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Traitement du bois en France, p. lit

de diamètre au pied , on les recèpe très soigneusement et très près de terre. L'été suivant, chaque souche se couvre de nombreux rejets et le taillis est constitué.

Sous de faibles dimensions, les perches de châtaignier présentent déjà une bonne proportion de bois parfait et, comme il pousse très vite, on a la coutume de le couper d'assez bonne heure, généralement vers 12 ou 15 ans. Dans les sols très riches, en retardant Texploitation et en les éclaircissant convenablement, on obtient des résultats magnifiques. Ainsi, sur certains versants frais de la montagne des Maures, des taillis de 30 ans fournissent des tiges de 0"*,20 à 0'",25 de diamètre et dont on tire d'excellents merrains.

Dans ces taillis, il n'est jamais bon de conserver des réserves dont chacune épuise une cépée et en couvre d'autres.

230. Le robinier. — Dans les sols légers et frais qui conviennent bien au robinier, les taillis de cette essence sont d'un bon rapport. On doit le planter espacé et seul, car il souffre du mélange des essences indigènes. On peut l'élever en massif à la condition de l'éclaircir souvent et très fortement. En général, on l'exploite rez terre tous les 10, 12 ou 15 ans. Mais, en le maintenant en massif clair, on peut le conduire avantageusement jusqu'à 40 et même 50 ans. A quelque âge qu'on coupe ce bois, il se reproduit très facilement par drageons.

Le robinier croît très vite ; mais il craint le vent, l'état serré, le couvert ; réussit très mal dans les terrains compacts ou très secs; envahit au loin par ses drageons et rebute les ouvriers par ses épines.

231. L'aune. — Les taillis d'aune sont précieux pour rendre productifs des terrains mouilleux. L'aune se présente rarement en mélange avec d'autres essences, tant en raison des stations qu'il habite que de la rapidité de sa croissance. Selon la nature des produits à obtenir, on peut lui appliquer une révolution plus ou moins longue et variable entre 12 et 25 ans. Il peut être intéressant de garder dans les coupes quelques baliveaux qui, exploités à 2 âges, donneront des brins assez gros pour être utilisés par diverses industries.

232. Les menus taillis. — Dans les terrains toujours humides et souvent enrichis du limon déposé par les cours d'eau débordés, les bois blancs, les saules surtout prennent une végétation très active et donnent de très bons revenus. Les révolutions adoptées sont très courtes, elles dépassent rarement 12 ans el descendent parfois audessous de 8 ans.

Toutefois, les produits sont souvent enlevés quand les débordements surviennent brusquement au moment des exploitations ; de plus, le sol risque d'être raviné par les eaux et l'état de boisement détruit sur des espaces assez étendus.

En telle situation, ces taillis ne comportent de réserves d'aucune sorte, car elles seraient renversées par les courants.

ARTICLE QUATRE Le sartage.

233. But du sartage. — Le sartage ou essarlage est un procédé (le culture agricole par le feu, employé clans les terrains dont on veut tirer périodiquement une récolte de grain sans y apporter d'engrais d'aucune sorte.

On sarte à feu courant ou à feu couvert. Le premier de ces modes n'est employé que dans les terrains boisés ; le second peut s'appliquer à ceux qui sont nus, comme à ceux qui sont en nature de forêts \

234. Le sartage à feu courant. — Dans les coupes récemment exploitées et écorcées, et quand les diverses marchandises ont été enlevées, on dissémine de la manière la plus égale possible entre les souches les menues branches ou branchettes, les remanants après la fabrication de la charbonnette, produits dont la valeur commermerciale est, pour ainsi dire, nulle. La mousse, les herbes, les feuilles mortes ont été préalablement détachées du sol et retournées

1. Gornebois, t^otice sur le sartage dans l'arrondissement île Rocroi. l'aris. J. Tremhlay, 1882.

de manière à pouvoir se sécher immédiatement; puis, vers le mois d'août, quand, sous rinfluence du soleil, tous ces matériaux sont arrivés à un degré de siccité suffisante, on y met le feu. La flamme, habilement dirigée, s'étend de proche en proche et couvre la coupe d'une couche de cendres qui en formeront l'engrais.

Pour rester maître du feu et empêcher la propagation de l'incendie dans les pentes, on fait marcher la combustion de haut en bas et, autant que possible, dans le sens opposé à la direction du vent. D'ailleurs, tant que la flamme brûle, des. hommes armés de longues perches la surveillent pour l'activer ou l'arrêter, si elle tendait à dépasser les limites de la coupe dont le sol a été soigneusement pelé sur tous ses abords.

Le feu éteint, on remue le sol à la houe sur une profondeur de quelques centimètres, puis, quand la saison est venue, on sème à la volée le grain, que l'on recouvre de terre, de manière à former une série de plates-bandes ensemencées, de largeur d'environ 0'",50, tracées dans le sens perpendiculaire à la pente de la montagne et séparées les unes des autres par de petites rigoles non ensemencées.

