C. — PRURIT GÉNITAL DE L'HOMME
Le malade devra porter un suspensoir exactement adapté qui permettra de maintenir bien en place les différents pansements. Les suspensoirs caoutchoutés ont des effets beaucoup plus irréguliers que contre les eczémas des bourses. Les emplâtres, appliqués sous forme de bandelettes, permettent une occlusion très précise ; suivant le médicament incorporé à l’'emplâtre, on pourra joindre à l’occlusion les modifications actives que l’on jugera utiles. Les traitements locaux et généraux sont les mêmes que ceux usités contre les prurits de l'anus et de la vulve; ils varieront suivant la présence ou l'absence de complications inflammatoires. Les lavements se sont montrés actifs dans un certain nombre de cas.
Traitement des prurigos composites, des prurigos diathésiques.
Les prurigos diathésiques (prurigo d'Hebra, prurigos diathésiques de Besnier) ont, comme nous l’avons dit dans les
considérations générales exposées au commencement de cet article, la propriété d’être extrèmement rebelles, de se compliquer facilement d’éruptions secondaires inflammatoires à aspect d'eczéma ou de lichen ; ce sont donc affections quiexigent un traitement de longue haleine, variable avec les aspects différents que la maladie peut présenter d’un moment à l’autre ; et pour la guérison de ces prurigos, il faut la surveillance incessante et prolongée du médecin, la persévérance du malade.
Les prurigos non diathésiques se compliquent d’éruptions banales, eczématiformes, lichéniformes, moins facilement et moins souvent que les prurigos diathésiques ; ils ne sont cependant pas complètement à l’abri de ces complications : quand celles-ci se produiront, on les combattra dans les uns comme dans les autres.
Voici comment le professeur Kaposi, héritier des traditions d'Hebra, pense qu'il y a lieu de diriger le traitement d'un malade atteint de prurigo d’'Hebra:
Au début des symptômes du prurigo et dans les formes légères, alors que l’urticaire prédomine et qu'il y a seulement un petit nombre de papules, il suffit de laver convenablement le malade tous les jours avec du savon de goudron et de soufre, ou même de le recouvrir d’écume de savon, puis de le placer dans un bain pendant une heure ; après quoi on le frotte d'Auile de foie de morue, d'huile et de goudron, ou de graisse simple.
Dans les cas de prurigo intense, on fera usage de la solution de Vleminckx en bains prolongés.
Une série de 10 à 12 frictions avec la pommade de Wilkinson amène dans le prurigo agria une amélioration considérable, et en particulier supprime immédiatement la démangeaison et procure un bon sommeil.
L’enveloppement avec la toile de caoutchouc donne également d'excellents résultats.
IL est facile de comprendre que l’on devra aussi appliquer, tantôt sur la totalité du corps, tantôt sur des points limités
de la peau, d’autres remèdes que l’on a indiqués pour combattre le prurit modéré, la sécheresse de l’épiderme, ainsi que l’eczéma avec suintement; tels sont l'acide phénique ou l'acide salicylique, À p. 200 d'alcool; la pommade de zine, lonquent diachylon, la pommade boriquée (acide borique, glycérine, âà 5, cire blanche, paraffine, àà 20, huile d'olives 50), etc.
Pour ce qui est des eaux thermales sulfureuses naturelles, leur emploi comme celui des bains sulfureux artificiels est extrêmement utile contre le prurigo ; seulement il faut en faire un usage plus assidu qu'on ne le fait ordinairement dans les stations thermales.
Les bains de sublimé (5 à 10 grammes pour un bain entier), les bains d’alun, de soude (1 000 à 2 000 grammes pour un bain), les sels d’iode et de brome (Darkau, Hall), les bains salés, enfin les bains d'écorce de chéne, peuvent être employés avec avantage ; cependant, en général, leur action n’est pas suffisante.
