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I. ACCBOISBSMEHT DB L'ABBBB

52. Parties constitutives. — L'arbre, dans son ensemble , se compose de deux parties essentielles: Tune qui, partant du sol, s'accroît de bas en haut, se développe dans l'atmosphère et constitue la partie aérienne du végétal; l'autre qui, continuant la première, s'allonge de haut en bas, pénètre dans la terre et forme sa partie souterraine. La ligne idéale qui sépare ces deux régions se nomme le collet de la racine.

On distingue dans la partie aérienne : le fût et la dme. Le fût s'élève verticalement, dans une forme simple, non ramifiée et généralement cylindrique : il caractérise l'arbre. Aucune autre région ne présente la même importance pour le forestier, car c'est elle qui acquiert les plus fortes dimensions et fournit le bois le plus précieux, celui qui est propre au plus grand nombre d'usages.

Le fût peut se continuer dans la cime, jusqu'au dernier bourgeon qui la prolonge ; considéré ainsi dans sa longueur totale, il prend le nom de tige.

On appelle tronc la partie de la tige propre à être convertie en bois d'œuvre.

La cime est formée par l'ensemble des ramifications qui surmontent le fût, elle porte aussi le nom de houppier. Les ramifications du premier degré, qui se détachent directement du tronc portent le nom de branches; les plus grosses sont dites branches principales ou maîtresses branches. Les ramifications du deuxième degré insérées

58 CONSTITUTION NATURELLE DE Là FORÊT.

sur les branches se nomment rameaux; viennent ensuite les ramules qui portent les feuilles.

Les bourgeons axillaires ou terminaux renferment , sous leurs écailles, les axes et les feuilles à Fétat rudimentaire. Pendant leur développement au sortir du bourgeon, les rameaux portent le nom A^ jeunes pousses.

Les branches ou ramifications quelconques de faible grosseur, qui, dans certaines circonstances, se produisent sur le fût des gros arbres, en dessous de la cime s'appellent branches gourmandes.

Tant que Tarbre, encore jeune, s'accroît surtout en hauteur, on lui donne, suivant ses dimensions, les noms de brin, de gaule ou de perche; c'est seulement quand sa tige présente un mètre de tour à hauteur d'homme, qu'on est convenu de l'appeler arbre constitué, arbre de futaie, ou encore, par abréviation : arbre et futaie.

Parmi les racines^ on remarque notamment, celle qui forme dans le sol le prolongement direct de la tige, et qu'on appelle pivot. Le pivot est un membre dont le développement n'est prononcé que dans la première jeunesse de l'arbre ; plus tard, il s'arrête dans sa croissance et, alors même qu'il ne rencontre pas d'obstacle à son allongement, il s'atrophie ou se ramifie en racines nouvelles qui s'enfoncent plus ou moins obliquement dans la terre.

Par analogie, quand les racines d*un arbre ont des tendances à prendre une direction verticale, on dit que l'enracinement est ptvo* tant ou vaiexw profond ; lorsqu'au contraire elles ont une propension à s'étaler horizontalement, on dit qu'il est traçant ou superficiel.

Les ramifications extrêmement fines des racines se nomment chevelu ; l'abondance et le développement de celui-ci sont toujours en relation directe avec l'épaisseur du feuillage, de façon à régler l'absorption des racines sur la transpiration des feuilles.

63. Cycle de la Tègètation. — Dans les climats tempérés, l'alternance régulière des saisons imprime a la végétation un caractère fondamental : chaque année on dislingue une période d'activité qui se prolonge pendant les saisons chaudes, et une période de repos ou de sommeil pendant l'hiver.

Chez les végétaux ligneux dont les membres aériens ou souterrains restent toujours vivants, la tige et les branches servent, tout comme les racines, à emmagasiner la réserve alimentaire élaborée par les feuilles.

