B. — RÉTABLIR LES COMMUNICATIONS NÉCESSAIRES A L'AÉRATION DE LA CAISSE
L'engorgement cavitaire a modifié les rapports des parties et les tensions intérieures; il y a des compressions, des tiraillements; l'injection de l’air dans la caisse redresse le tympan, refoule la muqueuse, chasse les exsudats, et remet en leur situation normale, si la chose est possible encore, les osselets, la cloison et les fenêtres labyrinthiques; par suite, le nerf labyrinthique estsoulagé; les bruits subjectifs diminuent, les vertiges cessent, et l'audition apparaît meilleure.
De plus, on ne peut nier que, par leur répétition, les douches d’air opèrent une sorte de massage des parois cavitaires et soient une facon de gymnastique passive de cet appareil formé des membranes et de la chaîne des osselets, fait pour le mouvement, et que l’immobilisation tend à ankyloser, à raidir dans sa position anormale, dans son état d’écrasement consécutif au ramollissement des tissus et au vide de l'oreille tympanique.
4° Ventilation de la caisse du tympan — Aération de l'oreille. — À chaque mouvement de déglutition, les trompes s'ouvrent et l'air penètre dans la caisse si la voie tubaire est libre. Dans l’otite chronique, les trompes engorgées sont peu perméables, et l’aération cesse; le tissu du tympan, flasque, a perdu son ressort élastique; dès lors, peu à peu, la cavité se vide, s’efface, s'aplatit, et les deux parois externe et interne tendent à s’accoler. On devra donc recourir à la ventilation artificielle à travers les trompes, dont il faut souvent forcer le passage, et rétablir la perméabilité insuffisante ou nulle.
20 Épreuves de Valsalva et de Toynbee. — Dans les cas légers, récents, on réussit à désobstruer le conduit en ordonnant d’abord au sujet d’avaler, le nez pincé; puis aussitôt, sans quitter le pinçage du nez, de souffler comme s'il voulait se moucher fort; cela s’appelle faire « l'expérience de Valsalva » ; la première action se nomme « l’expérience de Toynbee ».
Elles sont simples et, associées, très utiles. L'épreuve de Valsalva à le défaut de congestionner certaines oreilles; celle de Toynbee doit être faite avec modération eten temps voulu; car elle aspire en dedans le tympan et le voussure davantage; on commencera par elle et l’on terminera par un Valsalva.
3° Douche d'air de Politzer. — Poire à air el embout. — La physiologie enseigne qu'avec un léger accroissement de la pression de l'air dans les narines, la trompe se laisse traverser; ainsi agit la condensation de l'air dans l'épreuve de Valsalva. Politzer, au moyen d’une poire de caoutchouc adaptée au nez, tenu fermé, condense l'air dans les cavités nasales avec une certaine force; cel air fait effort sur les parois et franchit la trompe, si le patient exécute un mouvement de déglutition au même moment; cela n'est pas indispensable chez l'enfant.
L'orifice tubaire s'ouvre pendant qu'on avale, et l'air s’y précipite sous la pression de la poire à air.
La poire de caoutchouc est de la grosseur du poing; elle offre un orifice avec soupape automatique. Son extrémité porte un embout solide largement ouvert; un tube de caoutchouc de 20 centimètres au plus s’y attache, terminé lui-même par un embout identique garni de caoutchouc où par une olive de verre plus facile à aseptiser.
Le malade est assis en face de l’opérateur; celui-ci, debout, saisit la poire dans la main droite, puis, de la main gauche, introduit l’'embout dans l’orifice nasal, où il le maintient, en mème temps qu'il pince et ferme la narine libre.
L'otoscope a été adapté à l'oreille malade et la relie à celle de l'opérateur.
On ordonne au malade d’avaler (soit sa salive, soit une gorgée d’eau), et l'on presse en même temps vivement la poire à air de façon à l’écraser brusquement.
Il faut que les deux actes soient simultanés; on peut faire compter le patient jusqu'à trois, et à ce dernier nombre, äl avale en même temps que l’on écrase vite la poire à air (une pastille fait saliver).
