CHAPITRE DEUXIÈME
TAILLIS SIMPLES FURETES
ARTICLE PREMIER Considérations générales.
237. Forme des peuplements. — Théoriqueinent, pour fureter un taillis simple, on y revient à de courts intervalles, compris entre 8 et 15 ans, en se bornant à couper les perches exploitables, c'est-àdire, le plus généralement, celles qui ont de O^jâO à 0*",35 de tour à hauteur d'homme. Si, par exemple, on passe tous les 9 ans dans un taillis où il faut 27 ans aux rejets pour atteindre cette grosseur, on trouvera sur chaque cépée, immédiatement avant la coupe, des rameaux de 9, 18 et 27 ans.
Ainsi traité, un taillis d'essence d'ombre, comme le hêtre, se reproduit principalement par rejets de souches, accessoirement par faux drageons, par marcottes et par brins de semence, et il se perpétue, même en des terrains médiocres, grâce au maintien du couvert constant.
238. Avantages et inconvénients de cette forme. — Ce procédé de traitement est une sorte de jardinage sur souches, il présente les mêmes avantages et les mêmes inconvénients que le jardinage véritable. Avantages, en ce qu'il maintient toujours le sol couvert et protège les rejets et les jeunes semis d'une essence délicate ; inconvénients, en ce que le mélange confus des âges, non seulement sur un même point, mais sur une même cépée, augmente considérablement les difficultés de l'exploitation, en même temps que les chances de dégradation sur les brins dominés qui constituent tout l'avenir du peuplement.
Ei.fin la situation au point de vue économique n'est jamais bien
TAILLIS SIMPLES lailKTÉS. ^7
nette, car le capital d'exploitation ne correspond pas à une quantité définie^ caractérisée par la surface qu'il occupe, comme dans les peuplements réguliers. Aussi, plus que partout ailleurs, les abus de jouissance sont à craindre, le revenu est assez éventuel et le rapport soutenu mal assuré.
239. Circonstances dans lesquelles elle se justifie. — En général, les taillis simples réguliers de hêtre ne se perpétuent facilement qu'à la condition d'être exploités très jeunes ; aussi ce mode n'est-il applicable que dans les climats peu rigoureux et lorsqu'on se contente de produits de très faibles dimensions. Dès que les rejets naissants ne résistent plus sans protection a l'action d'un climat trop rude, dès que les produits, pour être utilisés, doivent avoir dépassé l'âge où le hêtre repousse régulièrement de souches, il est nécessaire, si on veut rester dans le régime de taillis simple, d'avoir recours au furetage.
C'est d'ailleurs en semblables circonstances que le furetage est né. Dans le Morvan, par exemple, contrée longtemps dépourvue de chemins, les bois n'avaient de valeur que quand ils atteignaient la dimension dite de bois de moule, qui lui donnait l'accès des marchés de la capitale. De même dans les Pyrénées, où le hêtre était recherché pour alimenter de charbon les hauts fourneaux à la Catalane, on a été conduit à pousser à la production de la charbonnette jusqu'aux altitudes de 1,400 à 1,600 mètres où le taillis simple n'était plus applicable.
Des raisons analogues ont sans doute déterminé la création de taillis furetés dans les Cévennes, en Savoie et en Suisse, partout enfin où on semble avoir cherché à concilier le pâturage avec une régénération par rejets.
Quoi qu'il en soit, le furetage est un mode de traitement parfaitement justifié au point de vue cultural, et dont on peut tirer un parti avantageux partout où il est réglementé et sagement appliqué. Certainement les abus de jouissance commis en son nom dans certaines forêts des Pyrénées, ont permis à un forestier, très bon observateur *,