II
Traitement des prurits localisés.
Les prurits localisés sont extrêmement communs ; certaines régions y sont particulièrement prédisposées, l'anus, la vulve, le scrotum, les narines, la paume des mains, la plante des pieds. I n’est pas rare d'observer aussi sur les membres des prurits localisés ; c'est ainsi que certaines éruptions, principalement des éruptions sèches des membres, le lichen simple circonscrit de Vidal par exemple, sont souvent précédées d’une période de prurit simple plus ou moins prolongée.
Entre la marche de ces éruptions et celle des prurits localisés péri-orificiels, les analogies sontcomplètes ; le prurit commence, le grattage et les excitations extérieures deviennent
les causes déterminantes des éruptions; la suppression des excitations extérieures amène le soulagement et la guérison. Au point de vue pathogénique et thérapeutique, le rapprochement des uns et des autres me paraît absolument légitime.
Les traitements que nous allons étudier sont donc applicables à un certain nombre de lésions localisées et circonscriles des membres éminemment prurigineuses aussi bien qu'aux prurits plus spécialement étudiés de l'anus, de la vulve, ete. L'occlusion est le traitement par excellence des uns et des autres; elle devra être pratiquée aussi souvent, aussi minutieusement que la disposition de la région le permettra.
Les prurits localisés peuvent se présenter à l’état simple, l'état morbide se traduisant exclusivement par les démangeaisons; mais, très souvent, on pourrait dire chez la plupart des malades, un état inflammatoire de la peau vient à un moment donné compliquer le prurit.
Les éruptions lichénoïdes ou eczématiformes qu’on observe en pareil cas sont provoquées par le grattage souvent très violent auquel les malades se livrent.
Au moment d'instituer le traitement, le médecin ne doit jamais oublier qu'un prurit même localisé est souvent préparé par un état diathésique, lymphatisme, arthritis, herpétis, diabète; 1l devra avant tout s'assurer si cet état existe ou n'existe pas chez son malade et, s'il en constate l'existence, s’efforcer immédiatement de l’atténuer.
Quand le prurit siégera autour d'un orifice naturel, il faudra établir l’état d’intégrité ou de maladie de la cavité qui se trouve en communication avec la peau à ce niveau, et si on constate un état inflammatoire de la cavité, anus, vagin, utérus, cavités nasales, on combattra énergiquement cette inflammation.
Les conditions qui peuvent diriger le traitement général ayant été élablies, il s'agira d’instituer le traitement loca I: celui-ci variera suivant que le médecin se trouvera en présence d’un prurit simple où d’un prurit compliqué de lésions
inflammatoires de la peau. Dans ce dernier cas, la première indication sera de faire cesser ces complications inflammatoires, qu'elles se présentent sous une forme humide ou sous une forme sèche.
4° Les placards suintants, eczématiformes, seront soumis au traitement habituel des lésions eczémateuses jusqu'à ce que les lésions se soient complètement effacées ou jusqu’à ce qu’elles soient devenues sèches, immobilisées: elles seront alors justiciables des traitemenis des inflammations non suintantes.
20 Ki l’inflammation est très vive, le suintement abondant, on aura recours aux pansements, aux enveloppements humides.
L'application des enveloppements humides sera faite de la facon suivante.
Des compresses de toile fine, ou mieux encore des doubles de tarlatane sans apprêt ou un morceau de lint sont trempés dans le liquide choisi, puis exprimés de facon à enlever l'excès du liquide ; on les pose à plat sur les surfaces à recouvrir. Par-dessus on applique, pour empêcher l’évaporation, soit une feuille de gutla-percha laminée, soit un morceau de taffetas gommé souple ou de makintosch qu'on maintient au moyen d’une bande ou de tout autre pansement approprié à la forme de la région. L'application sur les parties malades doit se faire de la façon la plus exacte.
