II. — Bepboduction db l'abbbe
60. Régénération par la semence. — En principe, tout arbre est né d'une graine. On peut même dire que c'est uniquement par la semence que les espèces se régénèrent, et qu'elles acquièrent cette force d'expansion qui permet aux forêts de se perpétuer.
Les arbres forestiers ne commencent , en général , à porter des fruits mûrs que quand ils ont à peu près atteint leur développement normal en hauteur. C'est seulement vers cette époque qu'ils deviennent adultes et fructifient abondamment et régulièrement. Les bourgeons à fleur naissent en pleine lumière et à l'extrémité des rameaux ; plus ils sont abondants, plus on a chance d'avoir une grande quantité de fruits; aussi les arbres isolés, à cime complète, portent-ils plus de semence que ceux croissant en massif et dont la tête est fortement réduite. De même, sous les climats méridionaux, où l'in-
1. Nordlinger, IHe technischen Eigenschaften der Hùlzer. Stottgard, 1860.
fluence de Tinsolation est plus vive, les arbres forestiers fructifient plus tôt et plus abondamment que dans les régions septentrionales froides et brumeuses.
A ne considérer que les fruits ou les graines , on peut classer les essences en deux groupes : les espèces à graines lourdes et celles à (/raines légères. La production des graines lourdes absorbe une beaucoup plus grande quantité de matière nutritive et épuise beaucoup plus le sujet que celle des graines légères. Tandis que l'arbre à graines légères fournit presque tous les ans une 1res grande quantité de semence, il est rare que, chez les espèces à graines lourdes, le même arbre fructifie abondamment deux années de suite.
La fécondité varie non seulement avec l'espèce, mais aussi, pour chaque espèce , avec les conditions plus ou moins favorables du climat et du sol qui la nourrissent; car le bourgeon à fleur étant formé dès Tannée qui précède celle de la fructification, une récolte de semence est le résultat du concours de deux années favorables consécutives: circontances qui diminuent singulièrement les chances de l'obtenir. De plus, la graine, pour germer et produire un jeune sujet d'avenir, doit rencontrer des conditions favorables qui dépendent des influences atmosphériques au printemps de la troisième année. Étant données les diflërentes combinaisons dans lesquelles ces trois facteurs peuvent entrer, on voit combien l'irrégularité d'un climat influe sur la probabilité d'y obtenir une année de semence utile. Aussi de telles productions sont-elles plus fi'équentes sous les climats réguliers que sous les climats variables ou excessifs. 11 est d'ailleurs inutile d'insister sur ce fait, qu'un sol riche et fertile répare beaucoup plus vite et mieux l'épuisement qui est la conséquence de toute fructification abondante.
Tout sujet né d'une graine porte le nom de brin de semence ou simplement de brin.
Les forêts traitées en futaie sont régénérées par voie de setnis.
61. Rajeunissement par les axes. — L'arbre ne se reproduit pas seulement par la semence. Parmi les espèces indigènes^ celles feuillues sont, pour la plupart, douées de la faculté de se rajeunir par les axes, directement et sans l'intervention des organes de
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fructification; les résineux sont beaucoup moins bien partagés de ce côté.
Les différents modes de rajeunissement par les axes sont : la bouture, la marcotte, le rejet et le drageon. La bouture et la marcotte sont surtout utilisées comme procédés de repeuplement artificiel, et c'est seulement à l'occasion de cette étude qu'il en sera question. Les rejets et les drageons , au contraire , présentent un intérêt capital pour le traitement des forêts.
Il est important de faire remarquer tout d'abord que tous les sujets d'origine axille ont toujours une vitalité moindre que celle des brins de semence. Le fait est général et s'applique aussi bien aux boutures et aux marcottes qu'aux drageons et aux rejets; peutêtre même est-il plus marqué encore chez ces derniers qui sortent de bourgeons mal constitués et ayant souffert plus ou moins longtemps. Celle cause suffit pour expliquer leur fertilité plus précoce et leur longévité moindre.
62. Rejets. — Les rejets sont des rameaux particuliers qui poussent accidentellement sur un point quelconque de la tige. Ils naissent de bourgeons spéciaux qui se développent ou s'organisent dans des circonstances déterminées et auxquels, suivant les cas, Théodore Hartig ^ a donné les noms de bourgeoixs proventifs et bourgeons adventifs.