Le sartage à feu courant ne se pratique guère que sur les pentes, dans les parlies où le sol est sec, boisé et dépourvu d'herbes. D'ailleurs on exploite les cépées de chêne aussi près de terre que possible, pour les mettre à l'abri des atteintes du feu. Au contraire, dans certaines régions, pour détruire les essences accessoires et laisser toute la place aux chênes, on coupe les cépées de charme, de bouleau, de coudrier, elc, à 10 ou 15 centimètres au-dessus du sol; souvent même on ne les exploite qu'après le passage du feu.

235. Sartage à feu couvert. — Partout où le sol est humide, couvert d'herbes ou de bruyères, quand les pentes sont peu accusées, on sarte à feu couvert de la manière suivante : on cultive le sol à la houe, de manière à détacher des mottes de 3, 4 et même 10 centimètres d'épaisseur, et qu'on laisse se dessécher au soleil autant que possible, puis que Ton entasse en la forme de fourneaux coniques dans l'intérieur desquels on assemble la mousse, les brindilles, les feuilles et toutes les matières inflammables que Ton peut trouver. On y met le feu, que Ton surveille pour qu'il pénètre dans toute Iji

masse ; la combustion s'opère lentement, le fourneau s'affaisse graduellement et on obtient un monceau de matières pulvérulentes auxquelles la terre calcinée, les végétaux réduits en cendres ou en charbon donnent un aspect à la fois rougeâtre, gris et noir. Ces matières sont répandues sur le sol; puis, on sème le grain et on le recouvre, comme il vient d'être dit pour le sartage à feu courant.

Un fait remarquable, c'est que le résidu des fourneaux, sur lequel on compte pour favoriser la végétation des céréales, est funeste à celle des végétaux ligneux. Les sarteurs lui donnent le nom de poison et il le mérite bien, car une pelletée de cette matière jetée sur une souche la fait périr.

236. Les effets du sartage. — Dans l'un et l'autre cas, la récolte du grain se fait l'année qui suit la semaille, avec la précaution de couper les chaumes assez haut pour ne pas endommager les rejets. On constate que, immédiatement après la récolte, le sol des taillis sartés, dans les terrains siliceux et schisteux, est envahi par des genêts qui, poussant avec vigueur, forment un fourré complet au miUeu duquel les rejets sont enlacés; ce fait ne se présente pas au même degré dans les taillis non sartés, parce que l'engrais potassique fourni par les cendres est éminemment favorable au développement des plantes légumineuses. Quoi qu'il en soit, leur présence, en grand nombre, est préjudiciable au reciii; aussi, bien qu'ils ne représentent pas un produit sérieux, on trouve moyen de s'en débarrasser et généralement ils sont coupés à 3 ou 6 ans. Au premier âge, ils ne donnent qu'une médiocre lilière; à 6 ans, ils ont 2 mètres de haut eti centimètre de diamètre, on en fait des fagots pour chauffer le four. Ces enlèvements eux-mêmes ne sont pas toujours inoffensifs, car, avec les genêts, on brise ou on coupe un bon nombre de rejets, et d'autres, trop brusquement isolés, sont renvei'sés par la neige, le givre, ou leur propre feuillage.

En forêt, les inconvénients du sartage qui s'ajoutent à ceux de l'écobuage (50), sont les suivants :

1** La mise à feu se faisant vers le mois d'août, toute la pousse de l'année est perdue el un certain nombre de souches fatiguées par cette pratique qui dérange le mouvement de la sève, d'autres directe-

ment atteintes par le feu, cessent de repousser et meurent. Celles de bouleau surtout succombent en grand nombre.

2® Sur les versants à pente rapide , la terre végétale désagrégée par le feu, perd, pendant 4 ou 5 ans au moins, la cohésion nécessaire pour résister à l'action des pluies; le retour de chaque exploitation est pour elle une cause de ruine et les flancs des montagnes montrent de plus en plus les rochers stériles qui en forment les assises.

3® Enfin, dans les forêts soumises au régime forestier, la pratique du sartagê empêche la conversion des taillis simples en taillis composé ou en futaie ; il justifie aussi le maintien de révolutions trop courtes et augmente la répugnance que montrent les communes à accepter la création de quarts en réserve traités suivant des formes incompatibles avec le sartage.

Du reste, tous les prétendus avantages attribués au sartage au point de vue forestier ne supportent pas la discussion. On entend dire, en efiet, que les taillis se sont maintenus grâce au sartage. Or, il est facile de se rendre compte de ce fait, que, poursarter, il îdiui couper soigneusement les taillis rez terre; c'est donc grâce à leur bonne exploitation que ces taillis se sont perpétués quoique, et non parce que, sartés. On sait aussi ce qu'il faut penser du prétendu bénéfice attribué à récobuage au point de vue de la fertilisation du sol (50).

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