Les liquides employés pour ces pansements seront les décoctions tièdes de racine de quimauve, d'aulnée, de camomille, Veau amidonnée, l'eau de son, les solutions très étendues d'acide borique, de phénosalyl, de coaltar, de crésol, ete.
L'enveloppement pourra être fait simplement avec la oële caoutchoutée, directement appliquée sur la peau; mais la disposition des parties sur lesquelles le prurit localisé se développe le plus habituellement rend souvent l'application de ce procédé thérapeutique difficile, et il faut se rappeler ce fait, bien mis en lumière par mon collègue Tenneson, qu'un enveloppement dans la toile caoutchoutée n’est bon qu'autant que
le contact avec la peau est assuré d’une façon immédiate sur toute la surface de la peau. Les toiles employées doivent être et très minces et très souples : elles seront nettoyées avec grand soin à chaque renouvellement du pansement.
3° Les pansements avec les corps gras, les pommades, pourront être utilisés; on se servira de pommades à l’oxyde de zinc, au salicylate de bismuth, à Vacide salicylique, au menthol. {sera bon de faire précéder les applications de pommade d’un lavage avec une décoction émolliente ou légèrement astringente et antiseptique chaude. Après l'application de la pommade, on saupoudrera largement.
Voici quelques formules des pommades les plus fréquemment employées.
% Vaseline . . ... . . . .. .. . . . . 20 grammes. NAPOLOI EE — M.s.a % Vaseline . . . . . . . . . . . . . . . 20 grammes. OUEN M —— M. s. a.
YNASENE 1... 210 grammes.
RÉSONCINE Rd — | M. s. a JANSON a - … DO scranmes.
Précipité blanc . . . . . . . . . . . . 1 — M. s. a.
JANOSCIDER RE D LÉO ON SRE RS Acide salicylique . . . . . . . . . , . À —
C’est contre les prurits localisés simples ou s’accompagnant d'éruptions non suintantes que les pommades calmantes trouvent leur principale indication :
DANCE RD 2. 2 20 srainimies.
COcaine à: - . nn... 1.7 05r,25'à d'eramme.
DRANASC INC EN SRE ER DES TANIMESE Extrait de belladone .
Extrait de jusquiame . ES L'ÉPRMEE M. s. a.
SAN ASClIne RER ER 2 0CTAMMIESS CGHIOrOfONME RE — M. s. a.
VAN ASCINER CAEN RENE DIS TAMIMeS Chlorhydrate de morphine . . . . Osr,10 M. s. à.
AN ASClINC NE ENT DEC ANIMESS Essence de menthe. . . . . . . . 08,40 M. s. a.
% Vaseline. MR CS Re 20 grammes.
Cyanure de potassium . . . . . . Osr,05 à Osr,10. M.s. a.
YACNIOTA EEE ES) da 381,50.
Camphre (nee DE Vaseline ER CERN NS 0e rammes:
M. s. a. (BULKLEY.)
Porrit incorpore au beurre de cacao 2 p. 100 de cocaine. Le mieux est de donner à la masse butyreuse la forme d’un crayon médicamenteux qui, inclus dans un étui de bois, peut être laissé à la disposition du malade. Le beurre fond au contact de la peau au moment des frictions et forme à sa surface une couche protectrice molle et douce.
4° Les lotions, particulièrement les lotions froides, constituent un mode d'action très puissant contre les accès de prurit. L'eau froide simple suffit à certains malades ; on lui adjoindra avec avantage le vinaigre, l'acide phénique, 1e chloral, la cocaïne, le cyanure de potassium. (Voir plus haut.) Les solutions pourront être plus concentrées que celles employées contre le prurit généralisé.
C’est ainsi que le professeur Bronson recommande contre le prurit vulvaire l’emploi du mélange ci-dessous, dont la haute
teneur en acide phénique ne permettrait pas l'usage contre les lésions étendues :
z Liqueur de potasse à 5,84 p. 100 . . . . 8 grammes, Acide phénique . .‘. . . . . . . . . . 16 — HUE Ten CN 30 — Essence de bergamote . . . . . . . . . X gouttes.