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Il est plus commode et plus sûr que le patient opère luimême; il sent en effet l'instant précis de sa déglutition et comprime la poire de caoutchouc au moment voulu. Beaucoup d'individus ne réussissent pas à faire concorder les deux actes. Avec l’otoscope auriculaire, l’opérateur entend le bruit de claquement dû au déplacement du tympan porté par l’air en dehors, soit le souffle qui indique un rétrécissement du conduit, soit un bruit de râle humide, signe de sécrétions incluses.
A l'inspection, on trouve, après que l'air a pénétré, l'aspect de la cloison et sa forme modifiés ; le patient a pu aussi percevoir une réplétion de l'oreille, un bruit, une sensation de soupape qui claque, rarement une douleur; de plus, il constatera souvent, aussitôt après une amélioration de l’ouie, un soulagement de la tête.
4° Procédé de Lévi. — Chez les enfants on peut aérer la caisse sans les faire avaler. C’est aussi chez eux que réussit bien le procédé de Lévi.
Il leur fait gonfler les joues, la bouche close, et il exécute le Politzer au même instant; ce geste suffit le plus souvent.
Un malade peut s’insuffler de l’air dans les trompes en soufflant doucement dans un tube de caoutchouc dont une extrémité est tenue à la bouche, tandis que l’autre est placée dans la narine, le nez pincé et clos.
Chez quelques-uns, en renversant la tête en arrière, la bouche ouverte, et en pressant la poire à air adaptée à la narine, l’autre close, la pénétration a lieu.
En général, moins il faut d'efforts pour y réussir, plus il est probable que la lésion tubaire est légère.
Chez les personnes âgées, la douche d’air de Politzer réussit assez souvent mal, le voile du palais cède à la pression et l'air s’évade dans la gorge.
Elle est impossible dans les malformations et divisions du voile. — Elle sera facilitée par la cocaïnisation de la région tubaire, au moyen d’un tampon d’ouate trempée de la solution au vingtième et gardée cinq à six minutes. — Beaucoup
de malades exécutent très mcomplètement la douche d’airavec la poire de caoutchouc; aussi ne doit-on leur en confier la pratique qu'après s'être assuré de visu et par l’otoscopie que le patient fait pénétrerl'air dans l'oreille.
D'autres en abusent d’une facon déplorable, et s’estropient à force d'y revenir avec le plus de vigueur possible; le praticien devra être très réservé (surtout quand la platine de l'étrier est fixe) dans le choix des malades à qui il faut confier ce traitement, qui est, en somme, un procédé de force. En réalité, content d’aérer la caisse, il néglige trop la dilatation du conduit tubaire, ce qui rend les résultats tout à fait aléatoires, et fait perdre un temps précieux.
5° Mensuration du déplacement du tympan par la douche d'air. — Il est utile et parfois indispensable de se rendre un compte exact de l'étendue des mouvements imprimés à la cloison pendant la douche d'air de Politzer. On peut faire opérer le sujet lui-même, tandis qu’on regarde au moyen du spéculum et du miroir le ballonnement consécutif du tympan; c’est le plus souvent sur le quart supéro-postérieur que porte l'effort de l’aération ; l'effet dépend de la perméabilité plus ou moins facile de la trompe, de l’état de relâchement du tympan, et aussi de l'énergie de l’insufflation.
Dans l’otite chronique, il faut prendre en considération la grande difficulté du reflux de l'air de la caisse, où il arrive en excès ; celle-ci se vide en effet assez rapidement à l’état sain ; mais si la trompe est rétrécie, l’air reste, distendant longtemps le tympan ; cela ne doit pas être oublié quand on pratique le Politzer. Le manomètre de Politzer, l’endotoscope gradué de Gellé, l'appareil de Lœæwenberg donnent des renseignements sur l'étendue de la distension, que rend manifeste l'ascension du niveau du liquide de l'instrument".
Si le tympan est très aminci, ou relàché, c'est un avertissement utile, un diagnostic important; avec ce manomètre endoscopique,on possède un guide sérieux de l'effet produit; et l’on peut reconnaitre celte laxité anormale, ct défendre la douche