‹ Traité de sylvicultureChapitre 90 sur 128 · II. — Méthode de tbaitbkent · texte numérisé non relu

II. — Méthode de tbaitbkent

253. La régénération. — Dans le régime du taillis composé, le taillis proprement dit, indépendamment des produits qu'il donne, doit être considéré surtout dans son rôle de protection à l'égard du sol et comme la pépinière où se recrutent les brins destinés à remplacer les futaies qui tomberont sous la hache : c'est, en un mol, l'agent de la perpétuation de la forêt. La réserve, au contraire, est l'élément principal des peuplements et constitue sa véritable richesse.

Les conditions de la régénération du sous-étage sont identiques à celles d'un taillis simple régulier en semblable situation ; car il n'y a aucun compte à tenir des rejets éventuels que peuvent donner les souches des réserves exploitées. On peut donc entièrement s'en rapporter à ce qui a été dit à ce sujet à propos des taillis simples réguliers (218 à 22i).

Toutes les règles culturales qui caractérisent ce mode de traitement concernent donc la réserve, dont elles doivent assurer le bon fonctionnement. A ce point de vue, le balivage, les soins cuUuraux et le choix des révolutions sont à considérer tout spécialement.

ARTICLE PREMIER Le balivage.

i f . — Le$ essences à préférer.

254. Avantages des essences de lumiôre. — Les essences a préférer sont, tout d'abord, celles de lumière, puisque le besoin qu'elles ont d'espace pour étaler leur cime les dispose naturellement à croître à l'état isolé plutôt qu'en massif plein; d'autre part, leur couvert léger est moins préjudiciable au développement du sousétage. «

Parmi celles-ci, les chênes rouvre et pédoncule se rangent en première ligne, à ce point même que, en dehors de leur présence, on n'a aucune raison culturale sérieuse pour appliquer le taillis composé.

Aux chênes, il est intéressant d'associer des essences disséminées telles que : des frênes, des ormes, des érables, des fruitiers qui, suivant les stations, fournissent chacun d'excellents produits.

Les bois blancs, comme le tremble et le bouleau, dont le couvert extrêmement léger nuit peu au taillis, peuvent aussi être utilement conservés sur les points où ne se rencontrent pas de meilleures espèces. Ils poussent rapidement, ^l leur production se trouve, pour ainsi dire, en supplément, car ils ne réduisent pas sensiblement l'accroissement des cépées qu'ils couvrent. D*ailleui*s, ces deux espèces sont drageonnantes et la réserve de quelques tiges ne diminue pas leur proportion dans le sous-étage. Au contraire, la conservation de l'aune et du tilleul, dont le couvert est assez épais, n'est à recommander que dans des circonstances exceptionnelles : l'aune sur le bord des ruisseaux, le tilleul dans les pierrailles amoncelées et les débris de carrières, où aucune autre espèce ne prospère aussi bien que lui.

D'une manière générale, les essences d'ombre ne seront admises dans la réserve qu'en nombre très limité ; leur couvert épais est très nuisible au sous-étage, et la plus-value qu'elles prennent en

grossissant ne compense pas toujours les dommages qui résultent (le leur fait.

Le hêtre s'accommode assez mal de l'état isolé et le régime du taillis composé lui convient peu ; aussi il disparait assez vite des taillis en bon sol, où d'ailleurs son absence n'est pas à regretter, puisqu'on peut obtenir mieux à sa place ; au contraire, dans les sols médiocres, il persiste pendant assez longtemps, parce qu'il ne s'y trouve plus d'espèces plus vivaces que lui pour l'éliminer ; ce fait caractéristique permet même de conclure que partout où le hêtre se maintient malgré le traitement en taillis composé, ce mode n' est plus à sa place.

