‹ Traité de sylvicultureChapitre 92 sur 128 · III. — Application · texte numérisé non relu

III. — Application

260. Aire d'application. — Si le taillis composé a donné lieu à de nombreux mécomptes, ce n'est pas au traitement lui-même, mais à sa mauvaise application qu'il faut s'en prendre. Ce mode, qui admet la conception simple de la forêt mise en coupe réglée, devait naturellement séduire ; en lui, on n'a vu que la mise en ordre d'exploitations à assiette fixe, sans se préoccuper autrement de ses effets sur l'avenir de la forêt. On a cru pouvoir impunément le propager partout, et on en a abusé.

En se rendant compte des faits, on constate que l'aire d'applica-

tion du taillis composé est beaucoup moins étendue qu'on ne le supposait tout d'abord.

Sans parler de son mode de régénération par rejets qui le confine dans les climats tempérés de la plaine, on remarque qu'il est exclu des régions franchement méridionales. En ces stations, où tous les terrains naturellement frais et ceux irriguables sont occupés par l'agriculture, il ne reste à la forêt que les sols secs et absolument pauvres, qu'ils soient de nature siliceuse ou calcaire. Alors toutes les essences sociales spontanées sont à feuilles pei'sistantes i les résineuses sont traitées en futaie, celles feuillues, exclusivement représentées par les chênes yeuse ou liège, n'admettent pas la forme du taillis composé. Restent donc la zone parisienne et quelques stations disjointes de la zone girondine, et encore, dans ces limites, faut-il faire de nombreuses restrictions.

270. Stations convenables. — En principe, et on ne saurait trop le répéter, c'est uniquement dans les sols profonds, frais et fertiles (lœss ou limons, marnes ou argiles), dans les tenmns à chêne, en un mot, que le taillis composé est culturalement justifié. Alors son application ne présente aucune difficulté qui ne puisse être résolue au moyen des développements ci-dessus donnés. La fertilité permanente du sol permet au forestier de se mouvoir à son gré.

Partout ailleurs il ne peut qu'être toléré, en le modifiant plus ou moins.

271. Stations mauvaises, r— Ainsi, dans les terrains secs, superficiels, notamment dans les calcaires à sous- sol filtrant (système oolithique), dans les sables siliceux, maigres, mais ayant encore une certaine consistance (grès bigarrés, grès infraliasiques, sables tertiaires), son application a produit les plus mauvais effets. Tout d'abord, la forêt complaisante semble se laisser faire, parce que, d'une génération à la suivante, on ne s'aperçoit pas trop du mal ; d'autant moins que les morts-bois masquent les vides et permettent qu'on se fasse illusion. Mais, pour être lente, la marche vers la ruine n'en est pas moins certaine; il n'en faut d'autre preuve que l'état de délabrement dans lequel se trouvent bon nombre de taillis composés de ces «stations.

Si la nature du propriétaire ou d'autres circonstances empêchent de renoncer à un régime aussi débilitant, il faut en modifier le traitement pour le mettre en harmonie avec les exigences du hêtre, dotU ces forêts ne peuvent se passer.

On balivera tous les hêtres en bon état de croissance, en s'atlachant à les bien répartir : 75 baliveaux, 50 modernes, 40 jeunes anciens par hectare représentent, par exemple, une bonne moyenne pour l'état de la réserve. Il est inutile de garder de très gros arbres ; ceux-ci ont une ramure trop épaisse et ils paient mal la large place qu'ils sont à peu près seuls à occuper. Outre les hêtres, on marquera quelques chênes, puis des espèces disséminées , en choisissant comme baliveaux les brins isolés, en dehors de fortes cépées. On se gardera de multiplier les charmes qui ne sont que des trompe- Pœil et tiennent place dans la réserve plutôt à titre de nombre que pour leur valeur réelle. Au passage de chaque exploitation, tout en recepant les rejets, on conservera tous les semis de hêtre, surtout ceux qui se montreront par taches plus ou moins étendues.

Bien que le maintien des réserves à Tétat isolé reste la règle, on pourra conserver des bouquets de hêtre de même âge formant massif clair : les hêtres préfèrent cet état à tout autre.

Sans doute, après plusieurs révolutions, les peuplements soumis à ce régime ne ressemblent plus à un taillis composé tel qu'on se le représente généralement. Mais, taillis irrégulier ou futaie bâtarde, peu importe le nom qu'on lui donne, la forêt sera solidement refaite et sa production sera doublée.

Dans la pratique, cette œuvre de restauration ne saurait être conduite à la façon d'un système ; il faut posséder la notion vraie du but à atteindre, le sentiment des exigences de la forêt pour la mener à bien, sans frais. Aussi, semblables opérations ne doivent-elles être entreprises que par des forestiers éclairés et travaillant avec esprit de suite. Une conversion méthodique serait toujours préférable.

Dans les sables grossiers, désagrégés, secs et filtrants (grès vosgiens), l'appUcation du taillis composé est plus désastreuse encore. Cependant, par le fait, la situation est moins dangereuse parce que les progrès du mal sont tellement rapides qu'ils frappent les yeux

des moins clairvoyants. Ici, il n'y a plus d'erreur possible, car la bruyère est toujours là, menaçante, qui rappelle à la réalité des faits. Après quelques exploitations, les peuplements son bientôt ruinés et ce sont alors des forêts à refaire à prix d'argent.

Dans ce cas, il faut tirer le meilleur parti possible des lambeaux de massifs qui méritent encore ce nom ; réparer les brècbes dans le peuplement par l'introduction du pin sylvestre et ramener le hêtre, aussitôt qu'il sera possible de le faire sans trop de frais.

272. Conclusions. — En tout état de choses, dès avant son application, la forme et la constitution de la réserve d'un taillis composé doivent être nettement arrêtées pour chaque cas parlictUier. Le plan de balivage, justifié par les circonstances culturales et économiques, sera loyalement appliqué. Propriétaire, usufruitier ou gérants seront étroitement liés par la lettre de celte formule et ne devront jamais s'en départir sans motifs graves. Autrement, c'est le désordre.

Précisément à cause de son extrême souplesse de culture, à cause de sa régénération toujours assurée, le taillis composé n'est maintenu dans la forme voulue que par des prescriptions extrêmement serrées ; c'est le contraire des futaies régulières, dont les règles culturales fixes comportent un cadre assez large pour que le forestier puisse s'y mouvoir à la poursuite d'une régénération qui parfois lui échappe.

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