‹ Traité de thérapeutique appliquée (volume 3)Chapitre 30 sur 111 · B. — TRAITEMENT A LA PÉRIODE D'ÉTAT · texte numérisé non relu

B. — TRAITEMENT A LA PÉRIODE D'ÉTAT

Il existe des furoncles peu douloureux ne dépassant guère le volume d’un pois : on peut attendre leur ouverture naturelle en se contentant de hàter la maturation et de prévenir leur transformation en nodules plus gros et plus douloureux. C'est alors que les pulvérisations antiseptiques tièdes sont indiquées, si les furoncles sont assez nombreux pour justifier leur emploi.

On les pratiquera en se servant d'eau phéniquée à 1 p.100, de préférence. Elles seront répétées quatre fois par jour. Pour la face, on se servira d’eau boriquée.

Dans l'intervalle des pulvérisations, on recouvrira les lésions de compresses trempées dans une solution antiseptique faible, soit de sublimé à 1 p. 4000, et recouvertes d'un tissu imperméable, par exemple de taffetas gommé. On pourra se servir de solutions un peu chaudes de 40 à 45° et avoir ainsi les avantages du cataplasme, chaleur et humidité, sans les inconvénients qui obligent, avons-nous dit, à en rejeter complètement l'usage.

Mais parfois le furoncle a une marche envahissante; il est douloureux. Z{ faut alors l'ouvrir le plus tôt possible; on évitera ainsi des douleurs nouvelles, la formation d’anthrax. ne faut pas oublier que tout furoncle laisse une cicatrice

s’il est volumineux et si, par suite, son ouverture naturelle est large. L'incision peut se faire d’un trait de bistouri ou être cruciale : elle doit, pour être suffisante, intéresser la plus grande partie du furoncle, en largeur et en profondeur. Le galvanocautère, le thermo-cautère, en ayant soin de n’employer que la pointe la plus fine, peuvent remplacer le bistouri.

Ces opérations seront précédées d’une 2njection de cocaïne à 1/25, ou d’une 2njection de qaïacol, suivant la méthode de Lucas-Championnière, injection de cinq à dix centigrammes de gaïacol en solution au vingtième dans l'huile d'olives pure, stérilisée, ou d’une application locale de chlorure d'éthyle ; en l'absence d’anesthésie, elles sont fort pénibles.

La guérison ne peut s’opérer qu'après l'évacuation totale du bourbillon : 2/ faut lui frayer une issue suffisante, sans attendre la liquéfaction toujours très lente des produits nécrosés. Il conviendra d'agrandir l'ouverture naturelle si elle est petite. Dans les furoncles peu douloureux et où le bourbillon est complètement formé, la pression à la base du nodule a été recommandée : parfois elle est l’origine d’une poussée inflammatoire nouvelle.

L'expulsion des produits inflammatoires est facilitée par plusieurs procédés thérapeutiques. C'est alors, que l’ouverture soit naturelle ou chirurgicale, que les pulvérisations prolongées rendent les plus grands services. On les fera ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, tièdes, d'une demi-heure chaque fois, quatre fois par jour, en se servant d’eau phéniquée à 1 p.100. Beaucoup de chirurgiens emploient même une solution à 2 p. 100. Dans l'intervalle des pulvérisations, pansement au sublimé (1 p. 4000), à l’eau phéniquée (1 p.100). On emploiera l'acide borique pour les pulvérisations sur la face et les pansements, et non les antiseptiques précédents qui pénètrent à la surface de la conjonctive et sur les muqueuses, et les irritent.

Il est utile même de pénétrer dans la cavité du furoncle et l’un de nous (Albert Robin) recommande d'y introduire une pâte dont la formule est la suivante :

2Z Soufre sublimé. . . . . . . . . . 10 grammes. Camphre pulvérisé. . . . . . . . 10 — Glycérine. 15... . à 7. 0c0.Ss.

M. s. a. pour faire une pâte demi-liquide.

Cette pâte pourra avec avantage remplacer les pansements humides; on l’appliquera à la surface de petites compresses dont on recouvrira le ou les furoncles. Elle est parfaitement antiseptique.

