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À. — CONDITIONS LOCALES

Le staphylocoque sous toutes ses formes, mais surtout sous celle du staphylococcus albus, est excessivement répandu à la surface de la peau. /{ est le parasite normal de celle-ci comme le streptocoque celui de la muqueuse buccale. Il séjourne dans les couches cornées superficielles et pénètre dans les ouvertures

1, J.-L. Faure. — Trailé de chirurgie de Le Dentu et Delbet.

naturelles ou artificielles du tégument. Beaucoup de lésions cutanées lui sont dues, l’impétigo, beaucoup d’ecthymas, des abcès intra et sous-dermiques, le panaris par exemple. Normalement, il s'étend à la surface des poils follets, séparé du derme vasculaire par une moindre épaisseur de cellules épithéliales qu'à la surface de l’épiderme. Il pénètre aisément dans l’intérieur des glandes sébacées, lorsque leur fonctionnementest géné par une cause quelconque, telle la saleté de la surface, dans les professions à poussière, entre autres. Des furoncles s’observent assez souvent chez les ouvriers tels que les charbonniers, les mineurs, les mécaniciens.

La pénétration microbienne dans le derme est nécessaire à la formation du nodule furonculeux, mais elle est rarement due à l'ouverture directe de la peau et trans-épidermique d'emblée. En général, elle se fait peu à peu. Les cellules du corps muqueux offrent une résistance normale à la progression des microbes; les filaments inter-épithéliaux les arrêtent, et facilement des cellules leucocytaires émigrent dans l’épiderme pour lutter contre l'élément parasitaire. Mais si la peau est lésée, celui-ci pénétrera plus aisément; des traumatismes répétés, mème très faibles, agissent dans ce sens; citons les frottements exercés sur la nuque par le col empesé des chemises (le furoncle de cette région est des plus rares chez la femme), et encore les furoncles du siège chez les cavaliers, surtout au début de leur entrainement.

C’est ici le lieu de signaler l'action du prurit et des grattages qu'il provoque. Ceux-ci modifient la résistance de l’épiderme et sont surtout à redouter lorsqu'il existe une affection pustuleuse qui fournit des germes virulents, par exemple la gale. Suivant Unna, il y aurait toujours une pustulation, une impétiginisation au début du furoncle; cependant l'étude clinique ne confirme pas une assertion aussi absolue.

Le furoncle formé, la genèse de furoncles nouveaux est fréquente. L'auto-inoculabilité est prouvée : le furoncle se sème avec la plus grande facilité. À distance du premier, non de suite, mais au moment surtout de la suppuration, appa-

raissent un second, un troisième, puis la multiplication devient rapide. Et ceci met en évidence un fait sur lequel on n'a pas assez insisté en général, le rôle de la virulence du microbe. Celui-ci existe à l’état saprophytique sur la peau; sa pénétration doit être des plus communes, mais elle s’arrète au premier obstacle, par la plus légère phagocytose. Dès que sa virulence est augmentée, comme dans le furoncle, où on le rencontre toujours sous forme d’aureus et non d’albus, il détermine des lésions semblables à la première, dominant, si l’on peut parler ainsi, la résistance normale de la peau normale.

Certaines conditions locales extérieures peuvent encore favoriser l'augmentation de vitalité et de virulence; signalons certains moyens thérapeutiques qu'il faut résolument abandonner aujourd'hui, entre autres, les cataplasmes. Ceuxci font macérer la peau, facilitent Ia pénétration des parasites ; la germination des microbes augmente à la température qu'ils entretiennent et dans le milieu humide qu'ils déterminent. De même, certains antisepliques sont dangereux parfois; ainsi, l'acide phénique ou le sublimé à doses trop élevées; s'ils agissent sur les microbes, ils agissent non moins sur les tissus et peuvent, bien que ce fait semble paradoxal à ceux qui ignorent la pratique dermatologique, provoquer de nouveaux furoncles en altérant profondément l'épiderme.

B. — CONDITIONS GÉNÉRALES

Nous résumons la discussion précédente en affirmant la [ pénétration lente et fréquente du staphylocoque, favorisée par certaines conditions qui agissent sur la peau, selon nous bien plus en diminuant la résistance vitale des tissus que leur résistance physique. Que ces conditions manquent, et la RHYSITUESS , formation du furoncle pourra encore se faire, si la résistance du milieu est modifiée par des conditions internes, permettant l'augmentation de virulence d'abord relative, puis absolue O ? ’ du microbe. Alors même, l'affection offrira une tendance ?

anormale à la diffusion, à la pénétration; on pourra presque parler d'une maladie et l'appeler furonculose.

Ces troubles du milieu intérieur sont loin d'être analysés. Il faudra sans doute longtemps avant que la science les ait définis, iei comme ailleurs, quelque ardeur qu'elle mette à leur recherche.

Mais on peut appliquer au furoncle et à l’anthrax, infections staphylococciques localisées, cette loi bactériologique : l’exaltation de la virulence des saprophytes au cours d'infections dues à d’autres microbes. Ainsi en est-il dans /4 convalescence de la fièvre typhoïide en particulier, surtout dans les cas graves où la dépression est profonde : Le corps, surtout le dos et le siège, exposés par la pression qu'ils subissent dans le décubitus, peuvent se couvrir de furoncles: ceux-ci sont parfois le point de départ d’eschares.