Les poudres seront employées après application de pommade ou d'emblée après une simple lotion de la région enflammée.
Les poudres seront les poudres d’amidon, de riz, de préférence les poudres minérales de #alc, d’oryde de zinc, de sousnitrate de bismuth, d'acide borique, d'aristol, de salol, etc.; ces dernières poudres surtout indiquées quand les placards sont très enflammés et lorsqu'il y a lieu de craindre une infection secondaire. Il sera généralement avantageux de placer par-dessus la poudre une couche d’ouate qui garantira complètement la région malade des irritations extérieures : ce mode de pansementsera surtout indiqué dans l’inflammationdes plis.
L'application large des poudres, l'application de l’ouate à la surface des régions suintantes constituent un mode facile d’occlusion qui est loin d’être sans avantages. -
Quand les inflammations qui accompagneni le prurit ne suintent pas, il faut pratiquer l’occlusion chaque fois que la disposition des parties le permet. Un enveloppement ouaté simple, précédé d'une application de poudre, constitue déjà un mode d’occlusion; mais l’occlusion sera faite de préférence avec les colles.
5° Les colles ordinairement employées sont des préparations à base de gélatine, de glycérine et d'oxyde de zinc, qui ont la propriété d’être fusibles à des températures relativement peu élevées et de se solidifier à la température ordinaire de l’air ambiant.
a) Les propriétés des colles mises en honneur par Unna ont été bien étudiées par Menahen Hodara, son élève. Ces auteurs
constaté que l'addition de la glycérine à la gélatine a pour
résultat d'élever les températures de fusion et de solidification et de diminuer la contraction ; l’oxyde de zinc élève légèrement les températures de fusion et de solidification et augmente la contraction; l'augmentation de la gélatine et la diminution de l’eau élèvent faiblement les températures de fusion et de solidification et augm entent faiblement la contraction.
Unna a proposé deux formules de colles dont les propriétés différentes pourront être utilisées suivant le but que l'on poursuit.
> 1° Gélatine ne x Ve | dd 126r,50 Glycérine. nier ) ORYAEEZINC PE REE 20 grammes.
Eau. . D) --
(Colle molle fondant à 37°,75, se solidifiant à 28°, peu contractile.)
HAUGÉA UNE PEN NE crane GIYCÉTINE APR RERO) —- OUTRE EAN CE NS — AUS Lee NE RER () =
MES a
(Colle dure fondant à 38°,75, se solidifiant à 31°, se contractant plus que la précédente.) Une préparation moins coûteuse serait la suivante :
D Gélatine. A NS ET LA EN RAR l a4 Dunes Glycérine. STE pur nl Oxyde INC EE 5 0) — OUR ET RS RON CPR ALES () — M. 5. à.
Les propriétés d’une colle de bonne qualité sont d’être souple, solidement adhérente, de devenir liquide à une température qui ne dépasse pas la température du corps d’une quantité suffisante pour que l'application donne une sensation de brûlure désagréable, de ne pas fondre à la chaleur du corps, de ne pas se fendiller après durcissement.
La formule donnée par Tenneson et Thibault était déjà excellente :
% Grénétine., . . . . . . . . . . 150 grammes. Gélatine. . . . .. . . . . . . . 100 — GIYCÉTINE 300 = BAUER 2 ET. most 5900 — Oxyde de zinc. . . . . . . . . 100 ——
Faire dissoudre les gélatines au bain-marie dans la glycérine et 200 grammes d’eau; ajouter l'oxyde de zinc délayé dans 100 grammes d’eau et ajouter eau quantité suffisante pour 950 grammes.
a formule que nous e éné aujourd’hui
La formule que nous employons généralement aujourd à l'hôpital Saint-Louis est la suivante :
DADOTNEREN NE 0. 150 grammes.
CHÉDÉTNO RE 100 — Gomme arabique. . . . . . . . bi) —
Glycérine.
Oxyde de zinc. :