Le charme est l'essence par excellence pour former les sousétages. Il a moins de i*aison d'être dans la futaie : sa croissance est trop lente, son feuillage trop épais et son bois de trop mince valeur. Comme réserve, il nuit plus que toute autre espèce, à cause de son couvert trop bas ; il tue non seulement la cépée à latfuelle il appartient, mais le plus grand nombre de celles qu'il domine ; de plus, il ne permet à aucun semis de s'installer à son pied. Il est certain que Vabus de la réserve charme est une cause de ruine pour les taillis composés. Tout au plus est-il permis d'en conserver quelques sujets auxquels on ne laissera pas dépasser la dimension des modernes; d'ailleurs, ces réserves n'ont pas, comme on le suppose, la propriété d'enrichir en semis de l'espèce un taillis où elle ne serait pas suffisamment représentée, car les jeunes plants de charme ne s'installent jamais dans les sols découverts exposés à se dessécher, et, dans les terrains frais où ils réussissent, les perches du taiUis fournissent assez dé semence pour qu'on puisse se passer de celles des futaies.

J 2. — Origine des réserves,

255. Brins de semence et rejets déjeunes souches. — Pour ménager le sous-étage, il y a Ueu de ne pas choisir les baliveaux sur les cépées fortement étalées et qui, donnant d'abondants rejets, forment sa véritable richesse. On leur préférera les brins de semis, s'il s'en trouve; à leur défaut, les rejets déjeunes souches, les drageons

et, efl dernier lieu, les brins isolés, détachés des cépées, comme il s'en rencontre presque toiyours.

Les brins de semence et les drageons ont le plus de vitalité ; à ce point de vue, les rejets provenant du premier recepage d'un jeune brin ont à peu près la même valeur qu'eux. Ce sont donc les sujets de cette catégorie qui fouiiiissent la majeure partie des bons baliveaux, car il est rare qu'un brin soit assez fort pour être isolé à la fin de la révolution au début de laquelle il est né ; c'est seulement après avoir été recepé qu'il s'élance assez vigoureusement pour marcher avec le taillis. Les rejets de vieilles souches se carient généralement d'assez bonne heure, et c'est se tromper soi-même que conserver des arbi:es sur l'avenir desquels on ne doit pas compter.

On choisit d'ailleurs les baliveaux parmi les tig^ de forme régu* lière, droite et bien ramifiée. Celles fourchues risquent d'être déchirées par le vent, et, quand elles échappent à ce danger, leur bois est déprécié par la présence d*entr*écorces,

I 3. — Nombre des réserve»,

256. Limite culturale supérieure. — La base culturale du traitement en taillis composé repose sur ce fait que : la régénération naturelle du sous*étage et sa consistance en massif doivent être assurées d'une manière permanente.

Ces deux conditions seront satisfaites si on maintient toujours les rései*ves à Yétat isolé : par ce terme, il faut entendre que, immédiatement après la coupe, les cimes dçs arbres voisins jouissent d'un espace tel qu*elles peuvent se développer librement sans se rejoindre avant la fin de la révolution. En effet, entre des cimes ainsi disjointes, il passera toujours assez de lumière pour que le sous-étage ne soit pas étouffé, et par cela même que la futaie sera surtout composée d'essences à feuillage léger, les cépées se maintiendront sous leur couveit; de plus, l'enlèvement des arbres exploitables crée dans l'étage dominant des lacunes dans lesquelles le taillis ne supporte aucun couvert; enfin, parmi les réserves, les baliveaux de l'âge ont une projection insignifiante et celle des modernes est, en général, peu étendue.

Quand, sans tenir compte de ces faits, on exagère le nombre des réserves, surtout en essences d'ombre, le sous-élage, ne recevant plus assez de lumière, reste langeissant et clairière. Il n'a plus alors ni la consistance, ni la hauteur nécessaires pour assurer Télagage naturel des réserves; celles-ci se disposent en une sorte de massif clair, comme il en adviendrait d'une futaie irrégulière dont le sol serait périodiquement nettoyé. Les arbres se déforment alors, restent iDranchus dès la base et perdent, en grande partie, leur valeur comme bois d'œuvre.

