‹ Traité de sylvicultureChapitre 72 sur 128 · Régénération du chêne en mélange avec le charme. — Le · texte numérisé non relu

Régénération du chêne en mélange avec le charme. — Le

mélange du chêne et du charme demande moins de précautions. A tous les âges, le charme reste subordonné au chêne et il n'y a aucun inconvénient à l'associer en mélange intime avec lui. Dans les sols frais, il suffit de quelques porte-graines charmes pour assurer la production d'une grande quantité de semis qui s'installent entre les jeunes chênes, lorsque la surface est à l'état de coupe secondaire.

Il n'est du reste pas nécessaire que ces serais soient très nombreux, car le charme a peu d'ennemis et, quand on voit les chênes succomber par milliers sous les actions combinées du couvert, de la gelée ou des insectes, le charme résiste et le nombre relatif des sujets va sans cesse en augmentant jusqu'à la constitution du haut perchis. Du reste, partout où les chênes seraient trop nombreux et les charmes trop rares, on rétablit facilement l'équiUbre, en faisant quelques légères trouées dans les chênes au profit des charmes.

176. Soins culturaux. — A l'exception de la région girondine, dans laquelle la croissance très rapide des chênes rend souvent les dégagements inutiles, partout ailleurs ces opérations sont nécessaires. Elles sont indispensables quand le hêtre abonde, moins urgentes quand le charme est l'essence accessoire.

Si la station lui est convenable, la jeune futaie de chêne pur fournit un couvert suffisant pendant sa première jeunesse. C'est seulement à partir de l'état de perchis que le tempérament du chêne s'affirme par des allures bien différentes de celles du hêtre. Dès qu'une tige de chêne est dominée, la sève, n'étant plus utilisée par sa cime incomplète, séjourne dans le tronc où elle fait naître des gourmands; ceux-ci sont toujours l'indice d'une situation mauvaise et les tiges surciraées qui les portent ne se raccorderont jamais avec l'étage principal, quels que soient les soins ultérieurs dont elles pourraient être l'objet. A ce point de vue, il est important de faire une distinction entre les tiges principales et celles dominées. Chez ces dernières, les branches gourmandes sont une conséquence nécessaire du couvert qui les tue : leur état de dégradation n'intéresse en rien celui du massif. Mais , quand les sujets les plus vigoureux portent euxmêmes ces marques de faiblesse, c'est que l'étage dominant est trop serré dans son ensemble, et on ne ferait qu'aggraver la situation en retardant les éclaircies vraies (166).

Celles-ci seront faites hardiment autour des sujets les mieux constitués, en leur donnant progressivement l'espace nécessaire au libre développement de leurs cimes. Elles seront commencées dès que ces tiges d'avenir s'affirment, et répétées à des intervalles assez

rapprochés (10 ans au plus) jusqu'à l'état de haut perchis ; partoul on aura soin de ne pas interrompre le couvert et de respecter scrupuletisemerU toute la végétation ligneuse, tiges, buissons ou broussailles disposés à vivre en sous-étage ou en sous-bois.

On comprend d'ailleurs que toutes les tiges de chêne dominées doivent disparaître lors du passage de ces coupes, car leur mort est prochaine et leur couvert de nul effet. En fait, on ne peut demander au chêne, pas plus qu'à toute autre essence de lumière, de fournir en même temps les éléments du massif principal et ceux des étages intermédiaires. De toute nécessité il faut avoir recours à des espèces différentes, spontanées ou artificiellement introduites, pour donner au peuplement la densité désirable. Jamais il ne faut toucher à ces étages, pas plus lors de la dernière éclaircie qu'à toute autre époque de la vie du peuplement : leur enlèvement est le dernier acte qui accompagne la mise en régénération.

Dans les peuplements mélangés, quand les chênes et les hêtres sont disposés par pieds isolés, tout en comptant sur le hêtre comme auxiliaire, il faut parfois le traiter en ennemi : notamment dans les régions du Nord et de l'Est, où, à tous les âges jusqu'à la dimension de haute futaie, sa croissance est plus rapide que celle du chêne. Pendant cette longue période, les éclaircies prendront toujours la forme de dégagements, si on ne veut pas que tous les chênes soient successivement éliminés; car un chêne isolé ne résiste pas au milieu d'un fourré de hêtre. Même en répétant en sa faveur dégagement sur dégagement, on n'obtiendra qu'une tige grêle, chétive, végétant sans lumière, comme au niveau d'un puits dont la margelle irait sans cesse en s'exhaussant. Supposant même un bon mélange à l'état de bas perchis, il faudra revenir tous les 4 ou 5 ans pour abattre les hêtres trop ambitieux. Il suffit, en effet, de quelques années de négUgence ou d'oubli, dans ce travail dispendieux et fatigant pour le personnel, pour que tous les chênes soient perdus sans retour.