4"* Bejets de bourgeons proventifs. — Les bourgeons proventifs ou dormants sont des bourgeons axillaires qui , au lieu de fournir un rameau, restent dans l'écorce à Tétat rudimentaire , ne prolongeant chaque année leur base que par une végétation intermédiaire dans la couche en formation. Ils vivent alors, à l'état latent, pendant de longues années, toujours prêts à se développer aussitôt qu'une cause tendant à modifier le cours régulier de la sève leur en donne l'occasion. Ainsi, une blessure grave, une incision annulaire profonde , la suppression de branches principales, l'amputation du tronc en un point quelconque de sa hauteur, font naître, immédiatement au-dessous de la blessure ou de la section, des rameaux plus ou
1 . Vollstûndige Satargeschù hte der forstlichen Culturpfianzen Deufschfands, Berlin, 1852.
moins nombreux. De même, après l'isolement brusque d'un arbre, on voil apparaître ces mêmes productions aux emplacements que devrait occuper la cime chez un sujet de même espèce normalement constitué; de même encore, quand un arbre est dominé ou dépérissant, des brindilles nombreuses se développent sur les parties dénudées de sa tige et de ses grosses branches. Tous ces effets ont une seule et même cause , l'évolution de bourgeons proventifs réveillés par un contact plus prolongé avec la sève nutritive ou par l'influence d'une lumière plus abondante.
Les rejets d'origine proventive appartiennent donc toujoui's à la formation primitive de l'axe sur lequel ils sont implantés; ils sont en correspondance directe avec la moelle centrale sur laquelle ils ont pris naissance : en un mot, ils ont le même âge que la tige à leur point d'insertion. On comprend, dès lors, que ces bourgeons qui perdent leur vitalité à un moment donné, soient plus nombreux sur les parties jeunes ou d'âge moyen que sur celles plus âgées. Du reste, la persistance de cette faculté diffère de beaucoup suivant les espèces : chez le hêtre et le bouleau, par exemple, elle s'éteint de bonne heure, quand, chez le chêne, elle se maintient jusqu'à l'âge le plus avancé.
2** liejets de bourgeons adventifs. — Les bourgeons ad ventifs s'organisent dans le tissu de nouvelle formation, sur le bourrelet de re* couvrement qui tend à fermer toutes les blessures ou sections faites sur la tige. Les rameaux auxquels ils donnent naissance sont, en général, peu importants au point de vue de la reproduction de l'arbre, car ils se présentent beaucoup plus rarement et en moins grand nombre que les rejets de bourgeons proventifs. Contrairement à ces derniers qui sortent toujours de l'écorce qui recouvre le vieux bois, les bourgeons adventifs naissent du bourrelet développé sur les lèvres de la plaie entre l'écorce et le bois ; aussi sont-ils mal consolidés, mal assis, et il suffit d'un choc ou d'un vent violent pour les détacher et les faire périr.
Quelle que soit l'origine des rejets, la lumière et la chaleur jouent un rôle important dans leur évolution. Ils seront d'autant plus abondants que la lumière sera plus vive et le climat plus chaud : par conséquent, en plein découvert que sous un massif; en plaine qu'en
montagne ; à Texposition sud qu'à l'exposition nord ; enfin dans les régions méridionales que dans celles septentrionales.
Lorsque les conditions d*àge et de milieu sont favorables à leur évolution, les rejets poussent d'autant plus abondants et vigoureux que les tissus dont ils sortent renferment une plus grande quantité de réserve alimentaire. A ce point de vue, il est prudent de couper en hiver les bois qu'on veut rajeunir par rejets, car à cette époque les matériaux en réseiTe sont en quantité maximum. Au contraire, on devra couper à la fin du printemps, ceux dont on voudrait éviter les rejets.
63. Rejets de souches et rejets de tiges. — Un intérêt cultural de premier ordre nécessite la distinction de ces productions axillaires en rejets de souches et en rejets de tiges,
1° Le rejet de souche, d'origine adventive ou proventive, naît en contact avec la terre, ses jeunes tissus en formation peuvent émettre des racines qui lui sont propres ; avec le temps, il s'isole de la souche mère pour former un sujet indépendant. II peut donc servir à la perpétuation de l'espèce.