L'état d'isolement des réserves est donc la limite qui assure la permanence du sous-étage et, par suite, celle de la forme en taillis composé. Si on dépasse celte limite, on pratique un autre mode de traitement dont les règles sont encore à fixer ; tant qu'on se maintient à son niveau ou qu'on reste en dessous d'elle, le taillis composé est culturalement justifié.

257. Question d'aménagement. — Dans ces conditions, la question du nombre des réserves sort du domaine de la sylviculture pour rentrer dans celui de l'aménagement. De quoi s'agit-il, en efifel?

V En tenant compte des circonstances économiques locales et de la nature du propriétaire, de fixer l'âge des arbres exploitables dans chaque catégorie d'essence. On admet nécessairement que tout brin réservé ne sera réalisé avant la fin de ce délai que si son état de dégradation ou la gène qu'il impose à des voisins plus précieux que lui, engagent à en devancer le terme ;

2** De déterminer la valeur capitale des bois en croissance qu'on veut faire fonctionner dans l'exploitation : ce qui revient à fixer le nombre d'arbres exploitables à réaliser au passage de chaque coupe. Car, pour que cette condition soit remplie, il est indispensable d'entretenir, pour chaque essence, et dans chaque classe de baliveaux, un nombre de tiges tel que la catégorie des plus vieux bois soit toujours au complet. Étant donnés les accidents de toute nature qui menacent les bois en croissance, on ne peut évidemment fixer ce nombre sans tenir compte du déchet probable. Mais quelle est la quotité de ce déchet ?

258. Bases du plan de balivage. — Il semble possible de calculer ce déchet probable en s'appuyant sur des faits cultura^x.

On commet souvent Terreur d'assimiler l'état de la réserve dans un taillis composé à celui d'une futaie jardinée, bien qu'il ne puisse rien y avoir de commun entre ces deux formes, dont l'une n'admet que des cimes d'avenir isolées, tandis que l'autre les accepte superposées. A ce point de vue, l'analogie est beaucoup plus marquée avec la manière d'être des futaies régulières éclaircies\ En effet, l'ensemble des réserves d'un taillis composé se groupe en un petit nombre de classes d'âge parfaitement distinctes entre elles. Rien n'empêche de supposer que ces éléments unifoi^mes proviennent d'une lutaie régulière disloquée, dans laquelle on aurait choisi, sur les surfaces correspondant aux âges de chacun de ces groupes, un certain nombre d'arbres pour les répartir au hasard des exploitations.

En telle situation, si on égalise les surfaces disjointes attribuées à chacun de ces groupes, il est probable que la nature n'y prélèvera que le déchet proportionnel à l'étalement des cimes pendant le cours de la révolution; si bien qu'au début de chaque révolution, les arbres d'avenir conservés dans chaque groupe après réalisation des déchets, suffiront à occuper la surface initiale. De même dans chaque classe d'âge, jusqu'aux plus vieux bois qui recouvriront d'une manière permanente l'espace qui leur est réservé. Cela ne se passe pas autrement dans les futaies régulières.

Pour avoir le nombre de baliveaux à réserver dans chaque classe d'âge, il suffira donc de déterminer expérimentalement le couvert total des arbres exploitables dont le nombre aura été fixé à l'avance, et de diviser cette surface par la projection de l'arbre type choisi dans la classe correspondante.

Ce procédé, ou tout autre analogue, donnera la conception théorique d'un état normal de la réserve dans les tailUs composés; il justifiera l'établissement d'un plan- de balivage méthodique et permettra enfin de faire cesser au plus tôt l'imbrogUo actuel.

1 . Durel, Éludes sur les taillis composés. {Revue des eauxetforéls, février 1S84.)

i 4. — i?4MifiiM» des réserves*

259. Principalts difBciiltéa à risondre. — Dans la pratique, les arbres bons à être réservés ne se présentent pas toi\|ours dans la station géométrique voulue ; aussi est-on souvent amené à transiger avec la loi des espacements. De plus, les réserves sont entremêlées de telle sorte que Ton peut voir avoisinées des espèces différentes et d'une classe quelconque. Il suffit d'indiquer le parti à prendre en présence des combinaisons qui se rencontrent le plus fréquemment, pour aider à résoudre les principales difficultés.

i® Si une essence quelconque gêne un chêne par son voisinaffe trop proche, c'est toujours la première qu'il faut réaliser.