Au printemps, la chaleur réveille la végétalion et transforme chi* miquement la réserve nutritive en matériaux solubles ; les racines absorbent dans le sol sous forme de sève brute de Teau tenant en dissolution des substances minérales ; cette eau monte à travers les tissus, 86 charge des produits solubles qu'elle rencontre sur son passage et devient ainsi sàve nutritive servant à la formation des jeunes pousses et des feuilles, à l'allongement et au grossissement du fût, des branches et des racines. Les feuilles fonctionnent alors, elles élaborent de nouveaux matériaux qui, diffusés dans tout le corps de l'arbre, continuent son développement en diamètre et accumulent dans ses tissus, jusqu'à la période de repos, la réserve alimentaire pour l'année suivante. Quand les froids surviennent , toule activité cesse, la vie semble suspendue ; mais, au retour du printemps, une nouvelle élévation de température reproduit dans le même ordre la même série de phénomènes et un nouveau cycle recommence. C'est ainsi que l'arbre continue à vivre jusqu'au moment où des désordres, engendrés le plus souvent par des causes physiques, mettent un terme à son existence.

64* Accroisiament. — L'accroissement se fait annuellement en longtteur et en grosseur, il est complet pour chaque année et aucune circonstance ne le modifie dans sa forme. L'accroissement en poids reste d'ailleurs complètement subordonné au nombre et à la dimension des feuilles qui, par leur surface d'absorption, constituent les principaux organes de nutrition de l'arbre ou du rameau qui les porte.

l*" L'accroissement m longueur est produit par le développement du bourgeon terminal de la tige et des branches ; il se continue par la simple action de la sève du printemps, et s'arrête quand, à l'extrémité de la pousse, un nouveau bourgeon destiné è ne s'ouvrir que l'année suivante s'est complètement formé et recouvert de ses écailles. Il en est ainsi généralement vers la fin de juin ou le commencement de juillet.

2** L'accroissement en diamètre s'opère par la multiplication des cellules dans la zone génératrice ; il se manifeste dès les premières chaleurs, se prolonge pendant plus longtemps que la croissance en hauteur et, comme cette dernière, reste absolument suspendu en hiver. Chaque année fournit ainsi son contingent, et les productions successives s'accumulent, en se greffant les unes sur les autres, pour former le bois.

55. Le bois. — Dans les zones froides et tempérées, le bois n'est pas .une masse absolument homogène, et, en raison des différents modes de formation des cellules qui le composent, les couches annuelles se distinguent généralement entre elles. Au début de la végétation, les tissus sont peu serrés, tandis que, plus tard, ils deviennent plus denses. On peut donc constater dans chaque couche annuelle deux régions qui se fondent entre elles : l'une interne et plus lâche qu'on nomme bois de printemps, et l'autre externe et plus dure qu'on appelle bois d'automne ; il n'y a d'ailleurs aucune suspension de production pendant l'été. 11 en résulte que la ligne séparative entre le bois d'automne d'une année et le bois de printemps de l'année suivante est plus ou moins visible et qu'on peut, en comptant le nombre des couches annuelles sur une section perpendiculaire à l'axe d'une tige, déterminer exactement son âge. Il est même facile, étant donné que l'épaisseur de chaque couche annuelle dépend d'un concoui's de circonstances plus ou moins favorables à la production ligneuse, de lire sur cette section les principales phases qui ont présidé à la formation de l'arbre dont elle provient.

56. Élagage naturel. — Dans sa jeunesse, l'arbre est formé d'une tige principale peu ramifiée dont le bourgeon terminal, plus gros et mieux nourri que celui des ramilles grêles qui l'entourent, donne naissance à une pousse vigoureuse : l'arbre s'élève alors rapidement. Mais, au fur et à mesure que la tige grandit, elle produit des rameaux nombreux qui, en vieillissant, se couvrent d'une abondante frondaison et prennent des dimensions de plus en plus fortes. Progressivement, l'importance de la lige diminue ; le plus souvent son bourgeon terminal s'étiole, il finit par s'éteindre et l'arbre cesse de s'accroître en hauteur.