Théodore Hartig a démontré que la patte tout entière de ce rejet se recouvre de proche en proche d'un tissu cicatriciel, dont Técorce l'isole bientôt du bois mort et intercepte toute communication avec lui. Aussi, on ne trouve aucune trace d'altération au pied des rejets émancipés d'âge moyen ; ce n'est que plus tard, quand la vieille souche a disparu depuis longtemps déjà, que la pourriture apparaît au cœur de la tige, comme premier signe d'une décrépitude prématurée.
L'ensemble des rejets nés sur une môme souche porte le nom de cépée ou de trochée. Leur évolution sert de base au rajeunissement des forêts traitées en taillis.
2° Le rejet de tige, au contraire, reste toujours directement attaché à la tige mutilée qui le porte. 11 ne s'affranchit jamais et n'assure pas la perpétuation de l'individu, de telle sorte que, tôt ou tard, il faudra pourvoir au remplacement du sujet atteint par la caducité.
Les rejets de tige se développent dans les mêmes conditions que les rejets de souche. Leur évolution a servi de point de départ à plusieurs modes de traitement, parmi lesquels on peut citer: les
taillis fureiés et les liges exploitées en forme de têtards et d'arbres (ïémonde.
Les rameaux nuisibles dits gourmands ou branches gourmandes qui, dans certaines circonstances se montrent sur le fut des arbres au-dessous d'une cime constituée, appartiennent à cette même catégorie.
64. Drageons et rejets de racines. — On appelle drageons les rameaux qui naissent directement sur les racines d'un grand nombre d'arbustes et de quelques arbres feuillus, notamment : le peupliertremble, l'aune blanc, le robinier, le chêne tauzin et le chêne yeuse.
Les bourgeons à drageons s'organisent spontanément sur des racines saines et intactes ; à ce point de vue, ils n'ont aucune analogie^ aucune communauté d'origine avec les bourgeoas proventifs. Ils naissent plus communément sur les racines horizontales et superficielles, sans toutefois que cette propriété puisse être étendue à toutes les essences traçantes. Le drageon est donc le résultat d'un fait physiologique normal, localisé chez des espèces déterminées et qu'on n'est pas libre de faire naître, comme le rejet de souches, sur toutes les espèces feuillues. On ignore les causes premières du phénomène, mais on a remarqué que les drageons se produisent de préférence sur les racines d'arbres isolés, ou, après la section des tiges, sur un sol qu'une exploitation expose à la pleine lumière.
On a constaté également que des lésions faites sur les racines traçantes de certaines espèces peu disposées d'ailleurs à drageonner, comme: le hêtre, le charme ou le chêne rouvre, peuvent provoquer la pousse de drageons; mais ceux-ci sont moins des drageons véritables que des rejets de racines constitués à la façon des rejets d'origine adventive.
Quoi qu'il en soit, le drageon s'affranchit facilement de la racine mère, pour former bientôt une lige indépendante; mieux que le rejet, il assure la reproduction et l'expansion de l'arbre ; néanmoins, sa longévité reste atténuée par le vice originel commun à tous les sujets nés d'un axe.
ARTICLE DEUX Les essences.
65. DéfinitioBS. — Dans le langage forestier, le mot essence est synonyme à'espèce.
Les essences qui peuplent les forêts peuvent être rapportées à deux groupes suivant leurs dimensions : V arbre et V arbrisseau,
M. Mathieu, dans sa Flore forestière, a défini chacun de ces deux types, comme il suit :
« Arbre, végétal ligneux, à tige simple et unie et s'élevant à 7 mètres au moins. » Le chêne, le hêtre, le frêne, l'orme, le sapin, le mélèze, sont des arbres.
« Arbrisseau, végétal ligneux, rameux dès sa base, dont la hauteur va de i à 7 mètres. » Ex. : le houx, le noisetier, le sureau, le fusain, etc.
Les sous-arbrisseaux sont, parmi ces derniei*s, ceux qui restent dans les plus petites dimensions, comme : la bruyère, le genêt, etc.
Tous les arbrisseaux forment une catégorie à part, sous le nom AQmortS'bois, "^ • ' '.'-^r^ i /; /fi-
La dénomination de bois blancs, impropre, mais consacrée par l'usage, indique, parmi les essences feuillues, les bois d'une contexture molle, quelle que soit d'ailleurs leur couleur, tels sont : les aunes, les tilleuls, les peupliers et les saules. On les eût mieux appelés bois tendres.
Par opposition à cette désignation de bois blanc ou bois tendres, on comprend les autres bois feuillus sous la dénomination de bois durs,