Le chêne est, on le sait, l'espèce la plus précieuse ; tous les sacrifices en faveur d'un sujet sain, vigoureux et en pleine croissance sont donc parfaitement justifiés.

2^ Si on doit opter entre plusieurs réserves d'essences autres que le chêne et appartenant à des classes d'âge différentes, c'est la plus vigoureuse qu'il faut conserver, quelle que soit sa grosseur.

En effet, chez ces espèces, dont l'aubier ne se distingue pas généralement du bois parfait, la valeur à l'unité de volume n^augmenle pas en proportion de leur grossissement: elles sont pour ainsi dire réalisables à tous les âges. On ne fait donc qu'un faible sacrifice d'exploitabililé en les coupant avant terme, et le sujet le plus précieux sera celui dont l'état de vigueur est le plus satisfaisant.

3* Paimi les chênes d'âges différents, s'il y a lieu de choisir, cest en général le plus gros qu'il faut conserver.

C'est, en effet, le plus gros, s'il a bonne végétation, qui produit actuellement plus de bois et du bois de meilleure qualité ; de plus, il donnera un arbre exploitable plus tôt et plus sûrement, puisqu'il a traversé avec succès la série des situations critiques qui ont été fatales à tant d'autres.

4^ Quand des chênes ont même diamètre et même hauteur, on

peut exceptionnellement en consemer quelques bouquets à Vétat de massif clair.

En semblable situation, ces arbres peuvent pousser sans trop s'entraver, et ils ne se forment qu'une cime proportionnée à l'espace dont ils disposent. Ces bouquets uniformes, qui se rencontrent assez rarement d'ailleurs, enrichissent le peuplement et la place qu'ils occupent se repeuple de semis dans les meilleures conditions.

d° // faut éviter de conserver des baliveaux trop rapprochés de la projection d'une grosse réserve.

Sur chaque point, l'arbre constitué, dont la vigueur s'affirme, présente le plus grand intérêt ; on ne peut que lui nuire en conservaut, trop près de lui, une perche dont la cime viendra se mélanger avec la sienne, et qui, par ce fait, sera elle-même sans avenir. C'est peut être dans ce sens qu'on fait le plus de fautes.

Le meilleur moyen de les éviter est d'envisager un certain espace sur lequel on choisit d'abord les grosses réserves ; cela fait, s'il reste de la place libre entre leurs cimes, on y dispose les baliveaux. Avec un peu d'attention, le tout se fait en même temps.

260. Remarque. — L'important est de se rendre un compte exact des résultats obtenus sur le terrain, abstraction faite des chiffres qui ne prouvent rien par eux-mêmes sur le papier. Le plus difficile est souvent de savoir s'abstenir et, en cherchant le nombre pour luimême, on commet une erreur ; car, lorsqu'on réserve beaucoup de baliveaux, on peut être certain qu'il y en a un grand nombre sans avenir, qui occupent inutilement la place de bonnes cépées.

Enfin, dans la pratique, il sera bon de comprendre dans la réserve quelques très gros arbres, s'il s'en rencontre d'exceptionnellement vigoureux. Ces pièces hors ligne, même en petit nombre, ornent la forêt, attirent la concurrence, et, si elles sont bien placées, par exemple, aux expositions dangereuses, vers les lisières ou sur les versants, elles brisent le vent et soutiennent les baliveau^. Il est également prudent de renforcer les balivages sur les abords des forêts, de façon à former des rideaux qui, si on leur donne de 15 à 20 mètres de largeur, tiendront lieu de zone de protection.

ARTICLE DEUX Les soins caltarauz.