Les emplütres sont aujourd’hui un peu délaissés dans le pansement du furoncle. C’est peut-être à tort, et ils peuvent servir à couvrir des furoncles peu volumineux et peu douloureux, lorsque la plaie est tout à fait détergée. Mais il ne faut se servir que des emplâtres dans le genre de ceux qu’emploie Unna et que ‘fabriquent certains pharmaciens à Paris. L’emplätre de Vigo est utile, s’il est suffisamment souple, non eassant, peu épais; il faut avoir le soin de n’en appliquer qu'une petite rondelle, à peine plus grande que le furoncle. On a ainsi l'avantage de ne pas prolonger outre mesure un pansement gènant, et de prévenir l’auto-inoculation. Du reste, l’emplâtre sera renouvelé le plus souvent possible et on aura soin, avant de l'appliquer, de pratiquer chaque fois le dégraissage de la peau ainsi que nous l'avons indiqué.

Le traitement de l’anthrax est fondé sur les mêmes règles que celui du furoncle, mais la thérapeutique médicale à ici beaucoup moins de valeur. Les applications de teinture d’iode, au début, peuvent être essayées, mais elles ont peu de succès. Dans les anthrax limités, on pourra attendre l'ouverture naturelle, et appliquer des pansements phéniqués permanents, faire des pulvérisations antiseptiques répétées. En général l'incision

sera nécessaire, etnous n'avons pas à insister sur une technique d'ordre chirurgical.

Elle devra être large, permettre l’évacuation totale des loyers nécrosés. Le pansement sera ensuite fait comme celui du furoncle et les pulvérisations continuées.

Dès qu'un malade présente des furoncles répétés, il faut se préoccuper des causes qui les produisent. Parfois l’auto-inoculation est seule en jeu; le traitement que nous avons indiqué suffit à la prévenir.

Une propreté minultieuse est nécessaire; on SA nee des bains répétés, surtout des bains alcalins, qui dégraissent mieux la peau. Le gilet de flanelle, maintenant la sueur à la surface de celle-ci, favorise les inoculations; ilfaudra protéger l’épiderme par un gilet de toile mince, placé au-dessous de la flanelle.

Ces mêmes précautions sont utiles lorsqu'il existe un trouble viscéral, et on doit toujours le rechercher.

L'analyse des urines s'impose. Sile malade est diabétique, le traitement que l’un de nous a exposé (V. Fascicule [) prévient le retour des furoncles.

Souvent les altérations de la santé générale restent vagues. C’est particulièrement l'état du tube digestif qu'il conviendra d'étudier.

L'antisepsie intestinale est recommandée par certains auteurs dans tous les cas: on donne chaque soir trois des

paquets suivants :

2Z Naphtol. DES VOD ee Magnésie anglaise. . . . . . .. âà 25 centigrammes. Salicylate de bismuth.

Pour un paquet.

Mais cette méthode n’a pas donné tous les résultats qu'on en attendait en se fondant sur des faits expérimentaux contestables. Pour nous, les meilleurs antiseptiques intestinaux sont

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les purgatifs. I est préférable de les employer à petites doses répétées, continuées pendant quelque temps.

Les grands lavements intestinaux froids (un ou deux litres par jour) seront utiles dans les cas de constipation liée à la parésie du gros intestin, surtout chez les obèses.

On pourra y adjoindre l’emploi des cachets suivants :

Z Soufre sublimé . . . . . . . . . O8r,10 Camphre pulvérisé, . . . . . . . 08,02 Pour un cachet. — Trois par jour.

S'il existe des #oubles dyspeptiques d'origine gastrique, 11 faudra les atténuer aussi largement que le permettent les moyens actuels. (V. Traitement de la dyspepsie.)

L'hygiène du furonculeux devra dans les cas rebelles être des plus sévères. On réduira l'alimentation à la quantité nécessaire; tous les corps gras seront interdits ainsi que certains aliments, tels que fromages, charcuterie, moules, poissons, fraises, ete. Le vin rouge sera supprimé, remplacé par le vin blanc et même, si le malade s’y prête, par l’eau de goudron.

Gingeot conseille l'usage des eaux sulfureuses, où de la préparation suivante :

2% Hyposulfite de soude. . . . . . . 36 grammes, Eau distillée + . . . . . . . . . 300 —

Trois cuillerées à café par jour.

L'emploi des eaux minérales est réglé par le diagnostic des troubles de la santé générale qui engendrent la furonculose.

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