Chez les grandes espèces forestières, les branches inférieures que dominent de plus en plus celles qui se développent au-dessus d'elles, se dessèchent et finissent toujours par tomber. La tige se dénude de la sorte de bas en haut, la cime s'élève de plus en plus au-dessus du sol, et le fût s'accroît constamment en longueur. Tant que le végétal pousse rapidement en hauteur par son extrémité, cette dénudation se poursuit ; mais, dès qu'il esl entré dans la phase bien marquée de décroissance à cet égard, la production des branches et des pousses nouvelles dans les portions élevées de sa cime cesse , en s'affaiblissanl beaucoup, de nuire aux branches inférieures encore vivantes. Celles-ci persistent et se constituent en branches principales. Ce phénomène de la dénudation du fût constitue ce que l'on nomme Vêlagage naiwel.

La petite branche dominée cesse de s'allonger, de grossir longtemps avant de mourir et, lorsqu'elle tombe, son diamètre est généralement très faible relativement à celui de la tige. Il ne reste sur le tronc qu'une cicatrice insignifiante dont la trace se retrouve à peine dans le débit. Tandis que l'amputation des branches vivantes ou mortes^ même les plus petites, occasionne toujours une blessure et une solution de continuité dont la trace ne s'efface jamais dans le bois.

Suivant l'âge du massif et la grosseur des branches, la nature met un temps plus ou moins long à faire disparaître celles-ci.

57. Forme spécifique. — La forme de la cime varie suivant les espèces et, dans une même espèce, suivant l'àge du sujet. Elle dépend, en effet, d'abord de la faculté plus ou moins grande qu'ont les branches inférieures de résister au couvert des branches supérieures ; ensuite du plus ou moins d'ouverture de l'angle sous lequel les branches sont insérées sur la tige. Ainsi, les cimes sont d'autant plus longues et plus étroites que les branches sont plus relevées et plus courtes : comme chez les arbres pyramidaux ; elles sont , au contraire, d'autant plus couiles et plus étalées que les branches sont plus horizontales et plus longues : comme chez la plupart des arbres feuillus et certains résineux.

C'est à une cause semblable qu'il faut attribuer les modifications

qui affectent la cime d'un même arbre au fur et à mesure qu'il avance en âge. La direction des branches est, à l'origine, celle des pousses qui les ont produites; en s'allongeant , les branches fléchissent de plus en plus sous leur propre poids et sous celui des feuilles et des fruits ; aussi , font-elles avec la tige un angle d'autant plus ouvert qu'elles sont plus âgées. On observe très bien cette loi sur la plupait des arbres lorsque, des branches supérieures presque verticales, on promène son regard jusqu'aux branches inférieures souvent horizontales ou même inclinées vers le sol.

La transformation des bourgeons de prolongement en boutons à fruits, modifie également la ramification de certains arbres, dès qu'ils deviennent fertiles ; quoi qu'il en soit, une fructification abondante est toujours une cause d'éclaircissement de la tfime.

De tout ce qui précède, il résulte que les différents arbres ont une physionomie, un port spécial qu'ils doivent uniquement à leur tempérament propre et à la disposition naturelle de leurs rameaux: c'est ainsi que l'épicéa affecte une forme conique, quand le pin pinier prend celle en parasol; la cime du chêne est irrégulièiXel ovoïde; celles du hêtre et du tilleul sont pleines et sphériques; iVi^ouleau laisse tomber ses rameaux pleureurs au-dessous de sa tête arrondie, etc.

Le sol et le climat n'influent pas sensiblement sur cette cause première; dans un sol plus fertile, les dimensions générales sont ptes fortes, elles s'amoindrissent, au contraire, si les conditions deviennent mauvaises ; mais sous une forme exagérée ou atténuée , le facvS caractéristique de l'espèce persiste toujours.