2 1^'. — Les dégagemenU de semis,

261. But de ropération. — On ne doit jamais avoir la prétention (le raccorder des brins de semence avec des rejets de souches : la marche de leur végétation est trop différente et, quoi qu'on fasse, les premiers seront toujours dominés par les seconds. En général, et quelles que soient les circonstances, les semis ont dispam en presque totalité dans les taillis qui ont dépassé Tâge de 18 à 20 ans. Tout rintérét des dégagements de semis se borne donc à maintenir vivants, jusqu'au prochain recepage, un certain nombre de ces brins choisis parmi ceux qui se recommandent, autant par la place qu'ils occupent que par l'espèce à laquelle ils appartiennent.

Un grand nombre sont inutiles: notamment ceux qui se trouvent sous des arbres constitués ou très rapprochés de leur projection. C'est sur les points où une réserve vient d'être exploitée, et sur ceux où le taillis présente des ressources insuffisantes pour le balivage, qu'il faut'conceutrer tous ses efforts. D'ailleurs, dans un taillis bien constitué, ces espaces sont peu nombreux, 50 ou 60 au plus par hectare ; il suffit d'assurer l'existence des semis naturels qui se rencontreront sur quelques mètres carrés de chacun d'eux.

Les semis de chêne sont à peu près les seuls qu'on ait intérêt à dégager; on en choisit quelques sujets parmi les plus grands et les plus forts, et là seulement où un baliveau sei^ utile.

262. Exécution. — Le premier dégagement sera fait par un recepage de tous les rejets qui entourent le brin intéressant ; plus tard, il suffira de procéder par élêtement. On coupera alors, un peu audessous de sa cime, tous les rameaux qui tendraient à le dominer, de façon à entretenir une trouée par laquelle il recevra la lumière directe.

Dans les taillis riches en trembles, où les semis de chênes sont généralement nombreux, pour les maintenir, il suffit, comme dans

les régénérations de futaie, d'empêcher les drageons de former massif entre eux.

La marche régulière du développement d'un taillis permet de fixer, dans chaque forêt, Tépocpie où, le fourré devenant menaçant, on devra faire le premier dégagement, de même aussi, d'établir la périodicité des retours. Généralement, on commence vers l'âge de â ans et on repasse tous les 3 ans ou tous les 5 ans, jusque vers l'âge de 15 ans ; plus tard, quand l'opération se continue, elle se confond avec l'éclaircie.

263. Résultats. — Ces dégagements ne donnent aucun produit et doivent être très peu coûteux : une journée ou, au plus, deux par hectare suffisent pour faire le nécessaire. Un garde intelligent et laborieux trouvera le temps de faire tous les dégagements utiles dans son triage, et ce sera une borme occasion de stimuler son zèle par des gratifications.

Ainsi comprise, l'opération assure des ressources pour les balivages dans l'avenir ; car elle fait vivre les semis jusqu'à la fin de la révolution. Alors seulement qu'ils auront été recepés, ils fourniront des rejets qui marcheront avec le sous-étage et pourront être isolés comme baliveaux. Il faut ainsi compter au minimum deux révolutions pour qu'un brin de semence soit admis à entrer dans la réserve.

En résumé, l'opération n'est réellement bonne que si elle est sobrement faite. Il faut surtout éviter ces pratiques aussi nuisibles que coûteuses qui, sous prétexte de dégager des semis souvent chimériques, consistent à nettoyer le sol, à couper les traînants, à ébrancher les rejets, à dépouiller les cépées, et n'ont d'autre résultat que de dépenser beaucoup d'argent pour dessécher le terrain, en détruisant un état de fourré que la nature reformera sans cesse.

I 2. -^ ^< éclairçifis,

264. Bot d6 VofénXion. — L'application des éclaircies au Uiillis composé se justifie par le fait même de la présence, dans le sousétage, de sujets appelés à former la réserve, et dont l'avenir est indépendant de celui du massif.

