B. — OTITE CHRONIQUE
Nous voici en présence d’un autre type clinique : l'otite chronique, aussi fréquent que l’otorrhée.
Au point de vue thérapeutique, sous son unité apparente, l'otite chronique comprend plusieurs modalités pathologiques et symptomatiques bien tranchées, formant autant de types particuliers, qui comportent chacun des indications spéciales.
Nous les esquissons rapidement.
Tout d'abord la chronicité s'explique par les retours, les recrudescences des états fluxionnaires, sécrétoires, etc., de la
première heure; ces poussées saisonnières, secondaires à des affections récidivantes du nez, de la gorge, ou d’ailleurs, doivent être soignées comme un état subaigu, et les crises atténuées ou évitées par un traitement général et une hygiène prophylactique.
La diététique, les eaux thermales, la profession, le climat, seront choisis avec soin suivant les sujets et les symptômes éprouvés.
Les 1odiques, les arsenicaux, les eaux laxatives, l’exercice, etc., lutteront contre les habitudes congestives.
L'Aydrothérapie pourra combattre avantageusement la prédisposition aux catarrhes des premières voies. Les eaux thermales sulfurées, salines, chlorurées, sont toutes excellentes à ce point de vue.
Dans la période plastique, les bains de vapeurs ou d’étuve sèche aclivent la résolution chez les sujets forts et chez les arthritiques ; chez les convalescents, les eaux ferrugineuses, (Spa, Bussang), les iodiques (Challes), les arsenicales (Mont- Dore, la Bourboule) sont indiquées; chez les affaiblis, les salines fortes (Kreutznach et Ischl), et les douches sulfureuses chaudes (A?x, Bagnères, etc.).
Chez les individus sanguins, congestifs, on évitera les cures thermales; les bains chauds souvent aggravent la surdité; il en est noté de subites dans le bain chaud (Gellé). Chez les neurasthéniques, les douches froides rapides sont en général excellentes ; chez les syphilitiques, Auwlus et Barèges; chez les rhumatisants excitables, Vichy, Néris, Dax, Saint- Sauveur, remplissent bien l'indication.
La mer est absolument défendue dans la période antéscléreuse.
CE orArerE
Certains types d’otites chroniques se dessinent par la prédominance d’un signe.
L'otalgie, la névralgie otique, même entretenue par une lésion, sont rapidement guéries soit par le traitement spéci-
fique (mereuriel surtout), exostose tympanique, accident secondaire, ete.; soit par les ferrugineux, les toniques, l'arséniate de soude, chez les anémiques; chez tous, le sulfate de quinine seul ou associé à l’aconit est radical; s'il y à impaludisme, à plus forte raison.
Les crises tabétiques sont soulagées par le sa/icylate de soude; chez les hystériques, les neurasthéniques, les épuisés, elles cèdent aux douches froides.
Dans la sclérose, celles-ei ont un effet calmant, sédatif sans pareil, quel que soit l’âge de l'individu; il faut en graduer habilement la température au début.
D. — vERTIGES
Autre type clinique : le vertige caractérise suffisamment certaines formes d’otites; tantôt il est rapporté à une compression secondaire du labyrinthe; tantôt à des lésions de celui-ci; tantôt c’est un réflexe, un trouble sympathique, avec ou sans lésion otique : nous donnerons ailleurs le traitement des lésions locales.
Si le patient est pléthorique, quelques sangsues au siège le soulageront vite; de même un pwrgatif énergique, s’il est hémorroïdaire.
Depuis quinze ans, j'ai traité plus de cinq cents cas de vertiges auriculaires. Le sulfate de quinine est, à mon avis, le médicament de choix dans le vertige auriculaire; on le donne à la dose de 60 à 80 centigrammes par jour durant dix à douze jours. Il est prescrit par tous les auteurs, d'après Charcot; mais il ne remplit pas toutes les indications, ainsi qu’on va le voir; certains sujets ne peuvent supporter l’augmentation des bruits et plus rarement des vertiges qu'il cause; on a, dans le but de les diminuer, recommandé l’ergotine. On peut donner un calmant le soir: et surtout, on doit insister avec conviction sur la nécessité de supporter ces inconvénients d'un traitement utile et parfois héroïque. Après un repos de
dix jours, on prescrira une deuxième, une troisième série, en forçant peu à peu la dose, s’il en est besoin.
Récemment, on s’est bien trouvé de l’emploi de la pélocarpine, surtout dans le début de l'affection; c’est la médication du symptôme comme la quinine. On pratique des injections hypodermiques de nitrate de pilocarpine (en général on débute par Il gouttes de la solution à 1 p. 100; et on augmente graduellement suivant l'effet et la tolérance du sujet) (Politzer, Bôüke, Field, Corradi, Virmonsky, Mackensie, C. Baber, Gellé, Lermoyez, ete.).
