TÊTARDS ET ARBRES D'ÉNONDE
243. Les tfttards. — Quand on tronçonne la lige d'un arbre feuillu naturellement disposé à fournir des rejets, on voit évoluer des rameaux nombreux dans la zone qui avoisine la section. Ces rameaux se développent à la façon des rejets de souche. Exploités eux-mêmes systématiquement à de courtes révolutions, ils forment bientôt, au sommet de la tige mutilée, un'renflement caractéristique qui a fait donner le nom de têtards aux arbres ainsi traités.
Le têtard n'est donc autre chose qu'une cépée aérienne, se reproduisant à l'abri des atteintes du bétail, et dont l'élévation au-dessus du sol est généralement suffisante pour permettre la circulation des hommes et des animaux au-dessous de rameaux qui ombragent les pâtures sans les étouffer. Les têtards peuvent d'ailleurs être exploités à la façon des cépées sur souches, c'est-à-dire, en taillis simple régulier : lorsqu'on coupe tous les rejets en une seule fois ; en tailUs simple fureté : quand on ne coupe que les rameaux d'un diamètre déterminé, en réservant tous ceux plus petits ; à la rigueur, on peut même, en coupant la cépée, conserver une forte branche montante qu'on laisse grossir, à son gré, à la façon des baliveaux : ce qui forme une sorte de taillis composé sur têtard.
Le plus souvent, les têtards ne donnent que du menu bois de fagotage, car il ne faut attendre de leur tige aucun produit ligneux. Les mutilations qu'elle subit, amènent des dégradations centrales suivies de caries qui les creusent de bonne heure.
244. Les arbres d'émonde. — Pour obtenir en même temps du bois de chai*pente et du menu fagotage, on traite certaines espèces , le chêne notamment, en arbre d'éfïwnde. Pour cela, on élague périodiquement tous les rameaux latéraux, à l'exception d'un faible bouquet qu'on laisse intact au sommet.
Sur celte tige, chaque branche amputée forme un centre de pro-
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duction, une façon de cépée, d'où sortent de nouveaux rameaux après chaque exploitation et dont l'ensemble constitue un véritable taillis sur futaie. L'arbre se couvre de broussins, mais ne se dégrade pas aussi vite que le têtard ; son bois madré, à fibre tourmentée, souvent interrompue pfir des traces de cicatrices, reste longtemps sain; si, à cause de sa structure irrégulière, il ne peut donner ni sciage, ni bois de fente, du moins , il fournit à la construction des pièces d'une grande résistance.
245. Application. — Aucune règle n'est à donner pour le traitement des têtards et des arbres d'émonde. Ces formes sont plutôt applicables aux arbres isolés dans les campagnes qu'aux massifs forestiers. Elles semblent nées du besoin de combustible dans les régions fertiles où, toutes les terres ayant été transformées en cultures et en herbages, les bois font défaut. Ainsi, en Normandie, des chênes sont traités par l'émonde dans les haies qui entourent les héritages.
De même dans toute la France , certains saules , notamment les saules blancs, sont élevés en têtards sur les bords des ruisseaux, pour en fixer les berges sans diminuer la surface des pâtures.
Dans la basse montagne, ce sont les frênes, les ormes, qui sont élagués annuellement en été, alors que leur feuillage vert peut être donné comme fourrage au bétail. Dans toutes ces conditions, la production forestière n'est qu'une annexe de la production agricole.
Néanmoins, en certaines régions, notamment dans le Quercy, rémonde semble méthodiquement adaptée à un traitement régulier ; car, dans bon nombre de taillis composés, toutes les réserves sont émondées, et l'on voit les sous-étages, en chêne pur, se développer, à la façon d'un taillis simple, sous ces futaies dont la projection est pour ainsi dire nulle.