TlAlTi DB STLT. 17

Créer ces individus précieux, améliorer leur situation et, en même temps, donner aux réserves en croissance les soins que leur état réclame : tel est le but défini de ces opérations.

i"" Tout d'abord, Téclaircie n'est que la continuation des dégagements. Il est clair que si, à partir de 15 ans, les brins antérieurement soignés sont abandonnés à eux-mêmes jusqu'à la fin de la révolution, le couvert se reformera sur leur tête et ils seront infailliblement perdus. N'eût-elle que ce résultat, l'éclaircie serait parfaitement justifiée.

2^ Une éclaircie faite à propos peut aussi favoriser la naissance du semis. Quand l'état de perchis est franchement établi dans le sous-étage, les morts-bois, les brins traînants et les tiges dominées qui assuraient le fourré dans la première jeunesse, sont arrivés à la limite extrême de leur existence ; on peut donc les enlever sans interrompre le massif continu qui les domine.

Ces extractions, qui présentent une ceilaine analogie avec le nettoiement du sol dans les coupes de régénération, donnent un résultat semblable ; car le semis des espèces sociales s'installe et persiste assez facilement sous le couvert ainsi relevé. L'exploitation faisant l'office de coupe secondaire, des jeunes plants, le plus souvent disposés par taches, seront acquis au peuplement, si les soins ultérieui^ ne leur font pas défaut.

Mais ce résultat ne peut être obtenu que quand la longueur des révolutions s'y prête , et on commettrait la plus lourde faute, en cherchant à l'obtenir avant l'heure fixée par la nature. Tant que le fourré existe, c'est qu'il a sa raison d'être; si on le détruit, il se reformera et les nettoiements ne produiront aucun effet.

3* L'éclaircie faite en vue de préparer le balivage est praticable en toutes circonstances. Dès qu'un taillis a dépassé l'âge de 20 ans, plus tôt même, dans les sols fertiles, les brins à réserver s'indiquent, par leur espèce, leur forme, leur vigueur et la place qu'ils occupent. Le plus souvent, ces sujets d'avenir sont gênés par les perches voisines et demandent une forte éclaircie autour de leur cime. Fran-

chement dégagés, ils prennent une ramification plus ample, une assiette plus solide ; leur fût sera aussi moins élancé et moins grêle que s'ils étaient restés englobés dans le massif intact. Ils sont donc mieux armés pour supporter la crise de l'isolement, et moins exposés à se courber sous le poids de la neige, du givre ou de leur propre feuillage. Ces derniers accidents sont malheureusement assez fréquents pour qu'il y ait lieu d'en tenir compte, car ils peuvent modifier sensiblement les résultats du balivage, puisque les baliveaux plies ne se relèvent jamais. Us sont d'ailleurs d'autant plus à craindre que les révolutions sont plus longues.

à? Enfin, lors du passage* des éclaircies, il est bon de faire disparaître les perches du taillis qui tendraient à serrer de trop près les cimes des modernes et des anciens. 11 peut en résulter la mort d'une branche principale et, par suite, la dégradation du tronc. Pour que l'opération soit bonne, il suffit de la restreindre aux perches qui touchent l'extrémité des branches, car celles complètement dominées ne sont pas dangereuses.

265. Remarques. — L'éclaircie peut être faite à tout âge, sous la condition expresse de ne lui demander que les résultats culturaux compatibles avec l'état du peuplement dans lequel on opère. En général, il suffit de faire une seule éclaircie que l'on pratique de 6 à 10 ans avant le passage de la coupe.

Dans les sols maigres, où la végétation est lente, si la révolution n'atteint pas 30 ans, on se contente, lors de son passage, de continuer les dégagements et de préparer le balivage. Dès que les révolutions dépassent 35 ans, le perchis est franchement formé quand on vient Téclaircir, et on peut nettoyer le sol pour favoriser la production des semis.

Dans les sols riches et très fertiles, une première éclaircie peut être faite vers l'âge de 18 ans, en vue de réaliser les bois blancs qui donnent déjà des produits commerçables. Si les révolutions le comportent, on en fait une seconde dans les conditions ordinaires : celleci sera seulement l'éclaircie vraie.