58. Forme forestière. — La forme spécifique ne conserve sa , constance que chez Tarbre isolé dont les branches s'étalent libre* ment. Il en est tout autrement dans un nuzssif. Alors le couvert latéral augmente les effets de l'élagage naturel, et la tige continue à s'accrottre en hauteur au delà de ses limites normales; c'est pour cette cause que , dans les vieux massifs et quelle qu'en )Boit l'espèce, tous les arbres prennent une forme analogue: ce sont toujoui^ les mêmes fûts démesurément longs, surmontés par un|^ cime grêle* ,

Mais ces formes anormales ae se maintiennent que sous l'influence perâstante des causes qui les ont fait naître ; que l'arbre crû en massif soit brusquement isolé, la sève, abandonnant les hauteurs exagérées de la cime , prendra une nouvelle direction plus conforme à ses tendances naturelles ; si sa tige est douée de la faculté d'émettre des rejets , il pourra , dans des conditions favorables , se reformer une nouvelle tète au-dessous de la première; dans le cas contraire, le sujet est voué à une mort certaine.

Inversement, pour la même raison, si un arbre isolé est progressivement enveloppé dans un massif plus jeune qui s'élève autour de lui, ses branches les plus basses périssent, successivement étoufiëes par le couvert latéi*al qui les entoure. L'équilibre de sa cime sera rompu, et la sève, repoussée des régions inférieures où elle ne peut plus être utilisée, affluera vers le sommet où elle donnera une vigueur nouvelle aux bourgeons terminaux. L'arbre recommencera à s'accrottre en hauteur et se reformei*a une nouvelle cime dans l'espace qui lui reste disponible au milieu du peuplement dont il dépend désormais.

Du reste, ce n'est pas impunément qu'un arbre peut subir de telles crises; ces déplacements de sève entraînent toujours la perte de membres importants dont la mort est une de ces nombreuses causes physiques qui, en dégradant un arbre, abrègent sa vie utile.

Il en résulte néanmoins que , entre les deux types extrêmes qui distinguent l'arbre isolé de celui croissant en massif plein , le forestier peut à son gré modifier, en même temps que la forme générale de l'arbre, l'importance relative des éléments qui le composent: augmenter, par exemple, le volume de la tige au détriment de celui des branches, ou activer la croissance en diamètre au préjudice de celle en hauteur.

59. Fonne de la tige. *- Outre ce port spécial qu'affecte l'arbre dans son entier, on remarque que la tige prend une forme différente, suivant l'état de massif ou d'isolement dans lequel elle a été constituée. Cela tient à la répartition inégale dans l'arbre des matériaux élaborés par les feuilles.

En effet, en étudiant la forme des tiges dans leurs différants états

de développement, M. le D'Nordlinger' a constaté les faits suivants : i"" Dans un jeune arbre garni de ses branches depuis le sol, conséquemment isolé, les accroissements s'amincissent régulièrement de la base au sommet: la forme de la tige est conique. — ^ Quand les branches inférieures sèchent naturellement, les accroissements présentent leur plus grande épaisseur dans le voisinage des premières branches vives ; ils s'amincissent de là jusqu'au pied : la tige se rapproche du paraboloïde. — 3** A l'état de massif, les couches deviennent de plus en plus larges par le haut, souvent deux ou trois fois plus larges qu'au pied: elles donnent à la tige une forme plus cylindrique. — i^ L'arbre en massif qu'on isole , s'accroît dans l'ordre inverse ; c'est-à-dire que les grossissements supérieurs s'amincissent, tandis que les inférieurs s'élargissent : la tige a des tendances à revenir à la forme conique qui est la plus générale chez les arbres crus isolément.

Il résulte de cette étude que chaque tige a une forme organique qui lui est propre ; cette forme se rapproche plus ou moins d'un volume géométrique, mais sans jamais se confondre avec lui.

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