C. — DÉSENCHATONNEMENT DE L'ÉTRIER. — SA LIBÉRATION
Voici une cavité béante : tympan, marteau, enclume, tout est absent, un point blanc émerge dans le quart supériéur de la paroi labyrinthique ; c’est la tête blanche de l’étrier ensevelie dans la muqueuse hypertrophiée indurée, et soulevée par les réseaux veineux sous-muqueux, et sous-périostiques persistants.
Pas de creux, pas de fossettes, tout est plan et plat. Si l’on touche avec la pointe du stylet la tête de l'étrier, on provoque du vertige, s’il est mobile; c’est l'indice de l’ensevelissement égal de la fenêtre ronde, couverte, cachée.
On peut dégager, désenchätonner l’étrier enlisé ainsi, en agissant sur le revêtement à son pourtour. On y parvient en le circonscrivant par des incisions multiples qui doivent pénétrer jusqu'à l'os sous-jacent (promontoire). On en fera une horizontale au-dessous de la tête visible, très profonde; puis une en avant, verticale; une autre supérieure également horizontale ; une quatrième verticale postérieure, ces dernières
plus superficielles (Politzer, Gellé). J'ai réussi à faire émerger cet osselet, à le dégager au point de permettre l’audition, par des attouchements des parties circonvoisines au moyen de piqüres faites jusqu’à l’os avec l’électro-cautère; parfois avec la perle d'acide chromique fondu à la pointe du stylet; il faut plusieurs séances. Il y a lieu d'exécuter une antisepsie très soignée avant, pendant et après cette intervention, qui provoque une réaction à surveiller.
Sclérose otique après l’otorrhée. — Soins à la perforation tympanique. — Tympan artificiel. — Myringoplastie.
L'otorrhée est séchée, guérie ; elle a laissé des ruines de ce qui fut un organe de l’ouie : cependant l’appareil transmet encore certains sons; on désire améliorer l’audition. Le tympan s’est véritablement reformé en partie après la disparition des fongosités et de l’otorrhée, la perforation s’est réduite; ses bords sont libres, non adhérents. Dans un certain nombre de cas, il persiste un relâchement des tissus, amenant une détente de l'appareil, jointures des osselets et membranes des fenêtres labyrinthiques; et une légère compression augmente aussitôt le pouvoir auditif, pour la parole surtout. On obtient ce résultat par certains dispositifs qui le rendentpratique, c'està-dire permanent et facile. Ce sont les « tympans artificiels ».
C'est tantôt une rondelle de caoutchouc transfixée par un fil d'argent, tantôt une petite masse d’ouate aseptique (Yearsley). On place doucement la masse choisie au contact des vestiges du tympan déformé et perforé plus ou moins. Chez un certain nombre de sourds de cette catégorie, on obtient ainsi une excellente amélioration de l’ouïe. Nécessairement, dans chaque cas, il y a lieu de reconnaitre l’action de ces procédés avant d'en recommander l'emploi.
Beaucoup ne tolèrent pas le corps étranger, et la suppuration reparaît malgré l’antisepsie difficile à obtenir, car le
TRAITEMENT DE L'OTORRHÉE. 123
sujet place lui-même avec quelques tàtonnements la petite masse ; l'amélioration ne se produit que l’objet placé d’une certaine façon, sous une certaine pression, quand la tolérance est obtenue. Le tympan artificiel est retiré le soir, l'oreille est lavée et l'instrument aseptisé. Sans doute, à la pression légère exercée se joint, par une excitation réflexe, un réveil de l'action motrice et même du nerf sensoriel.
Quand la perforation est étroite, elle peut guérir, et en général la cicatrice est une pellicule moiïle et très mince, facilement dépressible et trop peu résistante à la douche de Politzer qui la fait ballonner, de sorte que le marteau n’obéit pas au déplacement limité de la cloison.
Nous avons décrit Les précautions nécessaires quand le tympan se cicatrise trop vite au contraire (incision en H et attouchement au pinceau trempé de perchlorure de fer).
Quand le tympan est décollé au niveau du cadre, en bas et en avant, il en résulte un obstacle intermittent à l'audition ou à l'issue du pus; en général, ce sont des fongosités intratympaniques qui entretiennent cette situation; j'en ai indiqué le traitement.
La perforation située dans le segment postérieur du tympan, peut avoir un de ses bords adhérents à l’enclume ; c’est une cause de vertiges (V. Traitement des adhérences).
La perforation au niveau de la membrane de Schrapnell est punctiforme, ou coïncide avec une perte de substance du mur de la logette. Souvent cette perforation ne mène que dans l’attique séparée par des adhérences de la portion inférieure de la caisse du tympan conservée.
On regarde comme un danger permanent l'infection de la caisse, à travers la perforation par le conduit auditif, et on a conseillé l’obturation artificielle, ou la cicatrisation de cette voie d'infection.
On avive les bords de la perforation; et le moyen le plus simple est de brûler ces bords avec le nètrate d'argent (une ouate en pinceau fin au bout d’un stylet, mouillée et frottée sur le crayon de nitrate d'argent fondu).
Bezold a tenté avec succès, et d’autres depuis, ont tenté de faire la myringoplastie. Il obture la perforation, après en avoir avivé ou irrité les bords au moyen d’un emplâtre spécial, avec un fragment de la pellicule de la coquille d'œuf.
Le rôle de cette pellicule adhérente est d'aider au dépôt des cellules nouvelles et de faciliter leur organisation. On ne peut oublier que beaucoup d’anciens otorrhéiques n’entendent un peu que grâce à leur perforation perméable et bien placée.