‹ Traité de sylvicultureChapitre 6 sur 128 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

seule tout un code forestier, restera un monument législatif dont on ne saurait trop s'inspirer.

C'est seulement dans le cours du xviii* siècle que Réaumur, Duhamel du Monceau, de Buffon, Varenne de Fenille, posent, en France, les premiers principes d'une exploitation rationnelle des forêts appuyée sur les connaissances acquises en physiologie végétale. Vers la même époque, une semblable évolution se prépare en Allemagne. Des praticiens dont les noms ont été trop vite oubliés et d'autres forestiers demeurés complètement inconnus* ont laissé d'intéressantes études sur diverses questions relatives au traitement des forêts. En 1796, Louis Hartig imprimait son premier essai sur la Culture des bois; mais ce n'est qu'en 1808 qu'il publiait son mémorable Manuel des forestiers et de ceux qui veulent le devenir. C'est dans ce livre, qui fait époque dans l'histoire de la science forestière, qu'il formula les huit fameuses règles didactiques applicables au traitement des forêts par la Méthode du réensemencement naturel et des éclaircies. Son contemporain Cotta, professeur à l'école de Tharandt, envisageant surtout les forêts au point de vue de leur constitution économique, donne la solution de problèmes que jusqu'alors personne n'avait abordés. Les tendances de son esprit, plutôt mathématiques que culturales, se retrouvent dans tous ses travaux, notamment dans le traité paru en 1817, où il base sur des chiffres les premières règles du traitement en taillis composé.

Quoi qu'il en soit, Hartig et Cotta sont considérés comme les véritables fondateurs de la science forestière moderne. Cette opinion s'est établie aussi bien en France qu'en Allemagne, car, en 1827, trois ans après la fondation de l'école forestière de Nancy, M. B. Lorentz et, quelques années plus tard, son con-

1. Bernhardt, Geschichte des Waldeégenthums , der Waldwirthxcha/t und Forstwirthscha/t in Deutschland. Berlin, 1872.

Xn INTUODUCTION.

tinuateur, M. A. Parade, qui, tous deux avaient été les disciples des maîtres allemands, introduisaient dans leur enseignement les doctrines d'outre-Rhiii. Ils ont interprété l'idéal de leurs maîtres, c'est-à-dire la futaie simple, homogène, régulière avec une clarté d'exposition, une autorité personnelle, bien faites pour rendre leur œuvre durable.

Entre temps, la série des recherches sur la nutrition des végétaux inaugurées par de Saussure et Boussingault, poursuivies par Thaër, par Liebig et tant d'autres, permet à la Physiologie végétale de faire d'immenses progrès. Parallèlement, Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Ricardot, fondent VÉconomie politique, A mesure que les matériaux abondent à ces deux sources qui alimentent la science forestière, celle-ci se surcharge de faits nouveaux, et le moment est venu pour elle de s'alléger en se subdivisant.

Actuellement l'Économie forestière comprend trois branches principales, ce sont : d'une part, la Sylviculture qui a pour objet de formuler un ensemble de règles applicables à l'exploitation rationnelle des terrains alfectés à l;i production ligneuse, et Y Aménagement qui enseigne l'art de réglementer les exploitations afin de rendre la production forestière annuelle comme le sont les besoins de l'homme. D'ailleurs il en est de l'Aménagement à l'égard de la Sylviculture comme de la comptabilité à l'égard de l'industrie. L'une fait naître des richesses dont l'autre impose les conditions de jouissance. De leur ensemble résulte cette harmonie de gestion en dehors de laquelle tout n'est que désordre et ruine.

D'autre part, pour exploiter une richesse avec profit, il faut connaître les qualités et les défauts de la substance produite; se rendre compte des transformations qu'elle est susceptible de recevoir, des débouchés qui lui sont ouverts; savoir, en un

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