Les individus paraissant en bonne santé et qui sont sujets à la furonculose sont en général des dyspeptiques intestinaux, sujets à la constipation, atteints d'hémorroïdes; souvent ce sont des obèses, mais peut-être faut-il alors accuser le fonctionnement trréqulier des glandes sébacées, les préparant à l'infection, et c’est ainsi qu'on peut expliquer la furonculose de la nuque, plus fréquente chez les adolescents, à l’âge où on observe surtout l’acné faciale.

Mais, chez des sujets un peu plus âgés, la furonculose persistante doit éveiller une crainte, celle du diabète; elle en est un des signes révélateurs les plus connus. C'est surtout dans le diabète des arthritiques que le fait s'observe, et de préférence à une période où la glycosurie est encore peu marquée, où la polyphagie et la polydipsie sont modérées. On a cité des cas où la glycosurie diminue au cours d’une éruption de furoneles, mais les observations sont un peu anciennes et méritent d’être contrôlées.

Comment expliquer la furonculose des diabétiques? Faut-il, avec Bujwid, admettre que la virulence du staphylocoque augmente dans les milieux sucrés? C'est peut-être là un élément de la question. Le fait cependant est mis en doute par d’autres

bactériologistes. Les troubles intestinaux si fréquents chez les sujets diabétiques, les fermentations gastriques, la stase hépatique doivent entrer en jeu; il faut en tenir compte au point de vue thérapeutique si l’on veut supprimer les accidents cutanés.

La furonculose a été signalée encore chez les a/buminuriques, au cours du diabète azoturique, assez fréquemment pour qu'on ne puisse parler de coïncidence. Peut-être survient-elle alors comme dans les cachexies, quelle qu'en soit la nature, où l'organisme ne résiste plus aux infections microbiennes les plus bénignes normalement.

Les conditions déterminantes de l'anthrax sont peu connues. Son étiologie est exactement la même que celle du furoncle et de la furonculose. L'augmentation de virulence et de vitatité du staphylocoque amène l'extension de l’inflammation locale; elle atteint un grand nombre d'appareils pilo-sébacés Toutes les causes qui diminuent la résistance de l'organisme au staphylocoque, toutes celles que nous avons signalées, favorisent la production de l’anthrax.

Telle est la dissémination du staphylocoque à la surface de la peau, qu’on est frappé de la rareté, non du furoncle, mais de la furonculose; non moins remarquable est la rareté de l'infection générale au cours de celle-ci. Elle ne survient guère que chez les individus extrêmement affaiblis : les typhoïdiques, etc. Du reste, l'infection staphylococcique n’a pas souvent des furoncles pour origine, et si la porte d’entrée est en général la peau, il n’y a pas souvent de réaction inflammatoire nette au point d’inoculation, comme il est de règle dans beaucoup d'infections, où l'intensité de l'infection générale est en raison inverse de l'intensité de la lésion locale.

Des conditions régionales bien étudiées par les chirurgiens expliquent certaines complications rares (phlébite dans les furoncles de la face) que nous n’étudierons pas ici.

Par tout ce qui précède, on voit combien d'éléments complexes entrent dans la pathogénie du furoncle, eton peut soupçonner combien encore restent ignorés. La connaissance de

ces éléments nous permet d'aborder la thérapeutique de l'affection.

Traitement.

Chez les sujets exposés aux furoncles, le diagnostic peut ètre porté avant que le nodule inflammatoire soit volumineux,au moment où la lésion se traduit surtout par une géne, une {ension, où il existe peu de rougeur.On peut essayer alors de faire avorter le furoncle, et de nombreux procédés ont été recommandés, nitrate d'argent, solutions antiseptiques fortes, teinture d’iode.

Quel que soit le procédé employé, il est essentiel, pour favoriser l’action du topique, de nettoyer, de dégraisser la peau. C'est du reste une précaution qu'il faut prendre aussi lorsqu'on à affaire à un furoncle à la période d'état. L'antisepsie cutanée n’est possible qu'à cette condition.

La peau sera rasée à distance du furoncle. Au besoin (chez les individus à système pileux abondant) on pratiquera l’épilation. Puis on fera un savonnage prolongé et on lavera la région à l’eau, puis à l'alcool et à l’éther.

A notre avis, la teinture d'iode est de tous les procédés employés le meilleur; c’est du reste le moyen appliqué habituellement par les malades, parce qu'il est le plus simple et qu'il n’exige pas d'appareil de contention comme un pansement. Il faut toucher à plusieurs reprises le ou les points malades. Mais ce traitement doit être précoce; si les applications iodées sont tardives, la douleur, l'inflammation sont exagérées.

Ce moyen n'empêchera pas, si on le désire, d'appliquer la méthode de Vidal et Brocq qui recouvrent le furoncle d'un pansement à l'acide borique en solution saturée dans l'alcool absolu.

Un procédé excellent est la cautérisation profonde du furonele, à cette période initiale; c’est une méthode un peu cruelle, mais plus sûre que toute autre; il faut la pratiquer de préférence avec le galvano-cautère, qui produit des brûlures plus limitées et laisse de moindres cicatrices.

La propagation des furoncles sur le corps, à la période initiale comme plus tard, doit être évitée par le traitement général que nous exposerons dans la suite, et des soins de propreté minutieux de la peau. Brocq recommande les bains sulfureux et les lavages du corps avec l'alcool camphré. Le

corps sera couvert de toile et non de laine.

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