C. — MOYENS GÉNÉRAUX
Est-il besoin d’insister longuement sur l'importance du traitement général dans les affections de l'oreille? La scrofulose, le lymphatisme, la syphilis, le rhumatisme, la goutte et la tuberculose doivent être combattus dans leurs manifeslations diverses. Reconstituer l'organisme, donner aux malades le moyen de résister aux infections variées qui frappent l'appareil auditif, voilà des indications précises qu'aucun praticien ne peut méconnaitre.
Mode d’action.
Dans l’état inflammatoire aigu de la caisse, la thérapeutique active se résume par l’incision du tympan, qui, ouvrant une voie aux sécrétions pathologiques, empêche leur accumulation, et arrête l'extension du processus inflammatoire qui pourrait gagner les cellules mastoïdiennes et l’encéphale.
Dans l'état chronique, les moyens médicaux, employés avec continuité, détergent les anfractuosités de la caisse. C'est alors qu'on peut faire usage, utilement, des mélanges
antiseptiques, qui, continuellement en contact avec les parties malades, arrivent à atténuer la virulence des microbes, ce qui permet d'obtenir la guérison.
Lorsque l’état morbide nécessite une intervention opératoire, cette intervention est destinée à ouvrir une large voie aux sécrétions purulentes et à faciliter au chirurgien l'enlèvement des séquestres, et le curettage de la région.
Indications.
Lorsque le praticien se trouve en présence d’une affection aiguë de l'oreille (externe ou moyenne), la première indicaton est de chercher à calmer les douleurs, dont le caractère tout particulier d’acuité s'explique par l’inextensibilité des diverses parties de l'organe auditif.
S'il existe un abcès du conduit, un furoncle, il faut inciser au plus vite pour diminuer la douleur et empêcher les complications.
Lorsqu'il y a collection intra-tympanique, sanguine, mucopurulente, purulente, il est urgent d'ouvrir une voie suffisamment large, en incisant le tympan, verticalement, dans toute sa hauteur.
Parfois, après rupture spontanée, la fistule tympanique n’est pas assez grande pour permettre le libre écoulement du pus. L'indication précise est d'agrandir la perforation.
Dans les cas où il y a inflammation de la logette des osselets, avec perforation de la membrane de Shrapnell et carie de la tête du marteau et parfois, simultanément, de l’enclume ; lorsque la suppuration ne se tarit pas après l'emploi assez longtemps continué des moyens médicaux, on doit extraire les parties cariées, ou même, ce qui vaut mieux, faire l’extraction des deux osselets, en ménageant surtout l’étrier.
Quand l’otite moyenne purulente se complique de pous-
sées du côté de la mastoïde, il est important de discuter avec soin les indications de l'intervention opératoire.
Ces indications sont loin d’être absolues dans beaucoup de cas; et c’est là le point délicat, car il s’agit de savoir s'il n'est pas préférable de guérir (un peu moins vite, peut-être) sans opération, au lieu de regarder l'intervention comme le meilleur et le seul traitement.
Dans la périostite simple, il existe un empâätement phlegmoneux plus ou moins considérable, avec gonflement de la région mastoïdienne. Le pavillon de l'oreille est écarté, et le sillon auriculo-temporal ef/acé.
L'incision de Wilde (incision des tissus, y compris le périoste) jusqu’à l'os, est un excellent procédé, quoi qu’en disent quelques chirurgiens. On peut aussi se servir du Paquelin pour cette incision.
Lorsqu'il y à inflammation profonde des cellules, le gonflement et l’empâätement de la région sont peu marqués, et peuvent même ne pas exister; la douleur n’est provoquée que par une pression assez forte sur l’apophyse elle-même ; l’écartement du pavillon n'existe pas, et le sillon auriculo-temporal est conservé. Lorsque les symplômes sont bien nettement accusés, l'indication est précise, il faut trépaner.
Mais il arrive assez souvent que les deux variétés coexistent, et alors les symptômes périostiques peuvent masquer la mastoidite interne.
Dans ces conditions, sans rien compromettre, il est indiqué de faire l’incision de Wilde. Si au bout de vingt-quatre ou trente-six heures les symptômes généraux et locaux ne sont pas très amendés, il faut intervenir rapidement et trépaner.
Les corps étrangers du conduit, bouchon de cérumen, etc., doivent être enlevés le plus tôt possible au moyen des grandes injections. Il ne faut jamais faire de tentatives d'extraction avec des instruments, pinces, crochets, etc. |
Les affections catarrhales chroniques de la trom pe et de la caisse demandent à être traitées avec une persistance constante qui, seule, permet d'obtenir un résultat. Il est d’au-
tant plus important de combattre ces diverses affections, qu'il s’agit d'empêcher la surdité d'augmenter, mais surtout aussi de donner le maximum d’audition compatible avec l’état des malades.
L'emploi des bougies en gomme trempées dans la teinture d'iode m'a donné de nombreux succès dans ces cas-là.
Je ne m'étendrai pas sur les indications thérapeutiques s'adressant aux maladies de l'oreille interne.
La maladie de Ménière est souvent améliorée et parfois guérie par les sels de quinine. Quant aux autres affections, suites de syphilis, ete., les injections de pilocarpine, qu'on emploie depuis quelques années, n’ont pas donné les résultats qu’on espérait.
Résultats.
On peut dire d'une manière générale que, dans la majorité des cas, les résultats dépendent de la rapidité qu'on met à employer les diverses méthodes indiquées.
Je ne m'étendrai pas longuement sur ce sujet, car ces résultats thérapeutiques seront indiqués au cours des divers chapitres de ce livre.
Les affections aiguës réclament des soins immédiats. Si ceux-ci ne guérissent pas rapidement, ils ont au moins le grand avantage d'éviter souvent les complications graves, si fréquentes à se produire, surtout chez les sujets ayant une tare constitutionnelle. Les résultats d’une opération faite au moment propice sont considérables. Un examen attentif est donc nécessaire.
Combien de fois est-il arrivé, et arrive-t-il encore, que les inflammations aiguës de la caisse soient méconnues à leur début par le médecin ordinaire de la famille! Combien de soi-disant méningites se sont jugées d’elle-mêmes par une perforation spontanée du tympan, alors qu'on ne pensait nullement à une maladie de l'oreille!
Dans les cas de ce genre, l’otologiste appelé à temps peut sauver le malade par une intervention rapide dont l'efficacité est hors de doute.
Les affections chroniques demandent une continuité de soins qui, parfois, lasse le malade et le médecin. Dans ma longue pratique, j'ai obtenu bien des succès en m’armant de patience et de persévérance.
Les maladies de l'oreille interne, mieux connues depuis quelques années, sont souvent réfractaires à nos moyens thérapeutiques. On doit cependant employer les diverses médications en usage, Jusqu'à ce qu'il soit prouvé que les effets en sont nuls.