Depuis plusieurs années, Kaposi traite par le naphtol tous les malades de la clinique ainsi que ceux de sa pratique privée atteints de prurigo et à n'importe quel degré de la maladie ; il a chez tous obtenu des résultats extrêmement satisfaisants. Le prurit diminuait immédiatement et dispa raissait bientôt ; même les symptômes d’eczéma, que l’on observe avec les meilleures méthodes anciennes de traitement, cédaient dans la mème proportion. La nouvelle médication n’a que l’avantage du bon marché, de la commodité et de la propreté, car des bains sont tout à fai! superflus; le naphtol n’a pas de mauvaise odeur, les linges ne sont pas endommagés et on peut l’'employer commodément.
Chaque soir, on fait une friction légère avec une pommade composée de naphtol 5, onguent émollient 100, sur la peau des membres, principalement sur leur face externe, puis on poudre par-dessus. Chez les enfants au-dessous de dix ans, Kaposi prescrit une pommade de 1 à 2 de naphtol pour 100 d’excipient. Toutefois on peut encore, tous les deux soirs, faire un lavage dans le bain avec du savon de naphtol et de
soufre. Kaposi n'a pas noté le plus léger accident et n’a eu à recueillir de ce traitement qu'une satisfaction sans mélange.
Les méthodes locales de traitement seront continuées d’une manière ou d'une autre jusqu'à ce que la peau soit complètement lisse et souple, qu’il n'y ait plus de démangeaison, ni de nouvelles éruptions de papules. Alors on appliquera le traitement sous une forme modérée tous les deux ou trois jours et l’on n'interrompra la cure que dans les cas où, après des mois entiers de soins et d'observation, on sera bien assuré que la peau est entièrement revenue à l’élat normal; on devra reprendre le traitement à nouveau aussitôt que l’on apercevra une recrudescence du prurigo.
Dans le traitement de cette maladie, Kaposi déclare qu'il y a peu de choses à attendre de l’usage des médicaments internes.
Dans quelques cas cependant, il a observé une diminution non douteuse des symptômes du prurigo à la suite de l'administration de l’acide phénique à l’intérieur à ia dose de À gramme à 1£",50 par jour en pilules.
On peut également obtenir une amélioration passagère par des injections sous-cutanées de pilocarpine muriatique, 05,02 par dose (0. Simon), ainsi que par l'emploi du sirop de jaborandr.
L'arsenic est complètement inefficace contre le prurigo; au contraire l’hurle de foie de morue à l'intérieur, pure ou avec addition d'iode (iode pur 05,1, huile de foie de morue 100 grammes), de phosphore (huile de foie de morue 30, phosphore pur 05,01, gomme arabique, sucre blane äà 15 grammes, eau distillée 40 grammes, sirop simple 15 grammes, Kassowitz), convient très bien chez les individus atteints de prurigo qui sont mal nourris, qui ont le teint blème et une constitution scrofuleuse, ainsi que des règles hygiéniques générales, par exemple des cures de lait, le séjour à la campagne pendant l'été, l'usage occasionnel de bains iodés, etc. (Kaposi).
Besnier divise la cure en cure de nuit et cure de jour; a) pendant la nuit, usage des applications grasses, des pom-
mades ou des emplâtres; b) le matin, lavage à eau chaude ct au savon simple ou médicamenteux; friction superficielle avec une flanelle aspergée d’un alcoolat aromatique; c) puis, pendant le jour, protection de la peau par l'enveloppement de toile fine de caoutchouc.
Cet enveloppement sera réalisé en recouvrant la peau de caoutchouc vulcanisé, soit d’une fine toile caoutchoutée qu'on aura soin de maintenir intimement appliquée sur la peau et qu'il faut bien se garder de laisser flottante; soit en doublant les maillots, les calecons de toile caoutchoutée. Cette toile devra être soigneusement lavée et séchée chaque fois qu'on changera les vêtements. On pourra, à défaut de caoutchouc, employer la gutta-percha laminée, le taffetas gommé, le mackintosch; au besoin même le talfetas gommé.
