fait impropre à la régénération naturelle et les plantes sociales envahissantes s'y installent rapidement. C'est là un des principaux dangers de la culture forestière dans les terrains siliceux : les exploitations imprudentes , les fautes commises se traduisent par une dénudation du sol qui le livre à la bruyère. Celle-ci une fois installée , les grandes essences ne la dépossèdent plus et la forêt reste impuissante à réparer naturellement ses plaies. L'intervention active du forestier devient indispensable ; il s'ensuit de lourdes dépenses et la nécessité de recourir à des espèces rustiques et de moindre valeur, à l'effet de remplacer les peuplements précieux dont l'ancienne richesse est perdue, pour ainsi dire, sans retour.
De tels sols ont besoin d'être constamment couverts pour conserver une certaine fertilité ; ils se cultivent d'ailleurs facilement en pépinière; avec les précautions nécessaires les graines y germent très bien. Essentiellement neutres, ils conviennent à toutes les cultures, et acceptent, sous forme d'engrais ou d'amendement, tous les matériaux nutritifs qu'on veut leur incorporer. D'ailleurs, à cause de leur état de division, les racines s'y forment un chevelu abondant qui facilite la reprise des sujets lors de la transplantation.
Le lœhm est un mélange de sable et d'argile ; il prend le nom de te5s quand il s'y ajoute une certaine proportion de calcaire et fournit les meilleures terres que l'on connaisse. De tels terrains sont généralement localisés dans les plaines où, à cause de leur grande fertilité, ils ont été depuis longtemps défrichés pour êtreJivrés à l'agriculture;
aussi , en France , on n'y rencontre plus de forêts ou , du moins , l'étendue de celles-ci est réduite à quelques massifs situés dans la zone submersible par les ciiies normales , sur des points où les résultats de toute autre culture seraient trop éventuels.
45. Sois argileux. — Les terrains argileux sont froids, humides et, quand ils se dessèchent sous l'action du vent et du soleil , ils se transforment en une masse dure, crevassée par un retrait considérable, et douée d'une odeur spéciale lorsqu'elle s'humecte. L'eau séjoume à la surface de ces sols quand la pente fait défaut. Sur les versants chauds, ils sont exposés à se dessécher complètement. L'excès d'humidité, le manque de chaleur,)retardent la végétation et entravent la décomposition des débris organiques ; le terreau y prend souvent la forme acide et l'absence de perméabilité empêche les matières fertilisantes de pénétrer au delà de la couche superficielle. Les racines des arbres s'accroissent difficilement dans ces terres compactes où elles ne fonctionnent qu'avec peine, faute d'air et d'éléments nutritifs.
Le tapis végétal varie considérablement suivant le degré de compacité du sol ; souvent composé d'herbes denses et touffues, parfois il se réduit, dans les cas extrêmes, à une couche de mousses peu épaisses dans laquelle l'ensemencement naturel paraît tout d'abord assez bien réussir; mais bientôt lesjeunes plants disparaissent, faute de pouvoir enfoncer leurs radicelles dans la terre.
Un couvert constant et trop prolongé est plus nuisible qu'utile aux sols argileux, et l'accès modéré de l'air et du soleil ne peut que leur donner plus de fertilité ; difficiles à travailler, ces terrains sont tout à fait impropres à la culture des jeunes plants en pépinière. Heureusement ces sols argileux à l'excès se rencontrent rarement, dans la nature, sur de grandes surfaces continues; ils affectent, le plus souvent, la forme de poches entourées de toute part par des mélanges où ses mauvais effets sont atténués.
De tous les sols argileux en place, ceux qui proviennent des roches schisteuses sont de beaucoup les plus mauvais, parce que l'absence de pierrailles conserve toute leur compacité. Les terrains argileux formés par la décomposition des granités sont au contraire favorables
à la végétation forestière, malgré leur peu de profondeur, car ils sont divisés par des grains de quartz et riches en sels nutritifs.
46. Sols calcaires. — Il faut qu'un sol renferme au moins 30 p. 100 de calcaire pour que, en tenant seulement compte de ses qualités physiques, il puisse être classé dans cette catégorie ; il suffit, au contraire, de 4 à 5 p. 100 pour donner à la végétation qui le recouvre le caractère des flores calcaires.
Il est rare que, dans la nature, le calcaire soit absolument pur : il contient presque toujours de l'argile en mélange ; cela se présente néanmoins pour certains calcaires dolomitiques qui constituent alors des sables plus secs, plus chauds et moins hygrométriques encore que les sables siliceux.
Dans la majorité des cas, les sols calcaires donnent une terre de ténacité moyenne, très avide d'humidité et se délayant en boues ; mais aussi qui se dessèche vite, se fendille finement et tombe en poussière. Ces sols s'échauffent avec une grande facilité et, si l'humidité n'y fait pas défaut, les produits organisés s'y décomposent rapidement, en même temps que les acides organiques s'y neutralisent. Sous l'influence d'un couvert complet et prolongé, ils activent la production en donnant aux arbres un aspect sain et vigoureux ; on admet aussi qu'ils développent leur disposition à produire des rejets de souches ; riches en humus, ils peuvent acquérir la plus grande puissance végétative. Par contre, de tels sols, découverts et directement exposés à l'action du vent et du soleil, se dessèchent rapidement et profondément ; la couche nutritive y est bientôt détniile, ils s'appauvrissent et deviennent brûlants et inertes. Ces faits expliquent pourquoi, après une exploitation, on voit, à des massifs vigoureux, succéder de jeunes peuplements chétifs , dont l'aspect languissant se continue jusqu'à ce que le couvert se soit complètement rétabli. Enfin , plus que tous les autres , ils sont exposés aux fâcheux eficts du soulèvement par la gelée (9).
Le calcaire nourrit une flore très variée et il a une grande tendance à se couvrir d'un tapis végétal parfois assez abondant pour faire obstacle à la régénération naturelle. Cette faculté productive s'étend aussi bien aux plantes Ugneuses, arbres et arbustes, qu'à
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celles herbacées; aussi, g^ràce à cette richesse de la flore, partout où la sécheresse n'est pas absolue, il se rencontre toujours quelques espèces ligneuses assez accommodantes pour se contenter des maigres conditions qui leur sont offertes par les sols calcaires les plus dégradés. A celte première propriété, qui, au point de vue forestier, constitue un de leurs caractères fondamentaux, les terres calcaires joignent celle de n'avoir pas trop à craindre les plantes sociales envahissantes , dont les plus redoutables sont calcifuges. En fait, en dehors des régions exposées à des abus de pâturage, de tels sols ne se déboisent presque jamais complètement. A la suite d'exploitations mal comprises, les peuplements languissent , les essences précieuses sont remplacées par des espèces de moindre valeur, d'un rendement insignifiant, parfois même nul; mais, au moins, par leur présence, -celles-ci sauvent l'état boisé. Sous l'action du couvert, avec le temps et des soins culturaux convenables, la forêt referme d'elle-même ses clairières et ses vides, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours aux repeuplements artificiels, comme cela est trop souvent indispensable dans les ten^ins siliceux; néanmoins il est souvent avantageux, pour gagner du temps, de les repeupler artificiellement.
Les pépinières qu'on y établit se cultivent facilement et, bien traitées, elles fournissent de bons plants forestiei^ ; mais , en raison de l'extrême diversité des plantes sauvages qui s'y développent, elles sont d'un entretien très coûteux.
Si la proportion de calcaire en mélange avec de l'argile descend au-dessous de 30 p. 100, la terre devient la marne qui, par ses qualités, se rapproche plus ou moins des sols argileux.