On évite ces difficultés en pratiquant la régénération -par compartiments dans lesquels chaque espèce, maintenue à l'état pur sur les espaces qui lui sont réservés, reçoit les soins convenables pendant toute son existence et peut fournir son maximum de production sans nuire à sa voisine.

En Bavière, et nolamment dans les forêls du Haardt (Palatinat) et du Spessart (Basse-Franconie), on pratique, outre le mélange du chêne et du hêtre par compartiments, celui par étages superposés. On procède de la manière suivante : Quand un massif de chêne pur a atteint les dimensions de haut perchis, on Téclaircit fortement, en isolant toutes les cimes. Sous cet abri, on introduit par voie de plantation des hêtres qui forment fourré 5 ou 6 ans après l'opération. Ceux-ci s'élèvent lentement et procurent tous les avantages du mélange sans jamais porter préjudice aux chênes, qu'on peut alors éclaircir largement sans crainte de dégrader le sol.

Les éclaircies dans les mélanges de chêne et de charme ne présentent rien d'anormal.

177. Remarque. — C'est à l'aide de ces précautions que les chênes, le rouvre surtout, peuvent être élevés en futaie régulière dans les sols même de médiocre qualité, pourvu qu'ils soient frais et suffisamment profonds. Mais ce traitement lui convient mieux dans les régions centrales que dans celles trop septentrionales où sa croissance est plus lente. D'ailleurs, il est prudent de n'appliquer la futaie régulière que dans des séries assez étendues, car ce n'est pas avant l'âge de 250 à 300 ans qu'on peut en tirer le meilleur profit, c'esl-à-dire des arbres de 0'",70 à 0",90 de diamètre à hauteur d'homme. D'aussi longues révolutions suppriment le mélange naturel avec le hêtre et le charme, en dehors de la première moitié de la vie du massif. Vers cette époque, il est nécessaire de créer un nouveau sous-étage, par la voie naturelle quand on peut l'obtenir et, à son défaut, par la voie artificielle. Une telle régénération en sousétage se produit assez facilement avec le hêtre, mais le charme ne s'accommode plus des conditions de demi-lumière qui lui sont offertes. Les sujets qui parviendraient à s'installer étalent leurs tiges languissantes sur le sol, sans jamais s'élever suffisamment pour former un véritable étage de végétation «

d9i2 TRAITEMENT DES FORÊTS.

ARTICLE DEDX Essences résineuses.

§ l•^ — Trailetnent du sapin,

178. Observation. — A la rigueur, le sapin peut être Irailé en futaie régulière, à Tétatpur, dans la zone moyenne de son aire d'habitation ; mais, dès qu'il approche des limites inférieures ou supérieures de sa station naturelle, il est indispensable de le maintenir en mélange, soit avec le hêtre, soit avec Tépicéa. Si aujourd'hui trop de sapinières sont dans un état de végétation peu satisfaisant, c'est certainement aux extractions systématiques du hêtre qu'il faul en attribuer la cause.

179. Régénération du sapin pur. — Le sapin est généi^lement cantonné dans les régions montagneuses, où les ravages du vent sont toujours à craindre ; cette circonstance, jointe aux exigences de son tempérament délicat, prescrit la coupe d'ensemencement très sombre. Le plus souvent, on rencontre sur le sol des semis dont on tire parti, comme cela a été dit pour le hêtre, en tenant compte de ce fait que, plus qu'aucune autre espèce, le sapin a la faculté de reprendre son essor après avoir été longtemps dominé. Partout où ce semis préexistant fait défaut, le sol sera débarrassé des sous-bois et, en cas de besoin, préparé à recevoir la semence par l'enlèvement du tapis de mousse trop épais qui le recouvre souvent dans la haute montagne ou, dans les stations basses, par l'arrachis des myrtilles et bruyères dont les racines forment un feutrage impénétrable.

Le jeune sapin n'ayant son existence assurée que quand il commence à se verticiller, c'est-à-dire vers 6 à 8 ans, ce n'est pas avant cette époque qu'il faudra entreprendre la série des coupes secondaires. Celles-ci pourront être conduites normalement et lentement si les dangers du vent ne sont pas trop à redouter. Si, au contraire, on craint les chablis, il faudra laisser le semis s'installer.

