D. — ‘TECHNIQUE OPÉRATOIRE
Tous les instruments ont été aseptisés dans l’eau bouillante ou à l’étuve (spéculum plein, couteau à lame droite à manche en baïonnette, stylets porte-ouate droits et à baïonnette, pinces fines à mors et coudées; pinces de Duplay, tube et embout de verre pour la poire à air, etc.); le patient tourne le dos et ne voit aucun de ces détails.
L'opérateur, assis du côté de l'oreille à opérer (la gauche pour cette description), s’éclaire du miroir frontal à la lumière de la lampe voisine, ou avec la lampe électrique adaptée au miroir frontal.
Le speculum auris flambé, est introduit doucement, en le tournant entre les doigts de la main gauche; on l’a choisi le plus gros possible, et on l'enfonce le plus loin possible, pour s’éclairer le mieux possible (de Træltsch). Le tympan malade apparaît clairement au fond.
Aussitôt, on essuie le fond, on le sèche; puis l'opérateur saisit le couteau choisi, le flambe à l'insu du patient, prévient l’aide d’un signe, et porte la lame dans le conduit en traversant le canal du spéculum ; la lumière réfléchie éclaire tous ces mouvements.
Pour ce qui suit, allons plus lentement.
Le couteau est à lame droite, sa tige fixe est coudée en baïonnette, le plein du manche court, et le tout sans arête ni
articulation pour le mieux aseptiser. (Trousse de Simal par Gellé.)
Le tranchant de la lame est dirigé en haut; la baïonnette place la main qui opère en dehors du spéculum et de la ligne du regard, laissant absolument libre le champ opératoire, le tympan et le conduit bien en vue.
La lame est glissée parallèlement à la paroi inférieure du spéculum et du conduit, la lumière et l'œil la suivent.
La pointe s'enfonce sous la membrane oblique, creuse en bas, saillante en dehors en haut, et plonge dans le tissu tym-panique.
Plus l'affection aiguë a duré, moins la sensation de cette pénétration est perceptible; dans les cas tardivement opérés, l’œil seul guide la main, tant le tissu est flasque et mou; dans les formes plastiques et dans les récidives, on a souvent, au contraire, la sensation de résistance d’une substance épaisse pendant la section (tympan induré, scléreux, otile récidivante).
Aussitôt la pointe disparue, la lame est relevée de bas en haut et coupe le segment postérieur de la cloison, en arrière du manche; la section doit s'étendre jusqu’au cadre.
L'obliquité du tympan étant énorme, grâce au ballonnement de son quart supérieur et postérieur en dehors, le couteau ne quitte pas le tissu; et l’incision de bas en haut sectionne toute la surface forcément, malgré les reculs souvent inévitables du patient; tandis que, si l’incision est faite de haut en bas, elle est nécessairement incomplète, la lame quittant trop tôt le tissu tympanique oblique, et qui, plus profondément situé par en bas, se dérobe.
Je recommande pendant l'opération de tenir au contact de la tête du sujet les derniers doigts de la main qui opère, pour servir de point d'appui et pour suivre les mouvements instinetifs que n’empêchent pas toujours les aides.
La douleur opératoire est toujours vive, même sous l’influence de l’anesthésie cocaïnique; la simple ponction est aussi douloureuse et moins utile.