‹ Traité de sylvicultureChapitre 60 sur 128 · LE CAPITAL FORESTIER · texte numérisé non relu

LE CAPITAL FORESTIER

férer la récolte dans les délais qui embrassent la durée de la vie utile des arbres, c'est-à-dire parfois plusieurs siècles.

Enfin, d'une année à l'autre, si les récoltes agricoles varient sensiblement en quantité suivant les circonstances atmosphériques et les procédés plus ou moins dispendieux de culture, le plus souvent, chaque unité produite varie peu en qualité et, par suite, sa valeur marchande est simplement subordonnée aux fluctuations commerciales. Au contraire, la production forestière est représentée en quantité par ime moyenne à peu près constante, mais la valeur marchande des unités varie entre les limites du simple au décuple, suivant la qualité que donne aux produits le calibre plus ou moins gros des arbres que Ton exploite. Ainsi, deux surfaces de même étendue et peuplées des mêmes essences pourront produire annuellement chacune un même volume de bois, dont les uns ne se vendent que six francs le mètre cube, parce qu'ils sont de faibles dimensions ei jeunes, quand les autres se vendront soixante francs le mètre cube, parce qu'ils sont gros et âgés. En fait, la récolle forestière a un âge, un avenir, et il existe une relalion nécessaire entre sa qualité et le temps.

Le temps qui donne ainsi Yutilité h la matière ligneuse fournie en quantité à peu près constante par Yespace, devient dès lors un facteur prépondérant en économie forestière ; tandis qu'en agriculture, il ne joue qu'un rôle secondaire. En conséquence : toute dépense engagée dans une exploitation forestière se traduit non seulement par la somme d'argent eflectivement avancée, mais par cette même somme majorée de ses intérêts composés jusqu'à l'époque, toujours éloignée, où l'on pourra rentrer dans ses déboursés. En un mot, quand, en agriculture, le profit suit de près la peine et la dépense, en sylviculture, les profits sont lents à venir.

112. Revenu. — La récolte forestière est donc essentiellement périodique sur un point déterminé et, pour la rendre annuelle, comme l'exigent les besoins de l'homme, il est nécessaire de réaliser les produits successivement, sur autant de points ou de surfaces différentes qu'il faut d'années aux arbres pour atteindre les dimensions requises. Pour satisfaire à cette condition, la forêt économiquement constituée, c'est-à-dire aménagée, doit donc présenter sur des sur-

faces équivalentes une suite non interrompue d'arbres ou de peuplements différant entre eux d'une année d'âge, depuis les sujets naissants jusqu'à ceux ayant vécu le nombre d'années que ces mêmes dimensions comportent.

Ces derniers constituent seuls la récolte ou le revenu.

113. Révolution. — Le déplacement successif des surfaces qui portent les récoltes annuelles a fait naître l'idée de rotation, et on est convenu de nommer révohition le temps qui s'écoule entre deux récoltes successives sur le même point : c'est, en théorie, le temps ^l'évolution laissé aux arbres pour atteindre les dimensions qu'on leur demande.

114. Le capital forestier. — Les bois en croissance, c'est-à-dire ceux qui restent sur pied dans les surfaces autres que celles qui portent la récolte, font nécessairement partie du capital générateur, puisque, en dehors de leur présence, on ne peut concevoir de revenu annuel.

Exemples : Soit une forêt de 100 hectares couverte, par parties égales, d'une suite de peuplements âgés de 1 à SO ans et ^dont les produits sont réputés réalisables à l'âge de 20 ans. La récolte sera fournie par les cinq hectares qui portent les bois de 20 ans, et les peuplements en croissance répartis sur les dix-neuf autres surfaces feront partie du capital d'exploitation.

De même, dans une forêt de 1 00 hectares peuplée de bois d'âges gradués de 1 à 100 ans, le revenu sera fourni par le seul hectare où sont localisés les arbres de 100 ans, et ceux âgés de 1 à 99 ans, répartis sur les 99 autres surfaces, seront comptés comme capital superficiel.

De ces exemples, il résulte que la partie du capital générateur représentée par les bois en croissance est essentiellement variable. Son importance est entièrement subordonnée à la longueur de la révolution et va sans cesse en augmentant avec celte dernière : à des révolutions courtes correspond un capital superficiel restreint ; les révolutions longues exigent un capital d'exploitation d'autant plus considérable qu'il renferme des arbres plus âgés et, par conséquent, ayant plus de valeur. De plus, ce capital ligneux n'est pas seulement

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représenté par un cube de bois de dimensions quelconques, mais par

ce même volume constitué d'une façon toute particulière au point de vue de la gradation des âges. C'est seulement lorsqu'il renferme la suite complète des âges répartis sur autant de surfaces d'égale production, qu'il est normalement constitué : on dit alors que la forêt est normale.

Dès lore, le capital forestier se compose de deux éléments distincts qui fonctionnent concurremment, mais chacun à sa manière, ce sont : d'une part, le fonds de terre dont la valeur, subordonnée à sa fertilité, est soumise aux mêmes fluctuations que celle des autres biens ruraux : celui-ci donne l'espace et fournil la quantité ; d'autre part, le capital superficiel, de valeur essentiellement variable, mais de forme définie : ce dernier se constitue par l'épargne et grandit avec le temps ; il travaille uniquement à l'accroissement des produits en qualité.

Le caractère particulier du capital ainsi constitué est d'être toujours en partie mobilisable: ce qui expose à des confusions fâcheuses avec le revenu et, par suite, à des abus de jouissance. Par contre, toute fraction du revenu qu'on ne réalise pas , s'incorpore et fonctionne avec lui naturellement et sans frais.

De la composition toute spéciale du capital forestier résultent les conséquences suivantes qu'il suffit d'énoncer ici sous forme de propositions: i^ toutes choses restant égales d'ailleurs, plus les révolutions sont longues, plus le revenu annuel est considérable ; 2* le taux de placement suit une marche inverse : il est d'autant plus faible que les révolutions sont plus longues.

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