En résumé, le traitement d'un malade atteint de prurigo diathésique, de prurigo d'Hebra, aura pour premier objectif de faire disparaître celte série de lésions banales, lichénisation, eczémalisation, qui viennent compliquer la situation et qu'on peut considérer comme des lésions accidentelles surajoutées, comme des complications.
Dans les cas d'infection secondaire intense de la peau avec furonculose, abcès superficiels, ecthyma, il faudra commencer par faire la désinfection générale de Ja peau; on enveloppera celle-ci de compresses trempées dans une solution étendue de sublimé, d'acide borique; on pratiquera des frictions généralisées avec l'huile phéniquée au dixième ou au vingtième. Les pustules d’'ecthyma, les abcès furonculeux seront lotionnés avec une solution antiseptique et recouverts d'une rondelle d’emplätre de Vigo où d'emplätre rouge de Vidal.
La désinfection de la peau est, en général, assez facile à obtenir.
Si les lésions surajoutées, sans être infectieuses, présentent un caractère inflammatoire accusé, si surtout elles revêtent une forme humide, eczémateuse, on aura recours aux pansements émollients, compresses imbibées d’eau bouillie, d’eau amidonnée, d’infusion de camomille, d'eau boriquée, d’une
solution de phénosalyl à 1 p.300 ou p. 500, etc. ; de cataplasmes de fécule de pomme de terre. |;
Quand les phénomènes les plus aigus de l’inflammation seront tombés et le suintement supprimé ou peu abondant, on recourra aux pommades à l’oxyde de zinc, au salicylate de bismuth,on saupoudrera les placards enflammés avec la poudre de tale, d'oxyde de zinc; après les avoir saupoudrés, on pourra les enfermer dans une couche d’ouate hydrophile, ce qui constituera un essai et une transition avant d'arriver aux occlusions plus complètes par les colles et les emplâtres.
Les formes humides des éruptions seront gènantes en ce sens qu'elles s’opposeront aux occlusions méthodiques et prolongées si utiles dans certaines formes de prurigos diathésiques. Il faut cependant savoir qu'il est permis de tenter d'une façon hâtive, chez les malades atteints de prurigos diathésiques, l’enveloppement de quelques éruptions encore légèrement suintantes ; c’est ainsi qu'on verra l’enveloppement mème sous la colle, qui ne fait qu'exagérer les phénomènes inflammatoires dans les autres affections humides, amener ici une amélioration rapide d’affections encore suintantes. Le pansement doit être renouvelé à des époques rapprochées; les premières fois, il doit être surveillé de plus près; mais il n’est pas rare d'observer dans les prurigos composites la transformation d’éruptions humides en éruptions sèches sous l'influence des pansements occlusifs.
Les lésions sèches à aspect de lichen seront traitées par l’occlusion dans la colle ou les emplâtres d'huile de foie de morue, d'oxyde de zine, d’emplâtre blanc.
Quand les placards inflammatoires seront restreints ou effacés, on emploiera les frictions généralisées à l'huile de foie de morue, pratiquées sur toute la surface da corps, ou l'application de bandes de tarlatane imprégnées de la même huile et recouvertes d'une enveloppe imperméable en caoutchouc ou en gutta-percha. Si l’inflammation n'est pas absolument éteinte, l'huile blanche sera préférée à la blonde; celle-ci sera choisie quand les téguments ne sont pas irrités ; si les démangeaisons
sont vives, on additionnera l'huile d’un dixième ou d’un vingtième de naphtol, d'un centième d'acide phénique : 1 faudra user de ce dernier médicament avec grande prudence chez les enfants. On pourra encore conseiller le Zniment oléo-calcaire, le glycérolé tartrique de Vidal, la pommade au naphtol.
Les enveloppements dans le caoutchouc trouvent leur indication à toutes les périodes actives de la maladie.
