I. — CoKBIDÉ&ATIOXa oiNiBALSS
{ 1*'. — Forme des peuplements.
246. Ëlémeiits qui les composent. — Le taiUis som fuiaie oa iailUs composé, est caractérisé» comme ce dernier nom l'indique» par la nature complexe de ses peuplements. Il est forme, en effet, d'un soiis-étage exploité à intei*valles égaux, à la façon des taiUis simples réguliers, et au milieu duquel sont conservés des arbres qu'on laisse vieillir à l'état isolé. Ces arbres, toujours dominants, constituent ce qu'on appelle la réserve ou la futaie.
Lors du passage des coupes, on réalise individuellement, dans la futaie, les arbres devenus exploitables; en même temps, on choisit, pour les conserver, un certain nombre de brins de l'âge du taillis qui, à partir de cet isolement , sont acquis à la réserve et viennent la renforcer, de façon à l'entretenir dans des conditions de production aussi constantes que possible.
n résulte de cette manière d'opérer que les arbres de la futaie ont d'abord vécu avec le sous-étage, au milieu duquel ils ont été confondus pendant leur première jeunesse et que, dans son ensemble, la réserve se compose d'arbres appartenant à plusieurs classes dont les âges diffèrent entre eux d'un temps égal à la durée des révolutions du taillis.
Dans ces conditions, ces divers éléments peuvent se combiner de mille façons différentes ; aussi la forme des taillis composés est-elle essentiellement variable. Entre le taillis protégé par quelques arbres éparc et celui dominé par une réserve très nombreuse, il y a place pour tous les intermédiaires.
C'est ainsi que les anciennes ordonnances avaient interprété le terme de taillis composé dans son sens le plus large, en prescrivant
de couvrir le sol d'arbres isolés en croissance, de façon à créer une sorte de futaie sur taillis.
247. Actions réciproques de ces éléments. — Quoi qu'il en soit, il existe entre les deux éléments du taillis composé une solidarité complète ; car, d'une part, la composition du sous-étage impose celle de la réserve qui se recrute dans son sein ; d'autre part, la consistance de la réserve influe sur celle du taillis, puisque l'étage dominé sera d'autant plus clair et plus chétif que l'étage dominant sera composé d'arbres plus nombreux et plus gros. Cette dernière considération engage donc à composer la réserve, autant que possible, avec des essences à feuillage léger et dont la valeur acquise par le grossissement soit suffisante pour compenser la perte que leur couvert fait éprouver au taillis.
§ 2. — Composition des peuplements,
248. Modifications incessantes. — Indépendamment de son action sur l'état de végétation du taillis, la réserve modifie sans cesse sa composition, laquelle est loin de conserver la stabilité relative que présentent les taillis simples réguliers (212).
249. Composition du sous-étage. — D'abord, par son couvert, la réserve fait perdre à un certain nombre de souches la faculté de produire des rejets. D'après les recherches faites par M. d'Arbois de Jubainville dans des taillis de la Meuse ^, on peut admettre que, dans les conditions moyennes, sous le couvert direct des chênes, de 3 à 6 p. i 00 des souches ne rejettent plus. Cette proportion augmente encore quand, au lieu de chênes, la réserve sera formée d'espèces à couvert épais, notamment de hêtres ou de charmes.
Toute cépée dans laquelle on fait une réserve est aussi perdue pour le sous-étage, puisqu'elle ne sera exploitée qu'à un âge où, en général, la souche ne fournira plus de rejets.
t. Recherches sur les taillis sous futaie. Grimbjot et V« Rayboîs, Nancy, 1860.
D'autre part, ces dégradations sont compensées par rapparition de brins de semence plus ou moins nombreux ; ceux-ci se produisent dans les circonstances les plus diverses, grâce à la réserve, dont les arbres sont, en grande partie, fertiles.
Les semis de bois blancs et des autres espèces à graines légères, telles que : frênes, ormes, érables, etc., naissent, aussitôt la coupe faite, sur le sol mis à découvert. Ceux de chêne et de hèlre se présentent après chaque année de semence , mais ils ne rencontrent pas toujours des conditions favorables pour se maintenir. Tant que le taillis est à Tétat de fourré à couvert très bas, leur réussite est impossible ; s'ils se forment vei*s la fin de la révolution, les jeunes hêtres sont exposés à être tués par une insolation trop brusque ; ceux de chêne, qui pourraient résister à la pleine lumière, sont, le plus souvent, dominés par les rejets de souches qui poussent plus rapidement qu'eux et ils disparaissent en presque totalité dans le cours de la révolution, quand on ne vient pas à leur secours. Toutefois, profitant d'une série de circonstances propices, quelques-uns de ces brins parviennent à entrer définitivement dans la composition du peuplement. On constate, d'ailleurs, qu'ils se montrent d'autant plus nombreux que les révolutions sont plus longues et la rései*ve plus riche en arbres fertiles.
Aussi, en fait, on peut dire que, dans les taillis sous futaie bien tenus, l'action de la réserve tend à enrichir la composition du taillis en bonnes essences plutôt qu'à l'appauvrir.
Quant à son état de végétation, il est toujours plus ou moins entravé par le couvert, et, dans les conditions moyennes, on peut admettre que la production du sous-étage dépasse à peine la moitié de ce que fournirait ce même peuplement traité en taillis simple régulier.