FUTAIE RÉGULIÈRE. idS

•în le maintenant 10 ans, 13 ans même, s'il le faut, sous le couvert continu de la coupe d'ensemencement, et passer hardiment à la coupe défmitive. Toutefois, cette dernière manière de procéder n'est applicable que dans les stations assez élevées pour qu'une insolation trop brusque ne soit pas désastreuse pour le jeune semis ; à ce point de vue, plus l'altitude est grande, plus on peut se permettre de découvrir le sapin rapidement, car, dans la haute montagne, on voit souvent le semis réussir en plein découvert; si les stations restaient basses, il vaudrait mieux, en ces zones dangereuses, renoncer à la forme régulière et se rapprocher du jardinage.

180. Régénération du sapin mélangé au hêtre. — Le mélange du sapin et du hêtre est toujours avantageux et doit être favorisé. En effet, le hêtre, s'élevant moins haut que les sapins, étend ses branches entre leurs tiges : il favorise l'élagage naturel, complète partout le couvert et augmente l'épaisseur de la couche de terreau ; en outre, il donne au massif plus d'assiette et plus de résistance contre le vent.

C'est aux expositions chaudes, aux grandes altitudes, dans les mauvais teri-ains, enfm dans les conditions difficiles de végétation que le hêtre est surtout précieux en mélange abondant : on peut même dire que, sur les hauts sommets des Vosges et du Jura, l'existence du sapin est subordonnée à la présence du hêtre, car partout où l'on a fait une guerre maladroite à ce dernier, le sapin, laissé à l'état pur, se comporte mal et même ne se reproduit plus.

Dans une vieille futaie mélangée, la coupe d'ensemencement s'établit dans les conditions ordinaires qui conviennent en même temps au sapin et hêtre. Les semis s'installent facilement, soit en mélange intime, soit par taches ; néanmoins, certaines précautions sont parfois nécessaires. Quand le hêtre est trop nombreux sur un point, les feuilles mortes, qui se décomposent mal dans les régions trop froides, s'accumulent en grande épaisseur sur le sol et le recouvrent d'un amas continu dans lequel les graines de sapin pourrissent généralement. Il faut, dans ce cas, peler le sol en automne, après la chute des feuilles, comme s'il s'agissait d'un tapis de mousse, c'est-à-dire en mettant à nu la couche de terreau dans laquelle le sapin germera

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à souhait. En tout état de choses, il est inutile de receper les semis de hêtre préexistants, car le sapin se jette parfaitement au milieu d'eux.

Les coupes secondaires seront faites dans la même forme que s'il s'agissait du sapin pur, en tenant compte des circonstances locales eu égard à la violence des vents. On peut même utiliser la conduite de ces exploitations pour régler à son gré les proportions du mélange. En eflet, le sapin résiste encore mieux au couvert que le hêtre ; si on active la marche des coupes, en donnant plus de lumière au semis, on favorise le hêtre; si, au contraire, on mainlîent un état sombre plus prolongé , le sapin dépassera le hêtre.

Dans aucun cas, on n'a intérêt à conserver Tune ou l'autre de ces essences sous forme de réserve dans les coupes définitives.

181. Soins colturaux. — Les dégagements sont rarement nécessaires dans les régénérations de sapin pur ; dans les cas où ils sellaient indiqués par la présence de quelques végétaux gênants, on y procédera dans la forme habituelle.

Dans les régénérations mélangées, le hêtre est loin de présenter au même degré les inconvénients auxquels il expose le chêne. Comme il perd ses feuilles en automne et entre en végétation après le sapin, celui-ci profite du premier printemps pour lancer ses flèches dans les rameaux dénudés du hêtre et, tôt ou tard, il parvient à le dominer. Mais, comme, dans cette lutte, des sujets précieux peuvent être déshonorés en perdant leur cime, il est bon d'intervenir sous forme de dégagements pour leur donner plus d'espace; à cet effet, il suffit de distribuer quelques coups de serpe avec intelligence, sans que jamais on se laisse emporter jusqu'au recepage général des hêtres.

Les éclaircies, dit H. Broiliiard % moins urgentes à un moment quelconque dans une sapinière que dans la plupart des forêts, y sont néanmoins nécessaires dans les massifs réguliers. Il est indispensable qu'à partir d*un certain âge la cime du sapin soit complète, développée en hauteur et assez bien éclairée, pour que l*arbre prenne un bel accroissement. Mais la cime seule a besoin de lumière , Tétat naturel du massif sombre et serré l'indique clairement.

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