Mon collègue Tenneson a montré que les malades pouvaient être sans inconvénient recouverts d'une couche de colle étendue à toute la surface du corps; le prurit se trouve généralement calmé tant qu'il n’y a pas eu effraction de la colle.
Des lotions calmantes seront répétées plus ou moins fréquemment suivant l'intensité du prurit.
Les bains seront, suivant l’état de la peau, les bains émollients amidonnés ou à l’eau de son, les bains sulfureux, les bains de sublimé.
Les sujets lymphatiques pourront être envoyés aux eaux de la Bourboule, Luchon, Barèges, Salies-de-Béarn, Salins du Jura, Bex, Bagnères-de-Bigorre, Saint-Gervais, Uriage, ete.; les arthritiques à Plombières, Royat; Louèche, avec,ses bains prolongés, sera souvent avantageux. Il faudra, dans le choix d’une station thermale, tenir grand compte de la constitution du malade.
L'alimentation sera surveillée de très près; les enfants seront maintenus le plus longtemps possible au régime lacté exclusif; les adultes en tirent quelquefois un profit notable.
L'Auile de foie de morue est le médicament par excellence, surtout pour les enfants atteints de prurigos diathésiques; on en maintiendra l'usage le plus longtemps possible et à doses élevées. À côté de l'huile de foie de morue, il faut mentionner les préparations 2odées et phosphatées.
Les préparations arsenicales, l'acide phénique font partie intégrante du traitement ordinaire. Augagneur déclare qu'après l’administration de l'acide phénique à l’intérieur, les récidives sont infiniment moins fréquentes qu'après l'emploi
des autres médications. La pilocarpine a été indiquée comme capable d’activer la sécrétion sudorale souvent très réduite.
Les douches tièdes calmeront le prurit de quelques malades.
Les constitutions lymphatique, arthritique, deviendront l’objet d'indications spéciales.
Les différentes ressources de traitement dirigées contre les prurits diathésiques ne diffèrent en somme pas beaucoup de celles utilisées dans le traitement des prurigos et des prurits généralisés simples, des prurits localisés compliqués d'éruptions suintantes ou lichénoïdes; il nous paraît inutile de répéter ici ce que nous avons dit dans les paragraphes précédents sur le choix et le mode d'application de ces différentes médications, pommades, poudres, lotions, colles, emplâtres, bains, électrisation, etc., que le lecteur trouvera exposées dans les paragraphes précédents.
Améliorer, par les différents traitements que nous venons de signaler, un malade atteint de prurigo d'Hebra est chose facile; mais rien n’est plus difficile que mettre ce même malade à l'abri des réveils et des rechutes. Pour arriver à ce résultat, le traitement doit être maintenu avec rigueur pendant de longs mois après que l'amélioration s’est produite; hygiène, alimentation surveillée, médication externe, médication interne, rien ne doit être négligé, encore moins abandonné; à ce prix seulement, il est possible d'espérer la guérison.
Rappelons en terminant le sage conseil de notre maitre Besnier.
« Au moment où le médecin est sur le point de commencer le traitement d’un prurit ancien, il est plus d’une fois consulté par le malade ou sa famille sur la question de savoir si celui-ci peut être supprimé sans danger. La réponse devra être des plus réservées : le praticien se rappellera que plus d’une fois un prurit localisé ou généralisé a été une des premières manifestations d’une affection organique encore
latente et à ses débuts, d’une maladie nerveuse ou mentale; le médecin ne saurait dès lors être trop prudent dans ses réponses dans la crainte que plus tard le client ne soit tenté d'attribuer à la suppression du prurit des accidents dont celui-ci n'était qu’un phénomène prémonitoire.
Le médecin devra encore avoir ce fait présent à l’esprit, que les malades atteints de prurigos diathésiques sont de ceux chez qui la suppression brusque d’une éruption étendue peut ètre suivie de métastases viscérales. »