250. Composition de la réserve. — La composition de la réserve est subordonnée à l'application des règles cullurales concernant le balivage.
Tous les arbres qui la composent se nomment des baliveaux. Suivant leur âge, on les distingue en : baliveaux de l'âge, baliveaux
modernes et baliveaux anciens. Au moment de la coupe, les premiers soDt âgés d'une révolution, les seconds de deux, les autres de trois révolutions et plus.
C'est ainsi que le Code forestier et les documents anciens distinguaient les arbres de réserves ; mais, dans la pratique, le terme de baliveau est attribué exclusivement aux brins de Tâge aussitôt après leur isolement ; on appelle modernes, les arbres de deux âges, et anciens tous ceux de trois âges et au-dessus. Mais ces dénominations sont insuffisantes et il serait bon d'adopter une appellation plus précise qui permit, autant que possible, de distinguer chaque classe d'âge. On pourrait, par exemple, adopter les termes suivants :
Baliveau correspondant à i révolution.
Moderne — 2 —
Ancien de 2^ classe, ... — 3 —
Ancien dei^ classe ... — 4 —
Vieille écorce de 2* classe . r — 5 —
Vieille écorce de i" classe, — - 6 —
Il est d'ailleurs assez rare que le même arbre puisse supporter six fois la crise de l'isolement, en restant assez sain pour ne pas être exploitable.
J 3. — Avantages et inconvénientê de cette forme.
251. Avantages. — Le traitement en taillis permet d'obtenir, dans un temps relativement court, des chênes d'un plus fort diamètre et d'un bois plus nerveux que ceux des futaies régulières et, accessoirement, d'élever des gros arbres d'espèces disséminées qui s'accommodent mal du régime de la futaie ; ce résultat est réalisé en empruntant au taillis simple son mode de régénération facile et gratuit. Les produits qu'on en tire sont donc nombreux, variés et de nature à satisfaire les besoins les plus multiples du commerce et de l'industrie.
Ce mode permet d'utiliser le sol dans toute son épaisseur ; car, si les racines des réserves pénètrent dans les couches les plus profondes, celles dû sous-étage restent dans la superficie où elles sont
cantoDnées. Il protège aussi mieux le terrain que le taillis simple et fournit à la couverture des détritus plus abondants. On ne remarque pas d'ailleurs qu'il exerce une action fôcheuse sur la fertilité des sols de bonne qualité ; mais il n'en est plus de même dans les terrains secs et pauvres qui ne lui conviennent en aucun cas.
Le sous-étage, en tant que taillis simple, échappe à lous les dan* gers extérieurs ; les arbres de futaie eux-mêmes, grâce à l'enracinement solide qu'ils se constituent à l'état isolé, offrent une grande résistance au vent. C'est seulement dans les 3 ou 3 années qui suivent l'exploitation, alors que le sol, récemment découvert, est encore ameubli, qu'ils risquent d'être arrachés. Les anciens protègent aussi les modernes et surtout les baliveaux, qui, sans euit, seraient facilement courbés ou renversés.
Dans son ensemble, ce peuplement d'âges multiples et de composition variée est peu exposé aux ravages des insectes. En toutes circonstances, et mieux que la futaie, le taillis composé répare de lui-même les dégâts dont il a pu être victime ; car, quel que soit le sort de la réserve, le taillis, toujours prêt à fournir une régénération par rejets, sauve l'état boisé.
Enfin, ce mode se prête aux combinaisons culturales les plus diverses et demeure applicable aux forêts de toute étendue, aux plus grandes comme aux plus petites.
252. Inconvénients. — Par contre, pour donner des résultats avantageux, le mode de traitement en taillis composé exige un climat doux, un sol assez fertile pour nourrir les essences les plus épuisantes, assez frais pour ne pas avoir à redouter les dégradations qui accompagnent un découvert souvent répété.
Les produits en bois d'œuvre sont, en général, moins sains que ceux de la futaie : à cause de leur origine souvent axile, en suite des fatigues occasionnées par les crises d'un isolement plusieurs fois répété, les arbres contractent des tares. Même dans les circonstances les plus favorables, il est rare qu'ils fournissent de 40 à 45 p. 100 de leur volume total en bois d'œuvre, le reste n'est que du chauffage de médiocre qualité.
Le bois d'œuvre lui-même, bien que plus nerveux que celui des
ftilaies, est de consistance peu homogène, et les irrégularités de croissance qui se répètent après chaque exploitation nuisent à la beauté de son débit. Il est vrai que ces effets du changement d'état sont d'autant plus marqués que le sol est pauvre, car dans les stations riches et fertiles ils sont à peine appréciables.
Au point de vue économique, on peut aussi reprocher au taillis composé d'être un mode incomplètement défini. Eu effet, ses peuplements s'éloignent profondément des formes naturelles ; ils sont le résultat de combinaisons entre des éléments trop variables pour qu'on puisse les modeler dans un moule unique. Chaque forêt, chaque climat, chaque sol, chaque nature de propriétaire peut exiger, dans un sens ou dans l'autre, des modifications au type qu'on se serait imposé. De plus, si on n'y prend garde, la réserve partage, avec toutes les formes d'âge multiples, l'inconvénient d'être exposée à tous les abus de jouissance.