Quelques succès ont été obtenus avec la #initrine chez les anémiques et les artério-scléreux, et chez les neurasthéniques (Régis, Grasset, V à X gouttes de la solution à 1 p. 100). La picrotozine a donné également de bons résultats; l’on se trouve souvent bien de recommander les liqueurs aromatiques, analogues à l’élixir de Garus, dont l'action est complexe, nervine et stomachique (arnica, menthe, mélisse, vamille, ete.).
La gastralgie, les dyspepsies, les moindres troubles digestifs, la pneumatose, la pléthore abdominale entretiennent et provoquent les vertiges de Ménière chez les sujets prédisposés par l'existence d’une lésion otique, chez ceux qui offrent des troubles circulatoires, congestifs ou non, dès que l’estomac reçoit des aliments (troubles réflexes, vaso-moteurs). L’affection labyrinthique se manifeste au moment des vertiges par des troubles de l’estomac paradoxaux (vomissements, nausées, etc.). Il existe donc là des rapports intimes; aussi, on supprime, on calme les vertiges en améliorant les états maladifs de l’estomac par la diète, le régime approprié, une hygiène sévère, etc. Comme la tête, l’oreille peut souffrir par l'estomac. C’est ainsi que Vichy, Pouques, Alet, soulagent les vertigineux atteints de sclérose auriculaire.
Depuis longtemps le bromure de potassium, ce calmant des réflexes, a fait ses preuves dans la cure du vertige otique. Jl en est de même des 2odures, qui excitent la circulation et répondent à des indications opposées. La pelletiérine et la santonine trouvent aussi leur indication.
Le séjour à la campagne calme bien des vertiginés; le repos loin des affaires, le calme, le sommeil réglé, la cessation de tout travail intellectuel sont des conditions indispensables parfois à la réussite; les veillées, la fatigue, les chagrins doivent être évités.
Le vertige de Ménière, prodromique ou non du tabes, est variable; mais il résiste à tout, et dure des années.
Le vertige symptomatique de l’'hémorragie labyrinthique cesse de lui-même en quelques semaines, et plus tôt avec les antiphlogistiques immédiats, puis l’iodure, etc. La pilocarpine donne des résultats au début. Chez les alcooliques, le régime lacté agit remarquablement vite, avec cessation du toxique.
D'autre part, l’otite grippale, suppurée ou non, laisse à sa suite un état d’endolorissement et d’excitabilité de l’appareil labyrinthique, tels que les vibrations, le bruit de la parole, étourdissent, abasourdissent et font pâlir le patient. Ces états anxieux, vertigineux, de faiblesse irritable, expliqués par une hyperexcitabilité des nerfs des ampoules labyrinthiques et des centres réflexes, sont soulagés grandement par les douches froides; je m'en suis souvent très bien trouvé depuis l’influenza.
L'hyperesthésie labyrinthique peut être entretenue par des troubles de la circulation locale ou céphalique, donnant lieu à de la congestion de la tête, ou au contraire à l’anémie (cardiaques, albuminurie); ailleurs, elle est éveillée par les toxines urémiques ou autres, celles de la typhoïde au début par exemple.
Les utérines offrent fréquemment du vertige avec une lésion otique unilatérale, scléreuse, et des signes de labyrinthisme; le traitement de l'affection génitale (Brides, Salins) est indispensable à la cure ; le sulfate de quinine et les douches froides ici font encore merveille (Bourbonne-les-Bains, Néris, Spa, Luxeuil). De même chez les épuisés, après les pertes, les diarrhées, la dysenterie, ete., les grandes privations, l’affection otique récente ou ancienne prend souvent l'allure vertigineuse ; celle-ci cédera aux injections de caféine, et se
modifiera par les injections hypodermiques d'huile camphrée à 1/10 (une seringue de Pravaz une à deux fois par jour), par les toniques et reconstituants. On peut essayer des inspirations d’éfher ou de nitrite d'amyle. Chez les arthritiques, le vertige est fréquent au moment de la ménopause, tantôt congestif d’origine, tantôt spasmodique et neurasthénique; une déplétion (drastique, Chätel-Guyon) réussit dans le premier cas, aidée du lait, du régime ; et les douches froides, les toniques, ete., sont utiles dans l’autre, avec une vie calme, à l’air des montagnes (Raqalz).— Pendant et après ces crises de vertige, la lésion scléreuse auriculaire reste identique ; il n’y a là qu'un état d'hyperexcitabilité labyrinthique surajouté, sur lequel la thérapeutique générale peut agir.
Le médecin emploiera donc tout l'arsenal des prescriptions classiques indiquées dans les névroses (s/rychnine, arsenicaux, reconstituants, douches froides graduées, etc.) ; on est, en effet, en présence d’une névrose labyrinthique qui se réclame d’une thérapeutique générale active.