En tout état de choses, Téclaircie est une opération purement culturale : la question de rendement n'est que secondaire. Aussi, quand le peuplement ne réclame aucun soin spécial, le mieux est de ne rien prescrire, plutôt que de fournir, par Téclaircie, une occasion de justifier des gaspillages.

ARTICLE TROIS Le choix des révolutions.

266. Influence des réYolutions. — La révolution manifeste son influence par des effets divers sur le sous -étage et sur la réserve.

On sait que de sa durée dépend la naissance de semis plus ou moins nombreux. D'autre part, la hauteur de fût des réserves est subordonnée à celle du sous-étage, puisqu'elle est le résultat de l'élagage naturel exercé par ce dernier. Cette action se prolonge tant qu'il grandit ; dès lors, les cimes des réserves ne se constituent et ne s'étalent Ubrement qu'au-dessus de la zone atteinte par le taillis dans son entier développement. Il en résulte que, plus les révolutions seront longues, plus la production en bois d'œuvre sera considérable . A ce point de vue, il est bonde faire en sorte que le fût des réserves atteigne au moins de 6 à 10 mètres de hauteur.

Les courtes révolutions devancent le terme de l'exploitabilité des réserves, en multipliant les crises de l'isolement et les perturbations qu'elles entraînent dans leur végétation. Elles augmentent aussi les tentations de réaliser les gros arbres. Ainsi, par exemple, pour conduire un chêne jusqu'à 420 ans, il suffit de le réserver une fois, comme baliveau, à 40 ans et une fois, comme moderne, à 80, si la révolution est de 40 ans; tandis que, dans un bois exploité à 20 ans, il faudra le retrouver, en bon état, à 5 exploitations successives. Le propriétaire le mieux disposé saisira toujours quelque bon prétexte pour le réaliser avant cette époque.

On doit aussi se rappeler que les sous-étages des taillis composés se développent moins rapidement que les tailUs simples réguliers en même situation. Pour qu'ils atteignent la même hauteur, il faudra

donc plus de temps aux taillis composés, et, par conséquent, leur appliquer une révolution plus longue.

En tenant compte de ces faits, on peut admettre que les révolutions doivent être choisies entre 30 et 40 ans, et plus près de 40 que de 30.

267. Remarque. — Il est à remarquer que les révolutions de 20 à 25 ans, généralement admises dans la pratique, sont, entre toutes, les moins bien justifiées culturalement, car, à cette époque , les taillis n'ayant pas encore généralement perdu la forme de fourré, les semis ne s'y produisent que très rarement ; les éclaircies y sont aussi le plus souvent négligées parce qu'elles sont encore onéreuses.

Si, par exemple, on compare les taillis appartenant aux particuliers avec ceux appartenant aux communes et à l'Etat dans les régions fertiles, notamment dans les marnes oxfordiennes du département des Ardennes \ on constate que les bois des particuliers exploités à 15 ans sont d'une richesse extraordinaire en chênes d'une magnifique venue ; au contraire, dans les forets soumises au régime forestier, où on applique la révolution de 25 ans, les éléments du balivage en chêne font absolument défaut. Toutes les circonstances sont cependant identiques dans les deux groupes de forêts ; les révolutions seules diffèrent. De là, cette conséquence que, dans les taillis de 15 ans, le fourré n'étant, ni assez anciennement constitué, ni assez dense pour tuer tous les semis, un bon nombre de ceux-ci, sans avoir reçu aucun soin spécial, sont acquis au peuplement par le recépage, et la richesse en chêne se renouvelle d'une manière permanente. Tandis que, dans les taillis coupés à 25 ans, aucun d'eux n'a échappé à l'action destructive d'un massif dans lequel on ne pratiquait ni dégagement ni éclaircies.

Ce fait, cité au hasard, suffit pour justifier l'utilité des soins culturaux dans le traitement des forêts en taillis composé.

268. Allongement des réYolations. — Si le terme de la révolution a une influence marquée sur la forme forestière des rései-ves

Page 1